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Full text of "Revue des études juives 1884"

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REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES 



CERF ET FILS, IMF1UMEURS 
HUE DUPLE8SIS. 5 ( J 




REVUE 



DKS 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME HUITIÈME 



PARIS 

FAYETTE 

1884 



A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER a ^ \ <°} 

83 bis , RUE LAFAYETTE ■ ^A"^ 



IOI 

"R.L+5 



LES JUIFS A ROME 

DEVANT L'OPINION ET DANS LA LITTÉRATURE 



PREMIERE PARTIE 

depuis la prise de jérusalem par pompée jusqu'a l'avènement 

d'auguste. 



La lecture des auteurs de l'antiquité classique ne réserve pas de 
surprise plus grande à ceux qui les abordent avec les préoccupa- 
tions modernes que de réduire brusquement aux proportions les 
moins imposantes des faits et des noms qui ont pris à nos yeux une 
importance particulière. C'est ainsi que, pénétrés de l'esprit bi- 
blique, qui est en somme un élément essentiel de l'esprit moderne, 
et égalant le rôle de la nation juive, dans l'histoire des civilisa- 
tions, à celui des peuples les plus illustres, nous supposons volon- 
tiers, nous nous démontrons même quelquefois par des raisonne- 
ments ingénieux, qui ressemblent fort à des sophismes, que le 
monde payen ou en a jugé de même, ou n'a fermé les yeux à l'évi- 
dence que par un monstre de mauvaise foi, d'aberration presque 
inexplicable. Il nous en coûte tant de constater que Rome et la 
Grèce, au temps de leur plus grande force, de leur action la plus 
décisive sur les destinées générales, se sont dispensées de puiser 
aux sources du judaïsme, et que par leurs propres ressources elles 
ont suffi à leur tâche immense! Il nous en coûte plus encore de 
confesser que, le jour où la morale et la théodicée de la Bible se 
sont ouvertes aux penseurs très désintéressés du paganisme, ils 
n'y ont accordé qu'une attention médiocre et qu'il a fallu un con- 
cours de circonstances vraiment extraordinaires, afin que ce ma- 

T. VIII, n° 15. i 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gnifique ensemble de règles pour l'intelligence et pour la volonté 
s'imposât au monde. 

Le peu de bruit que les enseignements Judaïques ont fait à 
Athènes et à Rome lorsqu'ils purent y pénétrer, est cause, sans 
doute, que la plupart des historiens et des critiques l'ont à peine 
entendu ou n'en ont pas compris le sens véritable. Les théolo- 
giens se tirent d'affaire en invoquant les influences diaboliques 
des passions, des préventions, des préjugés, en accusant la cor- 
ruption payenne d'avoir repoussé systématiquement ou par des 
sophismes un enseignement qui était sa condamnation. Ces ex- 
plications, données de très bonne foi, ont aujourd'hui fait leur 
temps ; on sent que rien n'eût empêché Varron, Cicéron, Tacite 
de proclamer bien haut la supériorité morale et philosophique du 
judaïsme, si elle avait frappé leur intelligence. Ils ont assez d'in- 
dépendance dans le caractère, le milieu dans lequel ils vivaient 
était assez favorable à la liberté de tout penser et de tout dire l 
(j'entends dans le domaine spéculatif des croyances et des insti- 
tutions étrangères), pour que l'accusation de mauvaise foi soit 
inadmissible. Reste celle d'ignorance ; mais sur ce point encore 
on aurait tort d'insister, lorsqu'il s'agit d'esprits aussi pénétrants, 
aussi critiques. C'est ce qu'ont compris ceux d'entre les modernes 
qui ont parlé de dédain ; si la philosophie et la science payennes, 
au temps de leur plus belle floraison à Rome, se sont abstenues 
de rendre hommage à la sagesse mosaïque, c'est qu'on l'a, de 
prime abord, jugée indigne d'attention, c'est qu'on a trouvé plus 
facile de la mépriser sans examen, que de la juger en con- 
naissance de cause. 

Nous croyons en effet qu'il en a souvent été ainsi ; mais un 
examen attentif des faits et des textes nous a prouvé qu'on a 
singulièrement exagéré ce prétendu mépris des payens éclairés 
pour les choses et les hommes du judaïsme. Dans le silence de 
l'histoire éclatent de temps à autre des révélations curieuses, qui 
montrent que l'indifférence des écrivains latins, durant le siècle 
qui précède et celui qui suit l'ère chrétienne, n'est ni générale ni 
véritablement méprisante. Et, quoiqu'il soit peu scientifique de 
raisonner sur des témoignages qui n'existent pas, il n'y a pas de 
témérité à affirmer que des mutilations, trop intelligentes pour 
être fortuites, ont été pratiquées depuis le vi e siècle sur les monu- 
ments littéraires de Rome, mutilations qui nous ont privés des 
documents les plus décisifs dans cette intéressante question 2 . Il y 

1 Voir, par exemple, comment Tacite parle des Germains, de leurs institutions et 
de leur culte, De Mor. G-erman. 8, 9 et passim. 

2 Cf. Joël, Blicke in die Religionsgeschichte, 2 e partie, p. 96 et suiv. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 3 

a, dans le domaine des lettres anciennes, des désastres, des ruines 
accumulées pendant quatre ou cinq siècles de luttes contre le pa- 
ganisme et pour le christianisme, qui se sentent, qui se devinent 
par intuition, dont on soupçonne les mobiles, sans qu'on puisse en 
prendre les auteurs sur le fait. Qui pourra mesurer jamais Té- 
tendue des pertes que nous avons subies sous l'influence de la 
haine aveugle qui s'attachait, non pas tant au paganisme qu'au 
judaïsme qui niait le Christ, durant les temps où la lutte se conti- 
nuait autant contre ce dernier que contre l'ennemi commun ? Que 
de pages supprimées, altérées, tronquées ! Que de sacrifices sur 
l'autel de la foi et de l'ascétisme, en attendant le règne de Charle- 
magne, où un premier réveil de l'esprit littéraire, une appréciation 
plus généreuse et plus haute des écrits payens, introduisit dans 
les couvents, restés les seules écoles, la vénération des idoles qu'on 
avait brisées jusqu'alors ! Nous croyons que les Juifs, plus encore 
que les payens, ont fait les frais du travail d'expurgation et de 
destruction qui s'est exercé sur les écrivains de Rome. 

Tels qu'ils sont, et interrogés sans parti-pris, ils suffisent encore 
à prouver que les premiers rapports du judaïsme avec la civilisa- 
tion payenne, à Rome sinon dans les grandes villes de l'Orient et 
de la Grèce, témoignent d'une estime réciproque ; que les grands 
penseurs, philosophes, historiens et politiques de la Cité éter- 
nelle ont accordé souvent à l'esprit biblique une attention respec- 
tueuse et sympathique. Sans doute il ne se forme pas à Rome 
tout d'abord un courant d'opinion puissant, ni pour la faveur ni 
pour la persécution. Rome, devenue le réceptacle des croyances et 
des institutions de l'univers, les éprouve, les examine tour à tour 
avant d'en distinguer quelqu'une d'une façon particulière. Ce tra- 
vail inconscient d'analyse et de comparaison n'est pas l'affaire de 
quelques années ; c'est un grand honneur pour les hommes et 
pour les choses qui en sont l'objet que de fixer, même en passant, 
les regards des Romains les plus intelligents, de ceux qui sont les 
précurseurs et les guides de l'opinion publique. Que la foule s'é- 
prenne des superstitions grossières venues de l'Egypte, de la 
Syrie, de la Perse ; qu'elle fasse cortège dans les rues aux prêtres 
d'Isis, de Cybèle, de Mithras : au point de vue de la postérité cet 
engouement, cette popularité sont de peu de conséquence. Mais 
qu'une page de Cicéron, une phrase de Varron, un décret de 
César mentionnent le nom des Juifs, les blâment ou les louent 
au nom de leurs croyances et des pratiques de leur culte, ces 
débris d'opinion échappés à l'action du temps, méritent d'être 
recueillis avec le plus grand soin, replacés dans le milieu social 
et moral où ils ont pris naissance, éclairés à la lumière des évé- 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

nements contemporains et des institutions ambiantes. C'est la 
tâche que nous nous proposons d'entreprendre. Elle n'est pas en- 
tièrement nouvelle et c'est pour cela que nous avons hésité à en 
publier les résultats dans cette Revue qui, par le caractère origi- 
nal, sévère, scientifique des travaux qu'elle accueille, s'est placée 
si haut dans l'estime du monde savant. Mais, si dans le domaine 
de la littérature classique, il y a beau temps qu'on ne peut plus 
se flatter de découvrir des textes nouveaux, il y aura place long- 
temps encore pour des commentaires et des explications destinés 
à restituer aux textes existants, aux faits connus, leur sens véri- 
table. L'esprit qui a présidé à la mutilation des auteurs latins 
règne trop souvent encore dans leur interprétation ; trop souvent 
encore, et cela de la manière la plus inconsciente du monde, il 
tend à fausser l'histoire et l'a en effet faussée quelquefois : aussi 
chercher à la rétablir est bien vraiment une œuvre originale. 

Parmi les ouvrages auxquels le nôtre a été redevable, soit qu'il 
les réfute, soit qu'il en adopte les idées, nous devons une mention 
particulière à une dissertation de L. Geiger : Quid de Judœorum 
moribus atque instituas scriptoribus romanis visum faerît, Ber- 
lin, 1872 1 . Les lecteurs de la Revue qui voudront bien s'y reporter 
rendront justice, croyons-nous, à la conscience et à l'originalité de 
notre travail. Une œuvre d'une valeur scientifique bien supé- 
rieure, est la brochure de M. E. Schùrer : Die Gemeindeverfas- 
sung der Juden in Rom in der Kaiserzeit, Leipzig, 1879. Enfin 
nous avons eu la satisfaction, au moment de mettre la dernière 
main à ces pages, de nous trouver en conformité de vues sur 
un grand nombre de problèmes importants, avec M. Joël dans 
ses : Blicke in die Religions g eschichte zu Anfang des zweiten 
christlichen Jahrhunderts, Breslau et Leipzig, 1883. La seconde 
partie de notre travail aura à tenir le plus grand compte du cha- 
pitre où il examine le récit que fait Tacite de la persécution des 
chrétiens sous Néron, et l'opinion des payens de Rome sur les 
Judéo-chrétiens. Qu'il nous soit permis d'exprimer notre recon- 
naissance à M. Is. Loeb qui nous a signalé quelques-uns de ces 
ouvrages ; par son expérience et son savoir, il a contribué, sur 
plus d'un point, à rendre le nôtre moins imparfaif. 

1 Nous ne mentionnons que pour mémoire les ouvrages classiques de Havet et de 
Renan sur les origines du christianisme, l'histoire des Juifs par le D r Graetz, et l'ou- 
vrage de Friedlaender sur les mœurs romaines depuis Auguste jusqu'aux Antonins. 
Les rapports du judaïsme et des religions payennes sont examinés dans la dernière 
partie de cet ouvrage, t. IV de la traduction Vogel, p. 279 et suiv. Jl est regrettable 
que M. Boissier, dans son excellent travail sur la religion romaine, ait passé les Juifs 
complètement sous silence. C'est un peu pour combler cette lacune que nous avons 
écrit ces lignef. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 



On admet généralement que les Juifs apparurent pour la pre- 
mière fois à Rome vers l'année 139 avant l'ère chrétienne, sous le 
consulat de Popilius Lsenas et de Caius Calpurnius. Ce n'est pas 
un témoignage contemporain qui nous l'affirme, mais on peut le 
conjecturer de quelques lignes de Valère Maxime, inspirées par un 
document de l'époque et dont voici la traduction 1 : « Cornélius His- 
pallus (ouHispanus), préteur forain, sous le consulat de Popilius 
Lsenas et de Caius Calpurnius, ordonna par un édit aux astro- 
logues chaldéens de sortir de la ville et de l'Italie dans un délai 
de dix jours, parce que leurs mensonges, fondés sur une interpré- 
tation fallacieuse du mouvement des astres, abusaient les gens 
légers et simples, en leur soutirant beaucoup d'argent. Il força 
de même les Juifs, qui cherchaient à corrompre les mœurs 
romaines par le culte de Jupiter Sabazius , à regagner leur 
patrie. » 

Il ne nous parait pas douteux que Valère Maxime, en relatant 
ces événements, n'ait eu sous les yeux le texte même des édits 
auxquels il fait allusion. La mention de Jupiter Sabazius est ca- 
ractéristique. Ce surnom de Sabazius, très rare avec Jupiter, dé- 
signe un Dionysos mystique vraisemblablement venu en Grèce 
d'Asie-Mineure, de Phrygie ou de Syrie, divinité identique au 
Dionysos Zagreus célébré par la poésie orphique 2 . Un culte se- 
cret de ce dieu était en honneur à Athènes dès le vi e siècle, au 
grand mécontentement des vieux Hellènes, qui ne pouvaient 

1 Val. Max., I, 3, 2. Le texte de l'auteur, tel qu'il était généralement adopté 
jusqu'à ce jour, porte : « Idem qui Sabazii Jovis cultu simulato. . . », ce qui fait que 
l'on a contesté souvent qu'il fût ici question des Juifs. Nous croyons qu'il est impos- 
sible de songer à une autre nation. Les critiques les plus compétents (voy., entre autres, 
Schùrer, ouv. cit., p. 5, note 2) qui avaient autrefois renoncé à voir des Juifs dans 
ce passage sont revenus de leur opinion : « Die Ansicht, dass nicht von den Juden 
die Rede sei.. . ist unhaltbar, da JudJjps im Text gesichert ist. » Il avait émis jadis 
une opinion différente. Voy. Neutestam. Zeitgesch., p. 624. Marquardt, Rœm. Staats- 
ver., III, p. 80, note 9, rétablit aussi Judœos. Idem est une faute de copiste pour Judœos 
ou a été cause, par la ressemblance, de l'omission de ce mot. Peut-être aussi que des 
moines copistes, choqués de cette association des Juifs et du culte d'un Jupiter Sabazius 
dont le sens leur échappait, ont simplement supprimé le mot, croyant ou rectifier 
l'histoire ou faire œuvre pie. Voy. du reste Valère Maxime de Halm, p. 16 et 17. 

5 Outre le passage de Val. Maxime, il y a une inscription, Orelli, 1259, qui associe 
le nom de Sabazius à celui de Jupiter. Sur la nature du Bacchus qui le porte presque 
toujours, voir l'article très complet de L. Georgii, dans le Realencyclopedie de Pauly, 
VI, 1,615. 



6 . REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voir sans colère ces divinités exotiques faire concurrence, au- 
près des foules, à la religion nationale. Dionysos Sabazius est 
l'objet de la raillerie d'Aristophane l ; les pratiques bizarres qui 
avaient été importées avec lui offrent à Démosthènes la matière 
d'une amusante caricature, aux dépens de son rival Eschine 2 . Il 
est bien clair que les Juifs n'ont jamais rien eu de commun avec 
Jupiter ou Bacclius Sabazius. Mais ils honorent un Dieu Sabaoth 
ou Zebaoth, dont le nom prêtait d'autant mieux à la confusion 
que Sabazius devenait souvent Sebazius et était, à tort d'ail- 
leurs, rattaché par les Grecs au sens et au radical de «CiÇew, 
cre6aaTri<;3. Les Romains, s'en rapportant sur les questions de reli- 
gions étrangères à l'exégèse de leurs maîtres attitrés, c'est-à-dire 
des Grecs, lorsqu'ils entendirent parler d'Asiatiques qui adoraient 
un Sabaoth, ne distinguèrent pas ce Dieu du Bacchus phry- 
gien, surnommé Sabazius, le seul qui répondît à leurs connais- 
sances 4 . On sortait à peine de la grave affaire des Bacchanales s ; 
contre des aberrations religieuses compliquées d'un effrayant dé- 
vergondage de mœurs, il avait fallu déployer toute la rigueur des 
lois ; les esprits étaient familiarisés, au moins par des à peu près, 
avec les dénominations des. divinités orgiastiques, dont le culte, 
venu d'Asie, avait troublé si profondément les esprits. Sans se 
soucier des différences qu'une discussion théologique aurait seule 
pu établir, à supposer que le Sénat eût voulu l'entendre, les pou- 
voirs publics bannirent d'Italie de dangereux prédicateurs. 

Qu'étaient-ce que les Juifs ainsi invités à regagner leur patrie : 
repeiere ? Le terme même que Valère Maxime emprunte à l'an- 
tique édit du préteur, si on le rapproche d'un passage de Josèphe 6 , 

1 Aristophane avait composé une comédie exprès, celle des Heures (voy. les fragm., 
édit. Didot, p. 512) où Athéné, assistée de ces divinités, livrait bataille à Sabazius 
et l'expulsait du territoire de l'Attique. Cf. notre thèse latine : Aristophanes impietatis 
reus, p. 39 et suiv., où un certain nombre de textes relatifs à Sabazius sont cités 
et discutés. Cf. Lobeck, Aglaoph., p. 1046 et suiv. — Cicéron connaît des Sabazia, 
Nat Deor., m, 23, 58. Apulée, Metam, vin, 25, nomme Sanctus Sabadius. 

2 Démosth., Pour la Cour., p. 313, 259 et suiv. 

3 Cf. Schûrer, Die Gemeindeverfassung der Juden in Rom in der Kaiserzeit, Leipzig, 
1879, p. 5. 

4 Peut-être faut-il faire remonter jusqu'à cette première confusion de noms l'opi- 
nion, très répandue à Rome jusqu'au commencement du second siècle, que la religion 
juive était en rapport étroit avec le culte de Bacchus. Voy. Tacite, Eist., 5 : « Libe- 
rum patrem coli », etc. 

5 L'affaire des Bacchanales est de 186 av. J.-C. 

e Josèphe, Ant. Jud., XII, 10, 6 ; XIII, 5, 8, et XIII, 7, 3 ; cf. Macchah., I, 15. 
L'ambassade en question dans le texte de Val. Maxime est cette dernière. Josèphe 
dit simplement, en parlant de Simon : 7roiï]aà[j.£voç xori ocùtoç Trpôç PtoU-aiouç 
<7U!J.u.ayJav . Il entre dans plus de détails pour les deux ambassades précédentes. 
Cf. Mendetesohn, dans les Acta Societ. philol. Lips., V, 1875, p. 87 et suiv., et Lange, 
Roem. Alterthilm., II, p. 343. (Ces citations de Josèphe sont faites d'après l'édition 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 7 

désigne les membres d'une ambassade venue en mission passa- 
gère. Nous savons par cet historien que depuis Tannée 160 avant 
Jésus-Christ, trois ambassades envoyées de Judée se succédèrent 
à Rome : la première, au nom de Judas Macchabée, vint réclamer 
l'appui et l'amitié du peuple romain contre les Syriens ; la se- 
conde, en 143, au nom de Jonathan, frère et successeur de Judas, 
fut chargée de renouveler ce traité et d'en conclure au retour un 
semblable avec les Spartiates ; la troisième enfin, venue de la part 
de Simon, fils de Jonathan, se trouva à Rome l'année même où fut 
rendu redit du préteur Hispallus. 

Il faut d'autant moins hésiter à reconnaître que redit est dirigé 
contre elle, qu'à peu d'années de là le philosophe Carnéade, en- 
voyé à Rome par les Athéniens avec Critolaùs et d'autres sophistes 
à l'éloquence brillante, mais peu scrupuleuse, se voit invité de 
même à porter ailleurs ses discours, jugés dangereux pour l'esprit 
public 1 . Il semble que, depuis le procès des Bacchanales et les rap- 
ports plus fréquents des Romains, tant avec les Grecs qu'avec les 
peuples asiatiques, il y ait à Rome, chez les conservateurs de 
vieille roche, comme une surexcitation du sentiment national à 
l'endroit des idées religieuses et morales. Philosophes ou théolo- 
giens venus d'outre-mer sont également suspects ; les maîtres 
mêmes d'une éloquence savante et habile à plaider toutes les 
causes 2 , sont considérés comme une peste publique. Non que l'a- 
ristocratie romaine soit encore en majorité et, par ses membres 
les plus remarquables, sincèrement attachée aux croyances et aux 
pratiques de la religion traditionnelle. Si elle en défend l'intégrité 
contre les importations étrangères, c'est au nom du principe pro- 
clamé dans ce temps-là même par le grand pontife Mucius Scse- 
vola : expedire falli civitates in religione 3 . « Il est utile qu'en 
matière religieuse les peuples soient trompés. » 

Le décret qui expulsait les astrologues chaldéens et qui renvoyait 
les ambassadeurs juifs fut vraisemblablement inspiré par Scipion 
Emilien, le disciple et l'ami du stoïcien Panétius, le représentant à 
Rome (nous le voyons par un curieux passage du traité de la Ré- 



Didot, grecque latine, par Dindorf, 2 vol., Paris, 1845 ; il existe de l'historien une 
traduction souvent inexacte par J.-A.-C Buchon, 1 vol., Paris, 1838, dont la 
division par chapitres est différente.) 

1 Carnéade vint à Rome en 598 U. G., c.-à-d. dix-sept ans avant l'ambassade de 
Simon. Cicéron, De Repull., fragm. III, 6 et suiv. ; Lactance, Instit., V, 14. Cf. 
Martha, Le philosophe Carnéade à Rome, dans les Etudes morales aur V antiquité, 
Paris, 1883, p. 87 et suiv. 

2 Sur l'éloquence de Carnéade, voy. Cicéron, De Orat., I, 11, et Aulu-Gelle, 
VII, 14, 10. 

3 Saint Augustin, Civ. Div., IV, 27. Varron avait repris le mot à son compte. 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

publique de Cicéron ! ) d'une religion naturelle, plus voisine au 
fond du monothéisme judaïque que des croyances héréditaires. 
Mais ou Scipion partageait sur la religion juive Terreur des foules, 
ou, mieux renseigné, il ne crut pas devoir mettre d'accord ses 
convictions philosophiques et sa conduite d'homme d'Etat. Ce n'est 
pas la seule fois que nous ayons à constater cette contradiction 
dans l'histoire des religions polythéistes. L'invasion de l'esprit 
scientifique, aussi bien à Athènes qu'à Rome, coïncide avec le re- 
lâchement des mœurs et de la discipline traditionnelle ; elle en est 
presque toujours rendue responsable par les politiques. Cependant 
ces politiques eux-mêmes marchant, par l'éducation et par l'intel- 
ligence, à la tête de leurs contemporains, paient tribut plus que la 
foule, dont ils voudraient modérer les ardeurs novatrices, à l'es- 
prit nouveau. Ils sont théoriquement et dans le cercle de leurs 
amis, avec Platon, avec Zenon, contre Homère et Numa. Si l'un 
des membres de l'ambassade envoyée par Simon avait été admis à 
expliquer devant Scipion, Laelius, Lucilius, les principes de la 
théodicée et de la morale mosaïques, nul doute qu'il n'eût sur bien 
des points obtenu l'approbation sympathique de ces esprits éclai- 
rés. Mais la politique exige que la religion traditionnelle soit res- 
pectée dans son principe, lors même que ce principe aura été, par 
la philosophie, convaincu d'absurdité : eocpedire falli civitates in 
religione. Au pis-aller, Panétius et les stoïciens offrent des moyens 
de conciliation facile, entre la multiplicité des divinités hérédi- 
taires et la théorie du Dieu unique et universel. Le Sabaoth, venu 
de Judée, n'ayant rien de la souplesse indispensable à ces accom- 
modements politiques, on le renvoya à son berceau 2 . 

1 Sur la religion de Scipion Emilien et du groupe d'hommes éclairés avec lesquels 
il aimait à discuter, voir, outre le De JRep., I, 21, 34, le même Cicéron, Acad. pr., II, 
2, 5 ; De Finie., IV, 9, 23 ; Tuscnl., I, 33, 81 ; De Offic, I, 26. Le passage du traité 
de la République, malheureusement tronqué, renferme une vraie profession de foi 
monothéiste placée dans la bouche de Scipion. Remarquez les expressions : t ... Quem 
unum omnium deorum et hominum regem esse omnes docti indoctique uno ore consen- 
tiunt... ut rex putaretur unus esse in cœlo... idemque et rex et pater haberetur 
omnium.. . deos omnes censent unius régi numine. . . omnem hune mundum mente. . . » 
C'est précisément à cette place, où l'on pressent la définition de la providence mono- 
théiste, qu'il y a lacune. Ces théories sont stoïciennes, dira-t-on, et reproduisent 
l'enseignement de Panétius : nous n'y contredisons pas. Mais entre la définition du 
Dieu un et providence suivant l'école de Zenon et la conception de Javeh, il n'y a 
même pas l'épaisseur d'une métaphore ; ceux qui admettaient l'une étaient par là même 
propres à comprendre et à apprécier l'autre. 

* Cette religion d'ordre politique [civile <jenus) était héréditaire dans la famille des 
Scipion. Voici ce que Tite-Live raconte de celle du premier Africain, XXVI, 19, 3 : 
« Fuit enim Scipio non veris tantum virtutibus mirabilis, sed arte quoque quadam 
ab juventa in ostentationem earum compositus, pleraque apud multitudinem aut per 
nocturnas visas species aut velut divinitus mente monita agens, sive et ipse capti 
quadam superstitione animi, sive ut imperia consiliaque velut sorte oraculi missa sine 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 9 

En somme, malgré l'édit qui les expulsa de Rome, l'accueil fait 
aux ambassadeurs juifs parles Romains, vainqueurs alors delà 
Macédoine, de la Grèce, de l'Asie-Mineure, avait été bienveillant. 
Il est probable que, dès lors, se fixa à Rome un petit noyau de 
Juifs qui durent passer inaperçus ; nous ne croyons pas que des 
souverains, d'une intelligence aussi pratique et d'un esprit aussi 
ouvert que les Hasmonéens, aient négligé ce moyen simple d'in- 
formatioji et de surveillance. Le séjour permanent de quelques co- 
religionnaires dans la ville, qui étonnait et inquiétait chaque jour 
davantage l'univers, était commandé par la prudence la plus élé- 
mentaire. 

Les Juifs possédaient encore leur indépendance, péniblement 
reconquise sur leurs voisins de Syrie ; mais ils la sentaient main- 
tenant menacée de toute manière, directement par Antiochus, s'il 
réussissait à triompher des Romains, indirectement par les Romains 
eux-mêmes qui, une fois la Syrie soumise, s'abstiendraient diffici- 
lement d'aller plus loin. Il était sage de prendre ses précautions 
pour l'avenir; par une franche alliance avec le plus fort, alliance 
sur laquelle il importait de veiller de près, on pouvait espérer 
sauver l'autonomie nationale, plus précieuse pour les Juifs que 
pour tout autre peuple, parce qu'elle se confondait avec l'auto- 
nomie religieuse. 

C'est, du reste, à cette époque, après les victoires de Paul- 
Emile, que commence à se dessiner vers Rome, qui les a dé- 
pouillés, le mouvement d'émigration des Orientaux en général. 
Ils y viennent reprendre leur bien, exploitant à qui mieux mieux, 
les uns par l'industrie et le négoce, les autres par le vice, les 
goûts nouveaux qu'avaient contractés naguère chez eux leurs 
vainqueurs. 

Les Juifs, qui dès lors aussi se dispersent à travers les provinces 
nouvelles conquises par les Romains, subissent comme les autres 
peuples de l'Orient la fascination de la grande ville. Les particu- 
liers en convoitent le séjour, parce qu'ils y voient le centre 
principal des affaires et du commerce avec le monde entier ; les 
princes de Judée, inquiets de l'avenir, songent à s'y ménager 
des intelligences et des influences. Nous verrons d'ailleurs que 
la rapide organisation des prisonniers de Pompée en commu- 
nauté indépendante s'expliquerait difficilement si l'on n'admettait 
l'existence à Rome, dès le début du i er siècle avant l'ère chré- 



cunctatione exsequereutur. » C'est ainsi qu'il exploite au siège de Carthagène (ib., 
45, 6 et suiv.) le phénomène de la marée connu de lui seul, comme Christophe 
Colomb celui d'une éclipse. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tienne, tout au moins d'un faible noyau de résidents israélites 1 . 
Cependant la période qui s'écoule entre l'ambassade de Simon, 
renvoyée dans son pays pour cause de propagande religieuse, jus- 
qu'aux expéditions de Lucullus et de Pompée en Orient, ne nous 
présente pas le plus petit témoignage dénotant la présence des 
Juifs à Rome. Il est vrai que des écrivains qui auraient pu y faire 
allusion, comme le satirique Lucilius et le comique Afranius, ne 
nous sont guères accessibles que par de minces fragments. Tous 
ensemble, poètes et prosateurs d'ailleurs peu nombreux et connus 
seulement de nom, ou se bornaient à l'imitation servile des Grecs, 
ou concentraient leurs investigations sur ce qui est national et 
indigène. À l'exception de quelques aristocrates qui, tout en se 
piquant de littérature, n'avaient de curiosité intelligente que pour 
les choses de la Grèce, le Romain de ces temps était moins 
attentif aux idées et aux institutions de ses vaincus qu'à leurs 
trésors et à leurs vices. Il avait de la sagesse de ses pères et de 
l'excellence de leurs traditions une opinion trop haute pour se 
préoccuper beaucoup de celle des étrangers. Sa course à travers 
les civilisations asiatiques et phénicienne ne lui a guère appris que 
des jouissances et des besoins matériels et lui a fourni les moyens 
d'y satisfaire. S'il en rapporte quelque croyance nouvelle, c'est 
qu'elle répond à ses instincts de sensualité positive, de religiosité 
pratique et grossière. C'est pour cela que tous les efforts des 
hommes sensés tendent à préserver les masses d'une communion 
d'idées avec l'étranger, qui aboutirait fatalement, par la pente du 
caractère national, à la corruption des mœurs et à la perversion 
des intelligences. Parmi les nations vaincues il n'y a que la Grèce 
qui soit assez forte pour pénétrer le vieil esprit romain de son 
influence ; elle le remplit de ses croyances, de ses institutions, de 
ses mœurs ; il est vrai que la Grèce trouvait le terrain préparé 
par la communauté de races, par une lointaine et incessante tra^ 
dition ; le vu 9 siècle achève ce que les cinq siècles précédents 
avaient largement ébauché. L'action de l'Asie ne s'exerça d'abord 
qu'en passant par la Grèce, qui l'avait subie elle-même depuis un 
temps immémorial ; et les Grecs n'ayant jamais rien eu de com- 

1 C'est pour ces raisons qu'il nous est impossible de partager l'opinion deM.Schûrer, 
ouv. cit. : « Ailes dies war freilich nur ein vorùbergehendes Auftreten der Juden 
in Rom. » L. Geiger, dans la dissertation que nous avons citée, a compris comme 
nous qu'il était difficile d'expliquer le rôle important joué par la communauté juive 
dans le procès de Flaccus, si l'on ne fait remonter leur premier établissement à 
Rome au-delà de la conquête du temple par Pompée. Voir p. 7, note : • Errant 
judicio meo scriptores qui Judacos Hierosolymis expugnatis a Pompeio obsides factos 
et Romam captivos ductos primos Romae fuisse putant neque Josephi verba (Ant. 
Jud., XIV, 4, 5) hoc factum testari posse censeo ». 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 11 

mun avec la Judée, par antipathie morale et incompatibilité reli- 
gieuse plus encore que par l'absence de relations matérielles 1 , 
les Juifs n'eurent d'abord dans cette action aucune part. Ce sont 
cependant les philosophes grecs qui, sans le vouloir et sans le 
savoir, préparèrent les Romains à comprendre ce que le judaïsme 
avait de plus original : une religion monothéiste, l'adoration d'un 
Dieu idéal, sans statues et sans symboles matériels 2 . 

Lorsqu'à la faveur des dissensions intestines qui compromirent 
les résultats heureux de la politique des premiers Macchabées, 
Pompée poussa jusqu'à Jérusalem et fit le siège du temple, il se 
trouvait parmi ses lieutenants et les tribuns de ses légions plus 
d'un noble Romain qui avait été initié dans Athènes ou dans 
Rhodes par les enseignements de l'Académie et du Portique à 
l'unité de la nature divine, à la théorie du démiurge ordonnateur 
du monde, de l'esprit universel le pénétrant d'activité intelli- 
gente 3 . 

Parmi les témoignages perdus qui conservèrent chez les Latins 
le souvenir de cette conquête, à peine perceptible pour les Ro- 
mains dans la série des triomphes qu'ils remportèrent en Orient, 
mais d'une importance capitale pour nous par ses conséquences 
ultérieures, nous regrettons surtout celui de l'historien Tite- 
Live 4 . La modération habituelle de cet auteur, les tendances phi- 
losophiques de son esprit, et une sorte de générosité cosmopolite 
qui l'affranchit d'ordinaire des bas préjugés, nous permettent de 
supposer que son jugement sur la nation juive fut, sinon exempt 
de toute erreur, du moins digne et équitable. Nous nous trompons 
fort, ou les réflexions que lui suggéra la prise de Jérusalem sur 
les croyances et les coutumes religieuses des Juifs, ont été repro- 
duites dans une page où Dion Cassius, évidemment sur la foi de 
récits intérieurs, raconte et juge les mêmes événements 5 : « Les 

1 Josèphe, Contre Ap., II, 10, insinue le contraire ; mais cela n'est vrai que de ses 
contemporains et non des Grecs suivant l'idéal du temps de Périclès. 

2 Josèphe, Contre Ap., II, 16, p. 483, constate ces ressemblances de la philosophie 
hellénique et du dogme juif sur la nature divine. 

3 Si les Stoïciens, par leurs doctrines sur la nature de Dieu et sa providence, 
semblent appelés à sympathiser théoriquement avec les Juifs, il paraît qu^n réalité 
ils leur étaient fort contraires. Voir Josèphe, Contre Ap., II, 7 et passim, défendant sa 
nation contre les mensonges de Posidonius et de Molon. Il est donc au moins digne 
de remarque que Pompée et Cicéron ont tous deux entendu professer le premier à 
Rhodes. Cic, Titscul., II, 25 ; De Nat. Deor., I, 3, 44. Quant au second, il a été le 
maître favori de Cicéron (voir Brut,, 89, 307 ; 90, 312; 91, 316) et résida même 
quelque temps à Rome chez son disciple. L'opinion que Josèphe lui prête sur la reli- 
gion juive devient à Rome l'opinion courante. 

4 Josèphe invoque son témoignage (Ant. Jud., XIV, 4, 3) avec celui de Strabon et 
de Nicolas de Damas. 

5 Dion Cas., 37, 17. Freinshemius, dans ses suppléments, a refait à sa manière le 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» Juifs, dit-il, sont séparés du reste des hommes et par les habi- 
» tudes de la vie en général et surtout parce qu'ils n'adorent 
» aucun dieu des autres peuples. Ils'n'en reconnaissent effecti- 
» vement qu'un seul qu'ils vénèrent avec une ferveur tenace. A 
» Jérusalem ils ne lui ont jamais élevé de statue, mais ils le con- 
» sidèrent comme un être ineffable, invisible et mettent à l'ho- 
» norer un zèle qu'on chercherait vainement chez les autres 
» hommes. Ils lui ont construit un temple des plus grands et des 
» plus beaux, seulement ce temple n'est ni clos ni couvert. Le 
» jour qu'ils consacrent à ce Dieu est celui de Saturne; c'est 
» alors qu'ils accomplissent de préférence leurs cérémonies spé- 
» ciales, et s'abstiennent de tout travail sérieux. Pour ce qui est 
» de savoir quel est au juste ce Dieu, et quelle est la source de la 
» crainte qu'il inspire, cela n'est pas l'objet de mon ouvrage, et a 
» du reste été raconté par beaucoup d'auteurs : ttoUoIç ts e^tai ». 
Ces derniers mots visent, outre Tite-Live qui a dû se placer 
mieux que tout autre écrivain au point de vue des soldats de 
Pompée dont il a recueilli les récits, Tacite, Josèphe, Nicolas 
de Damas et Strabon, peut-être des historiens aujourd'hui in- 
connus. 

Nous voyons chez Josèphe S dont le récit est confirmé par Cicé- 
ron sous le consulat duquel eut lieu l'événement, et chez Tacite 
qui, à propos de la seconde conquête, remonte jusqu'à la première, 
que la conduite des vainqueurs, au lendemain d'un siège acharné, 
fut aussi modérée que possible. Pompée accompagné de quel- 
ques-uns de ses officiers, parmi lesquels Cornélius Faustus, un 
fils de Sylla qui avait pénétré le premier par la brèche, entra 
dans le Saint des Saints, contempla, malgré les prêtres, la table, 
les chandeliers, les coupes d'or et resta stupéfait en ne rencon- 
trant au fond du sanctuaire ni statue ni symbole, mais seulement 
une place vide et des mystères insaisissables : « Nulla inlus deurn 

récit du siège de Jérusalem par Pompée, mais il n'y a mis ni le style ni l'esprit de 
Tile-Live, Cil, 59 à 68. Il en est de même de tous les autres passages de ces supplé- 
ments où il est question des Juifs. La page de Dion Cassius est peut-être la plus 
remarquable de celles que l'antiquité gréco-latine nous ait léguées sur les Juifs ; 
M.Renan y a trouvé un de ses meilleurs arguments en faveur de sa thèse : Du Judaïsme 
comme race et comme religion, Revue polit, et littér., 3 fév. 1883, p. 146, col. 2. En 
somme, il est bien étrange que précisément toutes les parties de l'ouvrage de Tite-Live 
où il était question des Juifs aient disparu, non seulement des manuscrits de cet auteur, 
mais de la polémique des Pères. Cette disparition nous paraît difficilement fortuite. 

1 Ant. Jud., XIV, 4, 4 ; Bel. Jud., I, 7, 6. Cf. Cicér., Pto Flac, 28, 67 et suiv. : 
• At Cn. Pompeius captis Hierosolymis victor ex illo fano nihil attigit », Tacite, 
Rist., V, 9. Dion Cassius, XXXVII, 15 et 16, dit au contraire que le trésor du 
temple fut pillé au lendemain du siège. C'est une erreur : ce pillage n'eut lieu que 
plus tard par Crassus allant combattre les Parthes ; Ant. Jud., XIV, 7, 1, et Bel . 
Jud., I, 88. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 13 

effigie, vacuam sedem et inania arcana l . » Il respecta le trésor 
sacré, si considérable qu'il fût, non pas seulement par affectation 
de générosité comme l'insinue Cicéron dans l'intérêt de son client 
Flaccus, mais par une sorte de respect religieux. L'âme de Pom- 
pée fut toujours accessible à ces vagues terreurs de la superstition 
devant l'inconnu. Les Juifs cependant lui surent moins de gré de 
cette modération extraordinaire, qu'ils ne lui gardèrent rancune 
d'avoir violé le premier le secret de leur temple. Ils le feront 
bien voir le jour où Pompée tombe frappé à Pharos. Une des 
premières causes de la popularité de César parmi les Juifs, c'est 
qu'il vengeait, lui l'instrument du Dieu puissant, une profanation 
coupable. 

Quoi qu'il en soit, pour la première fois, dans une circonstance 
solennelle et malgré l'ivresse d'une victoire chaudement disputée, 
un général romain, un homme d'Etat, fit preuve vis-à-vis des 
Juifs, au centre même de leur métropole, de tolérance. Ce fut un 
spectacle nouveau pour les vaincus et bien propre à les sur- 
prendre ; habitués par leurs précédents désastres à tous les sacri- 
lèges militaires, ils virent le Romain le plus célèbre de son temps 
ne témoigner après la victoire qu'une curiosité respectueuse ; au 
lendemain de l'assaut, faire purifier le sanctuaire par ses prêtres 
attitrés. Se souvenait-il que Xerxès avait agi de même, lorsqu'il 
eut occupé l'acropole d'Athènes 2 ? Mais là se bornèrent ses con- 
cessions à la forme religieuse qu'il venait de découvrir. Ceux qui 
s'étonneraient que les Romains, après avoir pénétré avec Pompée 
dans le temple de Jérusalem, n'en eussent pas remporté le secret 
de ses enseignements, se placent au point de vue moderne ; en 
dépit d'une certaine culture philosophique venue des Grecs, ce 
point de vue ne pouvait être celui des anciens Romains. Si cer- 
tains compagnons de Pompée étaient capables à la rigueur 
(Pompée lui-même ne l'était guère) des facultés abstractives qui, 
dégageant l'idée divine de ses manifestations extérieures, la con- 
çoivent avec les caractères d'une unité rationnelle, c'était en tant 
que philosophes et non comme politiques ni comme hommes 
d'Etat. Il ne pouvait y avoir de religion pour eux que sous les 
espèces polythéistes ; toute autre doctrine leur paraissait spécu- 
lation pure, non susceptible de passer dans l'esprit des foules, et 
dans la pratique des nations. Peut-être que si les secrets de la 

1 Josèphe, Contre Ap., II, 7, où le témoignage de Pompée et de Crassus est invoqué 
comme réfutation des absurdités qui se débitaient chez les Grecs et chez les Romains 
sur l'adoration de la tête d*âne, etc. Nous aurons à revenir sur ces idées dans la 
II e partie de notre travail. 

2 Hérod., VIII, 54, 5. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sagesse mosaïque avaient été révélés (et rien ne prouve qu'ils 
l'aient été suffisamment après la conquête aux officiers de Pom- 
pée), non pas aux représentants d'une aristocratie routinière et 
bornée, mais à des esprits subtils et novateurs, à un Aristide, à 
un Thémistocle, aux Athéniens vainqueurs des Perses, à un Xé- 
noplion, l'historien de la retraite des dix mille, auraient-ils dès 
lors trouvé en Occident un écho puissant et prolongé? Ne voyons- 
nous pas les Grecs, dès le sixième siècle avant notre ère, recevoir 
l'empreinte de l'Arménie, de la Syrie, de la Phrygie, de la Perse 
et se modifier à ce contact non seulement les doctrines des esprits 
supérieurs, mais aussi les pratiques religieuses de la foule ? L'es- 
prit romain, même quand il est représenté par des intelligences 
cultivées comme Lucullus et Cicéron, n'a pas cette facilité d'assi- 
milation théorique. Et puis, la raison d'Etat, qui demeure Yultima 
ratio des penseurs les plus originaux de Rome jusqu'à la décom- 
position définitive, étouffe dans son germe le désir même de re- 
nouveler les institutions traditionnelles, parmi lesquelles celles 
de la religion leur paraissent les plus respectables. C'est ainsi que 
l'occupation du royaume de Judée par les Romains en l'année 63 
serait probablement restée sans influence sur la civilisation de 
l'Occident, si les événements qui suivirent n'en avaient, d'une ma- 
nière assez imprévue, tiré les conséquences. 

Ce fut le 28 et le 29 septembre de l'an 693 de la ville (61 av. J-C.) 
que se déroula dans Rome le cortège éblouissant de Pompée, 
triomphant des nations orientales. — Le décret qui lui accordait 
cet honneur l énumérait l'Asie, le Pont, la Cilicie, la Paphlagonie, 
la Cappadoce, la Crète, la Syrie, la Judée, l'Arménie, les Pirates, 
et ajoutait la mention du roi Mithridate et de Tigrane dont la 
dynastie figurait, ainsi que celle de Phraate, derrière le char du 
vainqueur dans la personne de leurs fils. Mais il ne nommait pas 
Aristobule dont les démêlés avec Hyrcan avaient fourni à Pompée 
l'occasion de prendre Jérusalem. Cependant Aristobule avait été 
amené prisonnier à Rome avec ses deux filles et son fils Antigone; 
Alexandre l'ainé avait trouvé moyen de s'échapper, en route, des 
mains du vainqueur 2 . On conçoit que, perdus dans la foule 
innombrable et bariolée des captifs de tant de peuples divers, si 
propres à piquer la curiosité des Romains, parleurs costumes pitto- 
resques, par leur type étrange, par le prestige d'une campagne 
aussi lointaine que féconde en épisodes romanesques, les Juifs 



1 Fast. Cap.; Pline, Hist. nat., VII, 27, XXXVII, 6 ; Vell., II, 40 ; Plut., 45, et 
Dion Cass., XXXVII, 21. 

» Josèphe, Ant. Jud. t XIV, 4, 4 et 5. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 15 

aient dû être remarqués à peine, malgré la présence de leur roi, 
dans le cortège triomphal. Ce que l'on se montrait surtout, ce n'é- 
taient même pas les fiers Arméniens ramenés avec Tigrane le 
Jeune des bords de l'Euphrate, mais les vaincus du Pont et parmi 
eux, la mort ayant épargné cette honte à sa personne, l'image 
peinte de Mithridate fugitif, menant son cheval par la bride, et celle 
où il rendait l'âme parmi les cadavres de ses filles M.e souvenir de 
Lucullus et la jalousie s'attachant à la personne de Pompée qui 
avait surtout remporté des succès faciles, amoindrissaient encore 
aux yeux des Romains, le mérite de la conquête de Jérusalem. Les 
malveillants s'en servaient à titre de moquerie, heureux de 
rabaisser par les noms de « Vainqueur de Salern, & ArcCbarclies 
et de Sampsicerame romain 2 » le prestige d'un triomphateur qui 
abusait du triomphe. 

Tout avait contribué d'ailleurs à ne donner aux événements et 
aux choses de la Judée dans les préoccupations des Romains 
qu'une place accessoire. La chute de Jérusalem est de l'année où 
mourut Mithridate, où Cicéron crut sauver Rome des projets 
anarchistes de Catilina. Il fallait tout l'extraordinaire du premier 
de ces événements, pour arracher Rome aux préoccupations que 
lui causait le second. Qu'était-ce que la conquête d'une ville 
jusqu'alors obscure et indifférente, pour tirer tout un peuple de 
l'attente anxieuse, de la tristesse, de la terreur où le plongeaient, 
moins les desseins vrais de Catilina que tout le bruit mené 
autour de la conjuration par Cicéron et ses amis? « Les femmes 
de Rome, nous dit Salluste 3 , déshabituées par l'état prospère de 
la République des craintes d'une invasion, se désolaient devant la 
perspective d'une guerre civile ; on cessait également de s'enor- 
gueillir des triomphes extérieurs et de goûter les jouissances qu'ils 
assuraient: chacun désespérait de soi et de la patrie. » Aux 
portes de Rome deux généraux vainqueurs, Q. Marcius Rex et 
Q. Metellus le Crétique, attendaient vainement, avec le titre 
dHmperator, que le sénat leur décernât le triomphe. Celui de 
Pompée n'eut lieu que deux ans après. A l'exception des victoires 
les plus brillantes et des courses les plus aventureuses, tous les 
hauts faits de son armée ne se dessinaient plus aux regards de la 

1 Voir la description du triomphe chez Plut., Pomp., 45, qui nomme cependant 
parmi les curiosités du cortège, Aristohule, roi des Juifs. Pline, XXXVII, 6, insiste 
principalement sur les magnificences artistiques et autres dont ce triomphe unique 
permit l'étalage : « Veriore luxurise triumpho. » 

2 Cf. Mommsen, Eist. rom.^ trad. Alexandre, VI, p. 303 et suiv.; Cic, Ad Attic, 
II, 9, 1 ; 14, 1 ; 16, 2 ; 17, 2 ; 25, 3. L'allusion à la conquête de Jérusalem est une 
des plaisanteries favorites de Cicéron sur le compte de Pompée. 

3 Salluste, Catil., 31, 3 et 30, 4. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

foule, que dans le vague des lointains souvenirs. Depuis Paul- 
Emile les Romains avaient vraiment quelques droits de se montrer 
blasés devant le défilé des prisonniers orientaux, devant l'image 
des villes vaincues, des dieux conquis, des fleuves traversés et des 
montagnes franchies. Les habitants de la cité sainte de Judée, les 
membres de la famille royale, entrevus pendant les deux jour- 
nées du triomphe se perdirent dans l'immense cohue de Rome, 
et si les vainqueurs les remarquèrent peu, il n'est pas croyable 
qu'eux mêmes aient fait quelque effort pour attirer davantage les 
regards. 

Ceux qui étaient de condition ordinaire, devenus par le droit de 
la guerre, la propriété des légionnaires, furent vendus comme 
esclaves ou trouvèrent le moyen de se racheter aussitôt près de 
ceux-là mêmes à qui ils étaient échus en partage '. Un témoignage 
formel de Philon qui écrit moins d'un siècle après l'événement 
nous l'apprend. Affranchis, dit-il, puis revêtus du droit de cité, 
c'est-à-dire devenus Romains au sens le plus étroit du mot, avec 
toutes les prérogatives de ce titre, les Juifs s'établirent dans le 
quartier Transtéverin qu'ils peuplèrent en grande partie et où ils 
s'organisèrent en communauté distincte. Nous verrons ailleurs sur 
quelles bases légales et dans quelles conditions privilégiées. 
Remarquons dès à présent qu'il n'y a point d'exemple, du moins à 
notre connaissance, d'une nationalité quelconque vaincue puis 
asservie par les Romains, qui ait trouvé moyen, avec cette 
décision et cette promptitude, de se reconstituer au sein même de 
ses ennemis, en accordant avec leur législation ses coutumes et sa 
foi héréditaires. Le fait serait absolument inexplicable, si l'on 
n'admettait une solidarité étroite entre tous les prisonniers de 
même provenance, l'abnégation de chacun au profit de tous et la 
mise en commun des ressources emportées de la patrie, des 
secours surtout envoyés par les parents, les amis et les pouvoirs 
religieux de la Judée. C'est en effet à prix d'argent qu'en tout état 
de cause le prisonnier, l'esclave pouvait racheter sa liberté. L'af- 
franchissement de plusieurs milliers d'hommes suppose a yriori 
un capital considérable : les malheureux emmenés par les soldats 
de Pompée et devenus leur chose, en pouvaient être difficilement 
les détenteurs; d'autre part leur affranchissement fut réalisé avec 
une telle promptitude qu'il exclut, pour le plus grand nombre 
d'entre eux, le temps nécessaire à l'acquisition d'un pécule suffisant 
Ensuite la qualité d'affranchi, laissant subsister entre le maître et 
l'esclave des liens d'ordre moral et politique, il fallait autre chose 

1 Philon, Légat, ad Caium., 23, édit. Tauchnitz ; II, 568, édit. Mangold. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 17 

que de l'argent pour en obtenir la faveur 1 . Il était nécessaire, dans 
le plus grand nombre des cas, d'y joindre de bons procédés, une 
condescendance respectueuse, des manières insinuantes, de pro- 
duire cette conviction dans l'esprit des maîtres, qu'une fois mis en 
possession des privilèges de la liberté qui menaient au droit de 
cité, on rendrait par reconnaissance plus de services que si l'on 
était retenu par force au nombre des esclaves. 

Aussi dans l'œuvre si rapidement accomplie de l'affranchis- 
sement commun, les Juifs, prisonniers des soldats de Pompée, 
durent non seulement se faire la courte échelle, mais trouver un 
point d'appui chez des coreligionnaires libres, précédemment 
établis à Rome. Il fallut plus que cela encore : à la faveur des 
troubles qui continuèrent d'agiter la Judée après le f départ de 
Pompée, il a dû se produire certainement une émigration fré- 
quente vers les parties les plus tranquilles de l'empire, surtout 
vers cette ville, dès lors immense, où tant de personnes avaient 
à retrouver des parents, des amis, des chefs de parti. Tantôt par 
dévouement pour la cause du judaïsme en général, tantôt par 
affection pour les victimes de la dernière guerre, souvent aussi 
par intérêt et dans le désir d'utiliser les ressources industrielles 
et commerciales d'un centre unique au monde, des exilés volon- 
taires vinrent grossir la communauté issue du malheur des événe- 
ments. Ce qui, jusqu'à ce jour, avait empêché les Juifs de pous- 
ser jusqu'à Rome, alors qu'ils se répandaient sans crainte à tra- 
vers la Syrie, l'Egypte, les Iles et le continent Hellénique, c'était 
la crainte de ne pas rencontrer au voisinage des Dieux de la 
République et autour de leurs temples respectés, la tolérance qui 
faisait rarement défaut ailleurs. La modération de Pompée et de 
ses lieutenants au lendemain de la conquête, une première expé- 
rience de la vie à Rome sous la garantie des lois communes, 
prouvèrent suffisamment au Juif qu'il serait plus tranquille dans 
l'exercice de son culte, plus indépendant dans la pratique de ses 
devoirs, confondu parmi la foule des Romains de Rome , que 
côte à côte avec les Grecs railleurs où les Egyptiens jaloux 2 . Il 
s'aperçut que de toutes les nations avec lesquelles il avait entre- 
tenu jusqu'à ce jour des rapports forcés ou volontaires, le peuple 



1 Sur les formalités de l'affranchissement et ses conséquences, voir Madvig, L'Etat 
romain. 1. 1, p. 204 et suiv., trad. Morel, Paris, 1881. 

2 Sur la haine des Egyptiens pour les Juifs, voir Josèphe, Contre Ap., I, 25 ; cf. I, 
13. Sur les divisions entre Grecs et Juifs à Alexandrie, où Alexandre, devançant la 
politique de César, leur avait accordé l'égalité absolue devant la loi (id., Bel. Jud., 
II, 18, 7, et Contre Ap., II, 4 et suiv.), voy. Josèphe, Ant. Jud., XVIII, 8, 1, et 

xix, r>, 2. 

T. VIII. n° 15. 2 



lv REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Romain était en somme le plus tolérant, parce qu'il était le plus 
fort; que de toutes les villes commerçantes, celle de Rome par son 
étendue, par le cosmopolitisme de ses habitants, par la diversité 
et l'exigence des intérêts et des idées dont elle était le centre, 
constituait l'abri le plus sûr pour des hommes qui mettaient au- 
dessus de tout la liberté de leur foi. Il était dans la nature des 
choses que la population juive de Rome, dont la première 
amorce pour nous date des ambassades envoyées par les Mac- 
chabées, considérablement accrue ensuite après les campagnes 
de Pompée par les prisonniers, prît un développement rapide 
grâce à des immigrations volontaires avec l'arrivée d'Aristobule 
et de ses compagnons de captivité l . Quatre ans à peine se sont 
écoulés depuis que la conquête de la Judée est un fait accompli 
et déjà la communauté juive de Rome, qui jusqu'alors était à 
peine perceptible, force un orateur comme Gicéron à compter 
avec sa puissance financière et son influence politique ; un phi- 
losophe comme Yarron à témoigner de sa supériorité en matière 
religieuse 2 . 



II. 



Par la conquête du temple de Jérusalem s'annexait à la reli- 
gion de l'empire romain un élément de foi populaire qui en était 
la formelle négation. Un peuple soumis par les armes est, devant 
l'opinion romaine, un peuple destiné à l'absorption par les insti- 
tutions, en première ligne par les institutions religieuses, conçues 
comme le facteur le plus puissant des calculs politiques. Pour 
la première fois les croyances du vaincu se refusaient à toute 
transaction avec celles du vainqueur ! Celui-ci allait-il aviser à 
briser les résistances, à détruire ce qu'il ne pouvait soumettre? 
Ou laisserait-il debout la négation de sa propre divinité, au risque 
de compromettre non-seulement l'identification politique , but 
suprême de la conquête, mais le prestige du conquérant lui- 
même ? Y avait-il un modus Vivendi qui permît à une commu- 
nauté de l'ordre religieux d'exister dans l'Etat, en l'unissant au 
corps social par tous les liens, sauf par celui qui était considéré 
jusqu'alors comme le plus puissant et comme la garantie des 

1 Cf. Havet, ouv. cit., II, p. 149. 

* Cic, Pro Flac, 28, 67 et suiv. Cf. De Proo. consul,, 5, 10, et Varron chez 
S. August., Civ. Div., IV, 31, 2. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE lu 

autres? Quel pouvait être ce régime, assez efficace- au point de 
vue du gouvernement, pour que son autorité restât entière, assez 
accommodant au point de vue des sujets nouveaux, pour exclure 
tout motif sérieux de mécontentement et de révolte? Ces questions 
ne se posèrent pas tout d'abord avec cette netteté devant l'esprit 
des vainqueurs de la Judée. Ils les pressentaient vaguement 
comme nous le constaterons par de curieux témoignages, et va- 
guement aussi en cherchaient la solution. L'accord de quelques 
esprits supérieurs, d'Aristobule et de César, d'Hérode et d'Au- 
guste y devait aboutir naturellement et par les voies les plus 
simples. 

En attendant, le dédain même qui avait accueilli les Juifs à 
leur entrée dans Rome leur créait une situation qui, pour n'être 
pas brillante, n'en était pas moins avantageuse. Ils prenaient pos- 
session, sans bruit, de la liberté d'abord, du droit de cité ensuite : 
« Amenés prisonniers en Italie, dit Philon, ils avaient été affran- 
chis par ceux qui les avaient achetés ; et on ne les força en rien à 
violer les lois de leurs pères. Cependant on savait qu'ils avaient 
leurs lieux de prière, qu'ils s'y réunissaient, surtout aux jours 
saints, et s'y instruisaient publiquement dans la sagesse hérédi- 
taire. On savait qu'ils ramassaient des sommes d'argent sous 
forme d'offrandes sacrées et les envoyaient à Jérusalem par l'in- 
termédiaire des sacrificateurs l . » Romains en tout le reste (Pwfxaïot 
8M<jav oî ic^sfouç . . . ) et soumis à la législation de leur patrie nou- 
velle, ils ne mettaient à leur obéissance de citoyens qu'une res- 
triction, mais intraitable celle-là et irréconciliable : ils se refu- 
saient à adorer les dieux de l'empire sans chercher d'ailleurs à les 
combattre ; ils demandaient à adorer le Dieu de leurs pères, à la 
manière de leurs pères, sans vouloir répandre autour d'eux ni 
encore moins imposer leur foi. Si les Juifs étaient restés pauvres 
et obscurs, nul doute que l'esprit pratique du gouvernement de 
Rome ne les eût toujours laissés en possession paisible de ce 
double privilège qui ne portait ombrage à personne. Mais trois 
années ne se sont pas écoulées depuis le triomphe de Pompée, et 
déjà sur le forum romain, par la voix du premier avocat de la 
ville, par la voix du consul dont l'année avait vu la chute de Jé- 
rusalem en même temps que la ruine de Catilina, les Juifs sont 
pour leur richesse et leur opposition à la religion nationale si- 
gnalés aux convoitises, aux haines de la foule 2 . Le plaidoyer 
pour Flaccus est bien, comme dit M. Havet « une de ces révéla- 



1 Philon, Légat, ad Caium i 23, édit. Tauchnitz. 
8 Pro Flac, 28, 66 et suiv, 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tions qui éclatent par moment au milieu du silence de l'his- 
toire 1 . » Il est le premier épisode du mouvement antisémitique à 
Rome, mouvement enrayé bientôt par César et qui, reprenant à la 
suite d'un malentendu public sous Tibère, ne devait s'arrêter qu'à 
la faveur des persécutions contre les chrétiens sur lesquels il se 
détourna. 

L. Valérius Flaccus 2 , fils d'un consulaire qui était mort en Asie 
durant la guerre contre Mithridate, s'était élevé par dégrés jus- 
qu'à la dignité de préteur. Il en avait rempli les fonctions à Rome 
l'année du consulat de Gicéron et rendu à ce dernier des services 
signalés pour la répression de la conjuration de Catilina. L'année 
suivante il fut envoyé en Asie en qualité de propréteur et s'y con- 
duisit à peu près comme Verres à quelque temps de là s'était 
conduit en Sicile, c'est-à-dire en concussionnaire effronté. A son 
retour il fut accusé par D. Laelius, à l'instigation peut-être et 
certainement avec l'approbation de Pompée. Quoique le crime de 
concussion fût manifeste 3 , Hortensius et Cicéron (il ne fallait pas 
moins, paraît-il, que les meilleurs avocats et les plus populaires 
de la ville pour cette cause) réussirent à arracher un acquitte- 
ment. Cicéron avait un intérêt particulier à défendre chaleureu- 
sement un tel client : il comptait sur lui pour l'assister dans sa 
lutte contre Clodius, comme naguère il l'avait assisté contre Cati- 
lina. Cicéron refit donc en sens inverse le plaidoyer contre Ver- 
res : certains passages du discours pour Flaccus sont des chefs- 
d'œuvre de rouerie avocassière, de déguisements diplomatiques. 
Une partie de la cause fut plaidée sur le dos des Juifs : c'est la 
seule qui ici nous intéresse. 

Ce texte est si connu, il a été si souvent cité qu'il nous semble 
presque superflu de le reproduire 4 . Peut-être cependant n'a-t-on 
pas assez insisté sur sa portée et sa signification historique en ce 
qui concerne les débuts de la communauté juive à Rome. On sent 
que le mépris affiché par l'orateur est plus apparent que réel ; 



1 Ouv. cit., I, p. 1"2. 

1 Sur L. Valérius Flaccus, voir Pauly, Realencyclop., VI, 2, 2346. 

3 De manifestissimis criminibus exemit Cicero, Macrob., II, 1. C'est par le discours 
de Cicéron, 6, 14, qu'on soupçonne l'intervention de Pompée. 

* Nous mettons en note les passages essentiels : < Sequitur auri illa invidia ju- 

daici. Hoc nimirum illud est quod non longe a gradibus Aureliis haec causa dicitur : 

hoc crimen hic locus abs te, Leeli, atque illa turba (Judaeorum scil.) quœsita est : 

Scis quanta sit manus, quanta concordia, quantum valeat in concionibus. Summissa 

voce agam, tantum ut judices audiant ; neque enim desunt qui istos in me atque 

in optimum quemque incitent, quos ego, quo id facilius faciant non adjuvabo 

huic barbarae superstitioni resistere severitatis, multitudinem Judaeorum flagran- 

tem non numquam in concionibus prae republica contemnere gravitatis summae 
fuit. » 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 21 

qu'il diminue à dessein l'importance des victimes de Flaccus pour 
atténuer d'autant la faute de son client. Mais est-il paroles plus 
significatives, dans la bouche d'un tel avocat, que celles où il fait 
allusion au nombre des Juifs, à leur union, à leur influence dans 
les assemblées électives, où il montre leur multitude : Flagran- 
tem non nunqnam in concionïbus ? Si ces insinuations sont fon- 
dées, et il n'y a pas de raisons pour croire le contraire, Lselius 
soutenu dans ce procès par Pompée, est en réalité poussé par les 
Juifs, qui lui ont fait choisir jusqu'au tribunal le plus favorable à 
une manifestation publique, solennelle de leurs droits. 

Si nous ne savions, par une foule d'exemples fameux, que Gi- 
céron est passé maître dans l'art d'embrouiller les causes mau- 
vaises, d'accumuler les considérations accessoires qui vont à son 
but et d'atténuer le fait principal quand il le gêne, son plaidoyer 
contre les Juifs suffirait à le prouver. Que î'on s'en tienne à ce 
que l'avocat avoue, on ne concevra pas que des accusateurs 
sérieux aient compromis leur cause en ramassant un grief qui 
tombait de lui-même. Il est probable, quoi qu'en dise Gicéron, que 
de l'or arrêté, sous le prétexte de l'intérêt public, en divers en- 
droits de l'Asie, une quantité notable était restée aux mains de 
Flaccus ou de ses lieutenants ; plus probable encore que la dé- 
fense d'exportation n'avait eu pour but que de faciliter le vol *. 
Des juges romains n'auraient jamais condamné un magistrat pour 
avoir fait entrer dans lès caisses de l'Etat de l'or confisqué sur 
une nation mal soumise, la veille encore ennemie déclarée de 
l'empire. L'appel au fanatisme des Romains contre la religion 
juive avait précisément pour but de masquer ce côté faible de la 
défense. Des gens ennemis des dieux sont hors la loi : Flaccus les 
aurait-il volés quelque peu, qu'il faudrait lui en savoir gré. De 
même Milon, à supposer qu'il eût sans provocation assassiné 
Glodius, méritait des couronnes pour avoir débarrassé la répu- 
blique d'un citoyen dangereux 2 . Dans le cas de Milon, Gicéron 
tentait d'obtenir l'acquittement de son client en grossissant la peur 
que causaient depuis Catilina les représentants de l'anarchisme, 
en provoquant la reconnaissance pour en avoir été une fois de 
plus débarrassé. Dans celui de Flaccus, il le demandait aux pas- 
sions religieuses ; mais ici l'exemple de Pompée le gêne. L'expli- 

1 Cette exportation de l'or par les Juifs à destination du temple de Jérusalem est 
attestée par une foule d'autres témoignages. Voir notamment Philon, Légat, ad 
Caium, 23. La saisie de Flaccus porta sur cent livres d'or, ce qui ne devait pas 
représenter le total de la contribution. Voir une inscription juive, recueillie à Smyrnq 
dans le C. I. G., 9897, relative à une saisie semblable. 
. 2 Pro Mil, XXVII, 72 et suiv. 



jj HKYUE DES ETUDES JUIVES 

cation qu'il en donne est puérile et n'a dû convaincre personne l . 
N'est-il pas étrange en somme de voir le disciple de Platon et de 
Panétius, l'auteur du traité de la Natiwe des Dieux et de la Ré* 
publique, faire sonner si haut contre les Juifs vaincus leur oppo- 
sition toute passive aux traditions religieuses de Rome? Il est 
vrai que, le cas échéant, Cicéron eût tout aussi bien pris en mains 
la cause de la liberté de conscience contre les fanatiques d'un 
autre âge. Il défend Flaccus sur les mêmes faits pour lesquels il 
avait accusé Verres : son honnêteté d'homme et sa dignité de phi- 
losophe le suivent rarement sur le forum ; elles ne lui serviraient 
qu'à gagner les bonnes causes, et le métier oblige souvent à en 
plaider de mauvaises. 

Ce qui est plus curieux que le fond du procès de Flaccus, ce 
sont, en ce qui concerne les Juifs, les circonstances dans lesquelles 
l'orateur est obligé de parler. Par Cicéron nous apprenons la ra- 
pide organisation des Juifs en communauté distincte et influente. 
Ils sont là en grand nombre sur le forum Aurélien 2 , voisin sans 
doute du quartier où ils habitaient, entourant le tribunal et guet- 
tant avec avidité les paroles de l'accusation et de la défense. Leur 
rôle n'est pas passif, car l'avocat est obligé de compter avec leurs 
manifestations, et celles de leurs amis. Il a peur que les audi- 
teurs indignés ne couvrent sa voix et ne pèsent sur l'esprit des 
juges : il ne veut être entendu que de ces derniers. Sans doute 
que les anciens maîtres des Juifs, devenus leurs patrons, sont 
venus au tribunal pour les soutenir de leur influence ; sans doute 
que les esclaves de la veille, devenus patrons à leur tour, ont déjà 
toute une clientèle populaire, qu'ils amènent avec eux afin de 
marquer leur crédit. Cette assistance sympathique, aussi nom- 
breuse que déterminée, oblige un consulaire de l'importance de 
Cicéron à des précautions oratoires d'un genre particulier. C'est 
lui-même qui constate non seulement que les Juifs sont à Rome 
nombreux et unis, mais qu'ils ont une grande influence dans les 
assemblées politiques : in concionibus. Déjà le souvenir de leur 
servitude s'est effacé. Ils sont citoyens libres, électeurs influents, 
meneurs redoutables ; il ne faut rien moins qu'un témoignage de 
cette autorité, pour que nous ne criions pas à l'invraisemblance. 

1 Pro Flac, 67 et 68 : At Cn. Pompeius captis Hierosolymis Victor ex illo fano 
nihil attigit. In primis hoc ut multa alia, sapienter ; in tam suspiciosa ac maledica 
civitate locum sermoni obtrectatorum non reliquit. 

* Sur les Gradus Aurelii, partie du Forum où se plaida Paffaire, voir Pro Quint., 
34 ; Pro Seccto, 15 ; In Pison., 5. Il semble que le tribunal, avec son escalier de 
pierre, fournit à une affaire importante une tribune plus solennelle. C'est pour cela 
que Laelius et les Juifs l'ont choisi. Il avait été élevé par M. Aurelius Cotta, consul 
en 680 U. C. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 23 

Le fait même de l'or exporté, non plus seulement des contrées 
grecques et asiatiques, où les Juifs se livraient à un commerce 
lucratif depuis de nombreuses années, mais de l'Italie même où 
ils avaient abordé comme prisonniers de guerre trois ans aupa- 
ravant, atteste leur activité et leur intelligence. Cicéron n'insiste 
pas sur cette richesse si vite acquise, pour détourner sur les ad- 
versaires de Flaccus l'envie que lui avaient value ses concus- 
sions : Invidia auri judaici. Mais le mot est lancé, quoique avec 
un autre sens, et il fera son chemin dans les esprits. N'est-il pas 
étrange de constater qu'aujourd'hui, comme alors, il est au fond 
de toutes les manifestations antisémitiques ? 

Trois ans après le plaidoyer pour Flaccus, dans le discours 
pour les Provinces consulaires 1 , Cicéron trouvera moyen encore 
de condenser en quelques mots l'expression de sa fierté mépri- 
sante pour les Juifs asservis et aussi la constatation de leur puis- 
sance financière. Après le départ de Pompée, Gabinius, son lieu- 
tenant, avait continué les opérations militaires, pacifié la Syrie, la 
Palestine, l'Egypte et, de concert avec Pison, organisé l'adminis- 
tration de ces provinces. Cicéron, leur adversaire politique, leur 
reproche d'avoir, dans cette œuvre, asservi les malheureux pu- 
blicains, que l'on ne savait pas si dignes de pitié, aux Syriens et 
aux Juifs, nations nées pour la servitude. L'expression par 
elle-même, dans la bouche d'un Romain, ne tire pas à conséquence. 
Elle sert dans le langage courant à désigner les Orientaux en 
général 2 : réduits sans trop de peine par les armées romaines et 
d'ailleurs soumis de tout temps à des royautés absolues, les Asia- 
tiques apportaient dans leurs rapports avec les Occidentaux, la 
résignation que leur commandait la défaite, la souplesse dont un 
long passé leur avait fait une habitude. On peut dire cependant 
que, devant l'opinion romaine, la constance des Juifs à conserver 
leur foi, comme aussi leur résistance particulièrement acharnée à 
la conquête qui ne devait pas être définitive avant un siècle, n'an- 
nonçaient rien moins qu'un tempérament servile. Cicéron n'avait 
pas à y regarder de si près. 
S'il en faut croire Plutarque 3 , il n'a pas seulement injurié les 

1 De Prov. consul., V, 10 : « Jam vero publicanos miseros. .. tradidit in servitutem 
Judaeis et Syris, nationibus natis servituti. » 

2 L'orateur pour Flaccus tire son principal argument du caractère méprisable des 
témoins orientaux qui chargeaient son client. Cf. Juvénal, i, 104 : Quamvis natus ad 
Euphratem. C'étaient surtout les Egyptiens qui inspiraient ce mépris; voir Suidas, 
au mot aîyuîmàÇeiv identique à Travoupyeïv xai xocxorporcsuscrôat ; et encore Juvénal, 

i, 130 : nescio quis ^Egyptius atque Arabarches, cujus ad effigiem non tantum 

meiere fas est. 

3 Vie de Oie, 9. Cf. Havet, ouv. cité, II, p. 150. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Juifs dans le discours pour les Provinces consulaires après les 
avoir mis hors la loi dans le plaidoyer pour Flaccus: il savait au 
besoin les plaisanter agréablement; nous citons l'anecdote dans le 
naïf langage d'Amyot : « Les Romains appellent un pourceau qui 
n'est point chastré Verres, c'est-à-dire un verrat. Or y avait-il un 
nommé Cécilius fils d'un serf affranchy, qui était soupçonné d'a- 
dhérer à la loi des Juifs. Gestuy Cécilius voulait débouster les 
Siciliens de cette accusation de Verres, et que la charge de l'ac- 
cuser luy fust baillée à luy seul. Cicéron se mocquant de cette 
siene poursuitte, luy dit : Quelle chose peut avoir un Juif à 
démesler avec un verrat? Pour autant, ajoute le traducteur 
dans une note, que les Juifs ne mangent point de chair de 
pourceau. » 

Le procès de Verres étant de dix années antérieur à la guerre 
de Judée, si le bon mot prêté à Cicéron n'a pas été fabriqué après 
coup, il est pour le moins curieux d'observer que déjà alors il y 
avait à Rome des Juifs et que l'on plaisantait publiquement des 
particularités de leur culte 1 . 

Ainsi le premier des orateurs latins, celui dont la postérité a 
eu soin de recueillir les écrits et de noter les paroles, a plusieurs 
fois dans sa carrière trouvé les Juifs sur son chemin et a été 
amené parles circonstances à leur donner place dans ses discours. 
C'est sous ce fameux consulat, qu'il a cru devoir célébrer en prose 
et en vers pour tout ce qui est arrivé d'heureux cette année-là à 
l'empire romain, que le temple de Jérusalem a été violé par 
Pompée ; c'est peu de temps après que le roi détrôné Aristobule 
et des prisonniers nombreux, conduits de force à Rome, y ont 
organisé la première communauté. C'est un plaidoyer judiciaire de 
Cicéron, puis une de ses harangues politiques qui nous attestent, 
de la façon la moins obscure, que les Juifs, quoique rançonnés et 
tributaires, n'ont pas tardé à conquérir et l'influence et la ri- 
chesse qui forcent l'aristocratie romaine à compter avec eux, qui 
mettent dans leur dépendance une fraction notable de la classe 
populaire. 

Il est évident que les Juifs n'ont pu tenir la fortune qui leur 
donnait cette puissance que du travail et de l'activité intelligente. 
Mais si l'argent en peu de temps les avait rendus considérés, il 
les désignait aussi aux jalousies ; il rappelait que ces hommes 
assez habiles, assez économes pour passer en trois années de 

1 C'est une présomption de plus à ajouter à celles qui nous font croire à l'existence 
d'une petite communauté juive à Rome antérieurement à l'année 62. Suidas parle 
également d'un Cécilius, Sicilien et Juif, comme celui qui figure dans le Drocès de 
Verres. Cf. une inscription judaïque de Syracuse, C. I. G., 9895. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 2:j 

l'état de servitude à une puissance politique, ne pratiquaient pas 
le même culte que leurs vainqueurs, que seuls dans Rome ils 
affectaient de ne pas entrer dans les temples de tout le monde, 
qu'ils vivaient à l'écart, avec des pratiques bizarres dont ils 
se faisaient des devoirs sacrés. Étrangers vaincus par les armes, 
croyants irréconciliables dans leur foi, travailleurs enrichis par 
l'économie, ils appartenaient trois fois à la persécution. C'est 
merveille qu'elle ait tardé si longtemps à se déchaîner sur eux. 
Bien loin que les menaces qui grondent dans le plaidoyer pour 
Flaccus aient trouvé tout d'abord un écho, il semble au contraire 
que certains penseurs de Rome, de la société même de Cicéron, 
se soient rendu compte avec une visible sympathie du principe 
fondamental de leur religion. Varron, dans son grand traité des 
Antiquités, le plus considérable de ses nombreux ouvrages, traité 
contemporain de la conquête de Jérusalem par Pompée, faisait 
remarquer que les Romains, pendant près de deux siècles, avaient 
honoré les dieux sans simulacres ni images, et il ajoutait l : « Si 
cet usage s'était maintenu, le culte divin serait resté plus pur. » 
Il n'y a pas de raison de refuser notre créance à saint Augustin 
lorsqu'il affirme qu'entre autres exemples d'un culte idéal, le cé- 
lèbre polygraphe citait celui de la nation juive. Il y a même dans 
cette assimilation un argument de plus qui nous permet de faire 
concorder la composition de cette partie du livre avec le retour de 
Pompée et de ses lieutenants. Varron, en sa qualité d'archéologue 
religieux, ne pouvait pas ne pas s'intéresser vivement aux idées 
des nations étrangères sur la nature divine, qui faisait l'objet de 
ses recherches.de prédilection. Il avait conversé avec les officiers 
qui, ayant pénétré dans le sanctuaire de Jérusalem et vainement 
cherché pour l'ornement du triomphe l'image d'un Dieu nouveau, 
lui firent part de leur surprise, lui communiquèrent les explica- 
tions que les vaincus leur avaient fournies sur place. Ce n'était 
plus seulement le superstitieux Pompée qui s'inclinait avec res- 
pect devant la divinité sans simulacre; mais le philosophe Varron, 

1 Var. chez St August., Civ. Div., IV, 31, 2. Plutarque, Vie de Numa, 8, dit que 
les temples et les chapelles sans images durèrent 170 ans (ayaX[xa S'oOôèv Iu.u.opov 
7roioù[i.£vot. . .) Voici les paroles de saint Augustin : « Gui sententiae suae testem 
adbibet inter cetera etiam gentem Judaeam : nec dubitat eum locum ita concludere ut 
dicat, qui primi simulacra deorum populis posuerunt, eos civitatibus suis et metum 
demsisse et errorem addidisse. » L'ouvrage de Varron était dédié à César, grand 
pontife (Aug., Civ. Div., VII, 35 ; Lactance, liist., I, 6, 1) ce qui donne comme date 
probable de la publication Tan 47 av. J.-C. ; il y a quatorze ans qu'a eu lieu le 
triomphe de Pompée. Comme l'œuvre comportait 41 livres, il n'est pas téméraire de 
conjecturer que la réflexion ci-dessus fut inspirée à Fauteur par les événements 
de Judée, elle n'aurait guère pu lui venir sans la conquête du temple. Cf. Havet, 
II, p. 153. 



m ÏIEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'auteur de la division fameuse qui attribuait aux esprits éclairés 
une religion spéciale, cite ce culte comme un modèle dans son plus 
fameux ouvrage ! ; il regrette que ses compatriotes depuis les temps 
de Numa y aient renoncé. Est-il téméraire de conjecturer que 
ces idées, dont Varron est l'interprète devant la postérité, mais 
dont il n'était certes pas l'unique représentant, ont dû contribuer, 
dans une large mesure, à assurer la sécurité de la communauté 
juive dans Rome ? 

Les passions populaires ne se sont pas soulevées encore : il y a 
trop peu de temps que les Juifs sont arrivés misérables, vaincus, 
asservis; ils ne sont pas désignés dès le premier jour aux con- 
voitises jalouses. Quant aux classes dirigeantes, elles ne peuvent 
manquer d'être sympathiques à une race sobre, laborieuse, éco- 
nome, aux adorateurs d'un Dieu qui rappelle celui de Platon, aux. 
fauteurs d'un culte qui avait de nombreuses analogies avec l'an- 
cien culte romain tel que l'avait organisé le roi Numa 2 . De ce 
moment datent pour les Juifs à Rome une suite d'années pros- 
pères et tranquilles, durant lesquelles ils fortifient la situation 
acquise et conquièrent des privilèges nouveaux. 



III 



En attendant que César, s'emparant de la dictature, refondit 
dans son ensemble l'organisation de la république romaine qui 
craquait de toutes parts par l'accumulation d'une foule d'éléments 
nouveaux de prospérité ou de ruine, la situation des Juifs à Rome 
et dans le reste de l'Empire allait demeurer provisoire. 

Leur annexion, incomplète plus que toute autre, puisqu'elle 
n'avait pu s'étendre aux consciences insaisissables, à la religion 
intraitable, constituait à ce titre une exception, reposait sur un 
privilège formel. Jusqu'à ce jour toute nation incorporée par la 
force ou par l'alliance au vaste empire romain lui livrait d'elle ce 
qui était profane et ce qui était sacré 3 . Seul le Dieu des Juifs 

1 Sur les Trois religions, selon Varron, cf. St Aug., Civ. Div., VI, 5; IV, 27. 

2 L'analogie du judaïsme et de la religion organisée par Numa a été remarquée 
par Tertullien : Nonne manifesto diabolus morositatem illam Judaicm legis imitatus 
est ? dit-il du confident de la nymphe Egérie. De Presser, hœrct., 40 ; cf. Apolog., 
21 et 25. 

3 Liv., XXVIII, 34, 7 : « Mos vetustus erat Romanis, cum quo nec faedere nec 
acquis legibus jungeretur amicitia, non prius imperium in eum tanquam pacatum 
uti, quam omnia divina humanaque dedidisset ». Cf. id., I, 38; VII, 31 ; XXVI, 32 
et 34 ; Plaut., Ampkitr,, 258 ; Polyb., XXXVI, 2. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 27 

n'avait pas capitulé dans son temple ; seul des dieux conquis, il 
n'avait pu figurer dans le cortège triomphal de Pompée 1 ; seuls 
aussi d'entre tous les Orientaux vaincus, les Juifs enchaînés au 
char du triomphateur avaient refusé leurs hommages aux divi- 
nités du Capitole, aux aigles qui devant le soldat victorieux et 
devant le prisonnier dompté en personnifiaient la souveraine 
puissance. Les résistances des croyants de Jérusalem aux gouver- 
neurs romains qui leur demandaient des actes contraires à leur 
foi 2 ne prouvent pas absolument que leurs coreligionnaires em- 
menés à Rome, ceux-là surtout qui y étaient venus volontairement 
après la conquête, aient été aussi intraitables. Il ne nous paraît pas 
douteux que loin du temple, par la contrainte en quelque sorte 
inévitable des choses, les membres de la communauté romaine ne 
se soient relâchés sur bien des points de la rigueur des prescrip- 
tions légales, en ce qui concernait les rapports publics et privés 
avec les gentils. Tout ce qui dans la pratique du culte était intime 
et personnel, la circoncision, les jeûnes, l'abstention de certains 
aliments, les ablutions, les prières, a pu passer longtemps ina- 
perçu ; même constatées par les sectateurs du polythéisme, ces 
pratiques ne devaient causer qu'une médiocre surprise et à peine 
provoquer, au début surtout, qu'une raillerie tempérée par le res- 
pect. Dans tous les cas, il n'y avait là aucun motif d'irritation ou de 
haine. Depuis la soumission de la Grèce et de l'Orient, Rome était 
devenue le réceptacle des superstitions les plus variées et les plus 
bizarres. Avant que les moralistes les censurassent, avant que les 
satiriques en fissent des gorges chaudes, le vulgaire avide de nou- 
veauté, cherchant partout de quoi raviver une piété blasée sur les 
anciens dieux, de quoi rajeunir une religiosité usée par l'habitude, 
les accueillait avec sympathie, presque avec crainte. Les Juifs 
bénéficièrent de ces sentiments comme les adorateurs d'Isis ou de 
Mithras 3 . Il leur suffisait, pour avoir tout au moins la paix et pré- 
venir les tracasseries, de s'abstenir de tout prosélytisme actif, ce 
qui dut leur paraître d'autant plus facile d'abord, qu'ils avaient 
tout intérêt à vivre cachés. Tant qu'ils se trouvèrent dans une 



1 Prudence, Contre Symmach., II, 350 : « Inter fumantes templorum armata ruinas 
dextera victoris simulacra hostilia cepit et captiva domum, venerans ceu, numina 
vexit ». Cf. S. Aug.,Zte Consens. Evang., I, 12 ; Minut. Fel., Octav., 6, 4; Digest., 
XI, 7, 36. 

2 Voir l'histoire des aigles romaines à Jérusalem sous le gouvernement de Pilate, 
Josèphe, Ant. Jud., XVIII, 3, 1, et Bel. Jud., II, 9, 2 et suiv. ; Contre Apion, 
II, 6, p. 474. 

3 Arnob.,II, 73 : « Quid, vos ^Egyptiaca numina, quibus Serapis atque Isis est 
nomen, non post Pisonem et Gabinium consules in numerum vestrorum retulistis 
deorum » ? 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

situation dépendante, esclaves chez les particuliers de Rome, 
l'observation stricte du sabbat, pour laquelle ils ne semblent avoir 
fait de concessions à personne, devait leur causer certains en- 
nuis ! . Mais le bourgeois romain était au fond le plus tolérant des 
hommes, le plus capable de comprendre, d'excuser et au besoin de 
partager toutes les superstitions. Comme le repos du sabbat com- 
pliquait le service dans les maisons où il y avait des Juifs esclaves, 
ceux-ci en tirèrent cet avantage, d'obtenir plus aisément l'affran- 
chissement. La majorité des Romains se serait fait un scrupule de 
châtier un serviteur étranger, à propos d'observances religieuses; 
mais ils ne se souciaient pas non plus d'en garder, qui sous pré- 
texte de religion passaient, comme diront Sénèque et Juvénal, la 
septième partie de leur existence à ne rien faire 2 . 

Plus tard lorsque la qualité de citoyen obligeait les Juifs, dans 
les comices par exemple, à assister aux sacrifices et à la céré- 
monie des auspices, il leur suffisait de garder une attitude silen- 
cieuse; dans la cohue de ces assemblées, nul ne devait songer à 
l'interpréter à mal. 

Il n'y avait vraiment qu'une seule circonstance publique où la 
fidélité du Juif aux prescriptions de sa loi le désignait à ses 
maîtres devenus ses concitoyens, comme une sorte de réfractaire 
et d'ennemi public. C'était la formalité du serment militaire 3 , 
prêtée sur les enseignes, à haute voix, au milieu d'un appareil de 
religion payenne qui ne permettait pas de considérer cet acte 
comme une cérémonie indifférente. Le Juif devenu citoyen, et par 
là soumis à la loi commune du recrutement, se trouvait ainsi placé 
entre sa conscience de croyant hostile aux idoles et ses obligations 
civiques. Qu'il y ait eu là une occasion de tiraillements, de diffi- 
cultés, nous le devinons par l'exemption du service militaire 
octroyée, comme nous le verrons, aux Juifs par César. Mais nous 
ne savons si, jusqu'au jour d'une réglementation toute en faveur de 

1 En l'absence de textes formels affirmant la chose, je me refuse à admettre que 
l'observance du sabbat ait valu aux Juifs esclaves, de la part de leurs maîtres, des 
châtiments corporels, comme le disent certains auteurs. Voir l'article de M. Réville 
sur les livres de Jost et de Graetz dans la Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 
1867, sous ce titre : Le peuple juif sous les Asmonéens et les Hérodes, p. 321 : « A 
moins de les rotier de coups — et cela ne réussissait même pas toujours — il n'y 
avait pas moyen, vu leurs innombrables scrupules religieux, d'utiliser leurs services. » 

2 Senèque, chez S. August., Civ. Div.,Vl, 11 ; Juv., xiv, 105. Nous reviendrons 
plus tard sur ces passages. L'auteur de la xiv e satire n'a fait que mettre en vers la 
pensée de Sénèque. 

3 Sur le Sacramentum militare, voy^z Huschke : Die multa und das sacramentum, 
Leipzig, 1874, p. 368 et suiv. Sur la signification religieuse des aigles considérées 
comme le numen de la légion, cf. Senèque, ep. 95 : « Primum militiae vinculum est 
religio et signorum amor. . . .; Val. Max., VI, 1, 11 : « Sacratae aquiUc ». Cf. 
Tacit., Ann., II, 17 : < ... aquilae... propria legionum numina ». 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 2«J 

ces réfractaires d'un nouveau genre, il y eut des châtiments in- 
fligés, une contrainte exercée, si les généraux romains se conten- 
tèrent avec les soldats juifs d'un serment spécial, ou s'ils les 
dispensèrent de tout serment 1 . Du reste la nouvelle organisation 
militaire, qui avait mis fin au service obligatoire et universel, et 
tendait à transformer de plus en plus les armées romaines en 
troupes mercenaires, offrit aux Juifs des moyens commodes de se 
soustraire à des devoirs gênants 2 . Jadis les capite censi, c'est-à- 
dire les citoyens trop pauvres pour payer l'impôt étaient, sauf les 
cas extraordinaires, jugés indignes de porter les armes pour la 
patrie : les riches seuls étaient admis à cet honneur. Avec le pro- 
grès du luxe et la transformation de l'esprit public, ce fut tout le 
contraire; les riches se rachetèrent à prix d'argent, et les pauvres, 
les affranchis mêmes, les esclaves et les gladiateurs furent, moyen- 
nant un salaire, engagés pour la défense des frontières. Les Juifs 
qui avaient trouvé sans peine à acheter leur liberté, pouvaient 
légalement encore obtenir leur exemption du service militaire, 
jusqu'au jour où un édit de César les en dispensa de droit. 

Au sein de l'agitation que les démêlés de Pompée et du futur 
dictateur allaient entretenir à Rome et dans tout l'empire, les Juifs, 
désintéressés du fond de la querelle et voyant les Romains trop 
occupés d'eux-mêmes pour prendre garde aux nouveaux venus, 
pouvaient ainsi tout à l'aise tâter la législation de leurs maîtres, 
apprendre à en éluder ce qui froissait leurs convictions, à exploiter 
ce qui leur constituerait loin de Jérusalem l'indépendance reli- 
gieuse, le seul de leurs intérêts, mais aussi le plus précieux, qui a 
priori ne paraissait que médiocrement assuré, pour ne pas dire 
compromis sans remède. Quelque part que les Juifs se fussent jus- 
qu'alors fixés dans l'empire, ils avaient cherché à se constituer en 
communauté distincte, non pas en vue d'un isolement politique, 
mais parce que leur foi, absolument différente des cultes poly- 
théistes, souffrait d'un mélange avec les payens, quels qu'ils 
fussent. Cette prétention qui tendait, au moins en apparence, à 
constituer une cité dans la cité, un Etat clans l'Etat, ne pouvait 
manquer de désigner ceux qui l'affichaient, à l'attention mal- 
veillante, soupçonneuse des pouvoirs publics. Nous voyons en effet 
par une foule d'indices, qu'en Egypte, en Syrie, dans les Iles de 
l'Archipel, partout où des communautés juives s'étaient organisées, 

1 La preuve d'une grande tolérance des Romains à l'égard des Juifs en ces ma- 
tières ressort de ce passage de Josèphe, Contre Apion, II, 6, p. 474, dont il n'y a plus 
que le texte latin : « Itaque derogare nobis Apion voluit, quia imperatorum non sta- 
tuamus imagines, etc. ». 

2 Marquardt-Mommsen, Roein. Staatsverwalt. II, p. 416 et suiv. 



30 REVUE ni:s KïTDKS JUIVES 

il y eut des tiraillements de ce cliei', des méfiances officielles, et 
comme une connivence des magistrats avec le fanatisme populaire 
qui, lui, s'autorisait, pour courir sus aux Juifs, de causes d'un ordre 
moins théorique l . A Rome môme l'existence de confréries et de 
collèges payens, qui faisaient partie non pas seulement de l'orga- 
nisme religieux mais de la vie sociale depuis plusieurs siècles, 
offrit aux Juifs pour se constituer, eux aussi, en communauté 
séparée, des facilités inattendues -. 

Ils n'eurent, à vrai dire, qu'à détourner pour leur usage une ins- 
titution romaine par excellence, qui remontait, pour le moins, au 
roi Numa,qui était consacrée par l'antique loi des Douze Tables et 
avait passé dans les habitudes. Chaque fois qu'une conquête par les 
armes ou une annexion par l'alliance amenait à Rome, soit une 
divinité nouvelle, soit une forme particulière d'un culte déjà exis- 
tant, chaque fois que la piété des masses, surexcitée par des fléaux 
ou des désastres, donnait droit de cité à un ensemble de céré- 
monies qui, une fois accomplies, devenaient par là même pério- 
diques, il se fondait pour honorer le dieu et vaquer au culte, des 
collegia ou sodalitates , calqués sur les collèges des Pontifes, sur 
les grandes confréries des Saliens, des Arvales ou des Decemvirs 
« sacris faciundis ». C'est-à-dire que les membres de certaines 
familles, puis de certains corps de métier prenaient la religion 
nouvelle à leur charge, faisaient du dieu leur protecteur spécial 
et célébraient sa fête, suivant le rite conservé par tradition au 
sein de la Gonfrérie. Entre les membres de ces communautés sa- 
crées s'établissaient ainsi des rapports qui équivalaient à ceux 
d'une étroite parenté 3 et aboutissaient à des immunités, à des 
privilèges d'ordre social ou politique. Il y en a qui furent de 
véritables sociétés de secours mutuels, fondées en vue des cir- 
constances graves de la vie, d'autres qui se proposèrent plus 
spécialement de pourvoir aux funérailles de leurs membres, 

1 Voir sur les tracasseries et les persécutions dont les Juifs sont l'objet à Alexan- 
drie, Josèphe, Ant. Jud., XVIII, 8, 1 ; XIX, 5, 2 ; Bel. Jud., II, 18, 7; à Antioche, 
id., Bel. Jud., VII, 3, 3 et suiv. ; à Ephèse, id., Ant. Jud., XVI, 6, 5 ; 6, 7, etc. 
Voir encore V\xù..,Leg. ad Caium, 28 : ou yàp riyvoei ye ôvxaç 'Iouoaîouç, otç 5 aya7nr]TOv 
x6 [ay] eXarroOaOai. Les Juifs étaient trop heureux quand on ne leur faisait point de 
tort au profit d'autrui. Cf. Friedlaender, IV, p. 294 et suiv. 

2 Sur ces collèges, voir le traité classique de Mommsen, De collegiis et sddaliciis 
Romanorum, Kiel, 1843, Marquardt- Mommsen, Roem. Staatsverw., III, p. 131 et suiv. 
Boissier, Religion romaine d'Auguste aux Antonins, II, p. 267 et suiv. : Les classes 
inférieures et les associations populaires. 

3 Voir Cic, De pet. consul., V, 16, et Brut., 45, 166, et la définition de Gaius, 
Digest., XLVII, 22, 4 : « Sodales sunt qui ejusdem collegii sunt, quam Graeci 
êraipiav vocant. Philon, Contra Flac., I, p. 45, édit. Tauchn. (II, 518, Mang.), dit de 
Flaccus : xàç ie sraipeiaç xai avvoSovç, aï àsc êVt Trpofàasi ôuaiwv elcmûmo., .. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE :>,] 

d'honorer par des offrandes perpétuelles la mémoire des morts. 
Comme bien on pense, les compétitions électorales et les ambi- 
tions politiques se faisaient de ces confréries, longtemps défendues 
par leur origine et leur essence religieuse, un point d'appui *. 
L'année qui précéda la conquête de Jérusalem les vit, pour ce 
motif, interdire par un sénatus-consulte à l'instigation de l'aristo- 
cratie que menaçait le parti de Catilina. Clodius les fit rétablir en 
58, juste au moment où par le discours de Flaccus nous pouvons 
constater le nombre, l'union, l'influence politique des Juifs. Les 
termes mêmes dont Cicéron se sert, en parlant d'eux, semblent 
indiquer qu'il les considère comme formant une véritable soda- 
litas, ayant sa signification religieuse et sa puissance électorale 2 . 
Peut-être y a-t-il là comme une insinuation perfide de l'orateur 
qui, dans un temps où les menées de Clodius renouvelaient les 
terreurs naguère causées par la conjuration de Catilina, avait 
chance d'influencer quelques timides parmi les juges, en jetant 
sur les adversaires de Flaccus le soupçon de société secrète. S'il 
n'est question nulle part d'un collegium Jiidœorwn, c'est que les 
Juifs présents à Rome se contentèrent de tirer parti de l'institu- 
tion, mais se gardèrent d'en prendre l'enseigne devenue compro- 
mettante. Etablis les uns près des autres dans certains quartiers 
déterminés, se retrouvant au jour du sabbat dans les lieux de 
prière où seuls ils avaient accès 3 , les Juifs constituaient à Rome de 
tous les collèges existants le plus compact, le plus uni; séparés par 
les intérêts moraux et religieux du reste de la population, ils se 
sentaient d'autant plus portés à se secourir, à se défendre les uns 
les autres. Cette organisation en confrérie qui les rendit suspects 
lorsqu'elle devint un privilège, pouvait au début presque passer 
inaperçue; en tout cas, elle était légale; et les Juifs, parmi les na- 
tions soumises, n'étaient pas seuls à en tirer parti : les adorateurs 
d'Isis et de la grande Mère de Phrygie l'avaient également adap- 
tée à leur culte 4 ; ceux-là faisaient ouvertement des processions 



1 Ascon., p. 75 : « Fréquenter tum etiam cœtus factiosorum hominum sine publica 
auctoritate malo publico fiebant, propter quod postea collegia S. C. et pluribus legibus 
sunt sublata prœter pauca atque eerta, quse utilitas civitatis desiderasset, ut fabrorum 
lictorumque ». Cf. pour la suppression, le même, p. 7, avec le commentaire de 
Mommsen, ouv. cit., p. 74. 

2 « Scis quanta sit manus, quanta concordia, quantum valeat in contionibus », Pro 
Flac, 28, 6. 

3 Phil., Légat, ad Caiuni, 23 : e«î<rxaxo cùv xat Trpo^eu^àç ëxovTaç xa ' ouviovxaç 
s; ouixàç xat {/.àXiaxa xatç lepaù; éêôojxaiç, ôxs ôr)u.oaia xrjv Tcàxpiov iratôeûovxat 
çiXoaooptav. 

4 II y a une mention d'un collegium hidis dans une inscription, Orelli, 1878 ; 
d'un Sodalicium Isidis C. I. L., II, 3730 ; des Isiacik Pompéi, Henzen, 6028. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

où ils exhibaient les objets sacrés, c'est-à-dire le irdaTdç, sorte de 
châsse où reposaient leurs divinités, et le pin sacré, symbole du 
dieu Attis l . 

Tandis que les Juifs profitaient ainsi pour s'organiser, à Rome, 
suivant la loi et la coutume héréditaire, des institutions existantes, 
César livrait au parti de l'aristocratie routinière, bornée, tyran- 
nique en matière religieuse, aussi bien que politique, une lutte où 
le suivaient avec sympathie et les vaincus des dernières guerres, 
résignés aux conséquences de leur défaite, et la grande majorité 
du parti démocratique, impatient d'un nouvel ordre de choses. Les 
Juifs à qui le vieil esprit romain était éminemment défavorable, 
(car ils n'en pouvaient attendre ni la sécurité des consciences ni le 
libre exercice du culte), sentaient instinctivement que leur cause 
était liée à celle de César, intelligence ouverte, sceptique, positive 
et par conséquent libérale. Pour cette seule raison, les Juifs, aussi 
bien à Rome qu'en Palestine, firent des vœux pour la défaite de 
Pompée ; ils y contribuèrent dans la limite de leurs ressources 2 . 
A ce premier motif se joignait la haine que les croyants zélés 
avaient vouée au violateur du temple. De même qu'ils applaudi- 
rent à la défaite de Crassus par les Parthes, parce qu'en passant 
il avait pillé le trésor sacré de Jérusalem, précédemment respecté 
par Pompée 3 , ils accueillirent le crime de Pharos comme un châ- 
timent providentiel, comme une sorte de revanche. César leur 
parut l'instrument choisi par Dieu pour l'accomplissement de ses 
desseins. Ajoutons que les Pompéiens en Orient firent tout au 
monde pour exaspérer encore les ressentiments des Juifs, en em- 
poisonnant Aristobule, l'héritier des Macchabées que César avait 
fait mettre en liberté et en coupant la tête à son fils Alexandre 4 . 
Hyrkan, d'abord hésitant dans la grande lutte où se jouissait le 
sort du peuple de Dieu avec celui de l'empire, suivit les conseils de 
l'Iduméen Antipater ; il prit franchement parti pour César. Tous 
deux y gagnèrent d'évincer la race des Macchabées qui n'était 
plus représentée que par Antigone. Ils obtinrent de la recon- 
naissance de César, pour eux-mêmes le sacerdoce et la royauté, 
pour la nation entière, les plus beaux privilèges qu'elle eût pu 
espérer. 

1 Sur les Pastophores voir Pline, H. N., VIII, 71, et Apul., Met., XI, p. 250, 260, 
262. Sur les Dendrophores et le culte public de la Magna Mater, Preller, Éoetn. 
Myth., p. 736. 

2 Sur les rapports publics de César et des Juifs, voir les chapitres très importants 
de Josèphe, Ant. Jud., XIV, 7, 4 et suiv., et Bel. Jud., I, 8, 1 et suiv. 

3 Ant. Jud., XIV, 7, 1 et 3 ; Bel. Jud., I, 8, 8. 

4 Ant. Jud., XIV, 7, 4, Alexandre est tué par Scipion sur l'ordre de Pompée , cf. 
Bel. Jud., 1,9, 2. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 33 

Les temps de la dictature furent pour les Juifs dans l'empire 
romain l'âge heureux après l'asservissement. Aucun texte ne 
nous dit d'une manière formelle les raisons qui dictèrent à César 
sa conduite large et tolérante à l'égard des Juifs. Mais il est aisé 
de les supposer. Nous laisserons aux dramaturges, aux roman- 
ciers, les explications tirées de services rendus et d'argent prêté 
dans les circonstances difficiles où César engagea la lutte contre 
l'aristocratie l . Les hommes politiques sont généralement disposés 
à accepter les services d'où qu'ils viennent, lorsqu'ils jouent 
quelque grosse partie ; ils promettent alors autant de reconnais- 
sance qu'ils souscrivent d'intérêts pour le cas du succès. Mais le 
lendemain de la victoire, si la popularité ou la raison d'État y invi- 
tent, ces promesses sont vite oubliées. Il n'est pas impossible que les 
titres des Juifs à la reconnaissance de César aient été de diverses 
sortes ; pour y faire honneur, le dictateur n'eut pas à déroger aux 
principes de sa politique, à sacrifier son idéal de gouvernement. 
Comme l'a dit dans les meilleurs termes M. Mommsen, qui, en sa 
qualité d'allemand, n'est du reste rien moins que bienveillant pour 
les Juifs 2 : « N'étaient-ils point créés exprès pour avoir leur place 
dans l'empire, dans cet État bâti sur les ruines de cent États di- 
vers ayant eu leur vie propre, dans cette nationalité nouvelle en 
quelque sorte abstraite, aux angles à l'avance émoussés? Le 
judaïsme dans l'ancien monde apportait, lui aussi, un ferment 
actif de cosmopolitisme et de désagrégation des peuples. C'était 
donc toute justice qu'il entrât dans l'orbite de la cité césarienne, 
cité universelle par son principe politique, cité de l'humanité par 
son principe national. » César, avec le coup d'œil profond et sûr 
qu'il apportait en toutes choses, pénétra-t-il la force moralisatrice 
du judaïsme, sous l'enveloppe de pratiques bizarres qui le mas- 
quait aux regards du vulgaire ? Eut-il le pressentiment du rôle 
immense que cette force allait être appelée à jouer dans un avenir 

1 Nous nous souvenons d'avoir lu un Vercingétorix où l'auteur, dont le nom nous 
échappe, avec une connaissance assez exacte des choses romaines, fonde les rapports 
de César et des Juifs sur des questions d'argent. La chose n'est pas impossible ; les 
Juifs de Rome auraient fait preuve de perspicacité en s'intéressant ainsi à la cause 
du futur dictateur. Est-il nécessaire d'ajouter que, sauf la constatation des dettes de 
César (Suét , Cas., 13,54), l'histoire sérieuse ne fournit absolument aucun témoignage 
en ce sens ? Avec un peu de fantaisie on peut voir un Juif dans l'affranchi, client de 
César, à qui son illustre patron doit de l'argent ; ib. 2 : Per causant exigenda pecunia, 
qua deberetur cuidam libertino, clienti suo. Suétone atteste, d'autre part, en rappor- 
tant de lui un mot des plus énergiques, sa reconnaissance pour tous ceux qui l'avaient 
servi dans la mauvaise fortune. Voy. ib., 72 : « Quosdam etiam infimi generis ad 
amplissimos honores provexit, etc. ». Nous voyons par Josèphe, Ant. Jud., XIV", 
9, 3, qu'Antipater poussait Hyrkan à envoyer de l'argent aux Romains et s'en attri- 
buait le mérite. Les Romains, c'était évidemment César. 

2 Hist. rom., trad. Alexandre, t. VIII, p. 166 ; cf. ib., p. 114. 

T. VIII, N° 15. 3 



; i REVUE DES ETUDES JUIVES 

prochain, pour le rajeunissement d'un monde qui se désagrégeait? 
Le génie du dictateur, fut tel que cette supposition n'a rien d'in- 
vraisemblable. Lors même qu'il se serait arrêté au principe nette- 
ment entrevu et délibéré de la liberté de conscience, de l'égalité 
de tous les cultes devant la loi se faisant exclusivement civile et 
humaine (et nous ne croyons pas qu'on puisse refuser à César le 
mérite de cette clairvoyance), il faudrait lui en savoir gré comme 
de l'une des conceptions les plus étonnantes qui pût surgir en un 
cerveau payen et romain ' . 

Quoi qu'il en soit des motifs et des causes, le résultat est cons- 
tant. Parmi tous les vaincus des dernières guerres, les Juifs fu- 
rent traités avec une faveur spéciale par César. Il autorisa tout 
d'abord la reconstruction des murs de Jérusalem, demeurés en 
ruines depuis le siège de Pompée 2 . Le traité d'alliance et d'ami- 
tié autrefois conclu entre le Sénat et la dynastie des Hasmonéens 
fut solennellement renouvelé, et dans les termes les plus flatteurs 
aussi bien pour le peuple juif tout entier que pour les ambassa- 
deurs délégués 3 . Il est vrai qu'ils se présentèrent au temple de la 
Concorde avec une coupe et un bouclier en or, présents d'une va- 
leur considérable. Dans le même temps, le peuple d'Athènes ren- 
dit pour Hyrkan un décret de couronnement, dont les termes rap- 
pellent exactement celui de Ctésiphon en faveur de Démosthènes 4 . 
La cité qui personnifiait encore avec éclat toutes les gloires intel- 
lectuelles de l'hellénisme s'accordait avec Rome maîtresse du 
monde par les armes, pour accueillir dans une sorte de triple 
alliance, dont nul encore ne pouvait soupçonner les conséquences, 
le petit peuple de Judée jusqu'à ce jour dédaigné, vaguement 
deviné comme l'ennemi irréconciliable des civilisations poly- 
théistes. 

Au point de vue de l'opinion, cette reconnaissance en quelque 
sorte officielle du judaïsme par Athènes et par Rome, était certai- 
nement un fait considérable. 

Tandis que la statue en bronze du grand sacrificateur prenait 
place au temple de Démos et des Charités, tandis que ses vertus 
et ses mérites étaient solennellement proclamés par la voix du 
héraut aux fêtes de Dionysos et de Déméter, César réglait par des 
édits spéciaux le libre exercice du culte monothéiste de Javeh, 



1 Le scepticisme religieux de César n'a pas besoin d'être prouvé. Les historiens 
ont eu soin cependant d'en relever quelques preuves formelles. Voir Suét., Cas., 59, 
et Plut., Cas., 52. 

* Josèphe, Ant. Jud., XIV, 8, 5. 

3 Ibid., faoc.ec, àyaOoi xal o\)[i\i.o!.yQi . . ., etc. 

6 Ib., cf. Démosth., Pour la Cour., 48 ; cf. ibid., 23. 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROMAINE 

sans se préoccuper davantage de Jupiter 1 . A Rome cette liberté est 
entière alors que dans les îles, en Egypte et en Asie-Mineure s'élè- 
vent encore des contestations entre Juifs et payens. L'exemple de 
Rome sert à trancher les différends, toujours en faveur de la plus 
grande liberté. Les confréries et les collèges ayant été partout 
abolis, parce qu'ils se transformaient aisément en centres d'agita- 
tion politique, César excepta formellement les assemblées des 
Juifs 2 . Philon nous apprend que c'est pendant sa dictature que 
fut bâtie au-delà du Tibre la première synagogue 3 . Enfin, ce qui 
passerait toute croyance si des témoignages formels ne l'affir- 
maient, les Juifs obtinrent de César et conservèrent sous ses lieu- 
tenants dans toute l'étendue de l'Empire, le droit de ne pas payer 
certains impôts durant l'année sabbatique 4 , et celui de ne pas 
aller à la guerre comme soldats soumis à la discipline romaine, 
laquelle ne pouvait s'accommoder des exigences de leur loi 3 . 

Non-seulement le nom de César, mais ceux d'Antoine, de Dola- 
bella, de Lentulus, figurent dans les édits qui consacrent ces pri- 
vilèges ; des tables et des colonnes en bronze, placées au Capitole 
et dans les temples les plus fameux de l'empire, en perpétuent le 
souvenir. Le Sénat de Rome en écoute la lecture sans qu'un seul 
de ses membres élève la voix en faveur des vieux principes de 
politique religieuse, dont ils sont la négation. Les représentants 
attitrés du polythéisme, le grand Pontife en personne, se désinté- 
ressent si bien de la cause des divinités héréditaires que, sous le 
regard même de Jupiter très bon et très puissant qui préside aux 
délibérations de la Curie, ils laissent consacrer le droit de le nier, 
de lui opposer un rival. 

Ces faveurs octroyées par le gouvernement de César aux com- 
munautés juives de l'empire, faveurs qui furent précieuses, impor- 

1 Voir sur ces divers points Josèphe, Ant. Jud., XIV, 10. L'historien dit des 
Romains qui traitèrent avec tant de faveur les Juifs : t^,v te àvopetav y][juov xat tyjv 
7ucmv àya7tri(TavTeç. César se réserve de trancher par lui-même jusqu'aux, contes- 
tations d'ordre religieux qui pourraient surgir entre les Juifs. (Voir la lettre aux 
magistrats, au sénat et au peuple de Sidon, ib., 2.) Il entend que Hyrkan et ses fils 
soient pontifes et prêtres : iitï toïç Stxatotç xat toiç vojxijjloiç otç xai ot Ttpoyovot àuxâv 
t9jv e iepu)<7uvr)V Siaxàxea^ov, ib., 4, cf. 8 : aùroùç xotç Tcaxptotç eôeat xai ïepoïç /prjcOai, 
et la suite avec la mention : touto rcoieiv auxtov u.Y)ô' èv Pcojxy] xexttX'Jf/ivcov (édit du 
préteur Caius Julius aux habitants de Paros). 

2 Suét., Cas., 42 : « Cuncta collegia prœter antiquitus constituta dextruxit ». La 
réserve faite en faveur des Juifs est constatée par l'édit ci-dessus. 

3 Phil., Leg. ad Cai., 23. 

4 Josèphe, Ant. Jud., XIV, 10, 5" et 6. 

3 Ib., 11 et 12, lettre de Dolabella : ôiSwfn t?]v àcripaxéiav xat ouy/capto xp^Ôai 
toïç irarpioiç êôiafjunç lepcov gvexa xat âyiwv cruvayo|X£votç, avec les considérants qui 
précèdent. Mêmes faveurs consacrées par l'édit du consul Lucius Lentulus, ib., 13, 
et par le décret des Déliens, ib., 14, où il est dit que, si certains Juifs étaient 
citoyens romains, il ne fallait pas les inquiéter à cause du service militaire. 



■30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tantes, fécondes à Rome plus que partout ailleurs, prouvent que 
les Juifs avaient prévu juste en abandonnant des premiers la cause 
de l'ancienne République, personnifiée par les aristocrates du parti 
pompéien. Elles démontrent non moins clairement que César, rom- 
pant en matière de politique religieuse avec toutes les vieilles tra- 
ditions, au risque de se rendre impopulaire, devançait de beau- 
coup non pas seulement les politiques les plus clairvoyants de 
son temps, mais les plus avisés des âges à venir. Il n'y a pas d'exa- 
gération à dire que les diverses mesures prises par lui et par son 
parti à l'égard des Juifs ne constituent pas des concessions for- 
tuites, des mesures provisoires, explicables par la modération de 
quelques hommes, encore moins par le laisser-aller ou l'indiffé- 
rence en face d'une situation nouvelle. Dans leur ensemble elles 
sont l'application d'un véritable système de politique religieuse au 
sens moderne du mot ; elles organisent l'Eglise libre au sein de 
l'Etat romain, lequel est autant un organisme religieux que poli- 
tique. Cette Eglise obtient du législateur tous les privilèges indis- 
pensables à son existence, dans les conditions où elle-même l'a 
définie. Elle les obtient contre les lois mêmes et contre les institu- 
tions de l'empire dans lequel elle a conquis une place. A la préten- 
tion hautement et énergiquement proclamée par les adorateurs du 
Dieu unique, de n'obéir à la constitution de Rome que jusqu'à un 
certain point et non au-delà, César, le réformateur de cette consti- 
tution, l'organisateur d'un nouvel état de choses, répond par la 
plus large tolérance dont jamais minorité religieuse ait joui chez 
aucun peuple. L'autorité despotique du génie, le césarisme repré- 
senté par une intelligence supérieure était seul assez puissant pour 
braver ainsi l'opinion qu'avaient façonnée les siècles, et en la bra- 
vant ppur chercher à la modifier. 

Si César avait assez vécu pour tirer de son système toutes les 
conséquences, pour en cultiver les fruits, si ses successeurs après 
Auguste avaient été capables de se pénétrer des principes de sa 
politique et avaient comme lui cherché à les faire prévaloir, l'âge 
suivant eût échappé sans doute à bien des hontes, à bien des 
crimes ; les destinées mêmes du paganisme s'en fussent trouvées 
changées. Mais le césarisme, assez fort pour proclamer en dépit de 
l'opinion et pour faire passer dans la réalité des choses le principe 
de la liberté religieuse, portait en lui-même le germe destructeur 
de ce principe. Tandis que les Juifs répandaient des larmes de 
reconnaissance et de regret sur le bûcher de l'homme ! qui les 

1 Suét., Cas., 84 : « In summo publico luctu exterarum gentium multitude» circu- 
latim, suo quseque more, lamentata est; pra;cipueque Judaei, qui etiam noctibus 
continuis buslum f'requentarunt ». 



LES JUIFS DEVANT L'OPINION ROiMAINE 37 

avait garantis contre la persécution des foules haineuses et 
ignorantes, le génie auquel ils devaient ce bienfait était, par 
l'admiration de ces foules, transformé en divinité vivante et 
réelle, placé sur les autels de la cité à côté de Jupiter, et 
imposé à l'adoration. Ceux-là mêmes qui auraient toléré que des 
citoyens refusassent aux dieux héréditaires l'encens et les sacri- 
fices, exigeront d'eux ces hommages pour un homme déclaré égal 
à ces dieux. C'est la pratique de l'apothéose, conséquence suprême 
du césarisme, qui annulera ses efforts en faveur de la liberté de 
conscience et motivera les premières persécutions : Caligula, Né* 
ron, Domitien, anéantiront sur ce point, comme sur bien d'autres, 
l'influence salutaire du fondateur de l'empire. 

En attendant que nous racontions les épisodes de cette lutte nou- 
velle où les rapports des Juifs et des pouvoirs romains vont s'al- 
térer peu à peu au grand dommage de la paix publique, de l'huma- 
nité et de la justice, constatons que depuis le jour où Pompée péné- 
tra dans le temple de Jérusalem, jusqu'à celui où sur le forum les 
Juifs mêlèrent leurs regrets à ceux des payens près du bûcher de 
César, bien loin d'avoir été l'objet du mépris public, comme on l'a 
répété sur tous les tons, ce petit peuple d'Orient, par l'autorité de 
sa morale et de sa religion, a forcé plus d'une fois les respects de 
ses vainqueurs, a triomphé de leurs lois les plus vénérables, et, 
honneur insigne, a mérité d'être accueilli avec faveur dans la cité 
universelle fondée par César. 

J.-A. Hild. 
(A suivre). 



TRACES D'AGGADOT SADUCÉENNES 

DANS LE TALMUD 



Un des mérites les plus incontestables d'Abraham Geiger est 
d'avoir constaté le premier, dans les recueils talmudiques, l'exis- 
tence d'anciennes halakhot d'origine saducéenne. La conservation 
de prescriptions antipharisiennes dans une œuvre si éminemment 
pharisienne était de nature à surprendre bien des personnes qui 
considéraient le talmudisme comme une conception très étroite et 
fermée à toute influence du dehors. Le fait découvert et signalé 
par Geiger n'en était pas moins des plus vrais, et les études entre- 
prises ultérieurement sur ce sujet par Schorr, Pineles, Grsetz et 
M. J.Derenbourg, pour ne citer que les noms les plus connus, l'ont 
confirmé d'une façon éclatante. Ces savants sont même parvenus à 
distinguer toutes les phases traversées par ces antiques ordon- 
nances dans une série ininterrompue d'évolutions, jusqu'à leur dis- 
parition ou plutôt leur fusion dans celles du pharisaïsme. 

Si cela est vrai pour la halahlia, cette ossature si solide et si 
compacte du corps rituel, ne peut-on pas admettre à plus forte 
raison que certains éléments saducéens se soient conservés dans 
les aggadot ou légendes talmudiques, qui, par cela même qu'elles 
échappaient à l'esprit de sj^stème des écoles et étaient du domaine 
populaire, formaient la partie la plus impressionnable et la plus 
accessible aux apports de toute provenance? 

Que les légendes talmudiques renferment des éléments étran- 
gers, plus ou moins altérés ou démarqués, tout le monde le sait. 
Ce fait a été amplement mis en lumière par un grand nombre 
de travaux modernes — dont quelques-uns ont paru même dans 
cette Revue. Cependant comme ces études comparatives en sont 
encore à leur début, je demanderai la permission de signaler deux 
autres exemples sur lesquels personne, à ma connaissance, n'a 



TRACES D'AGGADOT SADUCEENNES DANS LE TALMUD 30 

encore appelé l'attention. Ils serviront en outre à montrer que les 
fables païennes se changent en contes au contact du monothéisme 
juif, et feront toucher du doigt les procédés artificiels par lesquels 
ces changements s'effectuent le plus souvent. Ce sera une sorte de 
parenthèse qu'on me permettra d'ouvrir avant d'entrer en ma- 
tière. 

Le premier exemple est la légende talmudique qui raconte que 
Titus, le destructeur de Jérusalem, mourut pour avoir eu le cer- 
veau perforé par un moucheron qui s'était introduit par la cavité 
nasale dans la tête et y avait pris les dimensions d'une hirondelle *. 
Ce conte, qui a donné tant de tablature à de nombreux savants, a 
probablement sa source dans la confusion du nom de Titus avec 
celui de Tityus. Ce personnage de la mythologie grecque, pour 
avoir voulu attenter à la pudeur de Latone, est condamné à avoir 
les entrailles rongées par un vautour; le Titus de la légende juive 
folâtre avec une courtisane dans le Saint des Saints et voit son 
cerveau becqueté par une hirondelle 2 . La similitude du fond de 
ces deux récits est indéniable, et les légères différences de forme ne 
portent que sur des traits secondaires. 

Le second exemple est d'autant plus intéressant que son ori- 
gine remonte à l'époque la plus reculée de la mythologie sémi- 
tique. Voici la substance de cette curieuse légende. Les hommes 
de la Grande Synagogue (ftVmifl noas iiûsn), voyant que les Israé- 
lites étaient toujours adonnés à l'idolâtrie et à la luxure, déci- 
dèrent de couper les racines du mal à force de prières, et, après 
un jeûne sévère, ils parvinrent à s'emparer l'un après l'autre 
desdeux génies (n^* 1 ) qui président à ces vices. Conformément 
aux conseils du prophète Zacharie, ils enfermèrent le génie de 
l'idolâtrie dans un récipient de plomb d'où sa voix n'arrive dé- 
sormais aux hommes que très affaiblie. Mais, quand ils voulurent 
agir de même pour le génie de l'amour charnel, ils s'aperçurent 
aussitôt que la propagation des espèces diminuait d'une manière 
inquiétante. Après trois jours on ne trouva plus un seul œuf 
frais dans toute la Palestine. Pour obvier à cette calamité, force 
leur fut de relâcher le captif, et tout ce qu'ils purent faire, ce 
fut de lui crever un œil afin de rendre cette passion moins agres- 

• l Gittin, 56 b. 

2 Le corps mince du moucheron a été choisi pour rendre plus vraisemblable la 
pénétration indemne de l'animal dans l'étroite cavité. Pareillement, la dimension 
modique de l'hirondelle relativement au vautour de la légende grecque, a été déter- 
minée par cette réflexion qu'un oiseau plus gros n'aurait pas trouvé près du cerveau 
un espace suffisant pour y vivre et acquérir une vigueur croissante. On sait que. 
malgré l'élément merveilleux qui les anime, les aggadot ne manquent pas de faire 
d'incessantes concessions au sens pratique qui forme le fond de l'esprit juif. 



40 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sive 1 . Eh bien, malgré sa forme si complètement juive, je ne 
doute pas un seul instant que cette légende ne soit copiée sur 
le mythe assyro-sémitique des amours d'Adonis-Tammouz et d'As- 
tarté, que les récentes découvertes cunéiformes nous ont fait 
connaître en détail. Le génie de l'idolâtrie, que les autorités re- 
ligieuses juives emprisonnent dans un récipient qui l'empêche 
de faire entendre sa voix séductrice, est bien le jeune dieu 
Adonis-Tammouz, si populaire en Palestine et en Phénicie, que 
le sort fait descendre, à la fleur de l'âge, dans la sombre demeure 
de la mort et du silence éternel 2 ; le génie des passions, que les 
mêmes chefs religieux sont obligés de relâcher après quelques 
jours d'emprisonnement, de peur de porter atteinte à la propa- 
gation des êtres vivants, n'est autre que la déesse de l'amour et 
des naissances, Astarté, qui, retenue dans le royaume de la mort, 
est délivrée par les dieux afin de prévenir le dépérissement du 
monde 3 . 

Je crois que les deux exemples qui précèdent, même à défaut 
d'autres très nombreux que l'on pourrait apporter, suffisent à 
démontrer le caractère éclectique des aggadot talmudiques. 

Mais, si les légendes rabbiniques accueillent avec avidité des 
éléments franchement païens, est-il imaginable qu'elles aient 
inexorablement repoussé les légendes d'origine saducéenne, lé- 
gendes qui, pendant la longue suprématie exercée par les Sadu- 
céens sous les princes hasmonéens et hérodiens, ont dû se pro- 
pager au milieu du peuple et influencer son esprit? Admettre que la 
victoire finale des Pharisiens ait pu faire disparaître tout d'un coup 
les légendes antérieures est d'autant plus impossible que, d'a- 
près ce qu'on vient de voir, la légende si ancienne du paganisme 

1 Iôma, 69 b 

8 Une des complaintes exclamatoires que Pou récitait en Babylonie à l'an- 
niversaire de la mort de Tammouz nous a été conservée sur une tablette fragmen- 
taire en caractères cunéiformes. Elle est ainsi conçue : (2) Rêum belim an Tummuzi 
hamêr an hh-tar (8) ù a-r,i-li ù tul lùh ba (?). (5) Bina sha ash musarê mê la ishtû (7) 
Kimmatsu ash çêri arta la ibnû (9) Iltaqqu sha ash radishu la irêshu (11) iç-a-am 
sha ishdanûsh innâs'hu (13). Gû sha ash musarê mê la ishtû (Halévy, Documents 
religieux, texte, p. 128-129). « Pasteur, seigneur Tammouz, amant d'Astarté. 
O Seigneur du Scheôl, seigneur de la colline des pasteurs (?) ! O plante qui ne 
bois plus l'eau dans le parterre ! (0 plante) dont la tige ne produit pas de racines 
dans le sol ! arbrisseau (?) qui n'es pas planté dans la terre humide qui te 
convient ! arbrisseau arraché par tes racines ! tendre plante qui ne bois plus 
l'eau dans le parterre ! » Par l'intermédiaire des Phéniciens, cet usage est passé chez 
les Grecs, qui symbolisaient la mort prématurée d'Adonis par des plantes fanées 
mises dans des pots de fleurs et récitaient des nénies commençant par le mot 'AStovt[x 
(d^l^TN) « O Adonis ! » et appelées à cause de cela 'A8covi|jiaoiSoi. 

3 L'épisode de la descente d'Ischtarit aux Enfers (R., IV, 31) a été traduit par 
divers assyriologues. Nous-même y avons ajouté quelques corrections dans Mélanges, 
etc., p, 170-171, et Jo urnal asiatique, vin, II, n° 3, p. 451. 



TRACES D'AGGADOT SADITCÉENNES DANS LE TALMUD 41 

préisraélite relative à Tammouz et à Astarté a laissé sa trace 
dans le Talmud, à travers les nombreux siècles pendant lesquels 
les écoles prophétiques d'abord, les écoles des Sopherim, des Sa- 
ducéens et des Pharisiens ensuite, avaient développé une énergie 
extraordinaire pour déraciner le polythéisme et les mythes qui en 
découlaient. En un mot, la disparition radicale des légendes sadu- 
céennes qui, après tout, sont totalement juives, est a priori déjà 
fort invraisemblable et rien ne s'oppose à la pensée que le Talmud 
peut bien en avoir conservé un certain nombre. 

Une seule objection pourrait être soulevée avec quelque appa- 
rence de raison. On pourrait dire que l'idée de légende est incom- 
patible avec le principe de l'école'saducéenne, qui reniait les tradi- 
tions orales et s'en tenait servilement à la lettre de la loi. Mais à 
cela il y a une double réponse. D'abord, la naissance de légendes 
populaires est tout à fait indépendante de la croyance à la loi orale, 
car elles peuvent se développer suffisamment en se fondant sur la 
loi écrite. Ensuite, je parle ici tout spécialement de légendes et de 
maximes qui sont en rapport direct avec les principes professés 
par les Saducéens, car il est évident qu'un parti aussi important 
n'a pu, pendant son existence, et à plus forte raison pendant sa 
suprématie, se soustraire au besoin de faire pénétrer dans le 
peuple ses doctrines au moyen d'un enseignement aggadique. S'il 
est indubitable que les Saducéens ont résumé dans un code parti- 
culier les résultats de leur interprétation de la partie pratique de 
la Loi, le simple bon sens invite à présumer que la partie dog- 
matique de leur doctrine, si elle n'était pas réunie dans un traité 
systématique a l'instar des Pirqê Abot, était au moins enseignée 
dans les écoles et répandue dans les masses, car, à ce que nous 
sachions, malgré sa sévérité proverbiale, le saducéisme n'a jamais 
été accusé de misanthropie ou de mysticisme. 

Enfin, un mot sur la méthode par laquelle nous tâcherons de 
retrouver quelques-unes de ces légendes. Elle sera la même que 
celle qu'on a employée pour distinguer les halakhot saducéennes. 
Suivant nous, tout dicton ou conception qui tranche d'une façon 
nette sur la manière de voir pharisienne et orthodoxe peut être 
considéré comme un écho le plus souvent très inconscient d'une 
opinion antérieure restée pour ainsi dire en l'air dans la clientèle 
des écoles ; à moins qu'on ne puisse expliquer l'écart de doctrine 
par une velléité de contradiction momentanée. En effet, ces écoles 
palestiniennes, comme le Sanhédrin lui-même, ont souvent passé de 
la nuance saducéenne à la nuance pharisienne, et réciproquement, 
de sorte qu'il n'y eut presque jamais solution de continuité, et par 
conséquent plusieurs des opinions et des maximes propres à l'en- 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

seignement d'une époque ont pu se fixer dans l'esprit des géné- 
rations postérieures, y demeurer à l'état latent et réapparaître 
dans des occasions déterminées. Il s'agit seulement de les signaler, 
et c'est ce que nous essaierons de faire dans les paragraphes sui- 
vants. 

Grâce aux données concordantes des Évangiles, de Josèphe et 
du Talmud, on a pu établir avec certitude que les deux écoles 
rivales disputaient tout spécialement sur trois dogmes, à savoir : 
la toute puissance du destin, l'existence des anges et des esprits et 
les récompenses du monde futur. Ces croyances étaient admises 
par les Pharisiens et repoussées par les Saducéens. Les uns et les 
autres se plaçaient uniquement sur le terrain de la Loi et des pro- 
phètes, et tout le débat roulait sur le point de savoir si l'Écriture 
implique ou non ces dogmes. Et la preuve que la science et la phi- 
losophie grecques n'ont rien à voir à la négation des Saducéens, 
c'est que leurs adversaires ne les ont jamais accusés de pencher 
vers une science exotique et antireligieuse, mais cherchaient à les 
convaincre par la citation de versets bibliques. Tout ce qu'on peut 
dire, c'est que les Pharisiens reprochaient aux Saducéens d'être 
peu compétents dans les cérémonies rituelles et de ne connaître 
la loi que très superficiellement. Mais on ne trouve nulle part qu'ils 
les eussent considérés comme entachés d'hellénisme, comme 
l'étaient les Philhellènes du temps des premiers Macchabées. 

Après avoir établi le caractère purement juif de ces points en 
litige, nous allons relever dans le Talmud, pour chacun d'eux, 
des affirmations antipharisiennes qu'on ne saurait expliquer que 
par une sorte d'atavisme, de réveil inconscient d'anciennes opi- 
nions, vaincues mais non extirpées, ayant pour source latente la 
doctrine saducéenne. 

Négation du destin. Sur ce point en litige, Josèphe rapporte : 
« Les Pharisiens, qui enseignent l'explication rigoureuse de la 
Loi, attribuent toute chose au destin et à Dieu, et disent que 
le plus souvent il dépend de nous de bien faire ou de mal faire, et 
que le destin peut nous y aider... Les Saducéens, au contraire, 
nient absolument le destin, et croient que, comme Dieu est inca- 
pable de faire le mal, il ne prend pas garde à celui que les hommes 
font. Ils disent qu'il est en notre pouvoir de faire le bien ou le mal 
selon que notre volonté nous porte à l'un ou à l'autre ». » La se- 
conde partie de cette proposition montre, à ne pas s'y tromper, 
que sous la dénomination de « destin (e^ap^évr)) », Josèphe n'enten- 
dait ni la fatalité ou le fatum comme puissance indépendante de 

1 Josèphe, Guerre des Juifs, :i, 14. 



TRACES D'AGGADOT SADUCÉENNES DANS LE TALMUD 43 

Dieu, ni même la Providence de Dieu comme puissance directrice 
de l'univers et de l'histoire humaine. En reconnaissant une puis- 
sance aveugle et inflexible à côté de Dieu, les Pharisiens auraient 
forfait à l'esprit de la Bible qui n'admet rien d'égal à Dieu. Pareil- 
lement, en niant la Providence dans le sens large du mot, les Sadu- 
céens auraient par cela même nié le caractère divin de la Loi. Il 
s'agit évidemment du destin ou î-nw qui détermine par avance les 
conditions de chaque homme. En elle-même, la rnn est un ordre 
de choses primordial créé par Dieu, qui ne peut être modifié par 
un ordre ultérieur. La richesse et le génie des uns comme la pau- 
vreté et la folie des autres sont, d'après les Pharisiens, entière- 
ment dus à l'influence du destin, et ce n'est que dans l'exercice 
du bien et du mal qu'ils faisaient intervenir la volonté de l'homme. 
Les Saducéens, de leur côté, voyaient dans les malheurs qui acca- 
blent les hommes des accidents qu'on doit combattre, et repous- 
saient toute intervention divine dans les actions humaines. 

Les écrits talmudiques enseignent, en général, la doctrine pha- 
risienne de la prédestination telle que Josèphe nous l'indique. La 
maxime ïtnns rwtm msa bsrt S « tout est prévu (par Dieu) et la 
permission est accordée (à l'homme pour faire ce qu'il veut) », l'ex- 
prime nettement avec une vigoureuse concision. Pour le destin 
en particulier, la légende la plus typique est celle qui se rapporte 
à Eléazar, fils de Pedat. Ce docteur, honoré du titre de Maître du 
pays d'Israël (binum aunai fcntt), était si pauvre que, n'ayant rien 
à manger, il chercha à apaiser sa faim en avalant un petit mor- 
ceau d'ail. Pris de nausées, il s'évanouit. Les rabbins, qui étaient 
venus chez lui pour demander de ses nouvelles, virent qu'il pleu- 
rait et riait à la fois.. . Quand il revint à lui, les rabbins, curieux 
de connaître la cause de ce mélange de tristesse et de joie, reçu- 
rent du patient la réponse suivante : J'ai rêvé que Dieu était assis 
à côté de moi. D'abord j'ai pleuré et je me suis plaint de ma 
misère, mais j'ai appris que mon sort ne peut être changé qu'en 
renaissant à une heure plus favorable. Ensuite, on m'a fait savoir 
la nature extraordinaire des jouissances qui me sont réservées 
dans l'autre monde, et je n'ai pas pu m'empêcher de manifester 
ma joie 2 ... » On voit que Dieu même ne peut rien changer aux 
décrets* du destin et qu'il est obligé de lui laisser accomplir son 
cours fatal. Quant à la manifestation visible de cette puissance mys- 
t ^rieuse et inexorable, les Rabbins, ainsi que le monde romain, la 
trouvaient dans les planètes qui régissent les jours et les heures. 

1 Pirqê Abot, chapitre m. 

2 Taanit. 25 a. 



ii REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La superstition astrologique du bîtt, presque entièrement étouffée 
dans la période du second temple, reprit son empire sur l'esprit 
national ébranlé et affaibli par les derniers revers, et, s'identifiant 
avec la ïnw des anciens, elle forma partie intégrante de la doc- 
trine talmudique. 

Mais, outre l'addition exotique du bta, l'observateur attentif ne 
manque pas d'être frappé de la différence qualitative de la rnn tal- 
mudique avec celle de l'époque évangélique. Pour les contemporains 
du Christ, la sentence primordiale de Dieu agit librement en choi- 
sissant les uns et en rejetant les autres ». Les élus sont du reste 
en petit nombre, et la porte qui mène à la vie éternelle est si étroite 
que peu de gens aisés y peuvent entrer 2 . Cette sentence dirige, de 
plus, très activement les actions humaines de façon que la liberté 
individuelle ne puisse jamais la contrecarrer. En trahissant le 
Maître pour un vil intérêt, Judas ne fait qu'exécuter ce qui a 
été écrit à son égard, et Jésus lui-même, en prévision de sa mort, 
décrétée par Dieu avant la création du monde, ne fait valoir sa 
volonté de vivre que pour accentuer sa résignation 3 . Chez les 
Rabbins, au contraire, la volonté divine perd sa rigueur et se 
change en une permission (mtn) formelle qui laisse à l'individu 
toute sa liberté d'action. Les Saducéens de l'époque de Jésus ne 
soutenaient pas autre chose, car ils ne niaient pas que tout se fait 
par la permission de Dieu. Le principe saducéen de la liberté com- 
plète des actions humaines a donc obtenu un triomphe éclatant et 
est parvenu à se faire accepter par le rabbinisme talmudique. Il y 
a plus, la mise de côté de l'ingérence de Dieu dans les actions indi- 
viduelles a conduit quelques-uns des rabbins soit à limiter, soit 
même à rejeter tout à fait l'influence du bîtt 4 . Sans la prévalence 
du principe saducéen, cette négation radicale serait à peine ima- 
ginable. 

Négation des anges et des esprits. On lit dans les Actes des 
Apôtres, chapitre xxir, verset 8 : Les Saducéens disent qu'il 
n'y a ni résurrection, ni ange ou esprit, tandis que les Pharisiens 

admettent l'un et l'autre (SaSôuxaïot y.lv y&p Xéyouai jat) sTvat, àvdtororaiv, 
\xrfil QtYYE>»ov (xtjts icveû(uc. <I»apt<jaïoi ôè ô;xoXoyouai t& àfxçpdxepa). Ce témoignage 

paraît à première vue d'autant plus suspect, en ce qui concerne 
la négation des anges et des esprits par les Saducéens, que l'au- 
teur s'en sert pour commenter d'avance les paroles qu'il met dans 

1 St Matthieu, xxv, 31-46, x, 40. 
» 3id., vu, 14, xix, 23-24 

3 Ibidem, xxvi, 24-39. 

♦ Schabbat, 156»; r>vc bï": tfbtf BTtt Dv b?» ab. — b*nc^b bîfc V$* 



TRACES D'AGGADOT SADUCEENNES DANS LE TALMUD 45 

la bouche des Pharisiens au verset 9, lequel s'accorde peu avec 
le reste du récit. Néanmoins, l'authenticité m'en paraît résulter 
de l'affirmation de Josèphe, suivant laquelle les Saducéens admet- 
taient que l'âme est mortelle. En fait, au point de vue religieux, 
l'idée de concevoir l'âme humaine comme un être aussi mortel 
que le corps, n'a d'autre source que la crainte d'admettre à côté 
de Dieu une individualité éternelle et indépendante. Or, cet état 
de croyance entraîne logiquement la négation radicale de toute 
autre existence partageant avec Dieu le privilège de l'éternité, 
comme les anges et les génies. La donnée fournie par les Actes 
me semble donc, au fond, très authentique. Il y a cependant une no- 
table exagération dans l'expression ^ eivai qui a probablement 
pour but de représenter les Saducéens comme mécréants et libre- 
penseurs. Ceux-ci n'auraient pu nier, d'une façon aussi absolue, 
l'existence des anges et des esprits, y compris l'âme humaine, 
sans renier en même temps les récits bibliques où l'esprit est 
proclamé émané de Dieu * et où celui-ci se fait accompagner 
d'anges et agit par leur intermédiaire 2 . Tout nous conduit à pen- 
ser que l'existence des esprits, âmes et anges, étaient hors de 
question dans l'une et l'autre école ; la divergence d'opinion portait 
uniquement sur le point de savoir si les esprits étaient en eux- 
mêmes périssables ou bien éternels. Je dis en eux-mêmes, car 
les deux sectes ont certainement accordé à Dieu le pouvoir de dé- 
truire toutes ses créatures de quelque nature qu'elles fussent, et, 
partant aussi, les anges et les esprits. Les Pharisiens, se conten- 
tant d'attribuer ce privilège tout-puissant à Dieu, professaient 
la persistance naturelle des esprits, pendant que les Saducéens, 
n'accordant cette dernière qualité qu'à Dieu seul, attribuaient aux 
anges et aux esprits une nature finie et mortelle à l'exemple des 
êtres corporels. Quant à la durée de la vie des esprits, le simple 
bon sens fait voir que, dans l'opinion des Saducéens, elle dépen- 
dait de la mission plus ou moins longue qu'ils avaient à remplir 
dans ce monde : l'âme, au retour du corps à la terre, retourne à 
Dieu, dont elle émane, et perd toute existence individuelle ; les 
autres esprits cessent d'exister aussitôt que la mission dont ils 
sont chargés a pris fin. La première partie de cette opinion blessait 
les Pharisiens dans leur croyance aux peines et aux récompenses 
d'outre-tombe ; la seconde les blessait dans l'idée qu'ils se faisaient 
de la perfection des anges, et l'affirmation que des êtres aussi 
purs et aussi saints sont soumis à la mort comme la dernière 



1 Genèse, n, 7. 

2 Ibidem, xvm, 1 ; xix, 1 ; xxviii, 12; xxxn, 3. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

des créatures leur apparaissait comme un horrible blasphème. 

Eh bien, en dépit de ces divergences si tranchées, comment se 
fait-il que le recueil talmudique, ce répertoire prétendu pharisien 
par excellence, nous fournisse une sentence que le plus pur Sadu- 
céen n'aurait garde de désapprouver? 

Elle se rapporte à la nature des anges ; c'est une curieuse affir- 
mation mentionnée avec éloge par les Rabbins : 

■6-jnn i-rntt -n^an Wft ni-n» nnujï-s "oabtt ynm* a»Tn ixnv bs 1 

« Chaque jour, les anges du service sont créés du Fleuve de 
feu (qui coule devant le trône divin). Ces anges récitent un hymne 
et s'évanouissent. » 

L'expression muîtt nëtôft s'applique constamment aux anges 
chargés de missions importantes dans l'univers, et qui sont pour 
ainsi dire les instruments de la Providence. Elle fait voir qu'il ne 
s'agit pas ici de je ne sais quelle classe secondaire d'anges, comme 
l'ont pensé les commentateurs harmonistes, qui en distinguent les 
anges établis (ta^inp iraab»), comme Michel, Gabriel, Ra- 
phaël, etc., lesquels ont des fonctions fixes. Il s'agit réellement 
des anges de la plus haute hiérarchie, lesquels, d'après le doc- 
teur, sont des êtres éphémères, ne vivant que le temps qu'il leur 
faut pour accomplir leur mission et pour chanter un cantique en 
l'honneur de leur créateur. Mais une pareille opinion est tellement 
en contradiction avec la conception des anges qui domine le livre 
de Daniel, qu'il me paraît impossible d'admettre qu'elle ait germé 
dans une imagination pharisienne. 

La divergence sur l'existence des anges a sans aucun doute 
commandé pareille discussion sur l'existence des démons, pour 
lesquels les Saducéens ne devaient pas se montrer plus tendres. 
C'est avec un souverain mépris mêlé d'une profonde horreur, 
que le pieux Saducéen a dû regarder cette meute insensée de pos- 
sédés et d'exorciseurs qui remplit la Judée durant le siècle qui 
précéda la destruction de Jérusalem. Pendant que les Pharisiens 
voyaient dans ces manifestations démoniaques à la fois un aver- 
tissement céleste, une occasion pour les leurs d'acquérir une re- 
nommée populaire en chassant les démons par leur parole, et une 
preuve éclatante de leur doctrine relativement à la permanence 
des esprits, les Saducéens ne purent y voir qu'une lamentable 
recrudescence de la croyance païenne aux divinités infernales et 
aux exploits lugubres des Lémures et des Vampires. Quoi d'éton- 
nant, si les prétendus faiseurs de miracles et chasseurs de Satan 
étaient sévèrement traités chaque fois que le Sanhédrin avait une 

1 Hagiga, 14. 



TRACES D^GGADOT SADUCÉENNES DANS LE TALMUD 47 

majorité saducéenne. Forts des prescriptions formelles de la Loi 
qui punissent de mort les thaumaturges et les magiciens, et sou- 
cieux en même temps de prévenir l'énervement de la vigueur 
nationale tant de fois écrasée par la main de fer des procurateurs 
romains, les Saducéens firent tout leur possible pour arrêter le 
progrès de ce fléau, et leurs efforts ne semblent pas avoir été 
entièrement vains. 

Je n'hésite pas à attribuer à l'activité des Saducéens la dispa- 
rition presque totale des livres talmudiques de la croyance aux 
revenants et aux Lémures. La conception même de la nature des 
démons subit un changement remarquable, qui ne se serait pro- 
bablement pas réalisé si les Pharisiens n'avaient pas eu à compter 
avec le reproche d'idolâtrie que leur devaient lancer les Sadu- 
céens. En effet, tandis qu'au temps du Christ, on considérait les 
démons comme formant, avec Satan à leur tête, un royaume 
rival et parfois vainqueur du royaume de Dieu et des anges, les 
démons du Talmucl constituent une catégorie d'êtres d'un carac- 
tère assez doux, qui ne nuisent à l'homme qu'en certaines occa- 
sions, et dont le sentiment religieux est si développé que la 
moindre parole d'un rabbin suffit pour les dompter. Le roi des 
démons, Asmodée, étudie même la Loi, aussi bien dans l'école 
céleste que dans celle des rabbins S et s'il commet parfois des 
méfaits, c'est toujours par suite de quelque forte passion qu'il 
est incapable de vaincre, jamais de propos délibéré et par esprit 
de rébellion, comme le faisait Satan, son prédécesseur, d'après 
les Évangiles et les anciens apocryphes juifs. Enfin, un certain 
nombre de rites funéraires d'une origine païenne indubitable, 
grâce à l'opposition saducéenne, ont perdu leur signification pri- 
mitive, ainsi que je le ferai voir tout à l'heure. 

Négation des peines et des récompenses. « Ils (les Pharisiens) 
croient, écrit Josèphe, que les âmes sont immortelles ; qu'elles 
sont jugées dans un autre monde, et récompensées ou punies 
selon qu'elles ont été en celui-ci vertueuses ou vicieuses, que les 
unes sont éternellement retenues prisonnières dans cette autre 
vie, et que les autres reviennent en celle-ci {alias : que celles des 
justes passent après cette vie dans d'autres corps, et que celles 
des méchants souffrent des tourments qui durent toujours)... 
L'opinion des Saducéens est que les âmes meurent avec le corps 
[alias : que quant aux âmes, elles ne sont ni punies, ni récom- 
pensées dans un autre monde) - ». 

1 Gittin, 68 a : JWiNb nTlSl $^1 Nrcrntt n»Jn JWb p"6o «ET bS 

Njna 1 ! NrainE nain. 

2 Histoire ancienne des Juifs, xvm, II... àôàvaxov xs (<jxùv xaïç <\>\>1<xT<; icwtiç aOxoïç 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces deux passages rapprochés l'un de l'autre s'éclairent et se cor- 
rigent mutuellement. Ainsi que je l'ai indiqué plus haut, la con- 
ception d'un être éternel à côté de Dieu répugnait aux Saducéens. 
Créée exprès pour vivifier le corps, l'âme retourne auprès de son 
auteur ■ après la ruine de sa demeure temporaire et se dissout 
dans la divinité, comme une vague dans l'océan. Dans cet état elle 
n'était susceptible ni de peines ni de récompenses. D'ailleurs, les 
peines d'outre-tombe, faisant double emploi avec les punitions 
édictées par la loi, ne sont-elles pas souverainement injustes et 
ne contribueront-elles pas au relâchement dans l'application des 
premières ? Voilà comment ont dû raisonner les Saducéens, et la 
preuve qu'ils ont raisonné de la sorte, c'est qu'ils appliquaient les 
peines du code mosaïque avec les dernières rigueurs et suivant la 
loi du talion, tandis que les Pharisiens, poussés eux aussi par la 
logique des choses, non seulement réduisaient le droit du talion à 
une indemnité pécuniaire, mais, à force de mesures juridiques 
en faveur de l'accusé, en sont arrivés, aussi bien en pratique 
qu'en théorie, à l'abolition totale de la peine de mort 2 . Le seul 
cas où les peines du Scheôl ont une certaine raison d'être, est 
celui du criminel resté impuni en ce monde, mais à qui la faute? 
si ce n'est aux hommes que ce criminel soit resté impuni, et ce 
serait abaisser Dieu que de le faire intervenir comme un exécu- 
teur des hautes œuvres chaque fois que la justice humaine néglige 
de faire son devoir. Les Saducéens se placent à cet égard sur le 
terrain préparé par Job, xxxv, 2-8. Quant à l'idée de récom- 
penser, après leur mort, les hommes vertueux, même ceux qui ont 
souffert pour la vertu, les Saducéens qui professaient « que c'est 
une action de vertu de ne vouloir point céder en sagesse à ceux 
qui nous l'enseignent 3 », les Saducéens la repoussaient avec indi- 
gnation. A leurs yeux, le plus léger espoir d'un bénéfice en enlè- 
verait cette satisfaction suprême que nous procure l'accomplis- 
sement du devoir, c'est-à-dire l'observation de la loi. Ce dogme 
saducéen du désintéressement absolu, qui confine de si près au 
stoïcisme, s'est développé sans aucun doute sur la base du pré- 
cepte de l'amour de Dieu si chaudement recommandé par le Deu- 

Eivai, xai inzo jrôovèç Sixaiwcsiç xs xai ti[jl<xç aïç àpex^ç ?) xaxiaç É7UTY)Seu<nç êv tw (3itu 
yéyove, xai xaî; p.sv eipy^àv Vtoiov Tupoxtôscrôai, xaï; Se paaxtovY)v xoù àva(3ioûv ( Guerre 
des Juifs, il : p.exapaivetv Se sic ëxspov aâ>|xa xyjv xûv àyaéûv u.6vr,v, xyjv Se xwv çaOXwv 

àioiw xi|Aopia xo),àÇ£a6ai) laSSouxaioç Se xa; ^v/àç 6 Xoyoç cvvaçaviÇEi xoîç 

ffcopaun [Guerre des Juifs, «J^XÂ? T£ T *J V 2ta[xovr)v xai xàç xaô 1 "ASov xtu.wpia; xai xijxàç 
àvaipoûdt). 

1 Cette opinion est révoquée en doute par Qohélet, (m, 21). 

2 Maccot, la ûb"13>tt Û^lN JnifB fi6 'p-H!n30a lim ib^N 0^731» >"m "B> 

3 Josèphe, Histoire, xvm, J. 



TRACES D'AGGADOT SADUGÉENNES DANS LE TALMUD 49 

téronome (vi,5 passim). Les Pharisiens, au contraire, insistaient 
surtout sur le principe de la crainte de Dieu (tnaia n«T), auquel 
s'arrête la grande majorité des autres écrits bibliques qui s'a- 
dressent aux masses populaires. Composée d'un petit nombre 
d'hommes de haute condition, l'école saducéenne cherchait à faire 
aimer la loi pour elle-même et dédaignait l'emploi des moyens 
d'intimidation contraires à l'esprit biblique. De leur côté, les Pha- 
risiens plongeaient trop profondément dans les instincts popu- 
laires pour renoncer à cet excellent instrument de propagande. 
Ils soutinrent donc hardiment l'antique dogme mythologique de la 
rémunération après la mort, en accentuant tout spécialement 
l'éternité des peines et des récompenses. Sur ce point le témoi- 
gnage de Josèphe est en parfait accord avec celui des Evangiles, 
de sorte que, à tout prendre, les tourments tenus en perspective 
pour les criminels dans l'autre monde dépassaient infiniment 
les sévérités dont les Saducéens faisaient usage envers les mêmes 
dans celui-ci. 

Quelle est maintenant la doctrine du Talmud à l'égard de ce 
dogme orthodoxe par excellence pour lequel combattirent côte à 
côte les Scribes, les Pharisiens et les disciples du Christ? On le 
croirait à peine : ce dogme est singulièrement atténué et adouci. 
Sauf certaines exceptions particulières, sur lesquelles les talmu- 
distes ne sont pas d'accord, la règle générale admise par tous est 
résumée dans cette sentence : ■pVi» tttîrab 'pr-iTïi bs *. « Tous 
ceux qui descendent dans la Géhenne en remontent ». Et, pour ôter 
la moindre ombre de doute sur le sens de cette maxime, la Mischna 
la complète par celle-ci : antt ûbi^b pbn ûfib w b&nra-' bs 2 . « Tout 
Israël a une part (aux récompenses de) l'autre monde ». Il y a 
plus, les peines réservées aux méchants, si l'on excepte un petit 
nombre de malfaiteurs censés indignes de clémence, n'ont qu'une 
durée de douze mois : unn n"-> ûDïraa ù^un ï:buM3. 

D'indulgence en indulgence quelques-uns des docteurs en sont 
arrivés à soutenir que ceux qui n'ont péché qu'en leur personne 
sans faire du tort à leurs semblables ne peuvent être atteints par 
le feu de la Géhenne, à cause des bonnes actions qu'ils ont faites 
dans leur vie : ûi-n nabittî mît* buî tin "pa ùû'ijû baTi^ vttiB 3 . 
Fait remarquable, les Rabbins qui font participer les païens 
vertueux aux récompenses d'outre -tombe d'après la maxime 
aan ûbi:>b pbn ûïib w ùbi^ r\irm *rofi, sont inexorables pour 



1 Baba Mecia, 58 a. 

2 Sanhédrin, 90 a. 

3 Erubin, 19 a. 

T. VIII, n° 15 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Saducéens : nwn "nïrb rta JSYtti tiïi-pab 'pTVP.... Tpvww. Un 
pareil acharnement doit sans aucun doute être mis sur le compte 
des rancunes de sectaire, mais comment expliquer, si ce n'est par 
l'action latente de l'opposition séculaire des Saducéens, cet aban- 
don presque total du dogme des peines éternelles? 

Ce n'est pas tout, l'influence que nous attribuons aux Saducéens 
se manifeste également à propos de la seconde face de ce dogme, 
celle qui est relative aux récompenses éternelles des justes. On con- 
naît la célèbre maxime d'Antigone le Sokhite ("Dis tf^N oisin::^), 
successeur de Siméon le Juste * : « Ne ressemblez pas aux esclaves 
qui servent le maître dans le but de recevoir un cadeau, mais res- 
semblez aux esclaves qui servent le maître sans le but de recevoir 
un cadeau, et que la crainte du ciel (de Dieu) soit sur vous ». Le 
Talmud considère cette sentence comme étant l'origine de l'hé- 
résie des Saducéens. On peut aller plus loin et y voir une théorie 
saducéenne sous une enveloppe pharisienne. Selon le docteur, la 
vraie piété consiste dans le sentiment de respect et de soumission 
que l'homme doit avoir pour Dieu sans l'arrière-pensée de rece- 
voir jamais une marque particulière de sa générosité. Sans nier 
formellement que Dieu soit porté à faire quelques agréables sur- 
prises à ses serviteurs, notre Rabbin, ayant pris pour terme de 
comparaison les esclaves qui n'ont aucun droit à la moindre in- 
demnité pour les services qu'ils font, enlève toute base à l'idée 
d'une récompense honnêtement gagnée par un serviteur libre. 

Ce qu'Antigone de Sokho fit sous-entendre, un autre tradition- 
niste le formulera d'une façon très claire : mnujnn nna ti3>u5 Itîsp 
n"rn^ii ^n hsii tf'hntfîa t^nira ù'WE'i 2 . « Une heure passée en péni- 
tence et en bonnes œuvres dans ce monde vaut mieux que toute 
la vie de l'autre monde ». Voilà, sous forme de sentence, le prin- 
cipe saducéen qui fait la base de la négation des récompenses 
eschatologiques : l'accomplissement de son devoir procure à 
l'homme vertueux plus de satisfaction que ne pourraient lui don- 
ner les plus longues jouissances dans le meilleur des mondes. 

Il est vrai, le docteur ajoute immédiatement : buï nns wto snwi 
ï"*Mft t*i b^tt a'frroa rm mnp. « Et une heure de satisfaction 
dans l'autre monde vaut mieux que toute la vie dans celui-ci ». 
Mais si cet appendice correctif est de nature à sauver l'or- 
thodoxie du Rabbin, il ne détruit pas le principe précédent, et 
les récompenses posthumes n'en perdent pas moins toute leur 
valeur intrinsèque en face de la satisfaction que procure l'exercice 

1 Pirqê Abot , chapitre i. 
* Ibidem, chapitre ir. 



TRACES D'AGGADOT SADUCÉENNES DANS LE TALWUD g] 

de la vertu. Si un Saducéen avait assisté à l'enseignement du 
docteur, il n'aurait pas manqué de faire observer que, dans de 
telles conditions, les récompenses de l'autre monde, tant vantées 
par l'école pharisienne, étaient de véritables peines d'enfer pour 
ceux qui avaient été habitués à des jouissances plus délicates dans 
ce monde-ci. 

Le dogme des peines et récompenses futures renfermait, comme 
parties intégrantes, deux autres articles de foi qui, dans la suite 
et spécialement au moyen âge, se sont détachés du premier pour 
former deux dogmes indépendants. Ce sont la venue du Messie et 
la résurrection des morts. La venue du Messie était considérée 
comme un événement préparatoire à la résurrection, puisque 
celle-ci devait être opérée par le Messie. L'idée d'un Messie per- 
sonnel doit son existence à une interprétation étroite et littérale 
appliquée au terme de « fils de l'homme » (tz»a ta, Daniel, vu, 13) 
qui désigne en réalité l'ensemble de l'Israël idéal (w>*rp û* 
"pï^*, ibidem, 27). La première mention du Messie mystérieux 
et réparateur se trouve dans le livre d'Hénoch dont la rédaction 
est contemporaine de Jean Hyrcan (136-10*7 av. J.-C), mais aussi 
longtemps que l'Etat juif existait, quoique sous la suzeraineté étran- 
gère, cette croyance était peu répandue en dehors des écoles. Elle 
dut acquérir une grande importance chez la secte des zélateurs 
qui se refusaient à reconnaître toute autorité terrestre. En tout 
cas, quelque secondaire qu'elle ait pu être avant la destruction 
de Jérusalem, la croyance à la venue du Messie, formant dans 
l'opinion des Pharisiens l'avant-scène du drame de la résurrection 
et du jugement final, devint un article de foi général après la ruine 
de l'Etat juif, et il n'y avait que les Saducéens qui le rejetassent con- 
jointement avec le dogme principal. Dans le Talmud l'opinion anti- 
pharisienne a trouvé un défenseur inconscient. C'est R. Hillêl qui 
déclare pure illusion cette consolation suprême de la nation dis- 
persée et opprimée : i-ppm wn imb^N -nsiû ban^ib mas» "pN 1 . « Il 
n'y a pas de Messie pour Israël, la félicité messianique (promise 
par les prophètes) ayant été consommée au temps d'Ezéchias». Et, 
chose curieuse, les compagnons de ce Rabbin pessimiste, au lieu 
de se fâcher tout de bon se bornent à dire : que Dieu pardonne à 
R. Hillêl d'avoir oublié le passage de Zacharie (ix, 9) qui annonce 
la venue du Messie ! Je ne sais si R. Hillêl n'aurait pas contesté 
la force probante de ce passage, il nous suffit de faire voir que la 
négation d'un Messie personnel n'a pas provoqué l'indignation 
générale des docteurs. Pourquoi? Ne serait-ce pas parce que cette 

1 Sanhédrin, 99 a. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

opinion leur était connue de longue date et ne présentait rien de 
nouveau ? 

Il ne nous reste plus qu'à parler du dogme principal, celui de 
la résurrection. Sur ce point, comme de juste, aucune voix dis- 
cordante ne s'élève dans le Talmud. Le temps n'était pas venu 
où les Rabbins imbus d'idées philosophiques, comme ce fut le cas 
au moyen âge, auraient pu discuter si la résurrection concernait 
le corps ou bien l'âme seule. A ce moment, il s'agissait exclusi- 
vement de faire revenir les justes dans ce monde en corps et en 
âme, afin de les récompenser des souffrances qu'ils ont eu à sup- 
porter pendant leur première vie. On sait que la croyance à la 
résurrection des morts, quoique remontant à l'époque mytholo- 
gique, n'a été présentée comme doctrine juive que par l'auteur du 
livre de Daniel, contemporain d'Antiochus Epiphane. Trente ans 
plus tard, les événements futurs qui se groupent autour de la ré- 
surrection sont largement développés et systématisés dans le livre 
d'Hénoch, mais de telle sorte que la vie des ressuscites ne diffère 
de la vie présente que par l'absence de peines et de soucis. Les 
justifiés mangent et boivent en abondance, ont l'intuition de la 
science, se marient, élèvent un grand nombre d'enfants et meu- 
rent à un âge avancé ! . 

L'opposition des Saducéens força les Pharisiens à retirer 
quelques-unes de ces affirmations. A l'époque de Jésus, on croyait 
déjà que les justes revenus en ce monde « ne se marieront pas et 
n'auront pas d'enfants, mais ressembleront aux anges qui sont 
dans le ciel 2 », que, néanmoins, « ils mangeront du pain et boiront 
du vin 3 ». Sous cette forme passablement amoindrie, le fond de. la 
croyance était de rigueur, sous peine de brûler dans la Géhenne 
jusqu'à la fin des siècles. On exigeait même la croyance que c'é- 
tait un dogme biblique (rmnrt "jtt), et les docteurs s'escrimaient à 
trouver les versets qui y font allusion. Le plus anciennement 
connu, est l'argument que Jésus tira du verset de l'Exode, m, 6, 
où Dieu se donne le titre de « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de 
Jacob 4 ». D'après le jeune Galiléen, cette expression implique le 
retour des patriarches à la vie de ce monde. Les autorités talmu- 
diques citent dans ce but un grand nombre de versets empruntés 
à tous les livres de la Bible, mais, fait digne de remarque, personne 
ne s'avise de citer les passages si clairs du livre de Daniel. 
Ceux-ci ne sont produits que par Rabina et R. Aschi, qui sont les 

1 Livre d'Hénoch, texte éthiopien, ch. i, fin. 

■ St Matthieu, xxn, 30. 

3 Ibidem, xxx, 19. 

* Ibidem, 31-32. 



TRACES D'AGGADOT SADUGÉENNES DANS LE TALMU1> 53 

derniers Emoraïm et les collecteurs mêmes du Talmud. Comme il 
est indubitable que le dogme de la résurrection ne doit son exis- 
tence qu'à l'autorité du livre de Daniel, la répugnance des Rabbins 
à se servir de cette source primitive dans leur réfutation des Sa- 
ducéens ne peut raisonnablement avoir d'autre cause que la certi- 
tude que leurs adversaires n'accepteraient pas le témoignage de 
ce livre. Mais par cela même que Daniel avait peu d'autorité 
auprès des Saducéens, la logique exigeait qu'il en eût d'autant 
plus chez les Pharisiens. Eh bien! c'est le contraire qui est arrivé, 
ainsi qu'il est facile de le démontrer. 

Considérons d'abord le livre et ensuite la personne. Le livre 
de Daniel étant à la fois d'un caractère essentiellement prophé- 
tique, d'une assez grande étendue et censément antérieur au 
retour de la captivité, avait sa place légitime après le prophète 
Ezéchiel. Malgré cela, ceux qui ont fixé le canon biblique l'ont 
placé dans la classe des hagiographes et après les Megillot. Et 
pourtant les ordonnateurs du canon étaient sans aucun doute des 
Pharisiens et croyaient sincèrement à l'authenticité du livre. Je 
ne puis attribuer cette dégradation par des mains pharisiennes 
d'un livre qui devait être cher aux Pharisiens que par l'infiltra- 
tion latente du discrédit que l'école saducéenne avait jeté pendant 
sa suprématie sur ce livre. Tout ce qu'ils purent faire en sa fa- 
veur, ce fut de l'accueillir dans le canon, mais des scrupules 
inconscients les empêchèrent de le classer ailleurs que dans les 
écrits de troisième rang. 

La façon dont les docteurs du Talmud traitent la personne de 
Daniel est encore plus étonnante, car elle dépasse toutes les limites 
des convenances et rejaillit sur ses trois compagnons. Parlons d'a- 
bord de ces derniers. Ces jeunes princes, Hanania, Misaël et Aza- 
ria, qui aiment plutôt souffrir le martyre que d'adorer les idoles, 
sont l'objet de propos bien désobligeants de la part de deux Tan- 
nâïm. Sur cette demande : que sont devenus Hanania, Misaël et 
Azaria après leur sortie de la fournaise ardente? R. Eliézer 
répond : ils sont morts par le mauvais œil ; tandis que, d'après 
R. Josué, ils se sont noyés dans le crachat que les payens lan- 
cèrent à la figure des juifs infidèles pour leur reprocher la folie 
d'avoir abandonné un Dieu qui est capable de faire tant de mi- 
racles (jtûiîr hi irtt 3H& ï^n ^izmk w»b«"n <,.ViTN Xsiïïb "p^m 
"i3>n-j pins i»in *)• Avec quelque expérience de la façon dont les 
aggadot sont souvent inventées, on reconnaît aussitôt que ces 
affirmations suivent parallèlement l'ordre des qualités que leur 

1 Sanhédrin, 93 a. 



;;, REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

attribue le livre de Daniel (i, 4), savoir : beauté, sagesse et force. 
Leur beauté leur attire le regard envieux et meurtrier de la mul- 
titude et leur sagesse ne les empêche pas de périr par la folie des 
autres. Heureusement pour eux, la troisième qualité, celle de la 
force, sert d'argument aux autres Rabbins pour soutenir que ces 
jeunes princes ne moururent pas d'une façon bizarre à Babylone, 
mais qu'ils retournèrent en Palestine, s'y marièrent et eurent une 
nombreuse postérité (n-ûm dm mbiïn tntftt iwûin -<"ab *\h$ a"3m). 
Quant à Daniel même, ni ses visions prophétiques Cjiîn), ni ses 
entretiens avec les anges, ni son affirmation de la résurrection des 
morts, rien de tout cela n'a pu adoucir l'antipathie des Rabbins 
à son égard. Avec une unanimité qui paraît bien singulière, les 
docteurs talmudiques lui refusent le don de la prophétie, don qu'ils 
accordent aux trois voyants postérieurs : Haggée, Zacharie et 
Malachie (N^ni iab i!-p*n ^sonu "iîi^n). Un de ces docteurs affirme 
de plus que Daniel s'est trompé dans le dénombrement des 
soixante-dix ans de captivité prédits par Jérémie (wû bfcW £|K 
jfcWtBifi \Nm). Enfin, trois légendes bizarres, mises dans la bouche 
de trois anciens Emorâïm, Rab, Samuel et R. Johanan, attribuent 
l'absence de Daniel au moment où la scène de la fournaise ardente 
mettait en péril la vie de ses compagnons, à des causes extrê- 
mement irrévérencieuses pour ce saint personnage. Tous sont 
d'avis que Daniel était alors parti chargé d'une mission par Na- 
buchodonosor. Cette mission aurait consisté, suivant l'opinion 
respective des trois Emorâïm susnommés, soit à creuser un grand 
canal dans une montagne (nties am ani-tt anstob in$ :n), soit à 
importer des graines de plantes fourragères (^ïnab *itta b&rMn 
ariDDD*n anra), soit enfin, à importer des porcs d'Alexandrie ("wi 
triSE bu) fcomsosbfcn ^m '"inab *i»n pm"«). Faire de Daniel un 
entrepreneur de canaux, un marchand de graines ou un mar- 
chand de porcs, n'est-ce pas jeter le ridicule sur le livre cano- 
nique qui porte son nom? 

L'affirmation de plusieurs Rabbins, suivant laquelle Dieu, Na- 
buchodonosor et Daniel lui-même étaient contents du départ de 
ce dernier, cette affirmation, tendant en apparence à excuser 
notre héros d'avoir fui le martyre, quand on la regarde de près, y 
ajoute encore un nouveau ridicule. En effet, suivant cette légende, 
Daniel serait parti de crainte que, ayant été adoré par Nabu- 
chodonosor (Daniel, n, 46), il ne fût brûlé comme toute idole doit 
l'être (Deutéronome, vin, 5). Sous ce rapport notre prophète n'est 
pas traité plus respectueusement que Nabuchodonosor lequel, 
d'après la même légende, hâte le départ de Daniel de peur qu'on 
ne dise qu'il a brûlé son idole. Seul le motif qu'on attribue à 



TRACES D'AGGADOT SADUCEENNES DANS LE TALMUD 55 

Dieu semble favorable à celui-ci : c'est afin qu'on ne supposât 
pas qu'il a été sauvé par le mérite de ses compagnons. Mais 
comment eût-on fait une telle supposition si Daniel avait été 
aux yeux du public un homme aussi ami de Dieu que son livre 
le représente? On voit donc que toutes ces légendes, même 
celles qui sont favorables en apparence, laissent percer de graves 
préventions contre ce personnage biblique. Or, quel que soit 
l'acharnement que mettent parfois les aggaclot à accabler cer- 
tains personnages, ce sont toujours des pécheurs ou des ennemis 
d'Israël, tandis que pour Daniel, un pareil agissement de la part 
des Rabbins est tout à fait inexplicable. 

Et la preuve qu'il n'y a pas là de simples jeux d'esprit et des 
subtilités de mauvais goût, c'est qu'après quelque reflexion la 
triple mission confiée à Daniel se montre à nous comme une 
parodie très habile du régime frugal suivi par Daniel et ses com- 
pagnons à la place de la nourriture qu'on leur fournissait de la 
table royale. Ce régime consistait notoirement à boire de l'eau 
au lieu de vin et à manger des graines à la place de pain et de 
viandes défendues. Notre aggada, avec une malice à peine dé- 
guisée, charge Daniel de trois missions parallèles aux trois parti- 
cularités de son alimentation : 

1° Comme fort et opiniâtre buveur d'eau, il est chargé de 
creuser un grand canal dans la montagne afin qu'on puisse s'ap- 
provisionner d'eau lorsque les sources urbaines seront mises à 
sec par lui; 

2° Comme amateur de graines qui sont d'ordinaire la nourri- 
ture des bestiaux, il est chargé d'importer des graines fourragères 
afin que le bétail ne dépérisse pas par suite d'une alimentation 
insuffisante dont il est la cause ; 

3° Enfin, comme contempteur de viande de porc, il est chargé 
d'importer des porcs étrangers ; c'est lui faire comprendre que, 
grâce à l'excellence de cette viande, la production indigène des 
porcs ne suffit pas à la consommation locale. 

Ici, nous sommes en présence d'une raillerie voulue, systéma- 
tique, dont les traits atteignent le prestige de Daniel au moyen de 
sarcasmes blessants. Attribuer aux Pharisiens de pareilles irré- 
vérences envers le révélateur de la résurrection, c'est à quoi on 
se résignera difficilement et l'on est bien obligé d'y voir une lé- 
gende hostile d'origine saducéenne perpétuée dans les écoles et 
naïvement accueillie par les Talmudistes. 

Pour terminer, résumons en quelques mots les résultats princi- 
paux de cette étude. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1. Le Talmud a conservé des aggadot saducéennes comme il a 
conservé des halakliot saducéennes ; 

2. Ces aggadot consistent partie en sentences, maximes et opi- 
nions qui expriment des doctrines saducéennes, partie en légendes 
relatives à des personnages bibliques dont l'autorité n'était pas 
reconnue par les Saducéens ; 

3. Le rabbinisme talmudique, dans sa partie doctrinaire, ne 
représente pas le pharisaïsme du premier siècle de l'ère vulgaire, 
mais constitue un produit mélangé de pharisaïsme et de sadu- 
céisme. 

J. Halévy. 



LE PASSIF DANS L'AMMÉEN BIBLIQUE 

ET LE PALMYRÉNIEN 



Aussi loin que l'on puisse remonter dans l'étude de l'araméen, 
on ne trouve pas trace du passif dans les verbes des divers dia- 
lectes de cette langue. Les noms, au contraire, ont des formes 
passives: b^ïj, hwpft, baptt, baptfïtt, pour les participes ; Wûp_, bag, 
bïitaj?, etc., pour les adjectifs et les substantifs. Quant aux verbes 
proprement dits, leur passif est exprimé par le réfléchi : bapnN, 
btppntt, bçppnna et bDprréijf. On est donc porté à considérer avec 
Luzzatto * "comme des hébraïsmes les quelques formes hof 'al que 
Ton trouve dans l'araméen biblique ; dix appartiennent à Daniel : 
*W5i, m, 13 ; nspnïi et nBMFT, iv, 33 ; b??> v , 13 ; nbjjr, v, 15 ; 
nnpïi, v, 20 ; nwrr, vi, 18 ; porr, vi, 24 ; ntt^prt, vu, 4 et 5 2 ; issirt, 
vu, 11 ; une seule est fournie par Ezra, nnnnjr. Le livre de Daniel 
a été composé en Palestine en 167-6 av. J.-G. ; il est plus difficile 
de fixer la date de la rédaction des lettres en araméen que ren- 
ferme le livre d'Ezra, mais elles appartiennent à une époque 
beaucoup plus ancienne que le livre de Daniel, car la dernière 
révision d'Ezra est placée vers Fère macédonienne 3 . Si on étudie 
les hof'al que nous venons de reproduire, on fera une double 
remarque : 1° tous ces verbes sont à la 3 e personne du parfait ; 
pour les autres personnes du parfait, aussi bien que pour l'impar- 
fait, la voix passive est exprimée par les réfléchis, comme dans 
les autres dialectes araméens ; 2° quelques-uns de ces verbes dif- 
fèrent, pour la forme, de l'hof'al hébreu : n^prt, spnih et n^n^ïi. 



1 Elementi gramm. del Caldeo biblico, Padova, 1865, p. 22. 

a Dans le verset 5 la Massora ponctue n^pïl 5 voyez Daniel, éd. Baer, p. 78. 

3 Voy. Friederich Bleek, Einleitung in das Aile Testament, IV e édit. revue par 
Wellhausen, p. 283. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gomment expliquer ces singularités ? Sommes-nous en présence 
de vestiges d'un ancien passif araméen que Daniel et Ezra 
nous auraient conservés? Cette question semble recevoir une 
grande lumière de l'examen des formes du passif du qal. A côté 
de l'ithpe'el, la forme ordinaire du passif du qal araméen, on 
trouve dans l'araméen biblique une forme W*ç, dont les exemples 
suivants sont rapportés également par Luzzatto, l. c, p. 22, § 44 : 
Tno, mbrô, d'npn, sw, b^tap, pour la 3 e pers. masc. sing. ; nb->rp? 
nb^ttp, nrnn\ no^s», pour la 3 e pers. fém. sing.; bw, wtp. *rrv», 
ïinss, pour le plur. com. On trouve aussi quelques verbes ayant 
une voyelle comme 3 e radicale, "nt», *>bs et iba, 3 e pers. masc. sing.; 
TOI 3 e pers. masc. plur. Le hatef-ségol ou hatef-patah des trois 
premiers mots est attiré par la palatale p ou a. On voit que tous 
ces exemples appartiennent à la 3° personne du parfait, comme 
les formes du hofal énoncées plus haut, et ne s'étendent ni aux 
autres personnes ni aux autres temps, lesquels sont exprimés par 
l'ithpe'el » Ce phénomène, qui paraît singulier au premier abord, 
s'explique par la raison que b^ûfc n'est pas autre chose que le par- 
ticipe passif usité comme temps pour le passé, usage fréquent 
dans les dialectes araméens et notamment en syriaque et en talmu- 
dique 1 . Le féminin nb^p et le pluriel sib^û^ ou ii*n ont été 
formés par analogie, mais l'analogie n'a pas été poussée plus loin. 
L'origine du participe se trahit dans ce verbe par l'état empha- 
tique qu'on trouve dans Daniel, v, 27 : tfçbpri elle [ta royauté) a 
été pesée, que Luzzatto explique, comme Ewald, par la seconde 
personne. En syriaque, le participe est également susceptible de 
recevoir l'état emphatique, même quand il sert d'attribut 2 . En 
rapprochant les formes hwp 3 des formes b^aïi de Daniel et d'Ezra, 
on comprend facilement comment celles-ci sont nées des pre- 
mières : np'vpïi est devenu le passif de ttçpgh, parce que ntrrrife 
avait formé le passif de nD'np. Les autres formes, au contraire, 
telles que T2M1, nfejMil, se sont modelées uniquement sur l'hébreu; 
à celles-ci se rapporte aussi nftdl et elle fut placée, Dan., vu, 18, 
dont la ponctuation imite celle de II Sam., xm, 32 qeri. Dans ces 



1 Voy. Nœldeke, Syr. gramm., p. 492, § 278a, et notre Traité de gramm. syr., 
p. 314, § 331 ; Israël Lévi, Notes de grammaire judéo-labyl., Revue des études juives, 
t. I, p. 221, où il est donné de curieux exemples de participes talmudiques conjugués 
comme un parfait. 

* Voy. Syr. gramm. ,p. 142, § 204 1 et c; Traité de gramm, syr., p. 335, § 356 a. 

3 Dans les paradigmes publiés en tête de l'édition de Daniel et d'Ezra par M. S. 
Baer, pe'îl est indiqué comme un ithpe*el apocope, Ewald, Die Propheten, III, p. 280, 
2 e éd., y voit un ancien passif du parfait, malgré l't long. 



LE PASSIF DANS L'ARAMÉEN BIBLIQUE ET LE PALMYRÉNIEN 59 

différents versets le mélange de l'araméen et de l'hébreu nous 
paraît incontestable. Nous n'insisterons pas sur d'autres faits 
généraux, comme le hé formatif de l'af'el dans l'araméen biblique, 
au lieu de l'aleph et la singularité du pluriel siwçj à côté de vn&H, 
le premir conservant la prononciation hébraïque du vav, le second 
suivant l'araméen. Nous concluons de ces faits que, si l'araméen 
biblique a jamais été parlé, il ne l'a été que comme langue arti- 
ficielle, dans le sein d'une communauté juive, mais qu'il n'est 
pas un dialecte palestinien vulgaire. 

Ces réflexions nous ont été suggérées par la lecture d'une thèse 
très ingénieuse exposée par M. Sachau dans une esquisse gram- 
maticale du dialecte palmyrénien, publiée tout récemment dans 
le Journal de la Société orientale allemande, t. XXXVII, p. 562- 
571. Les matériaux que nous possédions pour l'étude de ce dia- 
lecte ont été considérablement augmentés par l'importante ins- 
cription de la Loi fiscale de Palmyre dont M. le M is de Vogué a 
donné le texte et la traduction dans le Journal asiatique de 1883, 
8 e série, t. I, p. 231-245 et t. II, p. 150-183 et p. 549 (tirage à part 
avec planches). Certaines analogies entre ce texte et l'araméen 
biblique, notamment l'absence de signes extérieurs dans plusieurs 
verbes passifs, ont conduit le savant professeur à voir dans le 
palmyrénien un dialecte très proche de l'araméen de Daniel et 
d'Ezra : « Elle (l'inscription) se lit, écrit-il, comme une page des 
parties araméennes de la Bible et représente ainsi le degré le plus 
ancien de l'araméen que nous connaissions. La langue que l'on 
parlait en Palestine au temps de la composition des livres des 
Chroniques (vers 200 av. J.-C.) et de Daniel (167-166 av. J.-C.) 
est la même que celle qu'on parlait au temps d'Adrien L'ara- 
méen biblique se distingue des autres dialectes araméens plus 
jeunes par une suite d'anciennes formes passives qu'il a con- 
servées, tandis que dans la grande majorité des cas le réfléchi est 
déjà usité pour exprimer le passif. Le syriaque a complètement 
perdu la forme passive. Au contraire, dans notre inscription se 
trouvent des passifs primitifs à côté de réfléchis-passifs, et ce 
sont les suivants » 

Les exemples de passifs que cite M. S. comprennent des par- 
faits, des imparfaits et des participes. Il y a lieu de croire que ce 
ne sont pas les participes qui l'ont engagé à chercher dans les 
verbes palmyréniens des formes >jpb et b^sïi, car, les participes 
passifs existant en araméen, il est plus logique d'expliquer par 
l'araméen les participes palmyréniens que par l'hébreu. Voici les 
exemples de ces participes cités par M. Sachau, p. 564 et 565 : 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pott *ô *i ba^tt, 1-8, Ta jx^i oveiXYi{ijiéva, c<? #?« n'a pas été porté 1 ; 

rWlMb bvift rtlîn, I, 20, èTtiu,eXei:<jeaL ôè toÙç... dpxovTaç, qu'il SOU à 

cœur aux archontes; pdnïï mm 1*753, II, 3, 12, 8wv.... è^Tai, 

lorsqu'il est exporté. 

N'est-il pas naturel d'expliquer par l'araméen ces participes et 
de lire pop, banc, pBÉtt?, plutôt que d'y voir des hof al et de ponc- 
tuer avec M. S. : pôç, ban??, pssttt? Cette dernière forme a déjà 
quelque chose- de monstrueux dans un dialecte vulgaire, comme 
l'était l'idiome des marchands de Palmyre, car, le radical étant 
pD3, elle suppose un b^DNTp ! Aussi l'alef de ce mot, dont la lecture 
n'est pas douteuse, gêne M. S. qui ne serait pas éloigné d'y voir 
une erreur du lapicide : pDNtt serait pour psantt, une forme it- 
tafal dont l'inscription offre plusieurs exemples. En ponctuant 
p£Ntt, cette hypothèse devient inutile, l'alef s'explique alors de la 
même manière que dans l'ittaf'al psanft et bj^ntt de pDN et bs>N 
(forme afel de pD2 et hy), II, 1.1, 1.13, 1,21, etc. La présence de 
l'alef pour indiquer la voyelle a n'est pas rare en syriaque dans 
les radicaux faibles qui ont perdu une consonne : nsw et N3Nn;j, 
imparfait afel et ittaf'al de nidu ; M, infinitif afel de «ifi, etc. 
(voyez Traité de gram. syr., p. 57, note 1). L'écriture psatt est 
donc palmyrénienne et syriaque. 

Parmi les participes nous rangeons aussi \^,quia le sens d'un 
gérondif dans les derniers mots de la souscription du premier 
panneau : -oa ikos'e, TéXo? è^pà^e-ri, l'impôt devait être perçu. Nous 
sommes d'accord avec M. Sachau pour rapprocher ce rai de l'ara - 
méen biblique ^p, "«bj, mais, où nous nous éloignons de lui, c'est 
lorsqu'il l'explique par un passif interne du parfait que l'arabe a 
conservé dans la forme fu'ila. Nous avons parlé plus haut de la 
tendance du participe passif araméen à prendre, comme dans nos 
langues modernes, le sens d'un passé ; la première citation, dan» 
pû73 Kb 1% ce qui n'a pas été porté, en est un exemple pris dans 
notre inscription. Du reste nous avons le pluriel de ce parti- 
cipe dans "pa ...aro^tt, II, 3,6-7, t* TéX-n XoyeûsaOai, c'est-à-dire les 
taxes doivent être perçues, fa* fc^opp, comp. Xiryép *i "pt 1 ??» des 
corps qui sont jetés ou qui doivent être jetés, II, 3-9. 

Les exemples de parfaits et d'imparfaits passifs que M. Sachau 
lit comme des pu'al et des hof'al sont empruntés, pour la plupart, 

1 L'inscription est divisée en deux panneaux, le premier, qui, par un rare bonheur, 
n'a subi aucun endommageaient, comprend une colonne ; le second est divisé en trois 
colonnes: I, 10 signifie donc premier panneau, dixième ligne; II, 3.12, deuxième pan- 
neau, troisième colonne, ligne 12. L'inscription est bilingue, et le texte grec est con- 
servé avec le texte araméen. 



LE PASSIF DANS L'ARAMÉEN BIBLIQUE ET LE PALMYRÉNIEN 61 

à une phrase du premier panneau, 1. 7-9, que M. Sachau a très 
bien analysée. On trouve dans cette phrase deux fois le mot srû'n 
et il sera inscrit, une troisième fois, le même mot est écrit nrûi ; 
niDN est également employé dans un sens passif: aura été con- 
firmé. M. Sachau ajoute un dernier exemple, II, 2.6, où le passif 
•pp sera vendu, fait suite au passif-réfléchi hy$r)^,sera introduit; 
le participe passif pîtt, vendu, se rencontre, II, 3.37. Ces mots 
sont ponctués par M. S. : 3Fû;n fcnsi serait une erreur du gra- 
veur pour arû^], *\tèt* (passif de l'afel ntéa, rac. iiïî), far; et 'jatîa 
Nous croyons avoir montré que les formes correspondantes de 
l'araméen biblique sur lesquelles M. Sachau s'appuie pour justifier 
cette ponctuation, sont artificielles et nées du mélange de l'ara- 
méen et de l'hébreu ; on ne devrait donc pas s'attendre à les ren- 
contrer dans un idiome vulgaire, qui ne paraît pas avoir reçu 
de culture littéraire et qui, en tout cas, est demeuré en dehors 
de tout contact avec l'hébreu. En raison même de ce caractère 
d'idiome vulgaire, nous verrions plus volontiers dans ces diffé- 
rents verbes des altérations phonétiques des réfléchis-passifs qui 
ont ith pour préfixe. Luzzatto, l. c, p. 81, § 74, signale l'assimi- 
lation du tav de ce préfixe dans la première consonne du radical 
verbal en talmudique 1 ; une prononciation palmyrénienne srûi 
pour ansn? ne serait pas plus surprenante que la prononciation 
"wo^a du talmud pour ■wasrnN, Ketubot 63 a. Cette explication 
nous permet de maintenir l'écriture nnai = ansn, que M. Sachau 
voudrait corriger. Une double forme nnsn^ et ansn n'est pas plus 
choquante qu'une double forme srôrn et nn^ supposée par M. Sa- 
chau, d'autant moins que le passif d'un af'el paraît pour ce verbe 
un peu forcé, puisque le qal est la forme la plus usuelle de nna. 
Au sujet de tm, on objectera qu'on aurait écrit «as, mais le syro- 
palestinien a quelquefois aussi, en pareil cas, le yod pour l'alef. Le 
passif "pr est également "pr? pour ïsw, dont le participe féminin 
KÇârri)!] existe II, 3.33. Nous voyons que dans ce verbe le tav du pré- 
fixe ne passait pas après le zaïn de la racine et ne se changeait pas en 
dâleth comme dans le syriaque )ttix. La Bible nous offre un exem- 
ple analogue dans nsjTr, Isaïe, i, 16, comp. Stade, Lehrb., p. 101, 
§129d. Le participe passif •pîfc de notre inscription doit donc 
être lu, soit "jat», participe passif du pa'el, soit iswa, participe de 
l'ithpa'al. Le dernier passif, *iiûn, s'explique plus difficilement 
dans notre hypothèse. Si, en effet, on le prenait pour un passif de 

1 En syro-palestinien cette assimiliation est restreinte au cas où la première con- 
sonne du radical est une dentale, voy. Nœldeke, Z. D. M. (r., XXII, p. 491. 



01 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Fafel t^n, racine TO, comme le pense M. Sachau, il faudrait sup- 
poser soit un ittaf'al, soit un ithpa'al plus fréquent en syriaque; 
mais en admettant l'assimilation du tav du préfixe dans le schin 
de la racine, dont l'hébreu offre un exemple (v. Stade, Lehrb., 
p. 101, S 29d), l'ithpa'al devrait donner une forme *\yè& ; or notre 
mot n'a qu'un seul resch, et il est difficile d'admettre une con- 
traction des deux resch. Nous reconnaissons qu'il y a là une dif- 
ficulté qui reste à résoudre. Quoi qu'il en soit, les raisons que 
nous avons exposées plus haut nous empêchent d'admettre la 
ponctuation n^N de M. Sachau. Le syro-palestinien, qui dans cette 
question fait autorité, ce nous semble, ne connaît pas de passif de 
ce genre. Dans notre inscription, les verbes commençant par une 
gutturale ont toujours pour passif un ithpa'al ou ittaf'al intact, 
parce que la gutturale ne s'assimile pas le tav du préfixe ; le passif 
deb^N, importer, est toujours b^arn et jamais b^N comme dans 
Daniel. 

En résumé on ne peut s'appuyer sur notre inscription pour 
établir que les passifs hof'al de l'araméen biblique appartenaient 
à l'araméen vulgaire et avaient leur assise dans la langue parlée. 
Assurément, comme dialecte palestinien, le palmyrénien est plus 
proche parent de l'araméen biblique que du syriaque mésopota- 
mien, mais en plusieurs points il se distingue de ces deux dia- 
lectes. Daniel offre des exemples de l'allongement d'une voyelle 
au moyen de la nasale, comme dans les mots înapN, 3»$$$, *$ff&* 
b^:ïj : non-seulement cette nasalité de la voyelle est inconnue au 
palmyrénien, mais ce dialecte, suivant la prononciation mésopo- 
tamienne, laisse tomber la nasale qui termine une syllabe dans le 
corps du mot 1 , en voici des exemples : D^osba 'AXeÇdvSpo?, I, 2; 
wplu aûvSixoi, I, 11 ; N^bûï3B TtavToiuwXeià, II, 2-3. En sens inverse, le 
palmyrénien forme, comme le palestinien et le talmudique, le 
temps correspondant à notre imparfait en préposant l'auxiliaire 
air; au participe, tandis qu'en mésopotamien l'auxiliaire suit ijrr 
l^sntt, elles étaient perçues, I, 5; *nj jorr, il percevait, I, 6 2 . 

Parmi les corrections proposées par M. Sachau, p. 563, note 1, 
celles qui concernent les lignes 5-6 du premier panneau, ne nous 
paraissent pas justifiées : ^ )y*v2 signifie par analogie de, et doit 
être lu ty^îp, c'est un abstrait formé de l'infinitif 43a ; les noms 

1 Pour le syro-palestinien, voy. Z. D. M. 6r., XXII, p. 463. 

2 On serait tenté de voir un mode subjonctif avec un lâmed préfixe dans les mots 
*pTb 1*7, i, 4, bj>iSrpb 1*7, il, 2, 6 ; l'araméen biblique et talmudique possèdent des 
formes de ce genre, mais il est plus probable que le lâmed appartient ù la conjonction 
et qu'il faut lire pp V% bawni bi*7, comp. "H bi*73. 



LE PASSIF DANS L'ARAMÉEN BIBLIQUE ET LE PALMYRÉNIEN 63 
de cette forme ne sont pas rares clans cette inscription, )^p, Que- 
relle, ÏJtpfi, compte, ^Jfû, erreur, \&19, monnaie. Voici, au sur- 
plus, la phrase selon sa teneur et selon l'explication qu'elle nous 
semble comporter : a^is&u srûnrç froï-r yy "pntta txv$ \n t?Mntt nm 
awm Noran ipïi ana anï-n aostt ■% ^ #Mes (tes marchandises) 
étaient taxées d'après V usage par analogie de ce qui était inscrit 
dans le marché du fermier, et il [le fermier) percevait autant 
selon la loi que selon Vus âge. 

Sauf la thèse des passifs qui nous semble contestable, les judi- 
cieuses observations que M. Sachau a consignées dans cette 
esquisse grammaticale du dialecte palmyrénien seront acceptées 
avec reconnaissance par les personnes qui s'intéressent aux dia- 
lectes araméens ; elles forment la suite de l'étude que M. Nœl- 
deke avait consacrée au palmyrénien dans le vingt-quatrième 
volume du même journal. 

Post-scripiimz. — Dans le compte-rendu de la publication de 
M. le M is de Vogué, que contient le numéro du 15 avril 1884 de 
YOesterreiche Monalsschrift fur den Oyaient, M. D.-H. Mùller se 
déclare pour M. Sachau contre Luzzatto au sujet des passifs des 
verbes de l'araméen biblique. Sur l'autorité de Daniel, il consi- 
dère comme certaines les formes hof al des mots palmyréniens 
"11BN, pDtt, ban», psaft, ainsi que le parfait passifs ; mais, comme 
Daniel ne connaît pas le pu'al, en dehors du participe, il se refuse 
à voir des passifs internes dans les mots arûi, pr et faro. 

RUBENS DUVAL. 



IA LÉGENDE DE LANGE ET L ERMITE 

DANS LES ÉCRITS JUIFS 



Le Talmud de Babylone raconte l'histoire suivante * : 
Le roi Salomon, ayant besoin, pour construire le temple, du 
Schamir, cet animal mystérieux qui avait le pouvoir de tailler 
les pierres les plus dures, et ayant appris qu'Asmodée 2 en con- 
naissait la retraite, chargea Benaya/fils de Yehoyada, chef du 
Sanhédrin, de s'emparer du roi des démons, « car celui-ci, après 
avoir étudié à l'école du ciel, descend sur la terre pour s'y instruire 
aussi. » A l'aide d'ingénieux stratagèmes et surtout grâce à la 

1 Gittin, 68 a-b. Ce morceau est entré avec quelques variantes dans le Midrasch 
sur les Psaumes (Ps. 78). 

2 Rapoport et après lui M. Kohut (Aruch completum, I, p. 318) pensent qu'il n'y 
avait pas primitivement dans le Talmud le nom d'Asmodée, parce que l'Aruch ne 
cite pas ce mot. Mais il devait y avoir le « roi des démons », puisque c'est à propos des 
démons que le Talmud cite cette histoire. Cette supposition, d'ailleurs, se heurte à ce 
fait que le Midrasch sur les Psaumes qui est antérieur à l'Aruch porte t Asmodée » en 
toutes lettres. M. Kohut, pour appuyer son dire, remarque que ce mot, qui se rencontre 
encore dans Pesahim, 110 a, fait défaut dans le ms. de Munich. M. Kohut a lu sans 
doute rapidement le Diçduçué Sofrim auquel il renvoie, car il y est dit seulement 
qu'il manque le mot jttl!i t il ». — Ce n'est pas la seule surprise que nous réserve 
l'article de l'éditeur de Y Aruch completurn. D'après lui, en effet, il ne faudrait plus 
lire Aschmeday , mais Eschmadaây, parce que c'est sous cette forme seule que le mot 
s'explique par le zend. A supposer que l'étymologie fût bien établie, il n'en subsis- 
terait pas moins que les Juifs prononçaient Aschmeday, comme nous le montre 
d'ailleurs le livre de Tobie, de même qu'ils disaient Hormiz et non Ahura Mazda. 
Quant à l'étymologie elle même, quoique acceptée par MM. Graetz et Spiegel,elle me 
paraît bien étrange. Aschmeday viendrait, affirme-t-ong de Aêschma daoya, « Aêschma 
qui peut être trompé », ou bien d'Aéschmadava, « Aêschma le démon », ou bien 
encore à' Aêschma duyé, « Aêschma des couples ». Voici comment a procédé M. Kohut. 
Il y a dans le Zend-Avesta un démon qui s'appelle Aêschma; ce mot se rapproche 
beaucoup de la première partie de Aschmeday ; reste donc à trouver le correspon- 
dant zend de day : ce sera daoya, ou data ou duyê. M. Kohut s'inquiète-t-il de 
savoir s'il y a jamais eu un démon qui portât l'un de ces noms, si ces composés 
étaient populaires ou si ce n'est pas par hasard et seulement dans certains textes qu'ils 
se rencontrent ? car enfin on ne veut pas que ce. soient les Juifs qui aient accolé à 
Aêschma ces compléments déterminatifs zends ! — M. James Darmesteter, dont la 
compétence en ces matières est assez connue, m'apprend le plus curieux de l'affaire : 
aucun de ces trois noms composés n'existe ! 



LA LEGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE 65 

puissance du « nom » de Dieu, Benaya parvient à le lier et le con- 
duit devant Salomon. 

Sur leur route, ils rencontrent un figuier, Asmodée s'y frotte et 
le renverse ; puis ils arrivent à une maison : il la détruit. Ils attei- 
gnent la cabane d'une pauvre veuve, celle-ci se met à l'implorer. Il se 
courbe alors pour ne point endommager la maison et se brise un os. 
Voilà bien, s'écrie-t-il, ce que dit le verset : « Une langue douce sait 
briser un membre. » Il voit un aveugle égaré : il le remet sur son 
chemin ; puis il rencontre un ivrogne égaré : il le remet sur son 
chemin. Il voit ensuite une noce joyeuse : il se met à pleurer. Il 
entend un homme commander à un cordonnier des chaussures qui 
devront durer sept ans : il se met à rire. Il voit enfin un sorcier di- 
sant la bonne aventure : et de rire de nouveau. . . 

Benaya lui dit : « Explique-moi toutes ces étrangetés *. Pourquoi as- 
tu remis cet aveugle sur son chemin 2 ? — Parce qu'il a été publié au 
ciel que c'est un juste parfait et que celui qui lui ferait plaisir jouirait 
de la vie future. — Pourquoi as-tu remis l'ivrogne sur son chemin ? 

— Parce qu'il a été publié au ciel que c'est un méchant accompli, je 
lui ai procuré ce plaisir pour qu'il consomme ici-bas le monde futur 3 . 

— Pourquoi as-tu pleuré devant cette noce joyeuse ? — Parce que le 
mari devait mourir au bout d'un mois et que sa veuve était condamnée 
à attendre treize ans avant que son beau-frère pût l'épouser (ou lui 
donner le droit de se remarier). — Pourquoi as-tu ri devant celui qui 
se commandait des chaussures? — Il n'avait pas sept jours à vivre 
et demandait des chaussures pour sept ans ! — Pourquoi as-tu ri de- 
vant le sorcier? — Il était assis sur un trésor, que ne devinait-il ce 
qui se trouvait sous lui ! 

Ce conte offre une certaine ressemblance avec celui de Yange 
et V ermite^ bien connu depuis le remarquable mémoire que lui 
a consacré M. Gaston Paris 4 , et dont l'origine juive est solide- 

1 Ce mot, qui manque dans les éditions du Talmud, se trouve dans le Midrasch 
sur les Psaumes. 

2 Pourquoi les questions de Benaya ne portent-elles pas aussi sur les premiers 
incidents du voyage — la destruction du figuier et de la maison — qui auraient 
cependant besoin d'explication? Ce silence ferait supposer que le passage que nous 
avons traduit, depuis l'épisode de l'aveugle, a été inséré dans l'histoire d'Asmodée 
où elle n'avait que faire, soit parce qu'Asmodée y jouait aussi un rôle étrange et 
énigmatique, soit simplement à cause de la similitude du cadre. Ces enchevêtre- 
ments de contes ne sont pas rares dans le Talmud, comme je l'ai montré par un 
exemple dans cette Revue (t. VII, p. 82). Les légendes arabes — très anciennes — qui 
reproduisent tous les éléments de cette page du Talmud sur la construction du temple 
et la substitution d'un démon à Salomon ne connaissent pas les épisodes du voyage 
de ce démon, ce qui donne lieu de croire qu'elles ont été empruntées aux Juifs à une 
époque où l'interpolation n'avait pas encore été effectuée. Nous reviendrons prochai- 
nement sur cette histoire de Salomon. 

3 Cf. Eoriot, 10 a. 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; séance du 12 novembre 1880. 
T. VIII. N° 15. 5 



8i REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment établie. Les plus anciennes et plus importantes versions 
de cette légende pieuse sont : 1° celle des Vitœ patriim, tra- 
duction latine d'un texte grec aujourd'hui perdu, faite pro- 
bablement avant le vnr 3 siècle; 2° celle du Coran (xvin, 64-81); 
3° enfin celle du HWbour Yafê Mèhayesclioua ou Se fer Maa- 
siot, recueil de contes moraux, composé par R. Nissim Gaon, 
rabbin qui a vécu à Kairouan à la fin du x siècle et au commen- 
cement du xi 9 *. 

La version des Vitœ patrum, qui se retrouve plus ou moins 
modifiée et amplifiée dans de nombreux textes du moyen âge, 
et même dans le Zadig de Voltaire, peut se résumer comme 
suit : 

Il y avait en Egypte un solitaire qui demandait à Dieu de lui 
montrer ses jugements. Un jour, un ange, sous l'apparence d'un 
vieillard, lui apparaît et lui dit : « Viens, parcourons ce désert. » 
Ils sont d'abord reçus par un saint homme, qui leur offre tout ce 
qu'il possède. L'ange, en -s'en allant, lui dérobe son plat. L'hôte 
envoie alors son fils à leur poursuite pour leur réclamer cet objet : 
l'ange jette ce jeune homme dans un précipice. Ils arrivent chez 
un abbé, qui ne veut point les laisser entrer chez lui, mais qui, 
las de leurs instances, les fait conduire à contre-cœur à l'étable, 
sans leur donner à manger ni à boire. L'ange, le lendemain, 
avant de s'en aller, donne en présent à l'abbé le plat qu'il a volé 
au saint homme. A ce trait, l'ermite ne peut plus contenir son in- 
dignation . L'ange alors lui explique toutes ces étrangetés : « Ce 
plat n'avait pas une bonne origine ; il ne convenait pas qu'un 
homme si pieux eût chez lui un bien mal acquis ; ce qui était 
mauvais a été donné au mauvais pour consommer sa perte 2 . 
Quant au fils, si je ne l'avais pas tué, il aurait assassiné son père 
la nuit suivante. » 

La version arabe est sensiblement différente. Bien qu'elle ait été 
donnée par M. Paris, je demanderai la permission de la repro- 
duire, pour mieux faire comprendre la comparaison que j'insti- 
tuerai plus loin. 



1 Page 4 5 de l'édition (très défectueuse) d'Amsterdam, 1746. Notre conte ne se 
trouve pas dans l'éd. de Ben-Sira de Venise, 1544, ni probablement dans celle de 
Constantinople, 1519 auxquelles est joint l'ouvrage de Nissim, avec le titre de Maa~ 
siot sckébetalmoud. Le Hibbour Yafé a été encore imprimé à Ferrare, en 1557. Ce 
n'est pas ici le lieu de traiter de nouveau la question de savoir si Nissim Gaon peut 
être l'auteur de ce recueil. (Voir Steinschneider, Catal. Bodl., col. 607). 

2 Cette idée est plus développée dans un conte du xm e siècle intitulé : De l'ange 
qui accompaigna Vermite. L'ermite est puni pour qu'il jouisse entièrement de la vie 
future, et le méchant récompensé pour qu'il n'ait rien à réclamer de Dieu. 



LA LEGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE 67 

Moïse rencontra un de nos serviteurs, favorisé de la grâce et éclairé 
de la science. « Puis-je te suivre, lui dit Moïse, afin que tu m'ensei- 
gnes une portion de ce qu'on t'a enseigné à toi-même ? » L'inconnu 
répondit : « Tu n'auras pas assez de patience pour rester longtemps 
avec moi, car tu ne pourras supporter des choses dont tu ne com- 
prendras pas le sens. — S'il plaît à Dieu, dit Moïse, tu me trouveras 
persévérant, et je ne désobéirai point à tes ordres. — Eh bien ! dit 
l'inconnu, suis-moi ; mais ne me fais de questions sur quoi que ce 
soit, si je ne t'en ai parlé le premier. » Ils se mirent donc en route 
tous deux et ils montèrent dans un bateau ; quand ils le quittèrent, 
l'inconnu le mit hors de service. « Tu viens de faire là une action 
étrange, dit Moïse ; as-tu brisé ce bateau pour noyer ceux qui sont 
dedans? — Ne t'ai-je pas dit que tu n'aurais pas assez de patience 
pour rester avec moi ? — Ne m'impose pas, dit Moïse, des obligations 
trop difficiles, et pardonne-moi d'avoir oublié tes ordres. » — Ils 
partirent, et bientôt rencontrèrent un jeune homme. L'inconnu le 
tua. « Gomment, dit Moïse, tu viens de tuer un innocent ! Quelle 
action détestable ! — Ne t'ai-je pas dit que tu n'aurais pas assez de 
patience pour rester avec moi ? — Excuse-moi cette fois. Si je te fais 
encore une seule question, tu ne me permettras plus de t'accom- 
pagner. » — Ils marchèrent jusqu'aux portes d'une ville. Ils deman- 
dèrent l'hospitalité aux habitants, mais ceux-ci refusèrent de les re- 
cevoir. Comme un mur menaçait ruine, l'inconnu le releva : « Tu 
aurais dû, dit Moïse, demander à ces gens une récompense. — Nous 
allons nous séparer, dit l'inconnu : tu n'as pas eu la patience qu'il 
fallait. Je vais t'expliquer les choses qui t'ont étonné. Le bateau 
appartient à de pauvres pêcheurs ; je l'ai mis hors de service, parce 
que derrière nous arrivait un roi qui s'empare de tous les navires en 
bon état. Quant au jeune homme, ses parents étaient croyants ; 
mais, s'il avait vécu, il les aurait infectés de sa perversité et de son 
incrédulité ; Dieu leur donnera en échange un fils vertueux et digne 
d'affection. Le mur est l'héritage de deux orphelins, dont le père était 
un homme pieux : sous ce mur est un trésor, et Dieu veut que leur 
âge de raison arrive avant que ce trésor soit trouvé. Je n'ai fait au- 
cune de ces actions de mon propre chef, et voilà l'explication que tu 
n'as pas eu la patience d'attendre. » 

Voici enfin le récit de l'ouvrage hébreu de R. Nissim *. 

R. Josué ben Lévi trouva une chose qui le tourmenta fort et le 

1 Le texte hébreu dont M. Paris a publié dans son mémoire la traduction est celui 
du Hibbour Maasiot, recueil des contes, imprimé pour la première fois à Ferrare, 
en 1554, d'après un manuscrit ancien, nous dit l'éditeur. Cette version est un abrégé 
remanié de celle de R. Nissim. C'est celle qu'a utilisée le Maasé Buch ; voir Griin- 
baum, Judischdeutsche Chrestomathie, p. 393-396. — R. Nissim raconte cette histoire 
dans une première partie de son ouvrage consacrée à prouver que Dieu est juste dans 
toutes ses actions et que l'homme ne doit pas l'accuser témérairement. On sait qu'il 
a écrit ce livre « pour consoler son beau-père Dunasch », qui avait perdu son fils. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

troubla, jusqu'au moment où le mystère lui fut éclairci et la vérité 
révélée. Il jeûna longtemps et pria Dieu de lui faire apparaître Elie. 
Elie se montra à lui et lui dit : « Conte-moi ton désir, je le rem- 
plirai. » R. Josué répondit : « Je désire aller avec toi, voir tes actions 
dans le monde pour m'instruire. » Elie reprit : « Tu ne pourras pas 
supporter tout ce que tu me verras faire, et j'exciterai ton impatience 
en te révélant mes actes. — Je ne t'importunerai pas de mes ques- 
tions, je veux seulement te voir agir. — J'y consens à la condition 
que si tu m'interroges sur les motifs de ma conduite ou m'adresses 
n'importe quelle question, je te quitterai ». Puis ils partirent. 
Ils arrivèrent d'abord à la maison d'un pauvre homme, qui n'avait 
pour tout bien qu'une vache qui se tenait dans la cour. Le mari et 
sa femme étaient assis à leur porte, ils sortirent à la rencontre des 
voyageurs, les accueillirent avec joie, les installèrent dans la plus 
belle chambre et leur donnèrent à manger et à boire. Ils passèrent la 
nuit; le lendemain Elie adressa une prière (à Dieu) au sujet de la 
vache, et celle-ci mourut immédiatement. Puis ils partirent. R. Jo- 
sué était stupéfait et indigné de cet acte. Il se dit en lui-même : 
« Pour tout salaire de l'honneur que nous a fait ce pauvre homme, on 
lui tue son unique vache! — Pourquoi, dit-il à Elie, as-tu fait mourir 
la vache de ce malheureux qui nous avait si bien reçus ? » « Rap- 
pelle-toi, répliqua Elie, la condition qui t'a été imposée. Si tu veux 
t'en aller, je te le dirai. » R. Josué se tut. Ils marchèrent tout le 
jour et arrivèrent au soir chez un homme riche. Celui-ci ne fit pas 
attention à eux, ils restèrent chez lui sans manger ni boire. Or, ce 
riche avait dans sa maison un mur effondré qu'il devait relever. Le 
lendemain Elie fit une prière et rebâtit la muraille, puis ils s'en allè- 
rent. La douleur et la stupéfaction crûrent dans le cœur de R. Josué, 
mais il garda le silence. Ils marchèrent de nouveau toute la journée 
et arrivèrent au soir dans une grande synagogue où se trouvaient 
des sièges en or et en argent et où chacun avait le sien. L'un des 
assistants dit : « Qui nourrira ces malheureux cette nuit ? » L'un 
'd'eux répondit : « Ils se contentront de pain, d'eau et de sel qu'on va 
leur apporter ici. » On les traita avec mépris, et ils passèrent la nuit 
■en ce lieu. Le matin, en s'en allant, Elie leur dit : « Que Dieu fasse de 
vous tous des chefs ! » Nouveau chagrin de R. Josué, mais de nou- 
veau aussi il se contint. Vers le soir ils arrivèrent à une ville dont les 
habitants vinrent à leur rencontre avec joie, les accueillirent avec 
transport, les fêtèrent et les hébergèrent dans la meilleure de leurs 
chambres. Ils mangèrent, burent et passèrent la nuit, au milieu des 
.plus grands honneurs. Le lendemain Elie fit une prière et dit : « Que 
Dieu ne vous donne qu'un seul chef ! » R. Josué ne put alors con- 
tinuer davantage à se taire et s'écria ; « Apprends-moi le mystère de 
tout cela. » Elie répondit : « Puisque tu veux te séparer de moi, je 
vais tout t'expliquer. L'homme dont j'ai tué la vache devait perdre 
•ce jour-là sa femme : j'ai demandé à Dieu que la vache servît de 
rançon pour l'âme de la femme, car une femme est un grand bien 



LA LÉGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE 69 

et est très utile dans la maison. L'homme riche dont j'ai relevé 
le mur, si je ne l'avais pas prévenu, aurait trouvé en creusant 
dans les fondements un grand trésor d'or et d'argent. J'ai édifié un 
mur qui tombera bientôt et ne sera pas rétabli. Si j'ai prié Dieu de 
faire de tous ces hommes des chefs, c'est parce que ce sera pour eux 
un malheur, une source de dissensions, car toute ville qui a plusieurs 
chefs est une ville perdue. Si j'ai demandé à Dieu que les autres 
n'en eussent qu'un, c'est pour leur bien, car ainsi il y aura union, 
point de querelles ni d'anarchie. C'est dans ce sens que le proverbe 
dit : « Beaucoup de pilotes, les navires font naufrage », et Ben Sira : 
« Avec un seul protecteur, une ville se soutient. » 

Puis Elie lui dit avant de partir : « Si tu vois un méchant heu- 
reux, ne t'en étonne point, ni n'en prends ombrage, car c'est pour son 
malheur. Si tu vois un juste dans la misère, peinant, souffrant de la 
faim, de la soif et du dénûment, ne t'en irrite pas et ne commets pas 
la faute de douter de ton Créateur. Crois plutôt que Dieu est juste, 
que son jugement est juste, que ses yeux veillent sur les voies de 
l'homme ; et qui lui dira : « Que fais-tu * ? » Sur ces mots, ils prirent 
congé l'un de l'autre et se séparèrent. 

Le conte talmudique a pour cadre la même donnée que ces lé- 
gendes : un être surnaturel, qui tient de Dieu certains pouvoirs 2 , 
accomplit, en la compagnie d'un mortel, des actes étranges et 
incompréhensibles, qu'il justifie ensuite par des raisons profondes 
que lui seul pouvait connaître. La moralité est la même : l'homme 
ne doit point se fier à ses jugements, qui sont toujours téméraires 
et erronés. 

Dans le Talmud, il est vrai, la haute signification de cette fiction 
pieuse, créée pour concilier la justice de Dieu avec les démentis 
que lui infligent en apparence les événements, se perd et disparait 
au milieu de scènes simplement amusantes. Evidemment, si nous 
en étions réduits à ces quelques lignes du Talmud, nous ne sau- 
rions reconstituer avec ce récit raccourci et de seconde main 
l'apologue original. C'est un exemple de plus du sort malheureux 
des traditions populaires — juives ou non — qui sont venues se 
fixer dans le Talmud de Babylone et qui y sont rédigées en 
araméen. 

Est-ce pour avoir été trop longtemps dans la bouche du peuple, 
ou parce que l'imagination des Juifs babyloniens, uniquement 
occupés du plaisir de l'invention, insensibles aux règles de la com- 

1 Ces mots sont tirés d'une prière du rituel que Nissim met plusieurs fois à profit. 

8 Dans l'hypothèse où ce récit aurait été interpolé dans l'histoire dAsmodée, il 
faudrait cependant supposer que celui qui disait : « J'ai appris au ciel que c'est un 
juste parfait. .., je lui ai fait du bien pour qu'il consomme ici-bas le monde futur » 
était un être supraterrestre. 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

position, modifiait, compliquait ou mutilait sans cesse ces contes ? 
toujours est-il qu'ils sont le plus souvent maltraités et dénaturés. 
La Babylonie n'était pas un terrain favorable à la conservation 
des légendes sous leur forme originale ; même les récits sur les 
anciens rabbins s'y transformaient, et l'on sait qu'il suffit qu'un 
texte populaire soit écrit dans le dialecte judéo-babylonien pour 
qu'il faille s'en défier et douter de sa fidélité l . 

Certains détails évidemment ont toujours résisté à ce travail de 
déformation ; dans notre conte, il n'en est pas de plus caractéris- 
tique que celui du service rendu par Asmodée à l'ivrogne qui n'en 
est pas digne et la raison qu'il donne de cette générosité inatten- 
due. Il se peut en outre que la contre-partie, le bienfait accordé à 
l'aveugle, qui est un «juste parfait », ne soit que l'atténuation d'un 
épisode plus étrange. Je suis disposé en effet à croire que, dans la 
version originale, Asmodée traitait durement le juste : aussi com- 
prend-on la surprise de Benaya à la vue d'une pareille iniquité. 
Asmodée, ou l'ange dont il tient la place, à qui Dieu avait dé- 
légué ses pouvoirs et qui n'avait nul besoin d'acquérir pour lui- 
même la vie future 2 , devait répondre : « Je l'ai ainsi puni, pour 
qu'il jouisse de la vie future 3 . » Ainsi restitué, cet épisode est 
la contre-partie exacte du suivant, et l'explication fournie par 
Asmodée de la distribution des maux et des biens aux justes et 
aux méchants exprime entièrement la pensée des rabbins, car 
ceux-ci disaient : « Dieu accorde au méchant la récompense de 
ses plus minimes bonnes œuvres en ce monde pour qu'il n'ait plus 
droit aux félicités de l'autre vie » ; il est au contraire « méticuleux 
pour les justes et leur envoie ici-bas des souffrances pour qu'ils 
goûtent pleinement les biens du monde futur 4 . » 

Les traits vifs des légendes finissent toujours par s'amortir, et, 
avec le temps, il naît dans la conscience de ceux qui répètent ces 
fables des scrupules inconnus aux premiers créateurs. 

Quant aux autres épisodes du conte talmudique, ils ne sont que 
des hors-d'œuvre attirés par le cadre. 

Ainsi, plus on avance dans l'analye des récits populaires du 
Talmud de Babylone, plus on reconnaît qu'ils n'ont chance d'être 



» Voir Revue, t. II, p. 297-9 et t. VII, p. 82-3. 

* D'après la version du Talmud, Asmodée aurait rendu un service à l'aveugle, 
pour obtenir par là le droit de participer au monde futur. 

3 Au lieu de wzhvh w ÏT1DB3 Nm îrb viv-i •(N'ai fcnîi 1153^ p^sn 

VUrt, il y aurait eu : *3fib*) WH « Ï-PU3M NfP3 ÏT>b ^^1 &ntt llttS p^TiH 
Ton Kttb^b, ce qui correspondrait à : ^n^ ïvb T^l fcWn TlttS $Wl 

4 Qiddouschin, iOb, Baba Batra, 50 a, Taanit, il a. 



LA LEGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE 71 

compris qu'à la lumière des littératures étrangères ; mais pareil- 
lement aussi, plus on étudie les contes dérivés de sources juives, 
plus on constate combien la connaissance du Talmud est néces- 
saire pour en établir l'histoire. Le mémoire de M. Paris va nous 
en fournir une nouvelle preuve. Le savant académicien compare 
entre elles les trois versions chrétienne, arabe et juive — celle-ci 
représentée par le texte de R. Nissim — et il montre dans la 
nature des explications du personnage divin la différence des 
croyances des Chrétiens, des Arabes et des Juifs. « Rien, naturel- 
lement, dit-il, qui se rapporte à l'autre vie dans la légende juive : 
Elie ne prévoit que les conséquences temporelles des actions qu'il 
accomplit. » Naturellement veut dire ici : puisque les Juifs n'ad- 
mettaient pas une autre vie. 

Pour parler des idées qui ont pu laisser leur empreinte sur 
une légende, il faut connaître celles qui régnaient lors de sa 
création. Les contes juifs n'étant certainement pas nés avant 
la période talmudique, c'est donc dans le Talmud qu'il faut 
prendre ses informations. Eh bien ! la croyance à l'autre vie, loin 
d'en être absente, y joue au contraire un rôle prépondérant. Les 
Talmudistes en ont fait la base de la morale ; c'est par elle qu'ils 
justifient les anomalies qu'offre le spectacle du juste malheureux 
et du méchant prospère. Tandis que certains docteurs préten- 
daient que le Messie a déjà paru sous la forme d'un roi de Juda, 
Ezéchias, que d'autres disaient que l'ère messianique différerait 
seulement de leur temps parla fin de la servitude des Juifs, il n'en 
était pas un qui niât l'existence d'un autre monde. Ils déclaraient 
même indignes des félicités de ce monde ceux qui doutaient qu'il 
eût été annoncé dans la Bible. L'on a vu par ce qu'il a été rap- 
porté plus haut que la solution qu'ils donnaient au problème de 
la justice divine ne diffère aucunement de celle qu'on retrouve 
dans la légende chrétienne. 

Mais il y a plus, la prétendue « légende juive » dont parle 
M. Paris, et qui n'est que la version de R. Nissim, ne me paraît pas 
juive, elle peut n'être qu'un remaniement du Coran 1 . Sans doute 
si Nissim avait vécu avant Mahomet, ou dans une contrée où la 
littérature arabe n'avait pas encore accès, il se pourrait que ce fût 
le Coran qui eût puisé chez notre rabbin, mais comme Nissim a 
vécu après l'hégire et dans un pays arabe, il faut établir d'abord 
que sa version porte des traces authentiques d'une plus haute an- 
tiquité. Or c'est le contraire qui est la vérité. 

La parenté des deux versions est indéniable. Le prologue et 

1 Contrairement aussi à l'opinion de Rapoport (l, c.) et de Zunz, Qot. Vorlr., p. 132. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la contexture du récit sont semblables. L'épisode du mur est 
typique. 

Les divergence's se comprennent très naturellement. Si Nissim a 
remplacé la scène du bateau par l'hospitalité reçue chez l'homme 
pauvre, c'est pour produire une opposition plus marquée et plus 
claire entre cette scène et celle du riche qui traite si mal les deux 
voyageurs. S'il a supprimé le meurtre du jeune homme, c'est 
parce que, selon son habitude, il n'a point voulu pousser les 
choses au tragique l . Enfin les deux dernières scènes ne sont que 
des répétitions des premières 2 . La version de Nissim ne peut pas 
même servir à caractériser la croyance juive au x° siècle sur 
l'immortalité de l'âme, car notre auteur a inséré, à côté de la 
légende du Coran, qui ne parle pas des récompenses futures, un 
conte, emprunté au Talmud de Jérusalem 3 , qui y croit au con- 
traire. « Nos sages, dit-il, racontent qu'il y avait deux rabbins très 
pieux qui ne se séparaient jamais. L'un d'eux mourut et personne 
ne vint à son enterrement parce que tout le monde s'était porté ce 
jour-là à celui du fils du roi 4 , qui était un méchant. Le rabbin en 
était affligé, et il disait: « Les justes ne sont pas récompensés. » 
Il entendit alors en songe une voix 5 qui lui dit : « Ton ami avait 
commis une faute minime, il en a été puni ici-bas, pour arriver 
pur et immaculé dans l'autre monde. Le fils du prince n'avait 
accompli qu'une seule bonne action et sans préméditation, Dieu 
l'en a récompensé pour qu'il paraisse devant lui dénué de tout 
mérite et reçoive en partage la Géhenne. Un jour il avait préparé 
un festin à des officiers et ceux-ci ne vinrent pas. Ne voulant pas 
le laisser perdre, il le fit distribuer aux pauvres. Le rabbin vit en- 
suite son compagnon se promenant dans des paradis, au milieu des 
arbres, sur le bord d'un fleuve, tandis que le prince, souffrant de 
la soif, cherchait en vain à se désaltérer. » 

1 Ainsi, rapportant l'histoire bien connue de R. Méir qui perd en un jour de 
Sabbat ses deux fils et qui se résigne, grâce à une pieuse parabole de sa femme, il 
les fait retrouver vivants le soir sous les décombres. Cependant la même fin se retrouve 
dans le Midrasch sur le Décalogue, iv. Le texte de ce dernier, comme celui de 
R. Nissim, quoique s'inspirant tous deux de l'histoire contée dans le Midrasch sur les 
Proverbes, xxxi, diffèrent considérablement l'un de l'autre. C'est du Midrasch sur le 
Décalogue que ce récit est entré dans le Simchas Hanéfcsch, M. Grûnbaum n'a donc 
pas lieu de s'étonner de l'épilogue, inconnu au Midrasch sur les Proverbes (Judisch- 
deuische Chrestom'athie, p. 245). 

2 L'histoire de cette synagogue où les sièges sont en or et où on demande « qu i 
nourrira ces malheureux », rappelle ce passage de Soucca, 51 b : « Dans le temple 
d'Alexandrie il y avait des sièges en or et les pauvres en y entrant trouvaient immé- 
diatement les gens de leur corporation qui les nourrissaient et les entretenaient. » 

3 J. Hagiga, 77 d ; j. Sanhédrin, 23 c. 

4 Dans le Talmud, c'est le fils d'un percepteur. 

5 Dans le Talmud, c'est le rabbin mort lui-même qui lui révèle la vérité. 



LA LÉGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE 73 

En résumé, s'il est vrai que la légende de Fange et Termite soit 
d'origine juive, la version originale en est dans tous les cas 
perdue. Elle est arrivée toute mutilée an Talmud et a passé par le 
Coran ou tout autre ouvrage arabe pour entrer dans le recueil de 
Nissim. Ayant été créée vraisemblablement pendant la période 
talmudique, elle s'appuyait sur les idées qui avaient cours en ce 
temps, c'est-à-dire sur la croyance en une autre vie *. L'accord de 
la version des Vies des pères et de celle du Talmud sur ce point, 
est une présomption de plus en faveur de cette hypothèse. 

Il est étrange qu'ici encore, comme pour l'histoire du voyage 
d'Alexandre au Paradis 2 , nous constations que le conte original a 
disparu et qu'on n'y remonte que par l'intermédiaire de traduc- 
tions. Cette disparition se rattache probablement à celle de tous 
ces écrits juifs apocryphes qui ont vu le jour aux environs de l'ère 
chrétienne 3 et n'ont du leur conservation qu'aux traductions 
grecques, latines, éthiopiennes et autres qui en ont été faites et 
au respect religieux que leur ont montré les premiers chrétiens. 
Il paraît bien que la clôture du Canon et surtout celle du Talmud 
leur a donné le coup de mort chez les Juifs. Tous ou presque tous 
les ouvrages qui n'étaient pas rédigés à l'image de la Mischna ou 
du Talmud, ou sous forme de commentaire de la Bible 4 ont 
sombré, en partie à l'époque du Talmud, en partie au temps des 
Saboraïm. Serait-ce parce que les Rabbins, malgré leur amour 
pour les contes et les fables, ont prohibé la lecture de tous les 
ouvrages « extérieurs » qui pouvaient nuire aux études talmu- 
diques 5 ? 

Israël Lévi. 



1 R. Nissim cite pour son compte cinq histoires tirées du Talmud qui ont la môme 
moralité. 

a Voir Revue, t. II, p. 298-300 ; La légende d'Alexandre dans le Talmud et le Mi- 
drasch (tirage à part), p. 9-10. 

3 Les livres des Macchabées, de Ben Sira, d'Hénoch, des Jubilés, de Tobie, de 
Judith, etc. 

4 J'entends par là les Targoumim, les Midraschim halakhiques et aggadiques, le 
Séder Olam Rabba, etc. 

5 P. S. — Le conte de Moïse à la source, qui répond aux mêmes préoccupations que 
la légende de range et l'ermite, se retrouve dans un écrit judéo-allemand, imprimé 
en 1590, le Megillas Usther (Grûnbaum, ouvr. cité, p. 215-218) ; mais par quel inter- 
médiaire hébreu a-t-il passé pour arriver à cet ouvrage ? c'est ce que présentement 
j'ignore, comme M. Grûnbaum. — La version du Megillas JEsther se rapproche plus 
du texte persan cité par Behrnauer (Z. D. M. Gr., XVI, p. 762) que de celui de Al- 
Kazwini, rapporté par M. Paris, 



RICHELIEU 

BUXTORF PÈRE ET FILS, JACOB ROMAN 



Documents pour servir à l'histoire du commerce de la librairie juive 

au xvn c siècle. 



Richelieu ne fut pas seulement le fondateur de l'Académie fran- 
çaise, il fut aussi le véritable créateur de la Bibliothèque natio- 
nale. Pour l'enrichir, il ne ménagea aucune peine afin de la doter de 
livres et de manuscrits hébreux. 

C'est ainsi qu'en même temps qu'il confiait à Jean Tileman Stella 
de Téry et Morimont, petit-fils du mathématicien célèbre de ce 
nom, d'importantes négociations politiques, il le chargeait de re- 
chercher et d'acheter des livres hébreux. 

A cet effet, Stella entra en relations avec Jean Buxtorf, le célè- 
bre professeur de Bâle, et, après la mort de celui-ci, avec son fils 
Jean, non moins connu. Ce dernier collectionnait des livres et 
pour enrichir sa bibliothèque et pour en faire commerce. Ne 
pouvant se rendre à Venise, comme il le désirait, pour y acheter 
des imprimés hébreux, il confiait ses ordres à ses amis ou élèves 
partant pour l'Italie, ou les priait de les transmettre à ses corres- 
pondants juifs de Mantoue, Padoue, etc. 

C'est ainsi que De la Grange le Capillain lui écrit de Venise : 
« J'ay fait les diligences que j'ay peu pour rencontrer le livre que 
» vous m'aviez recommandé de chercher sans en avoir peu rien 
» découvrir; on m'a fait bien voir un livre intitulé ilrpbtf rr-fta l , 

1 EVtt btû ilfr» TUn Hlï-n Umba m^N 'O, Venise, 1622. 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 75 

» mais il ne parle aucunement des Karaïm et ne traite que des 
» choses communes et ordinaires qu'on appelle mwi, ils m'ont 
» dit qu'il n'a jamais esté imprimé et qu'il ne se trouve que ma- 
» nuscrit ». J'ay mesme offert une pistolle à plusieurs Juifs, s'ils 
» me pouvaient seulement trouver ce livre-là avec un autre dont je 
» vous ay parlé mbna miû'itf) que je pensais trouver icy plustost 
» qu'ailleurs, mais il nejse trouve non plus que l'autre 2 . » 

Venise, qui était presque la seule ville où l'on trouvât les ou- 
vrages hébraïques les plus rares, Jes plus corrects et les mieux 
conditionnés, était Lien loin d'être encore, vers le milieu du 
xvu e siècle, ce qu'elle a été depuis pour le commerce de librairie 
juive. « Je n'y ai trouvé, écrit De la Grange, aucun libraire juif, 
» mais seulement un pauvre relieur juif, qui cherche chez les par- 
» ticuliers les livres qu'on lui demande. Ils n'en impriment plus, 
» si ce n'est des plus communs, comme livres de prières, etc. Ils 
» n'ont pas mesme liberté entière pour l'impression, si ce n'est 
» sous le nom et autorité d'un noble vénitien qui se nomme 
» Bragaclin 3 , qu'il faut qu'ils payent pour avoir sa protection et 
» se mettre à couvert des difficultés qu'on leur suscitait. » 

Francfort-sur-le-Main, la vieille ville impériale, était, à cette 
époque, le véritable entrepôt du commerce de librairie juive et de 
librairie en général ; les imprimés hébreux qui parurent dans les 
différentes villes de l'Allemagne, en Bohême, dans la Moravie et 
en Pologne y étaient exposés en vente, mais sales et mutilés, 
sordidi et rniitili, dit Buxtorf. Il y avait plusieurs juifs qui s'oc- 
cupaient du commerce de livres. Une correspondance, adressée à 
Buxtorf par deux d'entre eux — probablement deux associés — 
qui faisaient aussi le commerce de pierres précieuses, nous a 
été conservée. Elle porte la date 'du 6 octobre 1657, et est ainsi 
conçue 4 : 

Très révérend, très érudit et très honoré Maître, 
Monsieur le Docteur, 

Nous avons reçu avec plaisir la charmante lettre de Votre Gran- 
deur et nous avons fait notre possible pour trouver les livres hé- 
breux demandés, mais, comme Votre Excellence les désire très beaux, 
et comme nous n'avons pu les avoir dans ces conditions, nous 



1 C'est du ïï-pbtf mifc* ÉDpSrt mttfail 'O du caraïte Elie ben Moïse Bas- 
chiaçi qu'il est question ; mais ce livre était déjà imprimé (Constantinople, 1530). 

* La lettre est datée du 24 janvier 1664 ; l'opuscule du rabbin Salomon de 
Oliveyra, d'Amsterdam, intitulé nib!3} nilIÏTllî '0, ne parut qu'en 1665. 

3 L'officine bien connue de Bragadin imprimait déjà des livres hébreux en 1550. 

K L'original est écrit en allemand. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

regrettons de ne pas pouvoir obliger Votre Excellence en cette cir- 
constance. Cependant nous ne tâcherons pas moins de faire tous nos 
efforts pour les obtenir; si, toutefois, nous ne devions pas les trouver 
d'ici à quinze jours, nous vous expédierions nos propres exemplaires, 
qui sont aussi très beaux et que nous remplacerions par d'autres, 
Votre Excellence peut en être assurée. Au reste que Votre Excellence 
veuille bien nous adresser le Saphyr Qangolinis par premier cour- 
rier, en le remettant — après l'avoir préalablement cacheté — à Mon- 
sieur Ochs de Bâle, afin que ce dernier puisse l'envoyer ici à mon- 
sieur son frère, chez qui nous irons le voir, soit pour en prendre 
livraison contre paiement, soit pour le retourner aussitôt à Votre 
Excellence. Il s'agit du même Saphyr Gangolinis que nous avons vu 
alors que la pierre jaune nous fut vendue en présence du Rabbi. 
Nous recommandons Votre Excellence à la protection toute puis- 
sante de Dieu. 

De votre Excellence 
Les très humbles et très dévoués serviteurs, 

GABRIEL LURIA et JACOB HAMEL 

Juifs d'ici *. 

En général, le commerce de la librairie juive était encore bien 
peu organisé à cette époque. Les amateurs de livres en étaient ré- 
duits à s'adresser aux libraires ambulants ou à attendre des achats 
d'occasion. Les Buxtorf usèrent des moyens les plus divers pour se 
procurer des livres hébreux; ils se firent seconder très activement 
dans ce sens par leurs nombreux correspondants, amis et élèves. 
C'est ainsi que Paul Ferrus, pasteur à Metz, fut chargé par Bux- 
torf père d'acheter pour lui des livres hébreux à Metz. Dans une 
lettre du mois de mars 1623, Ferrus écrit : « J'ai bien trouvé chez 
quelques juifs la grammaire de R. Jona, le « Sepher Zachut » de 
R. Abraham Ibn Esra et le « Lschon Limmudim 2 » ; mais per- 
sonne ne veut les vendre. Je n'ai trouvé nulle part la grammaire 
du R. Abraham Hayyug ; une personne entre autres me disait 
qu'elle avait vu cette grammaire à Cracovie, en manuscrit, mais 
jamais imprimée. Tous les autres livres sont imprimés à Venise et 
peuvent être achetés à Francfort pendant la foire. Il n'y a rien à 
attendre de notre rabbin 3 , qui n'est ni savant ni complaisant. » 

1 Cette lettre, ainsi que toutes les autres que nous publions ici pour la première 
fois, est extraite des quatre volumes de lettres mss. adressées à Buxtorf père et 
fils, qui se trouvent dans la bibliothèque publique de Bâle (G. I ff.). Ce sont ces 
lettres et la correspondance entre Buxtorf et Hottinger conservée en manusc. dans 
la Bibliothèque municipale de Zurich (F. 83) qui m'ont fourni les matériaux pour le 
présent travail. 

1 De David Ibn Yahia, imprimé à Constantinople, 1506. 

3 Josué b. Isaïe Teomim (mort eu 1627), auteur du Ï131">1 'jTp'^p, ouvrage 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 77 

Buxtorf fils fit le commerce de librairie proprement dit ; avec le 
maigre traitement qu'il touchait comme professeur, il était réduit 
à se créer ainsi des ressources accessoires. Connu comme inter- 
médiaire pour le commerce de librairie juive, il n'était pas rare 
de voir des savants chrétiens s'adresser à lui pour le charger de 
leur procurer des livres hébreux ; d'autres l'informaient des ventes 
de bibliothèques. Jean-George Hurter de Schaffhouse lui écrit, 
le 7 mars 1659 : « Un juif célèbre qui cultivait beaucoup la 
science hébraïque est mort dernièrement à Stùhlingen, à deux 
lieues d'ici. Ses livres sont à vendre ; car ayant laissé beaucoup de 
dettes, sa femme se trouve dans l'obligation de s'en désaisir, afin 
d'employer le produit au paiement des créanciers i . » 

Quel a été ce juif célèbre ? Il existait à Stùhlingen, petite ville 
badoise près de Schaffhouse, une communauté juive qui y resta jus- 
qu'au milieu du xvm 9 siècle. Là vécut, vers le milieu du xvn e siècle, 
Moïse Méir, nommé Maharam Stùhlingen, dont le fils, Hirsch, souf- 
frit, paraît-il, le martyre lors de l'expulsion des Juifs de cette ville, 
et dont le petit-fils, R. Nathaniel Weil, auteur de Réponses, d'écrits 
homilétiques et d'autres travaux littéraires, fut grand-rabbin de 
Bade et rabbin de Garlsruhe 2 . 

Un des agents principaux de Buxtorf, dont il est très souvent 
question dans sa correspondance avec Hottinger, était Abraham 
Brunschwig ou Braunschweig, appelé aussi tout court « Abraham 
le Juif. » 

Abraham Braunschweig était déjà lié avec Buxtorf père, et en- 
tretenait avec lui des relations amicales. Il appartenait à cette ca- 
tégorie de Juifs peu nombreux qui avaient reçu la permission 
d'élire domicile à Bâle. Car, depuis 1543, les Juifs étaient privés 
du droit de séjour permanent dans la vallée du Rhin ; une fois par 
mois, et pour un jour seulement, il leur était accordé d'aller dans 
la ville et encore avaient-ils à acquitter un droit personnel. Mais, 
déjà en 1579, le propriétaire d'une imprimerie, Ambroise Fro- 
ben, voulant imprimer le Talmud, avait fait des démarches afin 
d'obtenir pour un Juif la permission de pouvoir demeurer tempo- 
rairement à Baie, car l'impression de cet ouvrage était d'un genre 
spécial, et « ses ouvriers imprimeurs n'avaient ni assez de pra- 



halachique plusieurs fois imprimé, fut nommé rabbin de Metz en 1623 (voy. Jost, 
Annalen, I, p. 380; cf. Revue des Etudes juives, VII, p. 112). 

1 Mortuus nuper est Stulingae (qui locus a me distat duabus horis) Judeeus insignis, 
qui linguse litterarum hebraicarum optime callebat cujus libri vénales exstant, nam 
dum debitoribus multum debeat, uxor cogitur illos vendere, ex quorum pretio debi- 
toribus posset satisfieri. 

2 Qorban Natancl, préface et 148 b ; Torat Natanel, préface. 



> REVUE DES ETUDES JUIVES 

tique ni assez d'expérience dans la langue. » En même temps que 
l'autorisation d'imprimer le Talmud, il lui fut accordé de pouvoir 
admettre un juif*. 

Buxtorf le père se trouva dans la même nécessité que Froben, 
lorsqu'en 1617 il voulut préparer l'édition de sa Bible rabbinique. 
Avec l'autorisation du conseil de la ville de Baie, il fit venir un 
savant juif, notre Abraham ben Eliézer Braunsclrweig ou Bruns- 
clrwig, avec sa famille. Braunsclrweig lui rendit d'importants ser- 
vices, non seulement comme correcteur, mais aussi en l'aidant 
dans ses études et ses travaux. 

Une fois, cependant, Buxtorf dut payer cher ses relations 
avec lui. 

En juin 1619, quelques semaines avant l'achèvement de l'im- 
pression de la Bible-, la femme de Braunsclrweig accoucha d'un 
garçon 3 . Munis de la permission de l'attaché du Conseil su- 
périeur, Georges-Martin Gla3ser et quelques Juifs assistèrent à la 
cérémonie de la circoncision, mais, poussés par la curiosité, Bux- 
torf, L. Konig, le propriétaire de l'imprimerie et même l'attaché 
du Conseil supérieur s'y rendirent aussi. La chose s'ébruita : 
Buxtorf et son gendre Konig furent condamnés à 100 francs et le 
pauvre Abraham à 400 francs d'amende, et la peine de l'empri- 
sonnement fut prononcée contre les autres Juifs ainsi que contre 
le conseiller. Buxtorf fut très affligé de cette injuste condamnation, 
et il s'en plaignit au professeur Jean Caspar Waser, de Zurich, 
et à G. -M. Lingelsheim, de Heidelberg. Ce dernier le consola en 
ces termes : « Il m'a été pénible d'apprendre tes doléances par ta 
lettre, c'est avec indignation que je constate que tu ne rencontres 
pas l'estime due à tes mérites ; cependant ce qui t'arrive n'est pas 
nouveau, c'est le sort de presque tous les hommes de mérite et 
de distinction. La jalousie salit de sa bave le meilleur et le plus 
haut savoir ; les tiens ne savent pas apprécier tes travaux, mais 
tu trouveras ailleurs l'estime et la reconnaissance qui te sont 
dues ...» 



1 Stcuben, Beitrûge %ur vaterlând. Geschickte, II, p. 83 ; apud L. Geiger Zur 
Geschichte der hebr. Sprache, p. 130. L'inquisiteur Marco Marine- fonctionnait comme 
censeur lors de l'impression du Talmud à Bâle. Je possède le traité Erubin, de l'édi- 
tion du Talmud de Venise, qui servit aux imprimeurs de Bâle, et où chaque page 
est censurée, corrigée et porte le nom de l'imprimeur Danielo et Cristoforo, ainsi 
que le nom du censeur Marino. 

* L'impression de la Bible fut terminée à la fin de juillet ou au commencement 
d'août 1619 ; voy. la poésie de Braunsclrweig qui se trouve à la fin de la Bible. 

3 Non pas sous le toit de Buxtorf, comme le dit Ochs {Geschichte der Stadt und 
Landschaft Base!) et bien d'autres après lui. Braunschweig n'habitait pas avec 
Buxtorf dans la môme maison, comme cela ressort d'une lettre de Braunchweig à 
Buxtorf. 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 7 l J 

Buxtorf était décidé à quitter Bâle ; mais des affaires de famille 
et aussi les temps agités l'y retinrent. 

Mais revenons à notre Abraham Braunschweig. Abraham s'éta- 
blit avec sa famille dans le voisinage de Zurich, probablement à 
Lengnau, près de Baden, où l'on rencontre déjà des Juifs vers la 
fin du xvi° siècle. Tantôt il est à Zurich — Hottinger l'appelle 
Judœus vicinus — tantôt à Bâle; il visita aussi les foires de 
Zurzach, célèbres à cette époque, où tous les Juifs de cette contrée 
se donnaient rendez-vous \ et, tout en faisant son commerce, 
Abraham s'occupait, pour Buxtorf et les autres savants de Bâle, 
de l'achat de livres hébreux. 

Il ne sera pas sans intérêt de connaître le prix des imprimés 
hébreux d'alors. Ces livres hébreux étant parfois très rares, n'é- 
taient nullement bon marché au xvn e siècle. 

Le ïri'vp tine de Menahem Azaria de Rossi, imprimé à Mantoue 
en 1575, était déjà rare en 1615. Walter Keuchen écrit à ce sujet 
à Buxtorf à la date du 10 avril 1615 : « Le u^y ns» est d'une 
confection très élégante, mais il est rare à trouver. Je le possède 
et sais où l'on pourrait en trouver un autre exemplaire, mais 
pas à bon compte ; il faut le payer au moins 4 flor. Si tu le désires, 
je ferai mon possible pour te le procurer. Plusieurs autres livres, 
continue-t-il, que je possède en partie, et qui, en partie, sont d'une 
extrême rareté, me sont offerts, par exemple, les écrits médici- 
naux d'Avicenne, ouvrage très rare qui a été vendu l'an dernier à 
la bibliothèque de Heidelberg pour 30 flor. On peut avoir pour 
15 flor. : nriTti (1558), mai et pm^ rrnbin 'o d'Isaac b. Joseph 
Karo (Riva di Trento, 1558). » 

Le commentaire du Pentateuque de Don Isaac Abravanel 
(Venise, 1579) coûtait 10 flor. en 1610 ; en 1636, Buxtorf acheta le 
même ouvrage, suivant une note autographe qui se trouve dans 
son exemplaire, au prix de 4 1/2 reichsthaler. 

B. Capzow, un savant de Leipzig, lui procura le îiaw 1 J^Mft 
(Amsterdam, 1644) d'Abrabanel. 

En 1642 Buxtorf vendit à la bibliothèque publique de Zurich : 

i-mnn hy ^nn, éd. Venise 

ntna, éd. Prague, in-fol., élég 1 doublon. 

Ijn *te de Samuel Laniado, Venise 1602 2 rchsthl 2 . 

1 Nundinœ Zurzacences ad quas ut nostri Judsei harum regionum confluunt. (Lettre 
de Buxtorf à Hottinger . ) 

* . . . ego ante paucos anuos pro 5 thaï, ex Italia *)pi "'blD mini comparavi, écrit 
Buxtorf le 13 août 1643. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

TnïE Ttifep, éd. Prague, 1604 3 rchsthl. 

rtbia m»*, in-4° 1 » 

■^îobttDTT 1 ûwn b? ©vra, éd. Prague, 1609, in-4°. 1 florin d'or. 

n-rn m, éd. Bâle, 1608, in-4° 1 rchsthl. 

m"tt de R. Isaac (?) 1 » 

Pendant l'été de 1643, Hottinger fit un séjour de quelques semaines 
à Baden (Argovie) pour y faire une saison d'eau. Le hasard le con- 
duisit dans la maison d'un Juif quelque peu lettré 4 . Il écrit à son 
ami Buxtorf à ce sujet, en août 1643 : « Il (ce Juif) me reçut très 
cordialement et me montra une armoire remplie de livres qui me 
plaisaient beaucoup et j'en choisis les suivants : 

pttSF rmVin .dm* ma de Salomon Peniel (Crémone, 1557) et 
•j-cprj "nst de Schem-Tob b. Joseph Palaquéra (Crémone, 1557) 

reliés en un seul volume : ensemble pour 2 rchsthl. 

np" 1 ^bîs, in-folio pour 5 » 

ù^bïin.avec le commentaire de Kimhi (Crémone, 1561). 1 rchsthl. 

*]Vi9 inbra 1 » 

^n* b#a 1 » 

■*na 2 » 

NEiron 1 » 

En octobre 1642, Hottinger acheta d'un voyageur juif : 

b"ni"itt avec nNann rmn (Cracovie, 1569) pour 19 batzen. 

pri£ï zïrpy de Arama 8 rchsthl. 

et û"np* 'o (Venise, 1618) 2 » 

Buxtorf avait donné ordre à C. F. Crocius, de Marbourg, de lui 
acheter divers livres pendant son séjour en Italie, en juin 1649. Ce 
dernier lui écrit de Venise : « J'ai cherché à Padoue et à Venise 
les livres demandés, et enfin je les ai trouvés ici : tn-n^ï-nubu) 
d'Abraham b. David de Portaleone (Mantoue, 1612), relié avec 
d'autres livres, coûte 12 livres ; "nm nriD de Moïse Kimhi, 4 livres ; 
mT ti© de Menahem de Lonzano, 10 liv. ; yen bsb (Venise, 1552), 
6 livr. 

L'imprimeur Kônig fit payer, en 1643, 24 rchsthl. un exem- 
plaire de la Bible de Buxtorf sur papier d'une qualité supérieure, 
assurant qu'il ne lui restait plus que peu d'exemplaires en maga- 
sin ; ce qui n'empêcha la môme Bible complète d'être vendue par 
Konig, en 1654, 16 rchsthl. 

On payait en 1644 le Lexicon thalmudicum 10 rchsthl.; il se 

1 II y avait donc à Baden des Juifs en 1643 ; l'assertion d'Ulrich, Sammlung 
jiidischer Gcschkhten, p. 266, doit par conséquent être rectifiée. 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 81 

vendit aussi 8 rchsthl. en 1654. La Concordance de Buxtorf coû- 
tait de 6 à 8 flor. Buxtorf lui-même fixa le prix de la Dissertaiio 
de lingua hebraica à 2 batzen ; il vendait ordinairement sa tra- 
duction latine du More 1 rchsthl. 

Tileman Stella de Téry et Morimont, nommé au commencement 
de ce travail, était pour Buxtorf un important. client qui payait de 
bons prix. Déjà en septembre 1629, il l'avait chargé de lui pro- 
curer des ouvrages hébreux, « dont Bâle possédait un grand nom- 
bre », en le priant d'avoir spécialement en vue le Talmud, Alfasi, 
et le Y ad Hazaqa de Maïmonide, ainsi que les ouvrages histori- 
ques, tels que : asu: ,*m nbs jïibapft 'o .éoH bbi? 'b .Nattï dbi* 'o 
srnïr 

Mais bientôt la correspondance cessa, malgré la continuation 
des relations commerciales; du moins les lettres de Stella jusqu'à 
1641 nous manquent. 

Ce n'est que le 14 mai 1641 que Stella écrit à Buxtorf, de Paris i : 

... En attendant, Monsieur, je vous prie très instamment, tant en 
mon nom qu'en celui de Son Eminence mentionnée plus haut, de 
bien vouloir prodiguer tout votre zèle et tous vos efforts afin d'ex- 
pédier au plus tôt à Mantoue, Venise, et même à Gonstantinople, la 
commande qui vous a été transmise.... Que vos efforts tendent sur- 
tout à obtenir les livres à l'état brut ; car Son EmineDce veut les faire 
relier tous en véritable cordouan oriental. Et si vous deviez avoir à 
traiter encore avec les Juifs menteurs au sujet du Thalmud et BibL 
Reçionum, veuillez bien, très honoré Monsieur, ne pas laisser passer 
l'occasion ; faites en sorte, au contraire, que toute la commande se 
trouve prête dans quelques mois. S'il ne tient qu'à l'argent, je puis 
tout aussi bien qu'un autre vous payer une demi-douzaine de pis- 
tôles de plus. Au reste, Son Eminence sérénissime, monseigneur le 
cardinal de Richelieu a éprouvé une grande joie en apprenant par moi 
que, par votre intervention et vos connaissances, j'espérais recevoir 
tous les bons livres hébreux et orientaux même ex medio Oriente. 
Elle m'a recommandé d'exprimer à mon très honoré Monsieur ses 
gracieuses salutations, et de vous prier de n'épargner aucune 
peine dans cette circonstance, en vous donnant l'assurance qu'en 
outre du paiement au comptant, Son Eminence vous gratifiera 
encore de toutes sortes de faveurs et de récompenses et qu'elle ne 
se montrera pas ingrate, sunt verda formalia ex iallico. Sur ma pro- 
position, Son Eminence a aussi déclaré depuis qu'elle acceptera avec 
plaisir la dédicace de la nouvelle édition de la Synagoga judaica. 
J'ai entretenu Son Eminence de la translation de la mise/ma Thaï- 
mudicœ tanquam operis suo nomme et immortalitate dignissimi, elle 
s'est offerte à donner à mon très honoré Seigneur une pension an- 

1 L'original est écrit en allemand. 

T. VIII, n° 15. 6 



82 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nuelle de 1,000 francs et de vous écrire personnellement à ce sujet, 
quand elle sera assurée, que vous pourrez exécuter seul cette œuvre 
et que vous le ferez. Quant aux livres hébreux, je veux bien les 
acheter pour la plupart, excepté ceux qui sont incomplets ou dé- 
chirés de telle façon qu'il soit impossible de les remettre en état. Je 
trouve en outre la taxe des livres reliés un peu élevée : je ne ferai 
cependant aucun rabais inspecte, mais j'espère, que, puisque le prix 
se monte à 116 r. sans la Bible Veneta, vous pourrez bien les obtenir 
à 100 r. ou 16 pistoles et 4 r. 

Quelques mois plus tard Stella passa plusieurs semaines à Baie 
et eut l'occasion de traiter personnellement avec Buxtorf ; les 
achats de livres qu'il fit furent assez considérables, comme il ré- 
sulte de la lettre suivante du 23 octobre 1641 (original allemand) : 

Très noble, très distingué et très honoré monsieur et ami, je re- 
grette bien qu'à cause de quelques affaires avec S. A. R. Monsieur 
le margrave et du départ de Monsieur le Résident anglais, il ne 
m'ait pas été possible d'en finir avec les livres avant hier soir. J'au- 
rais bien désiré parler au Juif même. Gi-joint je vous adresse, honoré 
monsieur, ceux des livres qui se trouvent être doubles ou qui ne me 
conviennent pas, ainsi que la note, savoir : 

Ramban super Pentateuchum cum textu, in-fol — 9 r. 

Machsor allemand 1 3 — 

Nephesch hachochama 2 fol 2 — 

Amude Golah 3 2 — 

Yggeroth Schelomim *, in-8° 12 btz. 

De même je ne puis prendre : 

Schulchan Aruch qu'à 3 r. 

Toledot Aharon * — 2 — 

etMaamodos 6 — 1 — 

Par contre j'ai gardé : 

R. Obadia Bartenora. in-fol. 9 r. 

SchephaTal, Hanovœ, 4 612 — 3 — 

Ramban in legem sine textu 3 — 

Kele chemdeh, Gracouia» "• in-fol . 5 — 

Je veux bien garder la presque totalité de ceux que porte la se- 
conde liste, mais en rabattant quelque peu du prix excessif; si toute- 

1 Allemand veut dire ici du rite allemand ; il n'existait pas encore en 1641 de 
traduction allemande des prières pour les fêtes. 
1 M^SnîTî 1233 de Moïse b. Schem Tob de Léon, Baie, 1608. 

3 Crémone, 1556, ou Cracovie, 1596. 

4 Bâle, 1603. 

6 De Ahron de Pesaro, imprimé à Fribourg, 1583, et Venise, 1591, in-fol. 

6 Probablement l'édition de Venise de 1617. 

7 Doit se lire sans doute Prague (1610], 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 83 

fois le Juif en question s'y refusait, il n'a qu'à faire reprendre ses 
livres : 

Ralbag etRabbos \ in-fol 10 r. 

Aruch et Milchamos 2 — 5 — 

Colon et Rokeacli 3 6 — 

Perusch super Megillos 3 — 

Scheroschim vi Michlol *, acheté à Metz 3 — 1/2 pst. 

SchaareDurah 3 , in- 4° , 3 r. 

Pirke Eliézer — 11/2— 

Zemach David 6 , in-4°, comme je l'ai acheté à Metz % — 

Tisbi 7 in-4° 1 — 

Bar Scheschet 8 3 — 

Mischnajot, Mantoue in-8° \ 1/2 — 

Alphasi, 3 tomes, in-8° 3 — 

BibliaBasiliensia, in-8° 4 — 

parce que les Kethubim sont transposés. 

Le manuscrit incomplet sur parchemin, in-4°. . . \ et 9 btz. 

Total 48 r. 

ou 8 doubles espagnols. 

Je n'ai pas reçu le SepherAmanah. J'examinerai ces premiers jours 
le Thalmud ainsi que la Bibliothèque hébraïque, si Monsieur veut 
bien le permettre, et nous réglerons alors l'affaire. 



IL 



Il était facile à Jean Buxtorf de promettre à Stella de Téry 
et Morimont d'envoyer, même à Constantinople, la liste des 
livres hébreux et orientaux que désirait le cardinal de Richelieu, 
car il avait dans cette ville, comme en d'autres, des correspon- 
dants et des amis obligeants. Du reste, depuis des années, il était 
en # relations directes avec des Juifs de l'Orient. Il serait cependant 
ridicule d'affirmer, comme l'a fait son panégyriste Tossanus, que 
Buxtorf le père « était importuné par les lettres innombrables que 

1 Lévy ben Gerson, commentaire du Pentateuque, Venise, 1547; midrasch Rabbot, 
Venise, 1603. 

2 Aruch, Venise, 1553 ; Bâle, 1599; Milhamot Haschem t Riva di Trento, 1560. 

3 L'un et l'autre publiés à Crémone en 1557. 
* Venise, 1545. 

5 Bâle, 1599. 

6 Prague, 1592. 

7 Bâle, 1601. 

8 Riva di Trento, 1559. 



84 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

lui adressaient les Juifs de toute l'Allemagne, de la Pologne, de la 
Moravie, de la Bohême et de l'Italie, et que ces lettres, écrites 
en hébreu, traînaient, non pas par centaines, mais par dizaines 
de mille dans sa bibliothèque 1 », et il ne serait pas vrai, non plus, 
de dire, avec son plus récent biographe, le professeur E. Kautzsch, 
que « les Juifs s'étaient habitués à le consulter comme le plus 
écouté des oracles dans les questions les plus subtiles 2 ». Si nous 
exceptons quelques rabbins et savants allemands, hollandais et 
italiens, peu d'Israélites du dehors connaissaient Buxtorf, môme 
de nom, et aucun d'eux n'aurait jamais eu l'idée de considérer 
l'auteur de la Synagoga judaica comme « l'oracle le plus écouté 
dans les questions les plus subtiles ». Ce qui est cependant hors 
de doute, c'est qu'il a reçu des lettres et des écrits en langue 
hébraïque de savants juifs de Constantinople, comme le prouve 
clairement la lettre suivante, encore inédite, que son ami intime, 
Abraham Braunschweig, lui adressa le 13 novembre 1617 : 

vwh nnn nttai infinp ■»£> Tba 

ûranana •tfiapn ^p^n abttb *wa -W3 in tn^ ia ^nw *o nstt 
hô 1 * nbir û^in^Di ûwaiûi ainanpn bsnDti -6n ùnbuîi 'c^Nawptt 
aran iiaïaa tpna wn ^bit-i i3>iïu) thjn iai b^ !nb-m iinfcfcî Tircorai 
Ttp'n ^a i's w«b donnât naïn lîroa d'iab "nana ynan misnsn baa 
.ûnsan î-iitfstta û^nba "itrOT rrnmiiaa nb^ba inrpiaa rpïw ^a aa "San 

n^itn 173W am« lama 
ïwnwna dînas 
3 nT*©ïi iiian "r- 'a av rtarroa aman 

Abraham lui dit qu'il a reçu ses ouvrages, qu'il les a lus et les 
trouve très beaux, qu'il est très heureux que sa réputation de- 
vienne universelle, et qu'il lui renverra ces livres par son fils Moïse. 

Nous ne connaissons pas le nom du savant de Constantinople 
qui avait remis à Buxtorf ces livres, parce que de ces « cen- 
taines et myriades de lettres hébraïques » qui ont dû se trouver 
dans la bibliothèque du professeur de Baie, il n'en reste au- 
jourd'hui qu'un très petit nombre. Nous savons, par des lettres 
adressées à Buxtorf fils 4 , et qui nous ont été conservées, que deux 

1 Joh. Buxtorfii senioris... Vita et mors, quam oratione parentali . . . publiée 
recensait D. Daniel Tossanus (Basil., 1630). 

2 E. Kautzsch, Johannes Buxtorf der Aeltere, Bâle, 1879, p. 31. 

3 Recueil de lettres mss., G, I, fol., 350. L'adresse est la suivante : 1*1*76^1 T^b 

b^7N"3n -«"3 BprnDpna \sitm EnbNti n"n avip»a pnitt» 'ana bbiton. 

Il est à remarquer que le nom de Buxtorf ou Buxtorf!' est quelquefois écrit, comme 
ici, Buxdorf ; il est même écrit de cette façon sur une dissertation. 

4 Depuis l'année 1839, époque à laquelle M. Carmoly marqua et copia les lettres 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 85 

savants israélites de Gonstantinople se mirent en relations avec 
Buxtorf fils, vers la fin de l'année 1633, par l'intermédiaire d'An- 
toine Léger 1 , établi plus tard à Genève comme professeur de théo- 
logie et de langues orientales. Ce professeur, né dans le Piémont et 
lié depuis longtemps avec Buxtorf, était alors à Gonstantinople 2 en 
qualité de secrétaire de l'ambassadeur néerlandais, Corneille de 
Haga, et y entretenait des relations amicales avec quelques savants 
juifs, entre autres avec le médecin Léon Siaa et un homme qui con» 
naissait bien les langues et les littératures, Jacob Roman. 

Léon ou Arié Yehuda Siaa-Nasreddin, qui paraît déjà avoir 
été en relations avec Buxtorf père, s'intéressait vivement, comme 
beaucoup d'autres médecins, à la science juive, il a même donné 
des preuves de cet intérêt en traduisant en latin le Kozari et les 
Devoirs du Cœur, que son ami Roman voulait publier 3 . Vers 
1639, pour répondre à l'invitation du prince de Siebenbùrgen, 
Rakoczy I er , qui l'appela auprès de lui comme médecin particulier, 
il quitta Constantinople et abandonna le judaïsme 4 . 

A la première lettre que Jacob Roman adressa à Buxtorf, Léon 
Siaa avait joint une autre lettre dans laquelle il recommandait 
chaudement son ami, le dépeignait comme un homme qui, « par 
sa famille, sa fortune, sa dignité et ses connaissances, est supé- 
rieur à presque tous ses coreligionnaires », et qui pouvait surtout 
être très utile aux savants chrétiens à cause des nombreux ma- 
nuscrits orientaux qu'il possédait et de la réputation de savant 
orientaliste dont il jouissait parmi les Juifs s . Et cela était vrai. 

reçues ou écrites par Buxtorf (Revue orientale, I). jusqu'à l'année 1868, où j'ai copié 
les mêmes lettres, beaucoup en ont disparu. Ainsi ' Carmoly avait encore vu, dans 
la collection, une lettre qu'un Mordekhaï ben Sabbatàï, de Posen, avait adressée à 
Buxtorf « sur une discussion avec S. Schotten au sujet de la censure » (Catalogue 
de la collection des livres et mss. hébreux laissés par le D r G.-B. Carmoly, Frcft.- 
s./-M., 1875, p. 53, n° 52). Cette lettre avait disparu en 1868, ainsi qu'une autre 
qui, d'après le catalogue de Carmoly, commençait par ces mots : b^fà "O'HNb d"lbt3 
^"litljïl ^tî* 1 , et une lettre de Jacob Roman, « datée de Francfort ». 

1 Buxtorf, Bill, rabbinica, 99 : « Romano, cujus amicitiam et benevolentiam mihi 
conciliavit Ant. Léger. » 

s Biographie universelle, s. v. Léger ; Buxtorf, Bibliotheca rabbinica, Francker, 
1696, 165. Ant. Léger mourut à Genève en 1661. 

s Voir plus loin les lettres de Roman. 

4 Buxtorf écrit le 11 août 1641 à Hottinger : « ... De hoc (R. Léo Siaa) audivi 
illum palam in Transylvania christianam religionem amplexum esse, ibique medicum 
agere in aula Principis. » Cf. Bibhotheca rabbinica, 174, s. v. nlTïT, et Wolf, 
Biblioth. hebr., III, 1355. 

5 Voici la lettre de Siaa (Recueil de lettres, G. I, 62) : 

Clarissime vir, 
Literarum inclusarum scriptor, vir inter suos Familia, opibus, morum elegantia seque 
ac sapientia pêne unus, prsesentium exaratorem ssepius inquietavit, ut incumberet ad 
polliciendum C. S. Dom llm ad litterarum commercium, cum jam cogitationum tem- 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Los manuscrits orientaux que possédait Jacob Roman 1 étaient 
aussi nombreux que ses connaissances étaient étendues. Il savait 
toute la Misclina par cœur, à en croire le témoignage de Conforte 2 , 
la langue arabe lui était familière et il connaissait si bien la langue 
latine qu'il entreprit de traduire en hébreu le Tïberias de Buxtorf. 
Rien ne prouve qu'il eût déjà quitté Constantinople vers 1620 
pour se rendre à Jérusalem 3 , ni qu'il eût visité la foire de Franc- 
fort-sur-le-Main, et envoyé de là une lettre à Buxtorf. D'après 
le témoignage de l'auteur anonyme de cette triste histoire, des 
Israélites ayant été faits prisonniers le samedi, 11 Ellul (13 sept. 
1625) \ par le gouverneur Mohammed ben Farukh, et remis en 
liberté après payement d'une rançon, Jacob Roman aurait été 
au nombre de ces prisonniers et aurait ajouté des notes à l'écrit 
où ce fait est raconté 3 . Roman a traduit de nombreux ouvrages 
arabes, et composé un lexique arabe -hébreu et un lexique arabe- 
turc ; il a écrit également, sous le titre de Vptatt ^ïne, une 
prosodie hébraïque dans laquelle il indique 1348 formes de 
poésie. Ce livre, dont il a envoyé l'introduction, comme spécimen, 
à Buxtorf, au mois de janvier 1634, n'a jamais été publié 7 . Nous 



pestas animum meum lancinaret, qui amico viro satisfacere possem, contigit Clar. 
D. Anton. Léger Eximii Legati Belgici Concionat. id spondere quod anxie ambie- 
bam. Ego, ut ingénue arbitror meam sedulitateni in hoc negotio, in christianse Rei- 
publicœ rem fore, vir enim hic Byzantinus manuscriptos libros in orientalibus linguis 
abundantissimus ac in earum scientia inter Ebrasos clarus, in hoc totus est, ut orbi 
det christiano quod hactenus malevolorum invidia Europaeis negatum, hinc mens 
mea est Clariss. S. D. hominis Jacoli Romani dicti oblatam amicitiam negligere 
minime debere verum, fovere perinde ac augere. Valeat ignoscat ac agnoscat. 
Datum Byzant.,anno 1633, 3° Id. decembr. 
Velim Rabbino huic transmittat indicem librorum prostantium in nundinis Fran- 
cofurtinis. 

Clariss. S. D Qi , obseq mus servus, 

nsii *WD îttiî-p N*w. 

La signature est en caractères cursifs; une autre lettre de Siaa, du 12 Adar 5594 
(10 février 1634) porte comme signature : « Léo Siaa, Medic. Doct. », et en carac- 
tères arabes, rmu *plbN lift. 

1 Et non Romano, comme on J'appelle d'habitude ; lui-même se désigne sous le 
nom de Roman (INttYl). 

2 Qoré ha-Dorot, éd. Gassel, 49 a. 

3 Carmoly, Revue orientale, III, p. 355. 

« Et non pas 1624. En 1625, le 11 Ellul était un samedi. 

5 Ù^bU5W n'D'Ifi, Venise, 1636, 5 b. Cf. Steinschneider, Zeitschrift der 
D. M. 6r., IX, p. 840. C'est M. Fûrst qui prétend que Roman a ajouté des notes à 
cet ouvrage, Bill, jnd., III, p. 165. 

s Cat. Paris, 1277, 1278. 

7 « Nondum est editus », dit Buxtorf, l. c, 83, s. v. bptiîtt ^ÏN». Sabbataï Bass 
[Si fié Yeschènim, 37 s. v.) désigne Constantinople comme lieu d'impression de cet 
ouvrage et tous les bibliographes anciens et modernes l'ont copié. Bass, qui a mis à 
profit la Bibliotheca rabbinica de Buxtorf, a été induit en erreur par ces mots : 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 87 

verrons plus loin quels étaient ses projets, lesquels échouèrent 
on ne sait pour quelle raison. Le professeur de Bâle utilisa cer- 
tainement les connaissances bibliographiques de Roman, c'est 
à ce dernier qu'il dut presque toute la partie qu'il a annexée à la 
BiUiotheca rabUnica de son père. Roman lui avait promis de 
lui envoyer la liste de ses manuscrits, mais ni cette liste, ni la 
liste des auteurs ne se trouve plus à Bâle. 

De toutes les lettres adressées par Roman au professeur, deux 
seulement sont arrivées jusqu'à nous. En décembre 1633, Roman 
écrivit pour la première fois à Buxtorf, qui, avant d'avoir reçu 
cette lettre, lui avait déjà écrit à Gonstantinople, sur l'instigation 
d'Antoine Léger, et sa lettre se croisa, à mi-chemin, avec celle 
de Roman; mais on n'a retrouvé ni cette première lettre de 
Roman, ni la lettre de Buxtorf qui était arrivée à Constantinople 
le 30 décembre 1633. A cette lettre, Roman répondit par une 
longue épître qui contient autant de choses qu'une petite biblio- 
thèque, et qui, aujourd'hui encore, a de la valeur à cause des 
nombreux manuscrits arabes et hébreux qu'elle mentionne. 
Nous donnons ici cette lettre, d'après l'autographe * : 

2 p"db ■jrvEf \w& ïtw nsu: rania ï"i '2 dv 
•jsntiïï , ivj!i i^i ïii>d î-wdn «w bdd n>tti bib ïiofitt 122 ddn n:u 

n^dfi ùi"b« imN abïï ,W^ nïn&o inttdn d^^i -pDdb diiai^ii b2 
avis bhwtën ii^tt *nïi abin wew hot-ft ib 'm spv ^sm n**h db 
, i^a liibm ^wj ft^a ÉpiTiBp'n ismi "f nï-n^d mmian 
'n^np^D d^rso b?tt dnd "ptënd ismïi rida a"d 't dr ^d "Wisb 2 m 
bd b*d ^nid^i pïntti umd ^dd *îti -lîi&npan n"d£ n^tt î-tiisbi T3a 
îrY'dft ba and 3 \nand fcsw UHfi ^b ttï pi ^sift î-nn fcdNnda 15 'pft 
s"» dnd irn&nai i-nridb fiddïi iy srmttorrt"! î-nïiBntt 15 nba J-id^rtio 
i-ina i^t ^n .iian mbu) rma sp^ it b* ^biN irmaai wntt w»* 
î-rmttîn rt*ft i-itïi andïi 15 mijpb ww» '% ï«rtTi»ri isdiba h^s p 
i-j£ iii*7Nb n»i« &?a Vbfcb ^5p . ^mss '» ba ttpiz ïimbw -rnaNb 

« Spécimen operis ante aliquot annos ad me misit Constantinopoli. » Zunz dit avec 
raison, dans le premier de ses écrits, publié en 1818, sous le titre de Etwas ilber die 
jûdische Ziteratur (Gresamm. Schriften, I, p. 14, note 2) : « Jacob Romano a composé 
une prosodie hébraïque. . . Où se trouve-t-elle ? » Dans cette prosodie il indique non 
pas, comme le dit Zunz, 1248, mais bien 1348 manières de versifier ; ce nombre se 
trouve clairement dans la lettre de Roman, chez Buxtorf, et dans le Sifté Yeschènim. 

1 Recueil de lettres mss., G. I, 354 et suiv. 

2 Fùrst, l. c, III, p. 165, qui suit Carmoly, indique par erreur comme date de 
cette lettre le 8 Schebat 1634. 

3 Carmoly donne comme date de la première lettre de Roman le 2 Kislew 5394. 
Nous ne savons s'il a vu lui-même cette date ou s'il Ta calculée approximativement 
d'après ces mots de la lettre. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y^ -n*: rvam «a* ^«i rbbrrioi ■tniûs manab naiàin , rmaa na^ 
,nttnan 1* aa-< rai 'pn* "pm fc-rmaa ^3*1 -i&D.b:a i*p s-mpi ï-roama 
. mnas «Pàa ^a ww bw p "uaaa n-ip^ b-na ^aa ds»N 
r*<-)p3n ton» ino^nn t— tdm a>"3 *pN "naa w iai ba> ymixn nsna 
ndaa ^wVa 13b nba-ipion îrmoîaïi )^y ba> ^a^b *rà?3 a^tan dn^^id 
■n&o» in mbaïasam nibn&an rrpfinn i*tiaô»a dnî innaa pTn-n nbTOft 
rn*wn mmb bai"> "roia û^nti ■«tai bmtt'Tpn tmasatt "naa^ in d^wn 
■pa* ■*« nan , i3an^ r^b nwifla rYnwaa s^ib dN rhpTïawort m^m 
ï-nannb "naa> yxtàï ipwftb Tiiaîtahn j^bi \nw TD*n iaita imans 

N2£^ Nb nT fwa Ï-I3H ^3 , d'Tpft ima^E tfb tnn 13*7 bNW ^33 "I3tl5>b 

aat^ a an rïrwDai rt'-na aa.N aa ^a haitoh n3iaa nan nba?a naa wa 
wm^a^ra î-ïtï-t naaa iks latapa abia t^bn Urto'nTt "paa>a naiE naa aiia 
■«oifc* anrna ^3 bfcwi m aa>b '- nbo^ , ntn naib n3ib to ip ntn 
mt*ai ,*nana nrn pa*a Tïnbn tirvfib na nasa* t^b nrban mabn 

*y»*a ao'w taaa i-nanb -naa» "puaba naan rtanpn a"ttb nbira iaa.n 'n 

. ^nba^ 
inîtom iniN wwi ana n^a nt N p 1 ra n ■» b 3 1 3 tnm wn 'an 
d"nsan 3-n min inaian ^a aana ditfatban d"naa>n d"naan bu» ba> 
■13^3^3 ^uîNd ùifl ba mpT ujn d^ i^n nuï^3 da^^a m na^na 
■wâ 1 ' ïtt ba a? ^a , !-î3tîa !i3t5 1*7» na^anîai ia*ns>o ba na^ia nu:î< 
mb« ■jn'' vnpm ^1 ho'» ^aa ^ na^na d^aa ^n^api ^b "jin TiN^yan 
^*p^3T»ba^ab w ^bii:^ ï^i^»3 inarti .d^^a riN^'dna dn^b2? jq^Dnrïb 
br d^-iarn d^naarî *n3n?2 riitttt d3> draina ^i^ na\na mb 'naT3rt 
in vr? iwxa hï5n d^-iaorj msatt dU5 a^aina ^aia mb liy-i a'U ^in 
mTatt) liob ^-isn^ bN^j W3 ^nbmïn a"^ 3"n ^m bs> d3>7a\a ^n3>73« 
,-»3Zp iiia ùïThriDTa ^ai^q»» rnaab baiNia n?3 d3> rib^n d^ana?:^ 
!-TTn marin mob ^373^ ^n i-ibtis dnsarr nï'M rip mba p ^n^n 
ianb»«i mriN rnba in^iab b^n^^ **V29 d^nb« ii^ii^ dwN pT Y"* 3 *" 1 

.n"aa b« 
Nin 1 *n fi 8 h f o ^a w»b jtj; , ^"13^ natta d^naa n"aîa b«\a tit 
baarn nsn'o ^n /a"» bN^aisaaN '•»» ^t» b3> i3nb^a<i ^^ pi» 
, rtaM ^y d^n^N-i Nb îi w p n M "i ti p a îi '01 ip^n^nb ^^nati mbiî ^b i^« 
ïi^^rîï-î'an r^criM 'on *ivmî-n ainpïi 'o dm îiar 'irt ^bdi 
p fc:n ^n33>b ^3na> 'ji^bTa ■m^ hy ta^pn^iîa "^^a tD3ïi ï-ini^M!i 'di 
ta-nsdin imaT hri . dnbit ddn ^a a"wb anb^abn ap^n*îib -laio ^^ 
dnbiî rb i^r dN ïi^tt) dnbuîa< n"a?a m*a 3"j^ dN na^a "^baiN a^at^arî 
iDiob f-natN d^33i73 TNaz»-' *ô d«i d^nriN niapb b^n^Ni rap3tf ^n d«n 

. dp^na'Mb 
•v-p3 nuîN d^naan rtttln ib^ 
. tt'rprï i-nobi ^3na* ai^ïi stoït* 'nnb b a a î-n n 3 rr 'a 
nsv:n- 'ai rinrrtri'ai ni en n'ai mœ^îTi ai^pn # e 

, p"nbi ^3^^ wv 'niib 
,.r n3">n3 gnpn )rxh ^3T3b d^icri 'aiîi^pnn'a 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 89 

a"} mata ba tpoa nttp maa d* W* *p^bb pn3>2 d^bnn 'o 
misn niîi b"T s-pn^a 'nb aoïita "wa îians ipTisa d© "wn jsb ^an:?a 
nirpM -naan a* "p^^M iiatan a"73 ba nb-ua ^n i-ûii ,riNa i? 
. ^nbsa ^*a aa^ aa njnb "na* in^b bN Tnpnawi inn*a 
^bawa^ -nan nsa «nti , mpîi "puïbi ^iy vrrnn tt a 73 a p a 'd 
Va rvati» n:maa abiSN in^mai n^a 19 nst ^aiy iiraba "ji^^p 
a ma laia a3>aa niïi ia fiaiwraj rh? tirbtionaNSVn b^ai» /b^ann 
ido "p^a mata pnai inar^ba ist aj> , j"finpîi iittîb fs" imms b-mb 
. wbvw JnnNsn maninb inao ï-ît nas i-Pîm acabi "p^ aiana antt ï-ît 
av-ijna a^tina iMn bs> rm:a mwfcttim d'msd ni^ rttrt naaï-i *p3n 
'-i ipwrt î-ttîi nadîn /iiatKpia ïiTfcHpil ï-paib n^n î-r^b»a 
tj^a "najîi vrrjd ^fco YiKa 12 ttd'n ris tanpn "piabb Tnn i-mïr 
'rrrratria pn npn^ïia in»»» ab ^a ïibiû tos ïvûU) inasb w*!rri "in^ 
■»ai* "nrûfi isaa d^nna d-nsa d3> nabia n-pn^n !np« ba!i wa ^n 
. n"3>a dwi a^a-iMa t b? piaa-n abm b*nsfc»a inb-in 
i-nvnKa ^a-i^n ^na© "wi "O^pï-r ii^bi •o-i* 1 es p 1 p 1 n 'o _ 
Narra nb"D ^ mpnb ain "-laan *p:n ^wri "P^ a^aa rima* 
b? rpaa dram nana ims dïîm innb m^nan mnaa irotaii "man 
n-pnn ^a b*n du>i na\ai3 ^nba ^ ba nswbtD'n d^^ïi isuian Ti&on ne© 
^bN^^iD'« b^a la naain^ nnan?3 d^i /îi ^a^i Niti» b^a^ï-n 3>"i^ diai 

. V^b v^bb pn3>i dN ^n^^i^ ab"i 
^n wapbi iTi^scatri i^nnart -nan ni^i bp©?: ^dtn^ nad 
marr ^aa m^^nb d^-i^a^n -nam *pibïi ^bp©^ v wa ^P^" 1 l" 1111 ^ 
# to^ra ï-ianansi tavanwi ms» ttbuîi t]bN naa?ûb tzi^bi^ dm har6»n 
ta^a^itDii d^anaa ^7310 Nbi ^nNïa ■nns» Nb Wrt V 3 ^ 3 ^ ^i" 1 ^ N ^i 
d^nas»a NbT d^ansa Nb i^^b dïinad "i^a niï3N?a "n^rt ^bp©T3 v^^ 
ïn73ipM a"3>?3 b^ nbiu: ^sm .^na^a &rn inp^ati b^^f yi^i ^b wbiïti 
. ^r^a -iisw ibiN r;Ni£73rîrî ^nn "jsin ^m^n ma^a ^Doir» 
ta-n^wa d^^art nna^ ^isa niîti ^n^p tjdT^ 'nïib ©"ipn bp© r o 

, ©npïi V^b , d^bnp© 

, ^a^n ■«a , -iy .d^aïaarî trinsifiô 

. W3>!n ^in^a naitt "nayrti ^a^^ m a a b ti nain '0 

,^ari ^ais* "i©^ "ja ïibaïiii nbs^t 'a 

mb«tt5 3>a\a b3> ^ai^n ïbN3>tttr n^an nao nim ^na^i ^an^ ... 'a 

. naiiiN nN73 135353 "ib^iai n^aïaib^ 
b"T ii^^ Ya ."-1^73 'nb nis^afi n a rt 3 rt a d^Ntt ï— ia-»7aii3 
nuîN v^ba ^an^ ^«ba d^natatt d^artb împNi b^m« /•na? ^idba 

. aib^ii T^bs» Nin d'nan 
pm'5 ^a^ *jr^ /b"T wbatSa r|Dn"> 'nb m «s art Nai73 r a 
yn« ^11 ta^dna t^si!-: iaan pa^i ^anrrs ^n-»N-i t^tb ^n ^ai^a 

'ai m a i ï-i 'a to!m ©ipr; ^msb t*-rppbD p arj to© 'nïi "man 
'an ta^aïaib^an m^^i r ai i-i73an n^^Nn 'ai hib?»n 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•p ïtobtB '-ib d * i n npa M Sfc p 'on n *n » ii n 1 i ■a 'on ti p 3.73 h 

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.tt^pM ir^b yn*n!-ib troMMûSi nsidns n73dn miBtn '0 

. \^pn ircb , o w:nbp '-irtb mifcïi mbyfca ni y 73 a 53 '0 

, oipn ïnï)b , in -PD^b d ^ -en rt n n ^ a '0 

>tfV8ï> 'nnb iiNtt 1* ï-td^ mpn li^bb pm>3 vd^t3 n » n 3 '0 

.b"T n^nsn 
wa -n^-» &n ^a&s d'VDi» ton ta^nrt ta'nBosi ^« iis^ 
s*£ uni s"73b dm» mbob 11s d*nn« mapb birman w nb^ ^in 
'ri isaiï-iNb d"73 w> niBN TiûH ^dd dpwïib d^sidb dDna ^txiw 
s"73 ^*p in N£73N . n"3>a s-hûm p "paidi d"73 nmb "Tibmn viiBHH 
•^Dib^b imn apj^b "pn^b 'opr ihn ft^JttarrapS'ipJi idd nbœn dN 
d"7o nbuo ri^ï-î is^n ^ baïi iît-mi k^s l^b 'lïid ND-nn wte'i 
nsd ■»!?» nbttntt dtipïi andd s"73 nN73 ^nbai» w » tt^và "tne iot 
in» nôô ">nbiT i-iNtn wa s*tifâ3J im^n h d d"73 ïnpnynfr d^dnasn rtSto 
, tïnb^n d« n"d?3 wa \n n^73N mbit osai ndîsn i"i£ob '-in ddn'n T3 
mrsm« dM ïid mbujb 1dm dN îïmpi'wto ab bda n"d73 ^s t-ibna Tu? 
W , hsh dms mbtiïb bps nnr ftW ^n ïrnam rnptUP rima? mfiV 
■™&a WMobna bwi ddnn ^paro na^-an 1^73 •wn na -pab pn tu? 
-jn^d rn-> ^73 ^it^^uî p^ "-D1 n-idn Nb "-jd'-iaN ïiiaa lb\N ib^ 
b? ^w "pna'-b pin-itt mnn^73ïi airiKft i^n^:a Md . ^sr-n ^^ïib^ 'm 
in nbid y»n: .pn ^bdb i^s naô'n î-nbN b^ ^in^ t-n^inn NDd 

. lN73in dp3>^ •n^itin nmïiN nT"iT73d 

Buxtorf ayant parlé à Abraham de deux ouvrages de son 
père, il lui dit qu'il a traduit l'un, Tïberias, parce que les Juifs 
n'ont encore rien écrit d'aussi complet sur la matière (Mas- 
sora). Il lui fera parvenir la traduction de la préface, pour savoir 
si elle est de son goût. Quant à l'autre, intitulé Bibliotheca, il 
le connaît depuis longtemps ; il s'est même toujours étonné du 
petit nombre de livres hébreux que les chrétiens possèdent ; il 
croyait qu'ils devaient avoir beaucoup de manuscrits, puisqu'ils 
n'ont pas à souffrir, comme les Juifs, d'un feu constamment 
allumé qui brûle leurs livres et leurs synagogues. Il s'est donc 
efforcé de réunir, autant que le lui permettaient ses ressources, 
des manuscrits hébreux. Il a aussi, et cela pourra servir à la 
BiMiotheca, une liste de manuscrits rangés d'après le nom des 
auteurs par ordre alphabétique, puis une deuxième liste alpha- 
bétique des ouvrages qu'il possède ou qu'il connaît. Il tâchera 
d'en faire un résumé et le lui enverra. 

Pour ce qui concerne les livres demandés par Buxtorf, il lui en- 
verra, par Antoine Léger, le ^dnîi '0. Quant au bDdinnin'o 1 , 

1 Buxtorf dit, dans sa Bibl. ralb., 99 : « ^TlDiS nunquam est editus : ego mscr. 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 91 

il n'en a qu'un seul exemplaire, qu'il sera forcé de faire copier. 
Il n'a pas encore rencontré le mpïrt to ni le ïifcp'nin ; il possède de 
R. Jona le mu^în nmpïi 'o, le nmnn 'o, le irwftft 'o et le 
frtntDWi 'D, traduits de l'arabe en hébreu 1 , mais il lui faudra aussi 
les faire copier pour la môme raison. 

Voici les livres dont il peut disposer : 

1° bsûtti rûH '0 de R. Yehouda Hayyug, en arabe et en 
hébreu 2 ; 

2° Les ouvrages de R. Jona, cités plus haut, en arabe et en 
hébreu 3 ; 

3° ïiftp^iri 'o et û'W&ïi 'o du môme, en hébreu, manuscrit 4 ; 

4° Le livre des Psaumes, traduit en arabe, avec un court 
commentaire à la fin de chaque psaume, peut-être de Saadia, 
ouvrage très précieux. Il en enverra le psaume I er avec une 
traduction hébraïque, pour savoir s'il lui convient s ; 

5* ïiNttNpto 'o de Hariri, en arabe et en hébreu; œuvre d'un 
ancien Arabe, très bon écrivain, aussi célèbre chez les Musul- 
mans que Gicéron chez les Romains. Les Arabes disent que le 
lire, c'est presque apostasier, tant sa beauté surpasse celle du 
Coran. C'est une sorte de Décaméron. L'ouvrage a été traduit 
par Hariri en hébreu. Pour lui, il a disposé l'arabe et l'hébreu 
en regard l'un de l'autre, mais la traduction ne va que jusqu'à 
la moitié de l'ouvrage, il tâchera de le compléter en même temps 
que d'autres, tels que le Kozari arabe, en Egypte, à Alep et à 
Damas, par l'intermédiaire de ses amis 6 ; 

6° ppi \2 ifi 'o, en hébreu et en arabe. Il a placé l'arabe, en 
caractères hébreux, à la marge de l'hébreu. L'auteur en est Abou 
Bekr ibn Tofaïl. 11 ne sait pas si l'ouvrage a été traduit en 
latin 7 ; 

ejus exemplar accepi Constantinopoli a celebri illic et doct. Rabbino Jac. Romano. » 
Cet ouvrage a été publié pour la première fois sous le titre de Maase Efod, Einlei- 
tung in das Studium und Grammatik der hebr. Sprache.. ., par Jonathau Friedlânder 
et Jacob Kohn, Vienne, 1865. 

1 Buxtorf, l. c, 200, mentionne seulement la traduction du :nT"ppïl 'O*. 

2 Publié par L. Dukes d'après le ms. de Munich (Francfort-s./-M., 1844) et par 
John W. Nutt sous le titre de p^p^l l'HSDû ÏTlDblU ou Two treatises on verbs con- 
taining feeble and double letters by R. Jehuda Eayug of Fez, Londres, 1870. 

3 Ces écrits de Jona ont été publiés en arabe et avec traduction française par 
MM. Joseph et Hartwig Derenbourg : Opuscules et traités d'Abou'l-Walid Merroan 
ibn Djanah de Cordoue, Paris, 1880. 

4 Le ïlEpIft 'D a été publié, d'après la traduction hébraïque de Jehuda ibn 
Tibbon, par B. Goldberg et R. Kirchheim, Francfort, 1856. M. A. Neubauer a publié 
le Û' 1 1ï5 l -)'tï5ïl 'o en arabe sous le titre de : The book of hebrew roots, Oxford, 1873-75- 

5 Voir Steinschneider, Cat. cod. mss. Bibl. reg. monacensis, 122. 

6 La traduction des makames par Jehuda b. Salomon Alharizi a été éditée, d'après 
le ms. de la Bodléienne, par Thomas Chenery, Londres, 1872. 

7 L'histoire de Haï ben Yoqtan, racontée par Abou Bekr ibn Tofail, a été traduite 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

7° bpœ» *mxn 'o qu'il a composé sur les formes des vers 
hébreux dont le nombre est de 1348. Il n'a trouvé aucun secours 
pour écrire cet ouvrage ni en hébreu, ni en arabe. Il en envoie 
à Buxtorf la préface comme spécimen; 

8° «ttpft bptt 'o de Joseph Kirahi, en hébreu 1 ; 

9° d^D-Di imin 'o, en hébreu et en arabe ; 

10° nïMbft nain 'o, en arabe et en hébreu, corrigé d'après 
l'arabe ; 

11° i-ibsïiïi nbsïi 'o d'Ibn Roschd, en arabe et en hébreu 2 ; 

Le 12° ... 'o 3 , en arabe et en hébreu, composé par 

un Arabe en réponse à sept questions de philosophies à lui posées 
par son ami ; 

13° Huit chapitres sur l'hygiène par Moïse Maïmonide en 
hébreu. Il espère pouvoir trouver en Egypte l'original arabe 4 . 

14° mtëMii asntt 'û de R. Joseph Barceloni, en hébreu, traduit 
de l'arabe. Il n'en a pas vu de texte arabe 5 ; 

15° Les ouvrages de Schem Tob Palaquéra en hébreu, à savoir 
itosn rrnûfln 'o, trsnoi^Dîi mri 'o, œpnfctt 'o, jtdiîi 'o, mb^ioin 'o, 
ïTïifctt Mm» 'p, l'abrégé du d^fi mp» de Salomon ben Gabirol 6 ; 

16° Mttdfi WW) '0 d'Ibn Ezra, en hébreu 7 ; 

17° ro ynste 'o de Kalonymos, en hébreu ; 

18° tjiiiiïn rimas 'o de Messir David, en hébreu; 

19° ■pd'wn nttm 'D, traduit très bien en hébreu, pour Samuel 
Beveniste 9 ; 

en hébreu par un anonyme, commentée par Moïse de Narbonne et traduite en latin 
par Pococke, en 1671. Cf. John Dunlop, Gesch. der Prosadichtung, en allemand, par 
Liebrecht, p. 419, et note 491. Voir aussi Steinschneider, Cat. cod. hebr. bibl. acad, 
Lugduno-Balaviœ, 6, 5. 

1 Buxtorf [l. c, 145 : est liber û^UDln 'imto) et après lui Sabb. Bass [l. c, 81, 
n° 208) donnent à cet ouvrage le titre de d'Oman ^fDto qui appartient à un ouvrage 
de Joseph Kimhi. Quelques passages du TD^pïl bpUJ ont été publiés dans le Zioti et 
dans le d^lid *"p1 de Edelmann. 

1 Voir Steinschneider, Verzeickniss der hebr. miss, der h. Bibliothek ait Berlin, 
1056, 3. 

3 II m'a été impossible de déchiffrer le mot qui manque ici. 

4 Voir Steinschneider, Catal. des mss. hébr. de Munich, 289, 116. 

5 Buxtorf. qui a eu connaissance, sous le titre indiqué par Roman, de la traduction 
hébraïque d'un ouvrage arabe qu'il a attribué à Joseph Barceloni, a puisé ce rensei- 
gnement dans cette lettre où le savant de Constantinople avoue en toute franchise 
qu'il n'a jamais vu le texte arabe. Voir sur l'auteur probable de ce livre, Joseph Ibn 
Aknin, et sur la traduction hébraïque, Steinschneider, Encyclopédie d'Ersch et Gru- 
ber, xxxi, p. 52. 

c Pour les écrits indiqués ici, et en partie publiés, de Schem Tob Palaquéra, voir 
Zunz, Hebr. Bibliogr., IX, 135. Cette lettre prouve que Roman n'a pas seulement 
connu, mais qu'il a possédé l'ouvrage d^DIdl^Dln m3H- 

7 Buxtorf, l, c, 133, encore inédit. 

s Le livre de la Consolation de Boèce était lu avec plaisir au moyen âge et a été 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 93 

Selon la réponse de Buxtorf, il en achètera d'autres pour les 
remplacer ou les fera copier. — Il le prie de lui envoyer deux 
exemplaires de sa Concordance, un pour lui et un pour son ami 
le médecin Léon Siaa ; il en a vu la première page qu'il loue 
fort ; il lui demande aussi sa traduction latine du Guide des 
Égarés, qui ne se trouve pas à Constantinople. Il le prie enfin 
de lui faire savoir s'il veut lui envoyer des caractères hébreux 
en plomb. 

Cette lettre si précieuse pour Jean Buxtorf resta longtemps 
sans réponse. Roman ne s'attendait pas et n'avait pas lieu de 
s'attendre à un si long retard. Voici ce qu'il lui écrit huit mois 
après la précédente lettre l , le mardi 24 Sivan 5394 (20 juin J.634) : 

♦ Y'mïi ïpo T'd 'a bv 
p rtiosos triai fnaflan mara ïib* imanm rwdm bvtoïi d-ian 
Wi»tti 'rt spvnBpna pot w*tt ddttï-n passi aiïi tàn . . . . -\yw «r» 

"i^b ta an J-ibs^b yna^ pi mT p mb^a dibu: nwm "nna 
fnaa s"5a ba Tiarû imi in b^fi mtttt ittd dw ^b îit . dbi? 
d"?a mu n-tta ^nbap p "nriN -vûn î-miiJn wfin t<b rm isn 
d-nao natp ^nnbuî d"m \yn bd b3>d !m ^nmHDi biba ffillna î-mnd 
d-p dwadiab ?n:no?3T bail irnMi Tv;pb raïasN 'in mms it b? 
fo -o s-imrcn ïiaa ab bM ttnrû ab rwnnNtt nattt .çraMn lis V'd 'i 
anïliïi waïra îTOïtfi rtïsSianrt T^N TWWa ^nabai] ^a ,nn«n ab «an 
nb insoiîTi ïidj:e mta*b Tûtûn p b^ 'pm mbiab "poa isnp ^biN 
ïmar» in* Vint»*] ^a -o la-n^b w kwi maaa imna . ï-iadin 
Srrï in dw s-jt n«3N natii ST^iEa "ns* ow mwb d^ia ■pab fins* 
instsn ^Bttîtt mab aern d^m 'n tit» dis ïtiïti ôm» mon b^aio 
tr>Tïn* in ûfittibip ïabEa msiiûb uïbttd fcawa: hnu 'o d^aiMb 
niûac n-rns* aa ^d m^i? nvmaa im^n w^ln ^a "pabi "uw -na* 
nT»m«rt ^d fiicittb nbitt ^n n\aa andii pianaa ^nbyn iaw rtwn 
fcttttwan d^bN^^ui^n sas» naTîi Jns^na ownb ibdT >*b nr^M 
■prana 5 — rr tta^nnatt j-natti ta* innbtt -nafion ,S-mi ■nnirr annrab 
bffl to then , b"nh« û^nan OTiptt intaba dn^^^j 'o n^ipïi d3> 
'ndtarî maniab tabtm ^tidii *bi maabsrr nain 'p D^diiib bnnu:^ d":i 
nrra niNiatûii p ^tOBNrt ^sd b^ai» d^d^rr b^son vit bdïi b3>i 
^p-Dd rihyn ^a j-in» ^ntapdi \nbtfta . tavïi *> fc r^3 "iujn mj>n no^rj 

traduit non seulement dans presque toutes les langues modernes, mais encore en 
hébreu. La traduction mentionnée ici n'a pas été faite par Samuel Benvenisti, comme 
l'affnme Buxtorf, l. c, 107 : « Translatus a R. Samuel ben Banschat (!) » mais pour 
Samuel Benveniste, petit-fils de Don Abraham Benveniste (voir mon article Das 
Castilianische Gremeinde-Statut, dans Jahrbuch fur die Qeschichte der Juden, vol. IV) 
qui possédait à Salonique une bibliothèque très riche. 
1 Recueil de lettres, G. I, 355. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

\utioap uni ïibaa a^ao d^p û^5n aa-rnb^a 1"in£^ aa 'torinb 
nain 'a aa^a N^tt ,, nseîi un ^tp a"} pi ,^bba *pi w waa 
■tt "jnby» ba îT3»M Wnn ^a "pab ivabb d^pny:: "nnaï-j 'ai maabn 
pn*s lafct: lia» ■najm pvbrt 1^ Tiôrç tikm rusante npn^n épH 
*:n bas œa-ittSE î-rm ptabtt aata wiai nnwg ntaaiia^i r^ai^ *on v-tAn 
nain '8E ewattn biESE ta^-inbi mraîi *pn rnssb 'tfiV'tntën 
bsb nV-nia îi*a î-îd^ni rtipRl !TS ItiîN WJto noi3ti wa maabïi 
■*T br i^ab ïïttïbb maabn nain 'ai "nnan dîraio p">n*rtë ^"ian 
s— TN-i-^ tki "n-i:?- ^îabn a^ fort arinTa-oa^ au^a iiaob rrrnr *i "nai^n 
^rhsiz bwX \nnbo a"3 w ■ &sw*3 wa 3-iïl ttnsnn tana l'wn 
t**iî-n bpiûft ^Ttffc naa damai 1*1 na\na a^nsa nsp nijwa innaT 
tarn bsi853 ïtït î-152 a»i^^a V168M tai widn aram ^baia n^n 
aar ïimb^n *i3wn naan ntnpï-t a&npi amtna «mpïi i"iiab vyn 
t-!^ ^3>^t> un ^nb^:a iava in a^tta -jnb^ia ba ïmnnNïi maNft 
r-psDîi maNa iniwB *m .toîrwa and iïwta ttans aa ia *iair< 
aa ^t:b tPMioîi rrii» 'ai ywMttM'mpaijp 'a "6 mbtab ^nhvji dne 
aa-nna a*naa aan apn ^s n« aien ba ^vkn wa in masMa m 
nnaïai iiï-ibu> ra^n V"-ia ^aaa ï$ bw "jn^s aibuîi , amia na abfta 
. IN^m ap2-> ^a^ii 

Puis comme post-scriptum : 

'a Tnirè t»:ntj5K tû^» iWlfflS taani-î ?'* a"?o bN vmbtt ïiSh 

in a 'ai t^^^pba la avj ta\a 'nb hib?»n 'ai iisn M©Jîj 
, ^n?:p rp-p 'nnb U5 n p n b p ^ 'ai natnb laaDim 9j 1 à fl n^îiirt 

Abraham dit qu'il» lui a écrit il y a plus de huit mois et n'a pas 
encore reçu de réponse. Il reçu de lui une lettre écrite en Ellul (sep- 
tembre) et lui a envoyé quelques livres par son ami Antoine Léger. 

Il lui rappelle qu'il se propose d'établir une imprimerie à 
Constantinople. Il voudrait publier le Guide des Égarés en trois 
langues sur trois colonnes, en hébreu, en arabe et en latin, l'arabe 
en caractères hébreux, car les Turcs ne permettent pas d'imprimer 
en caractères arabes. Il lui envoie un spécimen de cette publi- 
cation. Il lui en avait déjà adressé un avec, entre autres, la pré- 
face du Tïberias, traduite en hébreu. Il voudrait aussi imprimer 
le Devoir des Cœurs, de Bahia, et le S. Kozari, de Juda Halévi, 
également en ces trois langues ; ces deux ouvrages, corrigés 
d'après l'original arabe qu'il a entre les mains. Il lui demandait, 
dans sa précédente lettre, s'il y avait dans sa région des acheteurs 
pour ces livres, et combien ils peuvent être approximativement. 
Il le prie de l'informer si les chrétiens ont déjà une traduction 
latine de ces deux derniers ouvrages. En tout cas, elle ne peut 



RICHELIEU, BUXTORF ET JACOB ROMAN 95 

être que mauvaise, attendu que la version hébraïque sur laquelle 
elle a été faite est extrêmement incorrecte. Il en donnera une 
traduction latine faite par le docteur Juda-Léon Siaa d'après 
l'arabe, on verra alors la différence ! . 

Il ajoute, en post-scriptimi, qu'il lui a envoyé, par Antoine 
Léger, le tidn nwn % le mb*fcïn 'o de Schem Tob Palaquéra, 
le iûmïti Bpan naï-ort vu 's du môme, et le roipnbpta 'o de Joseph 
Kimhi 2 . 

Cette deuxième lettre eut probablement le même sort que la 
première. Les relations entre ces deux savants furent donc de 
courte durée. Le 11 août 1641, Buxtorf écrit à Hottinger, à 
Zurich : « Je n'ai pas de nouvelles de Jacob Roman depuis quel- 
ques années 3 . » 

Pour en revenir à la commission donnée par Stella de Téry 
et Morimont à Buxtorf, celui-ci a-t-il fait venir de Gonstantinople 
les livres et manuscrits orientaux que demandait le cardinal 
Richelieu? Il est probable qu'il en a acheté chez Jacob Roman, 
car la plupart des manuscrits hébreux dont Roman a parlé dans 
sa lettre se trouvent à la Bibliothèque nationale de Paris *, et 
quelques-uns mêmes portent la mention qu'ils ont appartenu à 
Roman 5 . 

M. Kayserling. 



1 Dans la préface à sa traduction latine du Kozari, Buxtorf dit : « Idem Constan- 
tinopoli ad me scripsit R. Jacob Romanus, qui arabicum exemplar habuit et editionem 
ejus trilinguam, arabicam, hebrœam, latinarn tum moliebatur. » Et encore en août 
1641, Hottinger écrit à Buxtorf : « J. Romanum Judaium Constantinopolitanum 
editionem trilinguam meditari lubens audio. » 

2 Buxtorf mentionne ces mss. avec la remarque qu'ils lui ont été donnés par 
Roman. Voir BibL rabbinica, 99, s. v., TlDiS ÎTH53>:d : « Ego ms. ejus exemplar 
accepi Constantinopoli a. . . R. Jac. Romano ; Gusri, p. 32 ; R. Schem Tob b. Joseph 
b. Phalkira nb^fàïl 'O quem ms. olim accepi a J. Romano. » Bill, rabb., 22 ; ibid., 
146 : « lïilpïl bpti5... Constantinopoli dono mihi missus est a R. J. Romano. » 

3 « De Jacob Romano ab aliquot annis nihil audivi. » 

4 Cf. Cat. des mss. de Paris, n°« 1215, 983, 700, 1216, 913, 893, 1031, etc. 

5 Cf. ibid., n°s 910, 749. 



LES JUIFS 



DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 

AU MOYEN AGE 
(suite *) 



XII. 

Serment à faire en cas de manifeste général. 

Nous sommes d'acord que, le tour premier que vient aussi les 
aultres tours qu'i se feront manifestz gênerai, que le temps d'ouyr 
ïherem de chascun home ou famé de nostre comune soyt de la sep- 
maine ou ung lundy ou ung jeudi après estre faicte l'élection du 
conseilh (a). Et seront tenus de se congreger dans l'escolle 2 aussi tous 
filhs et filles de treze ans en sus. Et demeureront les homes congre- 
giés au dessus, et les famés dessoubs 3 , pour escouter ledict sere- 
ment et Vherem. Et, avant que ouyr ledit serement, toute personne, 
homme ou famé, renoncera a toute cauthelle entre les mains de 
gentz suffisantz de nostre comune avecques le rolle 4- au bras. Et les 
famés metront les mains sur la Biblie et sur les Dix mandementz. 
Et ce chargeront leurs corps et âmes d'escouter ledict serement et 
Vherem de bon gré et bonne volunté, sans aulcune constraincte ou 
cauthelle. Et aussi se chargeront de produyre leurs manifestz loyal- 
lement et feallement (#), selon la teneur de ses presens articles. 

Et les famés qui sont acouchées d'enfent jureront sur les Dix man- 

1 Voir tome VII, p. 227 (Page 233, ligne 28, au lieu de : « Qui en réclame le 
tiers » lire : « Qui en réclame les deux tiers »). 

1 C'est-à-dire la synagogue, comme on Ta vu plus haut. 

3 La synagogue des femmes était sans doute, comme à CarpeDtras, placée au-des- 
sous de celle des hommes, dans le sous-sol, parce que la place manquait pour la 
mettre de plain-pied avec celle des hommes. 

4 Voir article 9. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 97 

dementz et en vertu de Yherem, ung jour ou deux après que seront 
levées. Aussi tous malades et malade seront tenus d'escouter ledit 
serement et Yherem troys jours après qu'ilz seront sortis de leurs 
maladies. 

Aussi tout home et famé qui ne se treuvera en la ville d'Avignon 
pour quelque excuse légitime escoutera le serement et Yherem troys 
jours après qu'i sera venu, soyt au segond serement qui se fera da- 
vant le premier jour de l'an, soyt au tiers serement que se fera 
a la première sepmaine du moys de sevan l quand viendra le no- 
taire tant seulement a l'escolle 2 . 

Et toutes despances que se feront pour faire lesdictz serementz 
se feront aux despans de la comune. 

Aussi semblablement, es tours qu'i se feront les taxes, toutz les 
serementz se feront en tenant le rosle en la main et escouteront le 
serement et Yherem, en révoquent toute cautelle de faire son ma- 
nifestz bien et duement, selon la teneur de nos presens articles. Et 
es famés suriront de jurer sur la Biblie. Aussi filhz et filles en treze 
ans en sus. 

Semblablement, est nostre vouloyr qu'i soyt donnée liberté au 
conseilh de faire jurer (c) toutz parentz qui font leurs manifestz de 
nostre comune, combien qu'i soint de la présente cité d'Avignon ou 
d'ailheurs, qu'ilz haient a manifester s'ilz hont aulcuns biens de ceulx 
qui font manifestz ou aulcuns debtes faictz par mains de notaire, 
ou par podice 3 , ou par commande et obligances, tant a leurs noms 
corne au uom d'aultruy, et que aient a dénoncer au bayllon du 
manifestz toutz les biens qu'ilz auront de leurs parens. 

Aussi nostre vouloyr est que, au tour qu'i se fera lou manifestz 
gênerai, qu'aient a déclarer lou serement et Yherem en voulgar, après 
qu'i l'auront declairé en langue hebrahicque, aulx fins que toutz 
ceulx qui se auyront ayent crainte. 

Aussi pareilhement feront en toutz les tours de nostres articles, 
tant es tours des manifestz comme aulx tours des tauxes. 

{a) A la poene de vingt cinq s. t. pour chascun contrevenant, 
applicable au fisc, et se fera l'assemblée avec la licence dudit 
seigneur viguier. 

(p) Lesquelz manifestz se guarderont par les bailons du ma- 
nifest jusques aux nouveaux, et lors se rendront lesdits 
vieulx manifestz, retenent le registre des sommes esquellez 



1 Le mois de sivan est le 9 8 de l'année. Ne faut-il pas lire kesvan, 2« mois de 
l'année? 11 ne paraît pas probable que le 3 e serment ait lieu 9 mois après le premier. 
Voir l'art. 16. 

s Les actes publics de la communauté contrôlés par l'autorité cirile se faisaient 
très souvent dans la synagogue, en présence des délégués de l'autorité ou des officiers 
publics. 

3 « Usttras podiacenses ». — Podissa, quittance, reçu. 

T. VIII, N° 15. 7 



US 1ŒVUE DES ETUDES JUIVES 

montent lesdits vieulx manifestz, et ce sur poene de dix soûls 
applicables au fisc, 
(c) Avec licence dudit seigneur viguier. 



XIII. 

Tarif de Vimpôt. 

Nous sommes d'acord que tout ce qui sera de besoing a la co- 
mune, aussi toute despance et inconvénient qui pourroyt survenir, 
ce coutiseront et se lèveront a soub et livre, et lou capage l a grés, 
corne s'ensuyt. 

C'est que tout home que n'a rien ou aura jusques a la somme de 
vinct et cinq livres de biens paiera cincq florins [sic). Et de vint et 
cincq livres jusques a cent livres paiera, pour chascune livres, 
demy soulx tournoys pour livre. Et s'i passe cent, qu'i soyt cent et 
une jusques cent et cinquante, sera augmentée a icelluy la somme 
de dix et huict soulx tournoys. Et de cent et cinquante jusques 
a deux cens, pareilhement luy sera augmentée d'aultres dix et 
huict soulx. Et de deux cens et une jusques a troys cens, il sera 
augmentée d'un florin de plus, et pareillement d'un chascun cen- 
tenal qui augmentera plus d'ung florin pour cent. Et icelluy ca- 
page sera cotisé a un chascun home de nostre carrière, et de toutz 
ceulx qui viendront habiter avecques nous, eagés de quinze ans en 
sus, proveu que n'estudient continuellement 2 , sans faire aultre tra- 
ficque. Aussi nostre vouloyr est que les pères que habitent avecques 
leurs enfans, et le suogre avecques le gendre et deux frères qui font 
manifestz ensemble, nous voulons que le filz paiera du capage la 
moytié de ce que paie le père, et le gendre la moytié de ce que paiera 
le suogre, et le petit frère la moytié de ce que paiera le grand frère. 
Et si le père a deux ou trois enfants ou plus, et du suogre qu'a plu- 
sieurs gendre, ou sont deux frères ou plus, qui font leurs manifestz 
tous ensemble, nostre vouloyr est qu'un chascun des enfans et des 
gendres et des frères paieront la moytié de ce que paie le père, et le 
suogre, et grand frère, pour ce que font leurs manifestz ensemble. 

Aussi nostre vouloyr est que tout home vieulx, qui passera huic- 
tante ans, et les famés vefves [qui] demeureront avecques leurs en- 
fans ou non demeureront, et les maistres apprenans les enfans se- 
ront quictes et ne paieront nul capage durant le temps qu'il sera 
magister. 

Aussi tous ceulx qui vivent de l'aumorne seront quictes dudit ca- 
page, proveu qu'i soient tenus de servir et de garder les portes de 
nostre comune, les jours de nos festes, a l'heure que ce faict l'ora- 

1 Voir Annuaire, I, p. 182. 

* Les personnes qui se consacrent à l'étude de la Loi sont exemptes d'impôts. 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 99 

tion. Et s'i ne vouloient garder lesdictes portes quand ils seront 
mandés pour les garder de par les bayllons des manifestz, lors ne 
seront quictes dudit capage 1 . 

Etledictcapage ne se coctisera (a) que une foys Tannée, sans plus. 

Aussi nostre vouloyr est que le filz ou les enfans, desquels le père 
ne paie point capage causant sa vieilhesse, le filz paiera le droyt du 
capage, a soulx a livre. Et si tel enfant a ung frère, le frère poiera la 
moytié de ce que poiera le grand frère, faisants leurs manifestz 
tous ensemble. 

Et combien que dessus nous baions faict mention que les an- 
ciens, qu'auront buictante ans, soient quictes du capage, nous 
voulons que de septante jusques o buyctante, s'i appert a la plus 
part du conseil qu'i ne gaignent rien, allors seront quictes dudit 
capage. 

Et si dans l'année les enfants de quinze ans traficquent et gaignent 
et non continuent l'estude, leurs sera mis le capage de ladite année. 

[a) A la poene de vingt soûls, applicables au fisc. 



XIV. 

Impôt spécial sur les riches qui ne feraient pas étudier ou trafiquer 
leurs enfants. Définition de la moyenne et de la grande « main ». 

Nous sommes d'acord que icelluy que sa cotte sera de la moienne 
main ou de la grand main, et hauront d'enfans, et nevouldront estu- 
dier continuellement jusques a vint ans, nostre vouloyr est qu'i paie- 
ront six florins pour une cbascune année, oultre le capage qu'i sera 
esté coctisé a luy corne dessus est dict. Et combien qu'il soyt esté 
dessus dict de quinze ans en sus, cella s'entent de ceulx que sa 
cocte est de la main mineur qui n'ont point possibilité et puissance 
de s'entretenir a l'estude ; et la moienne et grande main, qui hont 
pouvoir de faire apprendre leurs enfans et ne les font point estudier, 
et ceulx que le filz ne traficque rien, nostre vouloyr est que cella 
s'entent que estudient jusques a vint ans, et aultrement leur sera 
chargé le capage susdict selon la livre du père et davantage six flo- 
rins. 

Et nostre vouloyr est que de cent livres en sus s'appellera la 
moyenne main, et deux cens en suz la grande, et de cent jusques a 
une sera la petite comprenant non rien 2 . 

Et toute chose qui se cottisera par sesdictes mains verseront selon 
lesdictes livres. 
• 

1 Ce service de la garde des portes qui fermaient la carrière paraissait sans doute 
fort pénible. En 1779, les bayions en étaient dispensés. Statuts, 1779, p. 172. 

2 Ce passage a été gratté et raturé sur le texte primitif. Nous suivons ici le texte 
définitif. Du reste le sens n'est pas modifié. 



lui REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XV. 

De V estimation des Mens. 

Nous sommes d'acord que, tous les tours de noz presens articles, 
seront attenus les gens du conseilh qui seront pour, lors, le jour 
qu'ilz prandront leur serement, elliront huict juiftz estimadors de 
nostre comune, pour faire l'estime de tous ceulx qui feront leurs ma- 
nifestz, en prenant le serement du rosle entre ses mains de faire 
l'estime bien et fidellement. 

Et ceulx feront l'estime de tout le mesnage et marchandise, excep- 
tés ceulx qui sont prohibés de faire l'estime. Et ne pourront aller 
pour extimer que ne soint deux ensemble, et sera donné a ung chas- 
cun pour leurs vaccations ung florin de l'argent de la comune, et ne 
mangeront ny beuront a la maison d'icelluy de qui on fera l'estime. 

Aussi pareilhement ledict conseilh ellira quatre aultres extima- 
dours, huyct jours avant qu'i soy venu le temps de porter leur 
manifestz et acomply, pour estimer tout le ménage et toute mar- 
chandise des premiers estimadours. Et auront pour leur salière six 
soulx pour ung chascun, en prenant le serement de le faire bien 
et duement comme les premiers, et ne mangeront ny beuront 
comme les premiers. 

Aussi pareilhement elliront en un chascum tour, tant au tour des 
manifestz gênerai que des taxes par la pluspart du conseilh, lesdicts 
estimadours. Et lesdicts estimadours se signeront leurs noms et 
surnoms a la fin de chascune pagine desdictz inventoyres. Et les- 
dits estimadours ne pourront contredire ny refuser d'aller estimer, 
quant seront requis de par les particuliers juifz ou juives {a). Et 
l'estimadour qui récusera d'y aller, nostre vouloyr est qu'i n'aie 
nessun ' sallaire ny gaige. Et auront lesditz juifz et juifves pou- 
voir de les contraindre par justice au despans des estimadours 
refusantz. Et aussi nostre vouloyr est que l'estimadour, qui refu- 
sera l'office de vouloyr extimer, sera attenu de donner tout incon- 
tinant deux florins a icelluy qui sera mis a sa place. Et ladite 
comune ne sera atténue de paier au refusant, ny a celluy qui 
sera mis a sa place, les deulx florins susdictz. Et icelluy qui sera 
mis a la place du refusant aura pouvoir de le faire mettre et déte- 
nir prisonnier (b) jusques a ce qu'aura paie lesdictz deux florins. 

Aussi pareilhement la pluspart dudit conseilh ellira quatre juifz 
de nostre comune pour extimer les maisons de nostre carrière, 
en prenant bon serement, en tenant le rosle en la main, de faire 
l'estime desdictez maisons fidellement, et adviseront toutes les 
maisons et les censés qu'ilz paient, et les estimeront selon leur advis 

1 Aucun, en italien nessuno. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 101 

et conscience, et demeureront enfermés dans une maison et ne sor- 
tiront delà jusques a tant qu'i soyt achevée ladite estime et signée 
de leurs mains ou de troys d'iceulx. Et auront pour leur salières 
six soulx tournoys de l'argent de la comune. 

Toutesfoys les maisons des juifz qu'i sont hors de ladite cité 
d'Avignon, icelluy a qui seront telles maisons heux mesmes les 
estimeront a leur conscience en prenant le surdit serement. 

Et les estimes desdictes maisons seront achevées avant qu'i soyt 
le premier jour de l'an nostre. 

Aussi pareilhement ledict conseilh ellira deux estimadours pour 
estimer lesdictes maisons des surdictz estimadours et de leurs 
parens prohibés a lieux de non estimer, comme est du père au filz 
ou père, suogre et gendre, et frère a frère ; et feront serement corne 
les premiers, et leurs sera bailhé de l'argent de la comune troys 
soulx pour ung chascun, aulx surdictz estimadours, en portent 
escript signé et soubsigné de leursdictes mains des surdictz esti- 
madours aulx bayllons du manifestz. Et ne pourront contradire ny 
retfuser les estimadours de faire les estimes desdictes maisons, sur 
peyne d'un escu pour chascun qui refïusera la moytié au fisc (c) 
et l'aultre moytié a l'aumorne de nostre juefrie. Et ne pourra le 
juif ou juifve chasser lesdictz estimadours pour prandre d'aultres 
estimadours, veu que les premiers auront une foys acoumancé, car 
voulons que icelluy qu'aura acommancé finissent sans aulcuns 
aultres. 

[a] A la poene de vingt s. t., applicable au fisc. 
0) Avec la permission dudict seigneur viguier. 
(c) Applicable les deux tiers au fisc et l'aultre a ladite au- 
mosne. 



XVI. 

Délai pour porter son manifeste et droit de jonction des manifestes en 
certains cas spécifiés. 

Nous sommes d'acord que le temps de porter le manifestz d'un 
chascun et chascune de nostre comune sera despuis le jour qu'auront 
prins le serement et lou herem jusques a quinze jours du moys de 
cevan l suyvant après. Et le temps du compter lesdictz manifestz sera 
jusques a quinze du mois de quisselev* suyvant après, ainsins pour 
chascun tour de noz presens articles tant le tour des manifestz 
comme le tour des tauxes. 



1 Voir la note suivante, 

2 C'est le mois de kislev, 3 e de l'année, par conséquent le mois nommé précédem- 
ment est bien le mois de hesvan, 2 e de l'année, non sivan, 9 e de l'année. Si on lisait 
sivan, l'opération se présenterait comme suit : le 1 er hérem préventif prononcé en 
ellul, le 3» hérem préventif prononcé dix mois après, en sivan, les manifestes addi- 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Et pour ce que, pour quelque excuse légitime, seroyt impossible 
ou juif ou juifve de ne pouvoir acomplir son manifestz, allors les 
bay lions des manifestz luy pourront donner dillay de troys jours 
après les quinze jours, sans plus. 

Aussi nostre vouloyr est que, durant le temps de noz presens 
articles, ne pourra aulcun home ou famé de mettre son manifestz 
l'un avecques l'aultre (a), excepté les famés avecques celuy de leur 
mary et les veufves avecques celuy de son enfant ou de son gendre, 
ou père ou filz, ou suogre ou gendre, ou deux frères ou deux 
seurs. Et tous ceulx susdictz pourront meller leur manifestz en- 
semble, proveu qu'ilz demeurent ensemble le temps que portent 
leurs manifestz. Et si sont deux ou plusieurs que auront par lors 
de marchandise ensemble, quelle qu'elle soyt, sera tenu chascun 
d'eux de manifester a leur manifestz la par ticu[la] rite de ladicte 
marchandise qu'est acompaignié, exepté celle marchandise ne vail- 
hant six soulx, qu'ilz pourront mettre le pris tout ensemble. 

Et nostre vouloyr est que, au tour qu'i se feront les tauxes, que ce 
fera la taxe du père a part et du filz a part et aultant des aultres sus- 
dictz ; sera tenu icelluy qui ne fera manifestz de faire serement 
s'il ha rien receu de son filz ou de son gendre ou de son frère. 

Pareilhement fera serement [à) le père, ou le filz, ou le suogre, 
ou le gendre, ou les deux frères qui font manifestz s'ilz hont faict 
aulcune cession et remission a son filz, ou gendre, ou a son frère, 
d'aulcune chose. 

Aussi nostre vouloyr est que lou père et lou filz, le suogre et 
gendre, les deux frères ou les deux seurs qui auront faict leurs 
manifestz, le tour passé, ensemble, et au tour des taxes se voul- 
dront deseparer l'un de l'aultre, nostre vouloyr est qu'ilz se puissent 
desseparer leur manifestz, proveu que tous deus fassent leur ma- 
nifestz particulièrement, sans ung vouloyr tenir la taxe et l'aultre 
le manifestz, ou bien tenir toutz deux leurs taxes, pour éviter tout 
frault. 

[a) A la poene de dix fl. t., tant pour celluy qui le fera que 
pour celluy qui le recepvra, applicable pour les deux tiers 
au fisc et l'aultre a ladite aumosne. 

(b) Avec la licence dudit seigneur viguier et celuy qui se 
trouvera avoir fraudé son manifest eDcorira la poene contre 
les fraudateurs indicté, et seront tenuz les baillons du mani- 



tionnés (c'est le sens du mot compter) à partir de cette époque jusqu'en kislev, c'est- 
à-dire cinq ou six mois après. L'opération aurait duré quinze à seize mois, ce qui est 
impossible. En lisant hesvan, tout s'explique : le 1 er hérem est prononcé en ellul, 
12 e mois, le 3 e hérem en hesvan, 2 e mois de l'année suivante, et on finit de compter 
les manifestes des retardataires en kislev, 3 e mois. L'art. 38 prouve que c'est bien 
ainsi que se passaient les choses, puisqu'on commençait à compter les manifestes aux 
fêtes- légères des Cabanes, dans le mois de tisri. Le 1 er jour de kislev tombe fin no- 
vembre ou dans les premiers jours de décembre, de sorte que par là se trouve aussi 
résolu la petite difficulté signalée à l'art. 11. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 103 

fest le révéler a la justice, sur la poene de dix fl. t. appli- 
cables au fisc, et ce liuict jours après que leur sera venu a leur 
notice. 

XVII. 
Des excuses pour le retard des manifestes. 

Nous sommes d'acord, si entrevenoyt, ja Dieu ne veulhe, temps 
de peste au temps qu'i ce portent les manifestz ou bien qu'i ce prent 
le serement de Vkereni, ou verement si entrevenoyt le temps 
qu'est l'accompliment de porter leur manifestz, que pour lors se 
treuvat aulcum personnage, soyt home ou famé, fort malade, en 
manière que tel personnage heusse légitime excuse de ne pouvoir 
porter son manifestz durant cedict temps, ou bien que lesdictz telz 
personnages feussent détenus et enserrés aulx prisons, et ce estroic- 
tement en sorte qu'i ne peussent parler a personne, voulons que, 
durant ledit temps de peste, le conseilh aura liberté d'allonger ledict 
temps du manifestz, fins * qu'on soyt de retour en la ville. 

Et aussi a toutz ceulx qui seront en extrémité de maladie, ou en 
estroicte carce, comme desus est dict, ledict conseilh aura liberté de 
alonger ledict temps de manifestz aulxdictz malades ou prisonniers, 
tant que bon semblera a la plus grande part du conseilh, sans encou- 
rir la peyne du serement surdict pourles raysons desdictes excu- 
sations. 

XVIII. 
Règles pour V estimation des biens. 

Nous sommes d'acord que tout home qui sera tauxateur au tour 
des tauxesne puisse estre extimadour, en aulcune chose que ce soyt, 
dans ledict tour, a celle fin qu'il en se face ladicte estime par vie 
d'innimytié et malveilhance. Aussi nostre vouloyr est tel que les 
extimatours des marchandises et du mesnaige de possessions, qui 
seront esleus au moys d'ellul prochain, comme a esté dict au pré- 
cèdent article, seront esleuz sans point de sort, comme est dessus 
dict, bien que le temps soyt anticipé selon la teneur de noz susdictz 
articles. 

Aussi nostre vouloyr est que les extimeurs des vinhes feront 
l'estime des vinhes sans estimer les fruictz pandantz, car il suffit 
que l'on paie du vim qui en sort pour la provision de la mayson 
se que sera estimé. 

1 Jusqu'à ce que, en italien fino. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XIX. 

Instruction pour la rédaction des manifestes. 

Nous sommes d'acord que tout home et famé de nostre comune se- 
ront tenus d'escripre leurs manifestz de leurs mains ou des mains 
d'aultruy par parolles, motz et vocables eseriptz au lonc et complectz 
aux sommes de l'argent. Et qu'ilzsoyent eseriptz en papier, en quelle 
sorte que ce soyt, et mettront toutz leurs biens particulièrement. Et 
pourront escripre le nombre et le pris des choses tout ensemble. Et les 
choses que se doibvent mettre par nombre, se mettront par nombre ; 
et celles que se doibvent mettre par mesure se mettront par mesure ; 
et celles que se doibvent mettre par poix, se mettront par poix, bien 
que soyent lesdictes choses dans sa maison ou hors de sadicte mai- 
son, ou dans la ville d'Avignon ou hors de ladicte ville, ou en 
quelque autre lyeu que ce soyt, exceptées les choses qui sont es- 
criptes aux precedens articles, desquelles n'est attenu de manifester 
ne paier. 

Et seront pareilhement attenus de reveller faaulement tout ce 
qu'ilz hont, bien qu'ilz soyent debtes deux a bonne foy ou sur 
gaige ou par instrument et podixe en leur nom ou nom d'aultre, ou 
soyent bagues et joyaulx d'argent, d'ore ou non d'ore, pierrerie 
fine, perles enchâssées ou non enchâssées, argent ou or monnoyé 
ou non monnoyé, aussi possession, terres, vinhes, et maisons, et 
aultres possessions, aussi marchandise quelle que ce soyt, tant de 
soye, layne que lyn et chenève, cuyr, estaing, plomb et de toute 
sorte de mettail,h, bestailh, chievres, ouailhes, beufz, vaches, et 
toute aultre manyere de bestailh, vins, huylles, bledz de toute 
sorte de grains et de farine et toutes drogues d'apoticayre, et toute 
aultre manière de marchandise quelle que ce soyt. Et sera tenu (a) 
le manifestant au temps de compter le manifestz de croytre et 
mettre en son manifestz tout ce qu'il porroyt avoir oblié et caché. 
Et avecques cela, ne sera tenu perjure ne fraudateur de son ma- 
nifestz. 

[a) A la poene de vingt livres, applicables au fisc, et ce 
oultre les aultres poenes indictées contre les fraudateurs de 
leurs manifestz. 

XX. 

Objets dispensés de l'estimation. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presens 
articles, sera la livré du mesnaige, comme robe de lietz, abilhe- 
mentz tant d'homes que famés et enfans, tant du sabat que aultre 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 105 

festes, et robes de lin et toute aultre sorte de toilles, et toute fus- 
tailhe tant de noyer que sapin et aultre boys de quoy que ce 
soyt, boutes Unes et tout utencille de cellier, jares, pilles, mortiers, 
soyent grandz ou petitz, de toute tenue et capacité que ce soyt, et 
toutz utencilz de fer entier ou rompu, plomb pour la nécessité de 
la maison, et les livres escriptz en hébreu ne seront point extimés, 
ny paieront rien, ny seront tenus a les reveller. 

Aussi maisons, possessions, vinhes, acheptz de fruictz tant de 
vinhes que d'aultres possessions pour la provision de la mayson, 
pour une année tant seulement, sera de douze florins chascune li- 
vrés. Toutesfoys, si les fruictz de lesdictes possessions montent plus 
que de la provision de la maison pour une année, seront de huict 
florins chascune livre, le surplus desdictz fruicts. 

Et des choses dessus expressées seront au serement du mani- 
festant que icelles ni a aulcune chose qu'il tienne pour vandre ou 
faire marchandise. Et vim et huylle, bled, farine pour la provision 
de la maison durant une année sera de douze florins l'année, et le 
demeurant de ladicte marchandise sera de cincq florins la livre. 

Et les bayllons du manifestz auront discrétion de regarder de 
ce que luy sera neccessaire pour la provision de la mayson durant 
l'année, de bled, de vin, huylle et farine. Et, s'il y a davantage 
de ladicte marchandise, le bled sera estimé ce que ce vendra pour 
lors ; aussi pareilhement de l'huylle, et poiera de ceste marchan- 
dise : et sera livré corne paie argent, or monnoyé et non monnoyé, 
joyaulx, pierrerie, perles enchâssée ou non enchâssée, seinture 
d'argent dorée ou non dorée, bendal de perles et toute marchandise 
qui soyt lative gaiges, tout sera de cincq florins la livre ; combien 
que lesdictz gaiges soyent faicts avecques, obligé sera aussi de cinq 
florins la livre. 

Aussi toutz livres de médecine, qui ne seront pour vendre, ne 
paieront rien. 



XXI. 

Du calcul des dettes dans Vétat des Mens. 

Nous sommes d'acord que tout home et famé de nostre comune 
qui auront aulcuns debtes que se soyt, et de quelle somme que ce 
soyt et en quel lyeu que ce soyt, soyt par instrument ou en bonne 
foy ou en polizes, tant en son nom comme au nom d'aultruy, seront 
tenus de les porter toutz en leurs manifestz. 

Et premièrement toutz les debtes qui se feront ung chascum tour, 
despuis le temps de la Magdaleine jusques au temps du comptar 
de leur manifestz, seront de six florins la livre, et les aultres debtes 
qui seront bons les mettra a part, et les debtes qui sont en plaict 
par libel de cancellation d'instrument, recision de contract ou quin- 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quinelles, ou libel de cession de biens, qui sortiront de part la partie 
du débiteur, le mettra a part. Et les debtes perduz, qui auront passés 
dix ans ou vrayement qui auront faict cession de biens, les mettra 
pareillement a part. 

Car nostre vouloyr est qu'i payeront desdictes debtes en la ma- 
nière qui s'ensuyt : c'est a scavoir : toutz les debtes qui seront 
faictz d'avant la Magdaleine, qui soyent bons et valables selon 
l'estime du manifestant, seront de huict florins la livre, et les 
debtes pardus ou qui auront passés dix ans ou auroint faict cession 
de biens, que le manifestant n'en aura reçeu aulcum profit de dix 
ans, sera attenu le manifestant d'escripre les debtes susdictes de sa 
main ou de la main d'aultruy a ses despans dans ung livre de la 
comune (a), et se soubsignera soubs cascune pagine de ses sus- 
dictes debtes, c'est a scavoir : les debtes pardus, et ceulx qui auront 
faict cession de biens, et qui auront passés dix ans. 

Car nostre vouloyr est que, toutesfoys qu'i recouvrera aulcune chose 
d'eux, sera tenu, pour le serement de Yherem, d'en donner la moytié 
de ses susdictes debtes a la comune. Et, si avoyt despandu aulcun 
argent pour recepvoir aulcun d'iceulx debtes, luy sera rebatu la 
moytié des despens qu'il auroyt despandu pour recepvoir lesdictes 
debtes. Et si faict aulcun apoinctement d'yceulx debtes, en les met- 
tant a paies, donnera la moytié a ladicte comune de ce qu'il recou- 
vrera, [après] estre venu le terme des paies, sur peyne de Yherem. 
Toutesfoys les debtes qui sont en procès par les choses surdictes, 
nostre vouloyr est que, de tout ce qu'il recouvrera d'yceulx debtes 
en argent comptent, paiera dudict argent a raison de cincq florins la 
livre despuis qu'ilz les aura reçus. Et si faict aulcung apoinctement 
avec ses débiteurs des debtes qui sont en procès, luy sera aumenté 
et creu, pour tout icelluy tour du debte qu'il aura appoincté, la 
somme de huyct florins la livre. Et avecques tout cela (#), seront te- 
nus, quant ouyront le serement et lou herem, de jurer de non porter 
aulcun debte bon, de quelque manière que se soyt, pour malvais 
et litigieux, et jurera du debte qu'est en procès ou pardu ou passé 
dix ans. 

Aussi seront tenus les bayllons des manifestz de cogir toutz ma- 
nifestanz, qui porteront ses debtes perdus, de les faire jurer, en 
embrassant le rosle, s'ilz hont receu aulcune chose desdictes debtes, 
tant de ceulx qui hont passés dix ans que ceulx qui hont faict cession 
de biens et que sont perdus, pour paier la moytié a la comune. 
Et seront cogis de leur faire paier dans troys jours, accompaignés 
des bayllons. Et les debtes qu'estoint en procès et d'yceulx debtes 
se sont apoinctés de paier le capital et le change passé, payeront 
pour tout le tour despuis que la tailhe sera faicte. Et s'i ne tyrent 
que le capital, non paieront, sinont despuis l'heure qu'auront faict 
l'appoinctement, non pas pour tout le tour. Mais les debtes qui 
seront mis a paies paieront de toutz les paiemens de toutes les 
paies qui viendront dans le tour, corne s'ilz feussent debtes bons. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 107 

Et les paies qui viendront hors du tour ne paieront rien, toutesfoys 
qu'il n'aie faict aulcune cession ou i émission des paies qui sortent 
hors du tour et qu'i ne donne aulcung soulagement aulx débiteurs 
pour recepvoir ledict debte avant que la paie. Car, s'i recouvre 
dans le tour des paies susdictez passées, paiera la tailhe comme les 
debtes qui viennent dans le tour, et cela sera tenu le particulier 
de la denoncier en la vertu de Yherem. 

{a) Sur la poene de cinquante sous t., applicable au fisc. 
(fi) Sur la poene contenue et indicte contre les fraudateurs 
de leurs manifests, applicable comme dessus. 



XXII. 

Suite. 



Nous sommes d'acord que, ung chascum tour des presens articles, 
seront tenus les gentz du conseilh, qui seront pour lors, de eslire 
deux ou troys homes pour aviser et regarder toutz les debtes qui 
sont en procès; aussi les debtes perdus ; pareilhement ceulx qui 
ont faict cessions de bien, pour poursuyvre de leur faire faire sere- 
ment ou les acheter ou faire achepter. Et ceulx qui poursuivront 
ledict affaire seront payés selon qu'il aparestra a la pluspart du 
conseilh, qui pour lors seront. Et le cas advenant que quelcuin voul- 
sit acheter lesdictz debtes, ou bien fit que aulcune personne pour- 
suyvit tellement qu'il fît payer lesdictz debtes, nostre vouloyr est 
que ledict argent qui sera recouvert desdites debtes, la partie en 
aura la moytié, et de l'aultre moytié la moytié sera de la comune et 
l'aultre moytié de celuy qui fera telle poursuyte pour ses peynes 
et travaulx : et tout ce que pour ce faire sera despandu, sera pro- 
porcionablement payé par lesdictes parties. Aussi sera loysible 
audict conseilh de manifester (a) ou faire entendre a toute personne 
qui vouldra acheter lesdilz debtes, et pour monstrer la particularité 
desditz debtes, et ceulx qui seront esleus a ce faire feront diligence 
a les vendre et faire faire serement a ceulx qui hont portés lesdictz 
debtes. 

Combien que par Farticle précèdent aye esté dict que les bayl- 
lons de manifestz ayent le pouvoir et liberté de faire faire le sere- 
ment, toutesfoys nostre vouloyr est que ceulx qui seront esleus 
ayent telle puyssance et liberté, et seront tenus de troys mois en 
troys moys faire faire tel serement. 

(a) Avec la licence et permission dudit seigneur viguier 
pour une foys. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

XXIII. 

Tarif d'estimation. 

:Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presens articles, 
sera extimé l'argent d'ore dix et huict florins le marc, pois de Paris, 
sanctures d'argent dorées avecques le tissu douze florins le marc. 
L'argent blanc, dix florins le marc, avecques le tissut. Et utencilles 
garnis d'argent ou d'or seront, selon leur value, argent blanc net 
seze florins le marc, l'or le denyer vauldra dix soulz, proveu tou- 
tefïbys que ledict or et argent ne soyt monnoyé et en billon. 
L'estaing deux soulz la livre, entier ou rompu. Cuyvre et loton 
en ouvraige, entier ou rompu, ung sould et demy la livre. Et ceulx 
qui sont garnis de fer, un sould fer et plomb, selon la discrétion du 
manifestant. Lampes, chandelliers, caleihs, au pris du pris de loton. 
Bendailh de perles, pierres fines, enchâssées ou non enchâssées, 
et perles sans bendailh, le manifestant les portera selon leur prix 
et value. Et s'il apert aux bayllons de manifest que le bendailh de 
perles et pierres précieuses et perles valent plus, porront lesdictz 
bayllons de manifest eslire ung home du conseilh, ou hors du 
conseilh, qui ira avecques ledict manifestant vers troys changeurs : 
et le moyen pris, qui se treuvera desditz troys changeurs, sera le 
pris des choses susdites. Aussi les abillementz qu'ilz portent quoti- 
diennement toutz les jours les manifestantz, tant d'eulx que toutz 
leurs enfans et mesnaige, ne sera point tenu de reveller, ne rien 
payer. Aussi bois et charbon pour la nécessité de la maison ne 
payera rien : et toute sorte de confiture et vollatilhe. 

XXIV. 

Défalcation des impôts payés à V étranger. 

Nous sommes d'acord que tout home ou famé de nostre comune 
qui auront maysons ou possessions, debtes, hors la présente cité 
d'Avignon et terroir d'icelle, et payera aulcune charge d'iceulx 
hors la présente cité, nostre vouloyr est qu'il luy soyt detuite 
et rabatue d'icelle la moytié de tout ce qu'il payera en aultre 
lyeu, proveu qu'il face foy par cedule de ce qu'il aura payé : et 
tout ce qu'il aura acordé avecques avec la pluspart du conseilh, 
aura vigueur et efficace. 

Aussi les estimadours et estimadors des estimadours et aussi taxa- 
teurs qui seront d'acord, ou la pluspart d'iceulx, auront vigueur et 
efficace tout ansi que s'il avoit esté faict et passé par toutz eulx. 

Et toute personne qui ne sera de nostre comune, que aura posses- 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 109 

sion ou maison icy, payera corne l'ung des aultres habitans de la 
comune. 



XXV. 

Vérification des dettes existantes. 



Nous sommes d'acord que tout home ou famé de nostre comune 
qui aura aulcunz debtes, soyt par instrument public ou a la bonne 
foy ou par podixe, soyt crestienne ou hebraicque, soyt dans la pré- 
sente cité d'Avignon ou hors d'icelle, sera tenu de porter en son 
manifestz lesdictz debtes qui luy seront deux particulièrement et 
designer le nom et noms de celuy ou ceulx qui lui doibvent et le 
nom du lyeu et celuy a qui yl est obligé, soyt en son nom ou au 
nom d'aultres, et le nom du notaire et le nom d'yceluy qu'est 
obligé, et le moys, et l'année, et le temps du payement tout entiè- 
rement a la vérité (a), ainsi qu'il est. Et seront tenus a monstrer auz 
bayllons du manifestz la memoyre desdictz debtes (b) en tout temps 
qu'ilz seront requis, en comptant leurs manifestz. Et seront tenus de 
monstrer leurs livres, telz qu'i soyint, ou par escripture, ou par 
papier, quant requis seront par les bayllons de manifestz, ou de 
monstrer les testimoniales au temps que se comptent lesdictz mani- 
festz, ou trente jours après. Et faisant cela ne sera dict parjur. 

Et toute question ou demande que ne se fera bien liquide par ins- 
trument ou podixe que ceulx auront contre aulcun, tant en la pré- 
sente cité d'Avignon que hors d'ycelle, ne sera tenu de reveller en son 
manifestz la demande ou question susdite ne l'occasion d'ycelle, jus- 
ques a ce qu'il sera requis par les bayllons de manifestz. Toutesfoys 
nostre vouloyr est tel qu'il en face memoyre par escript en son mani- 
festz, de ladicte demande ou question, et s'il apert aulx bayllons de 
manifestz qu'elle ne soyt clere ne liquide, ne luy compteront ne payera 
rien d'ycelle fins a tant qu'il aura receu et sera venue entre les mains. 
Car des lors sera tenu de reveller a ceulx qui compteront son mani- 
festz comment ladicte question et demande est liquidée. Et en payera 
comme le droyt des aultres debtes. 

Aussi toutz ceulx qui auront aulcuns debtes sur gaiges seront tenus 
de reveller en son manifestz par escript le nom du débiteur et la par- 
ticularité du gaige et la somme qu'il doybt, soyt argent ou aultre 
chose, et le jour qu'il a preste, et par les mains de qui. Et sera 
tenu de payer entièrement comme le droyt de la marchandise, 
comme il est contenu aulx presens articles. 

(a) A la poene de dix fl. t., applicables au fisc. 
[V) A la poene de cinquante s. t., applicables les deux tiers 
au fisc et l'aultre a ladite aumosne. 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XXVI. 

Taxes payées par les personnes étrangères à la communauté. 

Nous sommes d'acord que toutz ceulx qui ne seront de nostre 
comune, qui vouldront venir s'apoincter ou habiter avecques nous, 
les gens du conseilh qui seront pour lors ne pourront estre d'acord 
avecques heux, que ne payent vint et quatre escus pour chascune 
année, et avecques cela la pluspart du conseilh auront liberté de 
s'apoincter avecques heux pour ung tour ou deux, ou plus, si bon 
leur semble. Et pourront traficquer avecques nous en marchandise, 
en gaiges, debtes et généralement en tout ce qu'i vouldront. Et ne 
seront point compris audict appoinctement deux ensemble, ou père 
ou fllz, ou deux frères, que tous deux soient mariez. Toutesfoys que 
le père et le filz duquel ne sera point marié pourront appoincter 
ensemble, ou deux frères que l'un ne soyt point marié et l'aultre 
marié; et si toutz deux estoint mariez, ce fera l'appoinctement a 
ung chascun d'eux. Et chascun, soyt home ou famé, qui sera du 
coûté qui vouldra appoincter avecques nous, pour et aulx fins de 
traficquer en marchandise ou tenir clef de bouticque, ou pour porter 
pour la ville, ou pour demeurer en boutique, pour vendre ou achep- 
ter, nostre vouloyr est que le conseilh ne pourra appoincter avecques 
heux a moins de deux escus pour chascun moys, que sont vint et 
quatre escus pour chascune année, et si vouloint payer davantage, 
a leur bon playsir. 

Toutesfoys les enfants qui seront du Conté, petiz et moindres de 
quinze ans, et vouldront servir quelques ungs ou une de nostre 
comune pour estre fateur de bouticque tant seullement, nostre vou- 
loir est que telz enfans payeront ung florin pour ung chascun moys. 
Et si sont majeurs de quinze ans, et vouldriont servir corne les petiz, 
payeront deux florins pour chascun moys. 

Et toutz ceulx et celles qui voudront demeurer en ladicte commune 
sans faire trafic de marchandise ni tenir clef de bouctique, la plus- 
part du conseilh se pourra acorder avecques luy a leur discrétion. 
Et les bayllons de la comune qui seront pour lors seront cogis a les 
faire sortir hors de la ville d'Avignon, avecques authorité de mes- 
sieurs de la justice, toutz ceulx et celles qui ne se vouldront appoin- 
cter, ny faire leur manifestz ou ne paieront la somme surdite. Et sera 
peyne de dix florins (a) a ung chascun du conseilh qui vouldront 
appoincter ceulx la moins de la peynes surdites. 

Toutesfoys, les enfans de ladicte comune, que se sont transportés 
d'icy, ou bien se vouldront transporter, ne seront point compris en 
ceste conclusion surdicte. Car les deux pars du conseilh se pourra 
appoincter avecques heux, après avoir passé ung an selon leur 
discrétion. 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 111 

(a) Ledit seigneur viguier a ordonné que tous les appoinc- 
temens et accordz susdits se feront par sa licence et autorité, 
ou de ses successeurs en l'office, intervenant le consentemant 
des deux partz de troys du conseil, et que se aura esgard 
ez qualités des personnez qui viendront par deçà pour louer 
ou tenir boticque. 

XXVII. 

Estimation du passif commercial. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps des presens articles, 
tout home et famé de nostre comune qui portèrent en leurs mani- 
festz qu'ilz sont débiteurs a crestien, juyf, par instrument ou en 
bonne foy, ou sur gaige, ou par podixe, et porteront aussi en leurs 
manifestz marchandises ou debtes qui seront deux a heux, ou sur 
gaiges d'or ou argent monnoyé ou non monnoyé, ou bagues, ou 
estain, ou cuyvre, ou loton, et que lesdictes choses ou partie 
d'ycelles sont suffisantes a payer ce qu'ilz doibvent, nostre vouloyr 
est qu'il ne luy soyt rien rebatu de ce qu'ilz doibvent, attendu qu'ils 
ne doibvent point par neccessité, ains pour ce qu'ilz tracficquent 
pour gainher. Toutesfoys, si ce qu'ilz doibvent monte plus que ce 
qu'ilz hont en marchandise, en debtes, en gaiges, et argent, et or, 
bagues, estain, et cuyvre, et loton, nostre vouloyr est que l'avan- 
taige de ce qu'ilz doibvront leur sera rebatu des aultres biens, comme 
robe de lict, acoutrementz de festes et de sabatz, robe de lyn et toute 
manière de toille, et toute fustailhe tant de noyer que de sapin et de 
toute aultre manière de boys quelle que ce soyt, en boutes tines 
et tout utencille de cellier, fer, plomb, vin, huylle, bled, farine, mai- 
sons, terres, vinhes, et des choses dessusdictes qui sont pour la 
provision de la maison pour ung an. 



XXVIII. 

Époque de la perception des tailles. 

Nous sommes d'acord que toutes les tailhes que les bayllons de 
la comune, que ce lèveront dans le tour, se cuilhiront dans le tour, 
selon le degré des livres, qui seront homes et famés de la comune 
audict tour. Et si les tailhes que ce lèveront se feront en manière 
que passent plus de troys moys après le tour, nous voulons que, le 
tour que passera le temps après troys moys après le tour, seront, 
selon les livres qui feront les particuliers et la comune au tour qui 
viendra après, de croistre icelluy qui croissera et de diminuer icelluy 
qui diminuera de ses livres, pour ce qu'i ne soyt aulcune ques- 
tion ny débat au temps que se couttiseront les tailhes. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Toutesfoys pourront les bayllons des manifestz (a), lever tailhes 
en tout temps qu'ilz vouldront, si la nécessité cogit la comune, pro- 
veu que gardent et observent Tordre et la reigle desusdicte de 
observer le droyt d'esgalisation quand passeront les tailhes plus que 
de troys moys après le tour. 

(a) Avec la licence dudit seigneur viguier et y intervenant 
le consentement de la majeur part du conseil. 



XXIX. 

Remise des tailles. 

Nous sommes d'acord que ung chascun de nostre comune qu'au- 
ront maisons ou possessions dans la ville ou hors de la ville, le 
conseilh pourra faire aulcun prepaulx de sollager ses tailhes, proveu 
que les deux parties soient d'acord. 

Toutesfoys, si le cas advenoyt a aulcun juyf ou juyfve de nostre 
carrière aulcun malheur ou inconvénient manifest a ceulx que leurs 
cottes seront de la main mineur, que ladicte desfortune montet plus 
de vint et cincq escus, et ceulx que leur coste sera de la main 
moienne, que ladicte desfortune montet plus de cincquante escus, et 
ceulx que de la grand main, que leur defortune montera plus de 
septante et cinq escus, nostre vouloyr est que lou conseilh, qui sera 
pour lors, luy rebatra les sommes susdictes, et plus, si montent 
davantaige. Et si la somme est moindre de les sommes susdictes, a 
chascune des cottes susdictes ne leurs sera rien rebatu. 

Aussi nostre vouloyr est que icelluy qu'aura vendu {a) ou que 
vendra les enfruicts de leurs maisons ou bien de leurs possessions, 
que luy soyt rebatu le droyt de ce qu'aura vendu a ratte portion du 
temps, et ne payera rien de ce que sera attenu a les possessions 
pour les conditions desdits enfruitz. 

{a) Ledit seigneur viguier a ordonné que, ou le conseil ne 
se voldroyt ou porroyt accorder, qu'il y pourvoirra comme 
de raison, eu esgard aux pauvretez et infortunes convenuz ; et 
quant aux venditions dez fruictz, y adjouste : cessant toute 
fraude. 



XXX. 

Les valeurs en dépôt sont dispensées d'impôt. 

Nous sommes d'acord que toutceluy que aura, emportant son ma- 
nifestz, aulcun argent ou or, monnoyé ou non monnoyé, ou bagues et 
joyaulx, quelz qu'ilz soyent, en commande, garde ou depposit entre 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 113 

ses mains, sera tenu de les reveller et manifester, par escripture ou 
par parolle, aulx bayllons des manifestz ou a la pluspart d'iceulx. 
Toutesfoys d'iceulx n'en payera rien; mais s'il tracficquoyt ou fay- 
soyt profit aulcun dudict argent, en payera («), selon la cottisation 
des aultre biens, come dessus est expressé. 

(a) A la poene de dix livres, applicablezles deuz tiers au fisc, 
et l'aultre a l'aumosne. 



XXXI. 

Du passif successoral non encore liquidé. 

Nous sommes d'acord que tout heretier ou heretiere, que leurs père 
ou mère seront allés de vie a trespas, ung an ou ung tour, et despuis 
l'heretier ny l'heretiere n'auront faict aulcun manifestz, nostre vou- 
loyr est que l'heretier ny l'heretiere ne seront attenus, au premier 
tour qu'auront faict leur manifestz après le desses de leur père ou 
mère, de porter en leur manifestz ce qu'i ne scauront point des debtes 
de leur père et de leur mère, sinon ce qu'i scauroit que sera a son 
serement quand viendra a escouter Yherem. Et de ce qu'i ne scaura, 
ne sera tenu de reveller ny payer. Toutesfoys, quand viendra a s'en 
souvenir (a) d'aulcun debtes ou d'aultre chose, ou luy sera raporté, 
revellé et declairé, nostre vouloyr est que, incontinent et sans dillay, 
dans huict jours, doybvent venir reveller lesdietz debtes aulx bayl- 
lons des manifestz, pour et aulx fins de augmenter a iceulx leurs 
livres. Et pour iceulx debtes qu'i ne scavoyt au temps qu'aporta son 
manifestz, aussi nostre vouloyr est que iceulx heretiers susdietz 
doybvent faire serement [b) si scavent rien des debtes de leurs pères 
et. mères avec iceulx qui hont porté leurs debtes pardus, come est 
en procès, ou verement pardus, ou par cession de biens a heux 
faicte, ou bien qu'auront passé dix ans, come est dict aulx prece- 
dentz articles. 

(a) A la poene de dix fl. t., applicables au fisc pour les deux 
tiers et a ladite ausmone pour l'aultre. 

(b) Avec la licence dudit seigneur viguyer. 



XXXII. 

Douaires, donations et successions. 

Nous sommes d'acord que ung chascun de nostre comune, durant 

le temps de ces presentz articles, qui auront receu aulcune doyre ou 

donnation de qui que ce soyt, ou d'home ou famé, qui ne soyt point 

de nostre comune, combien que ladicte doyre ou donnation demeurent 

T. VIII, N° 15. 8 



1 1 | REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans la ville ou bien hors d'icelle, sera icelluy qui recouvrera ladicte 
doyre tenu venir davant les bayllons des manifestz, et ce dans trente 
jours despuys le jour qu'aura receu ladicte doyre ou donation, et 
fera serement (a), en tenant le rosle en la main, de denoncier aulxditz 
bayllons tout ce qu'il aura receu de ladicte doyre et domiation : 
payera, de tout ce qu'il aura receu. deux soulx tournoys pour chas- 
cune livre, et ce durant six ans revolluz, comptant despuis le jour 
qu'aura receu ladicte doyre : et [après] estre passés lesdictz six ans, 
sera ladicte doyre et donnation en charge, comme ses aultres biens, 
et payer entièrement corne les haultres habitans a la comune. Et, 
avecques cela, fera son manifestz ou sera taxé comme les aultres. 
Toutesfoys, corne il a esté dict, de ce qu'aura receu de ladicte doyre 
ne payera que deux soulx pour livres, durant les six ans (b). Et, si 
ladicte doyre ou donation estoyt a paier, payera les six ans de 
chascune paye selon la paie qu'il aura receu. 

Et si, par fortune, venoyt le cas que le mary morusse avant la 
famé, nostre vouloyr est que, en cas qu'il vinsse a randre ladicte 
doyre , qu'il puisse retourner ladicte doyre sans payer aulcun 
translat. Et si la famé venoyt a mourir avant le mary, nostre vou- 
loyr est que les heretiers de ladicte famé payera, pour le droyt de 
translat, dix pour cent a la comune ; et, si le mary vient a mourir et 
a quelques enfants, et la famé se veulhe transporter avecques ses 
enfants, nostre vouloyr est qu'i paiera a nostre comune dix pour 
cent pour le droyt de translat. 

Et nostre vouloyr est aussi que, quant icelluy aura receu ladicte 
doyre, fera son manifestz de ce qu'aura receu de ladicte doyre 
a part, et ce que sera de ses biens a part, a celle fin qu'il paie 
ce que sera du sien sans la doyre, comme les aultres de nostre 
comune. Et les bayllons du manifestz escripront la livre de ce que 
pourra monter ladicte doyre. Et toutes les choses que sont escriptes 
en ce présent article, sera juste et selon la peyne que playrra mettre 
monseigneur le viguier avecques ses acesseurs (c). 

(a) Avec la licence dudit seigneur viguyer. 

(b) Le viguier avait fait ici tme critique qu'il a ensuite annulée. 

(c) A la poene de vingt cinq s. t., applicables pour deux tiers 
au fisc et pour l'aultre a l'ausmone. 



XXXIII. 

Dispense d'impôt aux orphelines et aux jeunes filles pauvres ^ pour 
faciliter leur mariage. 

Nous sommes d'acord que les gens du conseilh pourront avoir esgart 
a une povre horpheline ou non horpheline de soulager leur tailhe, a 
celle fin qu'i se puisse marier avecques quelque compaignon de 



LES JUIFS DANS LES ÉTATS FRANÇAIS DU PAPE 115 

nostre comune ou bien qui ne soyt de neutre comune, proveu que 
les deux parties du conseilla s'acordent. Toutesfoys, despuys qu'au- 
ront heu ung sollagement de leurs taiihes, ne pourront demander 
deux foys, et ce sollagement ce faict aulx fins que tel mariage 
vienne a sortir son effect. Et le conseilh ne viendra a opprimer 
d'avant ceulx qui demanderont ledict soulagement. 



XXXIV. 

Des fraudes commises dans les manifestes. 

Nous sommes d'acord que toutz ceulx, soit home ou famé, que se 
trouveront d'avoir fraudé son manifestz, que le frault monteroy t plus 
de dix florins après le temps designé a icelluy a porter son manifestz 
c'est a scavoir tout le temps du comter, comme est dict et declairé en 
l'article sexieme de ncs susdietz articles), nostre vouloyr est que toutz 
ceulx, soyt home ou famé, que sa cotte sera de la main mineur et se 
treuvera qu'aura fraudé son manifestz plus que la somme susdicte de 
dix florins, qu'il incourira la peyne de cinequante florins, applicqués 
la moytié au fisc et l'aultre moytié a Yhecdes. Et luy sera multiplié et 
creu, pour chascune livre qu'aura fraudé, cincq florins au profit de 
la comune. 

Et icelluy ou celle que sa cotte sera de la main moienne et pareille- 
ment aura fraudé son manifestz plus de la somme susdicte de dix 
florins, encourira la poyne de cent florins, la moytié au fisc et la 
moytié a Vhecdes, et lui sera multiplié et creu de cincq livres sur 
chascune livre qu'aura fraudé au proffit de la comune. 

Et toutz ceulx et celles que leur cotte sera delà grand main et aura 
fraudé son manifestz plus de la somme susdicte, encouriront la peyne 
de cent et cinequante florins, la moytié au fisc [a) et l'aultre moylié 
a Yhecdes. Et leur sera multiplié et creu pour chascune livre cincq 
livres au proffît de la comune. Et oultres lesdictes pov nés que en- 
couriront, seront ellongnés et segregés, corne veulc nostre loy 
hebraicque, et demeureront en l'escolle a la place occidentale * 
jusques a ce qu'auront paie ladicte poyne. Car nostre vouloyr est 
que les bayllons du manifestz luy multiplient au fraudeurs des 
mains surdictes, ou soyt home ou famé de ceste charge; c'est a 
scavoyr, pour chascune livre qu'aura fraudé, cincq, oultre les poynes 
surdictes. 

(a) Lesdites poenez se applicqueront pour les deux tiers au 
fisc et l'aultre a l'aumosne. 



1 Place où se mettaient les personnes en deuil. L'excommunié observe en général 
les pratiques de la personne en deuil. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XXXV. 

Établissement de l'impôt sur les immeubles récemment acquis. 

Nous sommes d'acord que toutes personnes de noslre comune qui 
auront achepté ou achepteront maisons, vinhesou aultres possessions 
dans la présente cité et terroyr d'Avignon ou hors d'icelle, a payer ou 
par manière de pancion perpétuelle ou en quelques manière que ce 
soyt, nostre vouloyr est tel que les extimadours feront les estimes 
desdictes maisons, vinhes et possessions de ceulx qui seront dans la 
présente cité et terroyr d'Avignon, comme les aultres maisons, vinhes 
et possessions de nostre comune. Et celles qui seront hors la présente 
cité et terroyr d'Avignon, les estimadours feront l'estime feaulement 
et avecques serement, comme dict est en l'article des extimadours. 

Au si nostre vouloyr est que toute personne qu'aura achepté ou 
acheptera maisons, vinhes ou possessions, desquelles n'aura rien 
payé, nostre vouloyr est qu'il payera de tout ce qu'il aura desbourcé 
pour les loz, aussi tout ce qu'il aura desbourcé en réparation des- 
dictes possessions, et aussi de tout ce qu'il aura payé au venditeur. 
Et seront les livres de tout ce qu'il aura desbourcé pour le los et 
réparations et payement audict venditeur, de douze florins la livre. 

XXXVI. 

Sur les cessions fictives, faites en vue de se soustraire aux charges 

du fisc. 

Nous sommes d'acord que chascun home ou famé de nostre car- 
rière, durant les presens articles, ne pourra faire de ses biens, en 
tout ny en partie, aulcune donnation pure ny aussi cession et remis- 
sion, ny aulcun oblige pour se acquiter et exempter de ses biens (a), 
ny en tout ny en partie, des charges et subsides de la comune. Et s'il 
a faict aulcune donation a ung juyf, prochain ou non prochain, ou 
vrayement a ung chrestien,qui n'aict point intention que ladicte don- 
nation ayct nessune value ny que sorte de ses mains, sera tenu a revel- 
1er ladicte donnation, ou obligation, ou cession, ou remission, et payer 
d'icelles corne de ses aultres biens. Aussi s'il avoyt faict aulcune 
cession de ses debtes ou aulcune obligance de donation de ses 
debtes ou d'aultres choses, par manière qu'i se peussent soulager et 
acquiter de payer les charges et succides que pourroint paier ses 
biens. Et tumbera en la poynede perdre ladicte donnation, la moytié 
au fisc et l'aultre a alhecdes. 

Aussi, si cas advenoyt que deux frères, ou père ou filz, ou suogre 
et gendre, fissent leur manifestz et fissent mention aulxdictz manie- 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 117 

festz que ung d'eux fust attenu a l'aultre pour cause de quelque 
droyt de doyre, nostre vouloyr est que icelluy, qui aura a recepvoir 
argent a l'occasion de aulcune doyre, ne payera rien, mais les aultres 
particuliers qui se seront débiteurs les ungs aulx aultres d'aulcuns 
aultres affaires et sera passé le terme du payement, nostre vouloyr 
est que icelluy qu'aura l'argent entre ses mains soy t attenu de payer 
les tailhes durant le temps qu'i tiendra l'argent entre ses mains, a 
celle fin que ne se face aulcun frault pour se vouloyr soulager au 
faict des charges des tailhes. 

(a) A la poene de dix s. t. ou aultre arbitraire, selon la qua- 
lité de la personne et de la fraude, applicable au fisc. 



XXXVII. 

Que les Mens à manifester ne peuvent être prêtés occultement. 

Nous sommes d'acord que aulcune personne de nostre comune ne 
puisse garder, par vie de commande, aulcuns biens, soyt mesnaige, 
bagues ou quelque aultre meuble quel qui ce soyt, d'aulcungs manifes- 
tans, ny le père du filz, ny le filz du père, ny le suogre du gendre, ny au 
par contre, ny le frère du frère, en aulcun prochain ou non prochain ; 
ainssera tenu de la reveller aux bayllons [a) de manifestz en vertu et 
sur le serementdel'tom, a celle fin qu'ilzne usent de cautelle aulz 
payementz des tailhes, qnant lesdictz collecteurs iront a leurs mai- 
sons, ou ne trouvassent rien pour les gaigesquantilzlez avoint gaigés 
aux maisons de leurs prochains ou non prochain. Et pourront les 
bayllons des manifestz obtenir dudit seigneur viguier criés et 
faire jurer toutz lesparentz d'icelluy s'ilz auriont rien dudit particu- 
lier. Et icelluy, lequel le conseilh tiendra pour suspect, sera tenu de 
faire scavoyr tout ce qu'il aura d'aulcune personne. Aussi tout home 
ou famé qui auront aulcune chose en leur pouvoir seront tenus de le 
reveller aulx bayllons du manifestz, sur peyne de ce que dira la crié 
depar messieurs les cortissans. 

(a) A la poene de dix sous t., applicables au fisc. 

XXXVIII. 

Confection du manifeste général sur les manifestes particuliers. 

Nous sommes d'acord que, durant le temps de ces presentz articles, 
seront tenus les bayllons des manifestz de demeurer toutes les 
nuyctz par l'espasse de deux heures, exceptés les samedy et les 
festes, dedans l'escolle ou Yasara l , ou a une chambre expressément 

1 Voir plus haut, art. 3. 



US REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour lieux, et ce, despuis les nuyes de les Festes Legieres 1 , de les 
Cabanes, jusques le jour qui sera l'acompliment de comter leur 
manifestz : et ce pour comter le manifestz d'ung chascuug de nostre 
comuneet garder a lieux et ne le tourner, mais sera a ung lyeu, dans 
un coffre sarré, duquel coffre ung chascung bayllon aura la clef, diffé- 
rentes les unes des aultres. Aussi pourront retourner [a) les aultres 
manifestz anciens, en leur donnant le manifestz nouveaulx. Et dili- 
genteront, avecques un chascundes manifestantz, de pouvoir multi- 
plier de leur bon gré tout ce qu'ilz vouldront augmenter. Et escrip- 
rontce que montera la somme du manifestz, avecques l'aumentation, 
dans ung livre. Et le manifestant soubsignera son nom de sa main 
propre, ou fera escripre par aultruy main, dans ledict livre des 
bayllons de manifestz, soubs la somne de son manifestz. Et seront 
tenus lesdictz particuliers de prandre de la main des manifestantz 
la memoyre et record de toutz les debtes perdus, ou que sont en 
procès, ou desquelz en sera faicte cession de biens, et de les escripre 
en ung livre designé particulièrement (5), et de faire contraindre tout 
manifestant de soubsigner son nom soubs iceulx debtes, corne dict 
est en l'article XXI e des presens articles. Aussi seront tenus les 
bayllons de manifestz d'escripre de leurs mains sur ung chascun 
manifestz comment ilz hont receu lesdictz manifestz dans le temps 
convennable a les porter, et le jour qu'ilz hont receu le manifestz des 
manifestantz. Aussi sera tenu tout home et famé de nostre comune 
de venir, toutes foys et quantes qu'ilz seront requis par lesdictz 
bayllons, pour compter son manifestz, et ce, sur la peyne de six 
gros, applicqués la moytié au fisc, et l'aultre a alheldes. Et si le 
manifestant veult eslire quelung du conseilh, qui soyt avecques les 
bayllons de manifestz au compter de son manifestz en sa présence, 
luy sera donnée liberté de cela pouvoir faire. Et aussi tel est nostre 
vouloyr qu'il soyt donnée foy et créance au serviteur desditz bayl- 
lons, quant les ira appelLer, par manière qu'il seracreu contre celuy 
qui récusera de venyr comme s'il l'heust dict devant et en présence 
de deux tesmoings. Et les gaiges dudict serviteur des particuliers 
[résulteront] de la inhibitions aulx susdictz, oultre la poyne que 
plaira a monseigneur le viguier et a ses acesseurs de y mettre 2 (c). 

1 On appelle fêtes légères les demi-fêtes de Pâque (3 e à G jour) en nissan, et de 
la fête des Cabanes (3 e à 7 e jour) en tisri. 

* Cf. la bulle de Sixte IV, en 1479, que nous publions plus loin et qui s'exprime 
ainsi : « Et insuper cum, sicut accepimus, nonnulli judei eivitatis predicte taxam 
eis, secundum formam statutorum sive articulorum universitatis ipsorum impositam, 
post illius impositionem diminuere seu diminui et moderari lacère sepenumero procu- 
rent, unde alii judei in illius solutione plus quam deceat gravantur. statuimus et or- 
dinamus quod nullus judeus de cetero perpetuis t'uturis temporibus taxam hujus- 
modi eis pro tempore impositam, postquam per universitalcm judeorum hujusmodi 
imposita fuerit, diminuere seu moderari, aut illius diminutionem sive moderationem 
procurare, seu etiam illam a legato vel gubernatore dicte eivitatis pro tempore exis- 
tente aut quoeumque alio, sub pena decem marebarum argenti fini fisco dicte tem- 
poralis curie applicandarum, impetrare quoquomodo présumât, desernenles diminu- 
tionem hujusmodi pro tempore factam nullius existerc roboris vel momenti. • 



LES JUIFS DANS LES ETATS FRANÇAIS DU PAPE 119 

[a) Lesdits manifestz se rendront a la forme et manière conte- 
nue au douziesme article, et ce sur la [peine] aussi y contenue. 

[V) Ledit seigneur viguier, pour obvier ez fraudez des mani- 
festans et parvenir à l'indemnité de la comune, enjoinct aux 
bailons des manifestz de diligemment s'enquérir et informer 
des abuz et fraudez qui se commettront par lesdits manifes- 
tanz, et ce sur la poene de dix livres, et de faire d'eux relation 
a la court moiennent leurs serment, cessant toute faveur, yre, 
heyne, amour et affection, et auront pour leur penez deux s. t. 
pour livre, de ce que se trouvera avoir esté fraudé; et ou les- 
dits bailons se trouveront en ce comme dessus avoir delinqué 
et faicte mauvaise relation encoriront ladite poene applicable 
comme dessuz. 

(c) A la poene de dix fi. t. applicables au fisc, sauf l'autorité 
dudit seigneur. 



XXXIX 



XL. 

Confection du hudget. Défense de se livrer au commerce certains jours 

fériés. 

Nous sommes d'acord que, tout incontinent que sera parachevé le 
contenant de toutz manifestz, seront tenus lesdictz bayllons de mani- 
festz de faire une somme générale de toutes les livres des gentz 
de nostre comune : et lors aviseront tout ce que sera neccessaire 
a payer audict comun celle année, soyt en payer debtes finables, 
pensions, cens ou aultres choses et toutes aultres despences. Et en 
après viendront lesdictz bayllons davant le conseilh et leur declaire- 
ront et manifesteront les sommes de toutes les livres. Et regarde- 
ront entre heux en quelle sorte ce pourra faire une tailhe pour payer 
ce qu'est neccessaire, et s'apoincteront et demeureront d'acord en- 
semble. Et ne sortiront dudict conseilh et de Vazara et conseilh, c'est 
a dire la maison de la Carte (sic) et du maseau, en aulcune manière, 
jusques a ce que toutz, ou la pluspart d'iceulx, soyent d'acord sur 
ce qu'il sera a faire en ce que sera neccessaire, et de faire en quelque 
sorte pour appoincter les debtes et pencions : c'est assavoyr, de pro- 
voquer ou faire provoquer la solution en paye desdictes debtes, ou 
d'imposer une tailhe suffisente pour la satisfaction et paye des debtes 
surdictes, par moyen que ladicte comune ou particuliers d'ycelle ne 
soyent carcerés, arrestés, gaigés, ne consumé nostre argent en des- 

1 Cet article manque. 



120 REVUE DES KTUDES JUIVES 

pences. Et cela feront toutes les années, en chascung tour de nos 
articles, sur la poyne d'un florin, la moytiéau fisc et l'aultre moytié 
a Yhecdes. El les bayllons de manifestz imposeront lesdictes tailhes [a) 
selon la teneur de noz presens articles. Toutesfoys, tel est nostre 
vouloyr qu'il soy t à la liberté des bayllons de manifestz et du conseilh, 
c'est [à dire] de toutz ceulx ou de la pluspart, d'imposer tailhes en tout 
temps qu'ilz vouldront et bon leur semblera, si a ce faire neccessité 
les constrainct, pour despences, tant ordinaires que extraordinaires, 
qui pourront entrevenir, selon la teneur de noz presens articles. Et 
ne pourront lesdictz bayllons de manifestz imposer tailhe, soyt au 
commancement de l'année ou aultre temps quel qui ce soyt, s'il n'est 
que le conseilh soye d'acord ou la plus part, et ce sur la poyne d'ung 
florin, laquelle incourira icelluy qui contreviendra a la teneur du pré- 
sent article. Aussi nostre vouloyr est qu'en tout temps que lesdictz 
bayllons de manifestz vouldront faire scavoir quelque chose a quelles 
gentz de nostre comune, le fayront scavoir par la parolle du messa- 
gier, soyt de jour ou de nuyct, et sera tenu ledict messagier de faire 
entendre ladicte chose a haulte voix par toute nostre rue. Aussi nos- 
tre vouloyr est tel, que toutes les conditions de nos articles aulx- 
quelz sera dict et sera tenu ou seront tenus sans imposer aulcune 
peyne limitée par [lui] , ladicte peyne soyt d'ung florin, payable la moy- 
tié au fisc et l'aultre a Yhecdes. Aussi nostre vouloyr est que tout le 
temps de les Festes Legieres, de Pacques et de nostres Cabanes \ et les 
quatre Jeûnes de l'année 2 , ne pourra aulcung home ni famé de nostre 
comune ouvrir les bouticques pourachepter ny vendre aulcune mar- 
chandise, ny d'aller au logis avec marchandise pour vendre ny achep- 
ter jusques à ce que soyt accomplie l'oraison du matin desdictz 
jours : et ce, sur peyne de deux florins, la moytié au fisc, et l'aultre à 
Yftecdes. Et les bayllons de l'aumorne auront liberté {h) de faire jurer 
tout home et famé qu'auront vandu ou achepté en ses jours la, en 
cas advenant que ce voulsissent excuser que ladicte marchandise 
feust vandue ou acheptée par avant lesdictz jours. Aussi pareille- 
ment aux junes que la comune ordonnera de faire 3 , quand ladicte 
comune aura manifestée lesdictz jeûnes par le messagier la nuyct 
paravant par toute la carrière a haulte voix, ne pourront achepter 
ny vandre sur la poyne susdicte. 

[a) Avec la licence et congyé dudit seigneur viguier. 

(b) Avec permission dndit seigneur viguier. 

R. de Maulde. 
(A suivre). 

1 Les demi- fêtes des Cabanes, au mois de tisri. V. la note sur le calendrier et art. 38. 

2 Les quatre jeûnes de l'année sont 3 tisri, 10 tébet, 17 tammuz, 9 ab (destruction 
du temple de Jérusalem). 

3 Jeûnes exceptionnels ou particuliers à la communauté juive d'Avignon. Des jeûnes 
de ce genre étaient ordonnés en présence ou en souvenir de calamités locales. V. An- 
nuaire, I, 188; II, 200. 



NOTES ET MÉLANGES 



RENSEIGNEMENTS DE SOURCE MUSULMANE SUR LA DIGNITÉ 
DE RESOÏÏ-GALUTA 



I. Je n'ai pas l'ambition de contribuer, par les quelques extraits 
que je vais donner des auteurs arabes, à éclairer l'histoire des 
Resch-Galuta. Mais je pense que ces renseignements, empruntés 
à des auteurs au milieu desquels ont vécu et agi ceux qui étaient 
revêtus de cette dignité, pourront jeter quelque lumière sur la 
situation des exilarques. Et, à ce point de vue, je crois pouvoir 
affirmer que même la partie légendaire de ces extraits ne manque 
pas d'une certaine valeur pour l'histoire littéraire 1 . 

Avant tout je ferai remarquer que certains historiens arabes, 
qui ont probablement emprunté ce qualificatif à des auteurs juifs, 
donnent le titre de Râs-al-Gâlût 2 à des personnages qui ont vécu 
bien longtemps avant que la dignité de Resch Galuta n'ait été 
créée. Ainsi Al-Tabari 3 appelle Râs-al-Gâlût un dignitaire dont 
il donne le nom et qui a vécu au temps de Jésus-Christ. Cette 
erreur a donné naissance à la légende que ce fut Râs-al-Gâlût 
lui-même qui a été crucifié à la place de Jésus-Christ 4 . 

IL Le célèbre auteur musulman mutazilite, Abû-Othmân Al- 
Gâhiz (mort en 869 après J.-C), parle des exilarques dans deux 

1 Je ne mentionnerai pas ici les passages tirés de Al-Makrîzi et que M. Graetz 
donne dans son Histoire, t. V. 

* Un orientaliste célèbre en son temps a traduit ce mot par « tête de Goliath ». 
3 Al-Tabari, Annales, édit. de Leyde, I, p. 741. 

* Ibn Hagar, Isâba, éd. de Calcutta, III, p. 107. Cet auteur cite Al-Farrâ comme 
une autorité en faveur de cette absurde légende. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de ses ouvrages. Un de ceux qu'il mentionne a vécu avantl'hégire. 
Dans son livre Les beautés et les contraires 1 , il raconte que, 
dans l'empire perse. « chaque fois que la fête de Naurûz avait 
lieu un samedi, le Râs-al-Gâlût devait payer 4,000 dirhem. On 
ignore, dit-il ; la cause de cet impôt, on sait seulement qu'il est 
établi depuis longtemps et qu'il peut être considéré comme un 
impôt de tolérance*. » 

Abù-Othmân parle encore du Râs-al-Gâlût dans son ouvrage 
Sur les animaux 3 , qui, à la manière des livres arabes, s'occu- 
pant de ce qui est absolument étranger à son sujet, et traitant 
les questions les plus diverses, est une mine riche en rensei- 
gnements pour l'histoire de la civilisation et les études juives 4 . 
Cet auteur, dans une de ses nombreuses digressions, explique ce 
qu'il faut entendre, selon lui, par V esprit saint (Rûh-al-Kuds) : 
« Quand Moïse, dit-il, s'écrie: Puisse l'esprit de Dieu être avec 
tous les hommes, il veut dire l'infaillibilité et l'assistance divine. 
C'est ainsi que les chrétiens disent d'un faux prophète que l'esprit 
du mensonge est avec lui (Nnpttî, absn 5 ), et les Juifs disent que sur 
tel et tel repose l'esprit de Belzébub 6 , c'est-à-dire de Satan. » 

L'endroit où Abû-Othmân parle du Râs-al-Gâlût se trouve 
f° 189 &. « Al-Asma e i, dit Abû-Othmân, s'exprime ainsi : Et même 
si tu fais sonner le schofar (msia),tu n'obtiendras aucun résultat; 
parle comme tu le fais d'habitude et dis des choses justes. Le mot 
inaiû désigne une espèce décor, de trompette (pis); il est d'origine 
persane 7 . C'est un instrument dont se servent les Juifs. Lorsque, 
pour punir un coupable, le Râs-al-Gâlût lui interdit d'avoir 
aucune relation avec ses semblables, la publication du châtiment 
est accompagnée d'une sonnerie de schofar. Ce genre de châti- 
ment ne se trouve pas dans le code des Juifs. Mais le Katholikos 
et le Râs-al-Gâlût n'ont pas le droit, dans les pays musulmans, de 
condamner à la prison ou à la flagellation; ils peuvent seulement 
infliger des amendes ou interdire tout commerce avec les hommes. 

1 Ms. de la bibl. imp. de Vienne, n° 94, fol. 173 b. 

2 Cf. Kobak, Jeschurun, VIII, p. T.. 

3 Kitâb al-heymân, ms. de la bibl. imp. de Vienne, n« 151. 

4 Ainsi, au fol. 266 a se trouve un petit poème que Abu Sâlih al-Fezâri a com- 
posé sur les mérites des Juifs ; au f° 337 a, une satire contre les Juifs ; f° 369 a, 
des croyances populaires sur la métamorphose d'animaux en Juifs ; f° 377 a, sur la 
circoncision, etc. 

5 Notre ms. écrit en caractères arabes, Nlipo >NbiW7. 

6 Ecrit, en caractères arabes, dans notre ms., rï'D'I^D. 

7 On trouve aussi "ISO plur. "lDNID, comme nom du schofar en arabe ; voy. 
Kremcr Bellràge zur arabischen Lexicographie (Sitzutif/sberichte de l'Acad. impériale 
de Vienne, 1883, p. 75). 



NOTES ET MÉLANGES 123 

Il faut ajouter que le Katholilws montre beaucoup d'égards pour 
les personnages haut placés et jouissant d'une certaine considéra- 
tion à la cour du sultan. Ainsi Timothée 1 voulut frapper d'excom- 
munication Aun, de la tribu d'Ibad, et lui interdire toute relation 
avec les autres hommes. Mais Aun ayant fait la menace de se 
convertir à l'islamisme, Timothée n'osa pas faire exécuter la sen- 
tence qu'il avait prononcée contre lui. C'est ainsi que... 2 Michel 
et Théophile s'abstinrent de faire perdre la vue à Manuel, quoique 
leurs lois leur prescrivent de tuer ou de rendre aveugle celui qui 
prête assistance à un musulman contre un chrétien. Mais, dans ce 
cas particulier, ils n'osèrent pas appliquer la peine édictée. Du 
reste, nous avons parlé longuement de cette question dans notre 
ouvrage sur les chrétiens. » 

III. Les exilarques figurent quelquefois dans les légendes mira- 
culeuses des Musulmans. Ainsi, Al-Alâ, fils de Abu- c Alâtha (vers la 
fin du u e siècle de l'hégire), dans son récit du martyre de Huseyn, 
mentionne le fait suivant que leRâs-al-Gâlût lui a raconté au nom 
de son père :« Je ne passais jamais à cheval devant Kerbela, endroit 
où Huseyn a subi le martyre, sans éperonner ma monture et lui 
faire traverser cet endroit au galop; nous savions par d'anciennes 
traditions qu'un descendant d'un prophète serait tué en ce lieu, et je 
craignais d'être moi-même ce descendant. Quand Huseyn eut été 
tué en ce lieu, nous nous sommes dit que la prédiction s'était 
réalisée, et depuis ce moment je passe à Kerbela sans me 
presser 3 . » 

Le même auteur rapporte une autre fable dans laquelle figure 
également un Râs-al-Gâlût. Dieu, après avoir chassé Adam du 
Paradis, l'éleva sur la montagne de Abu-Kubeys, déroula toute la 
terre devant ses yeux et lui dit : « Tout cela t'appartient. » — 
« Comment puis-je reconnaître, répondit Adam à Dieu, ce qui fait 
partie de la terre? » Dieu voulut alors enseigner à Adam une 
science qui lui permît de deviner par l'aspect de certaines étoiles 
les mystères de la terre. Cette science parut trop difficile à Adam. 
Dieu fit descendre du ciel un miroir dans lequel Adam put aperce- 
voir tout l'univers. A la mort d'Adam, un Satan nommé trjpD 
brisa ce miroir et éleva sur ses débris, à l'Est, une ville du nom de 
de Gâbart. Lorsque Salomon fut devenu roi, il voulut posséder ce 
miroir merveilleux. On lui raconta ce qu'avait fait Satan. Salomon 

1 Dans le ms , D^'HIDN^l]. 

2 b^pia^b^. Je ne possède pas ici les ouvrages nécessaires pour me permettre de 
constater Fidentité des chefs de l'Église que mentionne cet auteur. 

3 Al-Tabari, Annales, II, p. 287. 



12'. REVUE DES ETUDES JUIVES 

força Satan à détruire la ville et à lui procurer le miroir désiré. 
La ville fut détruite et les morceaux du miroir furent remis à Salo- 
mon qui les rassembla et les rattacha ensemble par une courroie. 
Salomon mort, les démons volèrent ce miroir à l'exception d'un seul 
morceau qu'ils oublièrent d'emporter. Ce petit débris passa de 
génération en génération et parvint enfin en la possession du Râs- 
al-Gàlût qui l'offrit à Merwân ibn Mohammed, le dernier khalife 
de la dynastie des Omayyades. Ce dernier le fit réduire en poudre 
et introduire ainsi dans un autre miroir. Ce miroir montra au 
khalife tout ce qu'il lui déplaisait de voir. Merwân ibn Mohammed 
ordonna de jeter ce miroir et de décapiter le Râs-al-Gâlût. 
Lorsqu'Abu Gaïar, deuxième khalife de la dynastie des Abba- 
sides, fut arrivé au pouvoir, il fit chercher de nouveau ce mi- 
roir et, grâce à lui, découvrit la retraite de Mohammed ibn Abda- 
lalla, prétendant de la famille d'Ali, et, ayant fait poursuivre ce 
rival, lui infligea les plus cruelles tortures 1 . » 

Voici un passage de Al-Kazwini 2 , que me signale mon ami 
M. Bâcher, qui se rattache à ce paragraphe. On y rapporte ce 
récit de Al-A'masch : Mugâhid (mort en l'an 102 de l'hégire) 
aimait à entendre des histoires sur des sujets merveilleux et 
à les vérifier sur place. Il alla donc une fois à Babylone et dit 
au gouverneur de la ville, Al-Haggâg, qui lui demandait le but 
de son voyage, qu'il avait une affaire à vider avec le Râs-al-Gâlût. 
Le gouvernement fait venir l'exilarque et lui dit d'expédier l'af- 
faire de Mugâhid. . . Le voyageur demande alors à l'exilarque de 
lui montrer Hdrût et Mâriit. Le Râs-al-Gâlût donne l'ordre à 
un de ses domestiques juifs de remplir le désir de Mugâhid. On 
raconte ensuite qu'ils se glissent dans un trou où ils voient 
Mârût et Hârût, grands comme deux montagnes qui auraient la 
tête en bas. Le Juif impose au voyageur cette condition qu'il ne 
devra pas prononcer le nom de Dieu pendant sa visite aux deux 
démons. Mugâhid oublie cette recommandation, aussi manque-t-il 
de périr. Il est intéressant de voir que le Resch Galouta joue un 
rôle dans ces histoires fabuleuses. 

IV. Nous savons par les auteurs arabes que les Israélites, établis 
dans les pays musulmans, étaient fiers de vanter devant les 
Mahométans, qui les méprisaient, la dignité élevée de l'exilarque 
et son origine royale. Ibn Lahi'a (mort en l'année 174 de l'hégire) 
raconte le fait suivant sur Abul-Aswad : « Je rencontrai, un jour. 



» lèid.. III, p. 165/*. 

* Athâr al-lilâd, éd. Wiistenfeld, p. 203 ; cf. 'Agâ Hb almachlûkât, p. 197. 



NOTES ET MÉLANGES 125 

le Râs-al-Gâlût qui me dit : « Entre le roi David et moi il y a un 
intervalle de 70 générations, et cependant les Juifs me témoignent 
un grand respect, reconnaissent mes droits de descendant royal 
et considèrent comme un devoir de me protéger. Entre vous et 
votre prophète il n'y a qu'une génération et déjà vous avez tué le 
fils (le petit-fils) de ce prophète, Huseyn 1 . » 

Pour expliquer les paroles que je viens de citer, il est bon de 
faire remarquer que Abul-Aswad, le créateur de la grammaire 
arabe qui faisait remonter les origines de cette science jusqu'à 
Ali, appartenait à la secte des Schiites. C'est sans doute sous 
l'inspiration de l'esprit de parti qui caractérise cette secte qu'il 
fait ressortir ce contraste entre le 70 e descendant de David, 
respecté par les Juifs, et le petit-fils de Mahomet, tué par les 
musulmans 2 . 

Le polémiste fanatique, Ibn-Hazm, déclare encore au v e siècle de 
l'hégire que les Juifs parlaient avec orgueil de la dignité de leurs 
exilarques et de leur origine royale, et il prétend que Samuel- 
ibn-Nagdêla rapportait à sa propre personne le passage de la Ge- 
nèse xix, 10 3 . Ibn-Hazm, qui a soutenu verbalement une discus- 
sion avec un savant juif contemporain au sujet de l'explication de 
ce verset, caractérise ainsi la dignité de l'exilarque : « Le Râs-al- 
Gâlût, dit-il, n'a aucun pouvoir ni sur les Juifs ni sur les autres 
hommes ; il possède un titre purement nominal et auquel n'est 
attaché aucun privilège ni aucune autorité. » Il démontre qu'avec 
la royauté a disparu en Juda tout pouvoir et que cette dignité de 
Râs-al-Gâlût a été accordée depuis peu de temps « jusqu'à nos 
jours » par le gouvernement musulman à un descendant de David. 
Ibn-Hazm, qui écrit ces mots après l'an 1013 après J. -G., termine 
ainsi : « Quelques historiens prétendent que Hérode, son fils et 
son petit-fils étaient de la tribu de Juda ; je crois qu'ils étaient 
plutôt d'origine romaine 4 . » 

Une dernière remarque : le pluriel de Râs-al-Gâlid dont se sert 
Ibn-Hazm dans le passage cité, est Ruus-al-Gawàlit . Les musul- 
mans désignent par Gâlûtî les Juifs rabbanites par opposition 
aux 'Anâni ou Garaïtes 5 . 

Ignaz Goldziher. 

Budapest. 

1 Ibn 'Abdi Rabbihi, Al <lkd al farid, éd. de Bûlâk, II, p. 309. 

2 Cf. Zeitschrift der D. M. #., XXIX, p. 320. 

3 Kobak, Jeschurttn, VIII, p. 76. 

4 Ms. de la bibliothèque de Leyde, Warner, n° 480, I, fol. 60, verso. 
3 Dieterici, Thier und Mensch vor dem Kônig der Grenien, p. 125-126. 



m REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

LE PRÉTENDU COMMENTAIRE D'ISAAC ISRAÉLÎ 

SUR LE LIVRE YECIRA 



Sommes-nous réellement en possession du commentaire d'Isaac 
Israéli sur le livre Yeçira? Voilà ce que jusqu'à présent on ne peut 
affirmer. On sait qu'il existe un commentaire sur le Se fer Yeçira 
attribué par différents manuscrits à plusieurs auteurs, à Isaac 
Israéli, à Jacob b. Nissim et à Dunasch b. Tamim ; on sait, en outre, 
que certains manuscrits attribuent à ce même Israéli plusieurs 
commentaires différents. Ainsi, un même commentaire rapporté à 
plusieurs auteurs, parmi lesquels Isaac Israéli, et plusieurs com- 
mentaires différents rapportés au seul Israéli. C'est plus qu'il n'en 
faut pour embrouiller le problème. On a naturellement épuisé 
toute la série des combinaisons possibles et, en fin de compte, on 
a cru pouvoir supposer que, sous le titre de commentaire d'Isaac 
Israéli, nous possédons trois ouvrages différents dus à deux ou 
trois auteurs, ou un travail remanié différemment par trois au- 
teurs. Quoique ce commentaire n'ait pas été soumis aune analyse 
rigoureuse, l'examen qui a été fait des manuscrits permet cepen- 
dant d'affirmer que nous sommes en présence de plusieurs tra- 
ductions de plusieurs versions d'un même ouvrage. 

Quel a été vraiment l'auteur de cet ouvrage? Pour M. Stein- 
sclmeider (AlfaraM, p. 248, note 1), ii n'y a pas de doute, « la pater- 
nité du commentaire appartient sûrement à Isaac Israéli, contrai- 
rement à l'opinion de Munk ». Sur quoi se fonde cette assertion? 
Sur cette circonstance que l'auteur du commentaire, en parlant 
des veines qui se dirigent vers le foie, et qu'il appelle Np^iDNw 
« mésaraïques », se réfère à son ouvrage sur Vurine. Or précisé- 
ment l'ouvrage d'Israéli sur les urines {De urinis) parle des 
veines mésaraïques (mesaraicse). 

Examinons les passages où le commentaire se réfère ainsi au 
livre sur F Urine. 

Au sujet de ces mots du Se fer Yeçira, ch. V, 3 : iw ûte 
irrnïa T»3 l^^r • • • maitas, « des douze éléments simples créés 
avec une nature hostile », le commentaire fait la remarque sui- 
vante ! : 

1 Je cite d'après le ms. de Munich, n° 92, qui attribue le commentaire à Jacob 
b. Nissim. 



NOTES ET MELANGES 127 

n^ bsu: isb irranba "p* 33 pnsn î^DP-Tîa p?^ iwb* ifcœiû Iran 

(1) np I^TJ 0D7ÛÏ1 Tit^ "1733 ÏÏWpWft [lis. PIT»3PNÎ13 rTONÏI mWP ">3B;a 

ddïïïi *-rn , np TO3 Ta»! ïnw7:m bu^a ai m [Hr un] ton Trom 
î-natm npTTïî ïnBtt ^ip^ rm t**T?ina ^b tair^a mm î"tcpo*iïti 

hrib oo»b p*n?2 ns n-ps ^ma î-rab WDlî-n î-tiûsi s-rcaîi ttpwïi 
na tr^aii ba p*na ins ^dt bawaii bi^n b^ nï*bi invTnp n»i*b 
■Ma a t**a;a na [lis. ris^n] ms^-iï"? bv t=nn?bi [Us. ù^p^bj ta£p7ûb 
ïprin:ai ima^ca^ nsair m^Tan *7aaa 12:3^ np bnnan dv^im ©s^itra 
nasan ibi iriûa'n fnp tsrtvas ï-mmïîîi !-n»ii "pa ^aan (ï-î) ttœ "nba 
SMPVn taranarùa i^-irn W nttiba imai la^ana j-it pas ^Nn 
, pnsM rna ïtïb la-naziaû ïro» inbitb paa^a a^sm ia^m 

« Cette phrase signifie que chacune des forces de ces membres 
organiques est en opposition avec celle de l'autre à cause de leur 
opposition inhérente en qualités. Ainsi l'estomac est naturelle- 
ment froid, le foie chaud, humide, bouillant, la chaleur du foie est 
ainsi en opposition avec le froid de l'estomac. Aussi entre eux 
deux est placée la bile comme réservoir de la bile jaune, car la 
bile jaune est chaude et sèche. La bile a deux orifices, l'un déver- 
sant dans l'estomac pour contrebalancer son froid et l'aider à 
cuire les aliments, l'autre déversant dans les intestins pour les 
exciter et les aider à expulser les matières excrémentaires qui y 
sont parvenues. La rate est froide et sèche en opposition avec la 
chaleur et l'humidité du foie. C'est en elle que se déverse le reste 
de la bile noire, froide et sèche venant du foie. Or, si nous voulions 
expliquer cette question, nous serions forcés de trop nous étendre 
et nous sortirions du sujet que nous traitons en ce chapitre. » 

Puis le commentateur ajoute — et ici je cite en regard du texte 
attribué à Jacob b. Nissim et traduit par Moïse b. Joseph, le texte 
attribué à Dunasch b. Tamim et traduit par Nahum (ms. de Berlin, 
243, oct.) : 



JACOB B. NISSIM. 

i-iftipi-n ï — tt pa* wra nsai 
•jnw ricana "lïTû-an -nON la-iôD 

S-ït nN [Us. 1M« pb] tDS pi 

ba ^a triiban Siwfa-) î"ït t-i»n*b 
mttiybi m'en 1205 itti? mttn 
■nmb vriEn rott tb Transi 13 
pn ibanran i^s^b nas^ra ft>ïi 
■o rraarra iai baab piaaan n»Nn 
fc-raan t-nTrann ï-iba>a ma ba 
b*j3n^ nias» in n"n fiman 



NAHUM. 

■ttnsa nmnaa ïnt nanxa naai 
tor» -ra&* ^db dnbnïi 1733 naiantû 
'liibtfîi to? H' nnw ïtt nN 

r^iïri 133^ ma lpnp ^sn bau: 
n« n^ia !tîi iba rpri™ 'mxb 
ims ï-131273 ?— î-'ï-rn i-raifê lasîi 
plfi l? 3 T N1 ^^ b'jn^i i?2^3>b 
bd^t5 ri?2dnn V 3 " ,:n ûtj: bdnn^ 

bm^b n^^N \n NTian nja:m Bïi 



128 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



« Nous avons d'ailleurs développé cette question dans l'ouvrage 
que nous avons composé sur la Science de l'urine. "Voilà ce que signi- 
fient les mots : « L'un en opposition avec l'autre, telle est l'œuvre 
de Dieu ». Tout contraire est établi en face d'un autre, mais sans le 
vaincre entièrement, car il absorberait en lui son opposé et l'anéan- 
tirait. Or il n'est pas raisonnable qu'une chose créée parla sagesse 
divine soit anéantie : ces contraires étant l'œuvre de la sagesse qui 
ne peut être anéantie. » 

La traduction de Nahum dit : le livre que nous avons écrit sur 
V urine. 

Le deuxième passage du commentaire, qui mentionne le traité 
De arinis, traite de la môme question. A propos de ces mots du 
texte (ch. vi, 3) : *jr^bm Fn»în *7»fi irawitû Snob», « il y a trois 
organes qui sont ennemis, le foie, la bile et la langue », le com- 
mentaire étudie le rôle de ces différents organes dans l'acte de la 
digestion, par rapport à leurs qualités élémentaires, et il termine 
par ces paroles : 



dWTB -D^tt ù^ms tnptt r>î pan 



■pN *pNi s — tt pjn î-iï'n nmî-n 
!-7t iDifco nnsi -n&ab tonpwn 



« Nous aurions encore beaucoup à dire là-dessus, mais ce n'en est 
pas ici le lieu, car nous avons déjà développé cette question dans le 
litre des urines » (Nahum, « dans notre autre livre »). 

D'après ces textes, que devons nous nous attendre à trouver 
dans le De urinis? Non pas, évidemment, la théorie générale de la 
digestion, mais les oppositions admirables que présentent les dif- 
férents organes digestifs dans leurs vertus élémentaires, la sagesse 
merveilleuse avec laquelle ces organes sont reliés entre eux par 
des canaux dont les vertus servent de transition et d'intermédiaire 
entre les caractères opposés des organes. Or, rien de semblable 
dans Israéli, aucune trace de ces idées vraiment originales. Voici 
tout ce qu'il dit sur la digestion (Introduction au Liber ur 'inarum, 
édit. deLeyde, 1515, f°158 c ): 

Digestio l enim triplex est et tria loca in corpore possidet. Primum 
in stomacho. Secundum in épate. Tertium in omnibus membris 
corporis. In stomacho digeritur cibus et potus : omnia enim ingre- 
dientia corpus : sive sint cibi sive potus; primitus ad stomachum 
trahuntur ubi digeruntur et excoquuntur et in succum quasi in 
ptisanum convertuntur : deinde in nutrimentum suum stomachus 



Pour faciliter la lecture de ce passage, nous résolvons les abréviations. 



NOTES ET MELANGES 129 

sibi attrahit quod nature sue est simile et complexioni ejus : et su- 
perflua deponit ex foramine suo inferiori : quod portam vocant phi- 
losophi : ad intestinum juuctum huic foramini : quod duodénum 
vocatur quare quanti tas sui per mesuram cujusque hominis duo- 
decim sunt digiti cum suis dimensa digitis. Hoc intestinum in 
longitudinem dorsi est erectum : et quantitas sue concavitatis est 
sicut quantitas foraminis porte : quod ideo porta vocatur quare 
usque ad nature necessitatem cibum a stomacho deponens clauditur : 
quem cum deponere incipiat aperitur illa porta et descendit esca : et 
clauditur postea sicut fuit antea. Cum autem cibus ad intestinum 
veniat : accipit inde nutrimenta sua : que nature sue assimilât : 
quod autem remanet sicut torcular extorquitur deponens in intesti- 
num sibi junctum : quod est tortum rotundum et globosum : a me- 
dicis vocatur jéjunum, vulgus autem rotundum dicit et portam 
lactis. Ad quod intestinum cum cibus veniat : trahit sibi totum 
succum ad humectationem epatis : acsi magnes ferrum traheret. 
Intestinum autem emittit illam humectationem epati quasi sudo- 
rem cum foramen unde exeat apertum non habeat. Accipitur ergo 
cibus a quibusdam venis sibi invicem solidatis atque junctis : 
et inter intestinum et epar positis : he mesaraice sunt vocate. 
Epar vero cum aie his succum ceperit : mittit eum ad coquendum 
suis venis. Intestinum autem predictum in longitudinem dorsi erec- 
tum est : et non rotundum nec globosum sicut aliud fuit intesti- 
num... Epar vero de succo sibi quem excoquendum suis dimiserat 
venis : sanguinem facit : et grossum dividens a subtili : in sui nutri- 
menti confortamentum : sueque substantie assimulamentum accipit : 
quod remanet omnibus membris mittens corporis. Unde omnia ipsa 
membra sibi trahunt sue nature et substantie assimilantia *. 

Où est donc la ressemblance qu'on s'attendait à trouver entre 
les développements des deux ouvrages? Dans la présence d'un 
mot : Mesaraicse. Or, la conception anatomique que représente ce 
mot est tout à fait en dehors des raisons qui ont motivé la citation 
du livre De urinis; en outre ce terme était très usité et le seul 
clair pour rendre la chose, c'est-à-dire les veines qui vont des 
intestins au foie -. 

1 On trouve bien dans le commentaire les détails anatomiques suivants : 

d^aa vba ootoïi nitntti ootts •pt'aft b^nb -mon isstt 

Mais le commentateur n'attache pas d'importance à ces détails et ce n'est pas à ce 
propos qu'il cite le De urinis. 

* Cicéron dit dans le De nattira deorum, II, 55 : « Succus quo alimur permanat ad 
jecur, per quasdam a medio intestino ad portam jecoris ductas vias » ; et Hyrtl [0 no- 
mat ologia anatomica, p. 327) dit à ce sujet que Cicéron entend par là les veines 
mésaraïques. 

T. VIII, n° 15. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je vais montrer combien l'emploi de ce mot était fréquent. Dans 
le traité — le principal ouvrage anatomique du moyen âge — 
De commanïbus medico cognitu necessariis locis, attribué à tort 
à Constantin l'Africain et rangé sous un autre titre parmi les 
œuvres d'Isaac Israéli, on lit (liv. III, en. xxvi) : « Ab intestinis 
quoque procurrunt ad epar, et lise vocantur meseraicae, per quas 
succus cibi ad epar tendit ab intestinis. » Dans le Golliget d'Averroës 
(Venise, 1560, f° 70 a), liv.IV,ch. xlv :« In mesaraicis venientibus 
ab hepate ad intestina», passage rendu comme suit par l'auteur 
anonyme de la traduction hébraïque de ce recueil (ms. Munich 29, 
f° 106 &) : iridn ba ^Kïi yn ir^ton û^a^a. 

Le scholastique Guillaume de Gonches 1 , dit : « Per venas, quas 
dicunt mesaraicas, quod subtile est et purum, remittit ad hepar. » 
C'est ainsi que s'exprime également un anatomiste du commen- 
cement du xiv e siècle 2 : « Inter membra nutritif a principalius 
est epar, et ei deserviunt stomachus cibos digerens et venae 
mesarayeaa, id est, médiatrices, déportantes succos vitales 
ptisanarias a stomacho ad epar ». Ce mot a passé dans les écrits 
hébraïques. Dans le Nitttaïi 'o. 3 , attribué faussement à Maïmonide, 
nous lisons : ï"a>b:a p'nia» m&osnïi ■nbDia dmx dwip d^pbritt ibav 

Un autre passage du commentaire du Se fer Yeçira peut encore 
faire penser à un ouvrage d'Israéli, c'est la fin du ch. m, où 
l'auteur parle des Éléments et termine ainsi son développement : 
i-ïba ipbn d^rna» ^n m nsd?a ûiptett ttt nbntn nt V 3 ^ i^aai -dsi 
^snnna *pj>b mans rm.dNb» nvtn la^nïri n:sp)ab dn^piï nr-no-^ 
nirp^ab dn^ptt. Mais il n'est pas possible d'affirmer que ce pas- 
sage fasse allusion au livre d'Isaac sur les Éléments, car il ne con- 
tient rien d'assez caractéristique pour nous permettre de déclarer 
avec certitude qu'il s'agit bien de cet ouvrage. Du reste, il est 
parfaitement permis de supposer qu'un autre' auteur et même un 
disciple d'Israéli a composé également un ouvrage sur un sujet 
aussi attrayant que les Éléments. 

Et, sans aller plus loin, il nous paraît assez difficile d'attribuer 
à Isaac Israéli un commentaire dans lequel il est cité avec le 
titre de maître ; à moins de supposer que ce commentaire, com- 
posé par Israéli, ait été refait par un de ses disciples, hypothèse 
qui ne s'appuyerait sur rien. On trouvera peut-être un jour un 
des ouvrages que l'auteur inconnu de ce commentaire cite comme 

1 Voir Migne, Patrologia latina, vol. CLXXX, p. 698. 

2 Voir J. Florian, Anatomie des Magister Richardus, p. 19. 

3 Voir n^} «p, éd. Polak, p. ix. 



NOTES ET MÉLANGES 131 

étant de lui. Mais on peut prédire, dès maintenant, qu'aucun de 
ces ouvrages ne sera signé du nom d'Isaac Israéli. Cet auteur est 
célèbre, et nous ne pouvons pas admettre que plusieurs de ses 
écrits aient été perdus et qu'on en ait oublié jusqu'aux titres. La 
plus ancienne mention que je connaisse de ce commentaire, dans 
la littérature, est celle qui en est faite par le commentaire ma- 
nuscrit de Yehuda b. Barzilaï, sur le livre Yeçira. Malheureu- 
sement, Yehuda ne cite pas de nom d'auteur, il dit seulement : 
nï nso iimau) trunsm *jtt irtN, « un des commentaires qui ont 
commenté ce livre ». L'extrait assez connu de notre commentaire 
qu'il cite, est le passage suivant, expliqué par Munk : imnn *n3"i 
lanaba naon tnp^Ti ùiimarû ^nnniD "-kon naos "piN *m fîrbf. Is- 
raéli est bien mentionné dans les ouvrages postérieurs comme au- 
teur du commentaire sur le livre Yeçira, mais cela n 1 est pas un 
argument valable, car les manuscrits ont pu commencer de bonne 
heure à se tromper sur le nom du véritable auteur de cet ou- 
vrage. — Quoi qu'il en soit, je n'ai cherché qu'à montrer dans 
cette question importante que l'argument de M. Steinschneider 
était un argument tout à fait spécieux et qu'il ne prouvait abso- 
lument rien en faveur de la paternité d'Isaac Israéli. 

Puissent ces quelques observations suggérer à un savant 
l'envie d'étudier de nouveau, avec rigueur, cette question lit- 
téraire. 

David Kaufmann. 

Budapest, 12 novembre 1883. 



LES CERCLES INTELLECTUELS DE BATALYOTJSI 



M. H. Derenbourg a bien voulu s'occuper, dans un article de la 
Revue 1 , de mon ouvrage sur Al-Batalyoûsi, et je suis heureux 
qu'un arabisant aussi distingué que lui ait cherché à fixer une 
fois pour toutes la date de la mort de ce philosophe. Je n'ai, sur 
cette question, aucune opinion personnelle ; en indiquant, pour 
cette date, l'année 421 de l'hégire, j'ai uniquement suivi (voir mes 
Spuren, p. 10, note 3), Steinschneider et Socin, chez lesquels on 

» Tome VII, p. 276, 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trouvera tout ce qu'on savait, à l'époque où ils écrivaient, sur 
cette matière. Ne voulant point entreprendre de recherche nou- 
velle concernant la question de savoir si notre philosophe était 
mort en 421 ou en 521 de l'hégire, je m'en suis rapporté d'autant 
plus volontiers à Steinschneider, que cet écrivain d'une critique si 
sûre a plusieurs fois insisté pour faire adopter la date de 421 K 
Cette question n'a, du reste, aucune importance pour mon travail. 
Que Batalyoûsi fût mort au xi e ou au xir 3 siècle, j'ai pensé qu'il 
n'était pas sans intérêt de rechercher si la question des cercles 
intellectuels était connue ou non des philosophes juifs du xi° 
siècle et je suis arrivé à un résultat négatif. Même pour Ibn Ga- 
birol, chez lequel il semble qu'on trouve des analogies avec Batal- 
yoûsi, j'ai formellement repoussé (page 27) l'idée qu'il ait puisé 
chez Batalyoûsi et supposé qu'ils pouvaient avoir utilisé tous deux 
les mêmes écrits néo-platoniciens. Je n'ai donc jamais « accusé 
Ibn Gabirol d'avoir copié Al-Batalyoûsi. » 

Je puis donc assister tranquillement au débat sur la date de la 
mort de Batalyoûsi et j'accepte avec reconnaissance le renseigne- 
ment que M. Derenbourg tire de l'ouvrage d'Ibn Baschkoual qui a 
été récemment publié et qui confirme que Batalyoûsi serait mort 
en 521. Mais je ne saurais admettre avec M. Derenbourg qu'Al- 
Gazzâli, loin d'avoir copié Batalyoûsi, ait été, au contraire, l'in- 
venteur des cercles intellectuels. M. D., en soutenant cette thèse, 
s'autorise de cette circonstance que l'ouvrage des Cercles intel- 
lectuels a même été attribué à Gazzâli 2 , mais je ne connais que 
Gavison qui ait fait cette attribution, comme je l'ai indiqué dans 
mes Spuren 3 , et qu'est-ce que cela prouve? Il y a aussi toute une 
série d'auteurs juifs qui attribuent la Balance des pensées de Gaz- 
zâli à Ibn Roschd 4 . Gazzâli et Batalyoûsi ont été contemporains, 
et si l'on veut savoir lequel des deux a copié l'autre, il faut consi- 
dérer le caractère de ces deux écrivains. En théologie, Gazzâli est 
un écrivain original ; en philosophie, c'est un plagiaire. Son ad- 
versaire Ibn Roschd a dit de lui que toute sa science est em- 
pruntée à Ibn Sina 5 , et nous savons spécialement que dans sa 
Balance des pensées il a largement usé des Frères de la pa- 

1 Dams sa Pseudepigraphische Literalur, index; s. v. Bataliusi : « xi e siècle; 
-chez Ifea Challikan, faussement xn e siècle » ; dans son catal. des mss. hébr. de 
Munich, p. 67, n e 2 : « Mourut 421 de l'hégire (1030), non 521, comme prétendent 
la plupart des sources. » 

* Je n'ai pas trouvé dans YAlfarabi de M. Steinschneider, p. 115, le passage sur 
lequel s'appuie M» D., Revue, p. 278, note 5. 

3 Page 9, note 4. 

4 Steinschneider, ibid. 

5 Simon Duran, Qfcchet ou-magen, f° 23 b. 



xNOTES ET iMELANGES 133 

reté. M. D. pense que Batalyoûsi était un écrivain inconnu, et que 
son livre, « perdu dans l'oubli », était indigne d'être copié par 
un auteur comme Al-Gazzâli. J'ai au contraire montré qu'Ibn 
Sabîn encore, l'orgueilleux correspondant de Frédéric II, n'a pas 
dédaigné de s'approprier tout un morceau des Cercles intellec- 
tuels de notre auteur ». M. D. signale, il est vrai, le manuscrit 
d'un ouvrage de Gazzâli écrit de la main de Batalyoûsi 2 ; d'où on 
conclurait que Batalyoûsi, ayant copié matériellement un ouvrage 
de Gazzâli, l'aurait utilisé en même temps pour ses Cercles intel- 
lectuels, mais cet ouvrage copié par Batalyoûsi est, non la Ba- 
lance des pensées, mais la Balance des actions, qui n'a rien de 
commun avec les Cercles intellectuels. 

Il faut, en outre, remarquer que l'ouvrage tout entier de Bata- 
lyoûsi est consacré aux cercles intellectuels et que ceux-ci ne for- 
ment, au contraire, qu'un mince détail dans l'ouvrage de Gazzâli. 
L'hypothèse que la notion des cercles intellectuels soit empruntée 
par Gazzâli à Batalyoûsi est donc bien plus probable que l'hypo- 
thèse contraire. M. D. semble douter, en général, que Batalyoûsi 
ait jamais rendu quelque service à la science philosophique, et 
il suit, en ceci, les bibliographes arabes, qui ignorent même les 
Cercles intellectuels, mais on a pu voir au congrès de Leyde qu'il 
n'en est pas ainsi. Landberg, dans son Catalogue des mss. arabes 
à el-Medîna, indique, sous le n° 566 (p. 159), un livre philoso- 
phique de notre auteur qui est maintenant, avec toute cette col- 
lection d'El Médina, à la bibliothèque de l'Université de Leyde. 
Avec cet ouvrage, que ce soit ou non les Cercles intellectuels, on 
pourra poursuivre avec plus de précision que je ne l'ai fait les 
traces de l'influence de Batalyoûsi sur les philosophes juifs du 
moyen âge. Qu'il me soit seulement permis de dire dès à présent 
que, depuis la publication de mes Spuren, j'ai découvert, entre 
autres sources, dans le Commentaire du Pentateuque de Bahya b. 
Ascher, sur Genèse, II, 7, tout un morceau emprunté à mes textes 
de Batalyoûsi (p. 54) et que l'on peut rectifier dans Bahya au 
moyen de ce texte. 

M. D. me paraît très injuste pour Moïse Ibn Tibbon (p. 279 de 
son article). Cet écrivain a rendu accessibles aux Juifs les ou- 
vrages les plus importants de la science profane, il a traduit avec 
un talent remarquable des ouvrages de philosophie, d'astronomie, 
de mathématiques, de médecine. Ses travaux ont droit à tous nos 
respects. 

1 Voir mes Spuren, p. 8, note 1. 

2 Revue, p. 278, noie 6. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un mot encore, pour finir. J'ai écrit Batlayoûsi au lieu de Bata- 
lvoùsi, qui est la vraie leçon, uniquement pour me conformera 
la prononciation qui a été adoptée par les littérateurs juifs. 

David Kaufmann. 



LOCALITÉS ILLUSTRÉES PAR LE MARTYRE DES JUIFS 

EN 1096 ET 1349. 



M. Neubauer a publié dans cette Revue ! des extraits du Memor- 
buch de Mayence qui renferment des renseignements si abondants 
sur riiistoire des persécutions des Juifs au moyen âge. M. Jellinek 
avait imprimé avant lui, en 1881, sous le titre de Contros Ha-me- 
konen plusieurs de ces mémoriaux, sans toutefois identifier les 
noms des localités qui ont été le théâtre de ces tristes événe- 
ments. C'est cette lacune que nous allons essayer de combler ici. 

Sur 279 noms que contient la première liste, il n'y en a que 
8 qui résistent présentement à toute identification. Dans la 
seconde partie, sur 81, il en reste -9 qui me paraissent indéchif- 
frables, bien qu'ils doivent appartenir à la Franconie. Je laisse en 
hébreu ces noms obscurs, de même que je mets entre parenthèses, 
en hébreu, ceux dont l'identification n'est pas absolument sûre. 

La première partie, qui occupe les pages 5 à 9 du Contros se 
rapporte à la grande persécution de 1349; la seconde, qui est 
extraite d'un manuscrit appartenant à M. Charleville, rabbin de 
Versailles, à celle de 1096. 

1549. 

Basse-Alsace. — Strasbourg, Thann, Rouflach, Haguenau, Wis- 
sembourg, Saverne. 

Palatinat. — Spire, Saint- Wendel (•pas'mb), Germersheim, Rhein- 
zabern, Kaiserslautern, Neucastel (ou Bliescastel), Kusel, Landau, 
Neustadt-sur-le-Haardt, Wachenheim, Durkheim, Deidesheim. Sins- 
beim, Wiesloch ("pbsaWl)» Eppingen, Bruchsal. 

Palatinat rhénan. — Worms, Alt-Leiningen (entre Durkheim et 

1 Voyez tome IV, page 1. 



NOTES ET MELANGES 135 

Grùnstadt, •pwib), Heppenheim, Bensheim, Laudenburg, Alzei, 
Odernheim, Heidelberg, Weinheim, Schriesheim, Eberbach, Erbach, 
Mosbach. 

Archevêché de Mayence. — Mayence, Oppenheira, Bingen, Creuz- 
naeh, Sobernheim, "jnï-ip"»^ (peut-être -nap^vi, Rhingacw = Rheingau, 
nom de toute la province), Ellfeld (actuellement Eltville dans le 
Rheingau). 

Frànconie. — Francfort-sur-le-Main, Hanau, Babenhausen, 
Steinheim, Ofïenbach Cma fînaO, Seligenstadt, Dieburg, Obernburg 
(Jtrn JCPS)î Miltenberg, Amorbach, Buchen, Walldurn, Kulsheim, 
Tauber-Bischofsheim,Butthard (frtt'iTn ?), Lauda Opab), Mergentheim, 
Wurzbourg, Kitzingen, Iphofen, Schweinfurt, Hassfurt, Kœnigsberg, 
Ebern, Bamberg, Meiningen, Gobourg, Hildburgliausen, Nuremberg, 
Neustadt (entre Nuremberg et Iphofen), Windsheim (d^ïittWi), 
Neumarkt, Hersbruck, Rothenbourg (Franconie moyenne), Anspach, 
Gunzenhausen. 

Souabe. — Ulm, Dillingen, Bopfingen, Ehingen, Graisbach, Rain, 
Ulbach (^pbtoiN), Harburg (entre Donauwœrth et Nœrdlingen, — "part 
:mn), Memmingen, Gundelfingen, Riedlingen ("ja^b^rtf), Ellwangen 
('jWNb'ny, il est impossible de penser à Erlangen, car cette ville se 
trouve dans une autre région que les suivantes), Krailsheim 
(d^TOloip), Wasser-Trudingen ftNWbTTnp), Dinkelsbùhl, Hall, Heil- 
bronn, Œhringen. — Wurtemberg. 

Bavière. — Augsbourg, Inspruck, Landshut, Mùhldorf, Wasser- 
burg, Laufen, Rattenberg (dans le Tyrol, jn^niûin&n ; Ravensberg, 
que donnerait le mot hébreu, se trouve en Souabe), Burghausen. 

Passau ("pois), Straubing, Hallein, Salzbourg. 

Autriche. — Krems. 

Province de Garniole, dlïrn (peut-être Saint-Poelten, qui, il est 
vrai, ne se trouve pas dans la Garniole), ybî. 

Linz, "pTOtfb, NpUJiD (Pozzen = Bozzen, dans le Tyrol ?). 

Possessions impériales de la Provence, de la Bourgogne et de la 
Souabe. 

Suisse. — Bregenz (nxtj^^^). 

Ueberlingen (où, en 1332, furent brûlés près de 300 Juifs inculpés 
de meurtre rituel), Constance, Stein, Feldkirch (^dTpbjn), Diessen- 
hofen, Zurich, Schaffouse, Baie. 

Alsace. — Guebviller ou Dettwiller ( "lyb^viasO j Ensisheim 
(d^rw), Kaisersberg, Brisach, Sennheim (Gernay), Rosheim, sur 
la Magel. 

Silésie. — Breslau, Neisse, Schweidnitz. 

Saxe. —Hall, Eisenberg (à deux milles de Iéna). Erfurt, Arnstein, 
Allstedt (nsitba), Weimar hiN^n), Weissensée, nd"i^ (Sœmmerda ?), 
Eisenach, Gotha (aotttj), Tacha (^nt) sur la Werra. 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IIartz.— Nordhausen, Stolberg, Elrich,Frankenhausen, du^^vj, 
Wallhausen Ojmr-ibfrmp). 

Brunswick. — Mlïhlhausen, Eschwege, Hersfeld, Heiligenstadt, 
Hildesheim. 

IIksse. — Fulda, Gelnhausen, Wezlar, Friedberg, Soden, Giessen, 
Steinheim (une ville de ce nom se trouve sur le Main, une autre 

près de Salmùnster). 

Souabe. — Esslingen, Reutlingen, Beilstein (Nb"m, près de Heil- 
bronn, ou Biïhl dans le duché de Bade), Pforzheim, Vaihingen, 
Gaislingen, ^nnain (Herrenberg?), Ettlingen, Durlach, Goeppingen. 

Hesse. — Marbourg, Hombourg, Rauschenburg (jmab^by'n), R.o- 
denberg. 

Electorat de Trêves (Basse-Moselle). — Coblence, Lahnstein, 
Braubach, Boppard, Ober-Wesel, Kaub, Bacharach, Limbourg, Mon- 
tabaur, Diez, Andernach, Mayen, Munster = Maifeld, Alken, Garden, 
Muden, Gochem, Beilstein 2 . 

Electorat de Trêves {Haute-Moselle). — Trêves, Berncastel, Trar- 
bach, Wittlich, Woermeldingen (dans le Luxembourg ou Wintringen 
près de Remich, i&w^bwn), Echternacb, Luxembourg. 

Hollande. — Brabant, Antdorf (ancien nom d'Anvers), Mecheln, 
Bruxelles, Xanten. 

Westphalie. — Stift Munster, Ochtrup, Borken, Gambray (aupa- 
ravant Gameracli ou Gamerik, T*i£5p), Warendorf, Herford, Bielefeld, 
Detmold, Schuttorf OpfiW^iD), Bentbeim. 

Dortmund, Osnabruck, Soest, Buren. 

Saxe. — Meissen, att^D, kïVw, Guben. 

Bohème. — Prague. 

Electorat de Cologne. — Cologne, Bonn, Lechenich, Ahrweiler, 
Sinzig, Remagen, Kerpen, Dùren, Birgel (b^P"D), Linnich, Alden- 
hoven, Jùlich Oj&WPN?'), Euskirchen, Holzweiler, Gladbach, Erke- 
lenz, Dulken, Kempen, Uerdingen, Neuss, Heimbach (^n^ïi), Moers, 
Monheim, Stommeln, Grevenbroich, Dormagen, Rheinberg, Nim- 
wegen, Berchem 3 , Arnheim, Zutphen, Zwolle, Mecheln 4 , Deventer, 
Kempen (près de Heinsberg), Munster = Eifel, Gerolsteim, Alten- 
ahr, Siegburg, Blankenburg, Hachenburg, Rodenburg Om^ta&n), 
Deutz. 

Brandebourg. — Berlin, Stendal, Angermunde, Osterburg (entre 
Selhausen et Stendal), Spandau. 

1 L'énumération des petites villes situées près de Trêves et de Cologne montre que 
cette liste a été faite à Deutz, par un Juif des provinces rhénanes. 

2 Brisch, G-esckichte der Juden in Coeln, lit Rcedingen. 

3 Brisch lit Bùderich. 

* Le Mecheln de plus haut est-il la province et celui-ci la ville? 



NOTES ET MELANGES 137 



1096 '. 



Roettingen, Neustadt sur la Saal, Einersheim (ûî-jttwp^), Winds- 
heim, Ochsenfurt, Kœnigshofen, Lauda, 'paibina, Mosbach, Ipho- 
fen, Hoechstadt, Hassfurt, Schweinfurt, Ikelsheim, Forchheim 
(ûrtaTn), Ebermannstedt, Ornbau ta^nN), Ellwangen, Dinkelsbùhl 
(hrtiwhpyi), ŒLtingea,Wasser-Trudingen, Hohen-Trudingen, Unter- 
Windsbach, Gunzenhausen, Bischofsheim, Karlstadt, Meiningen, Um- 
merstadt (aattJS'nb'ifiO, Wertheim, Weissenburg, Berching, K55p3t3^&, 
ÏB^ûWW, Lauingen Cjjj^jnb), bîWltti Neumarkt, iïûSJi Weikers- 
heim, Uffenheim, BiTrWiûttYl, Zeuln, Npb"n, Greiz ('p'vpY-ia), Kro- 
nach (fiOlp) , Lichtenfels (u5b"iMDï"jb) , Burg - Kunstadt , Gallhofen 
(yrtiiafcbfiro), Aub Oma), p^Ëffwn'j Scheinfeld, Nœrdlingen, Bibart 
(entre Iphofen et Neustadt), crottin (Neustadt?), Heideck, Amberg, 
Hollfeld, Hersbruck, Waldenberg (ou Waldenfels), Sondheim, Wolffs- 
berg (dans Févêché de Bamberg ppuîsbTi), Rottenbourg, Altdorf, 
Ingelfingen, Œhringen, Nbiaup^N (Eichstaedt ?), Wurzbourg, Nu- 
remberg, Rothenbourg (sur la frontière bavaro-wurtembourgeoise), 
Bamberg, Butthard (pTm), Kunzelsau, Schleusingen, Melrichstadt, 
au^itt, Heidingsfeld, Gross-Rinderfeld (p^n^D^i), Vohburg, Géra 
(acn:0, Weissensée, Gobourg (anfcbip), Gotha. 

Leyin. 

Coblence, 1883. 



INSCRIPTION JUIVE DU MUSÉE DE SAINT- GERMAIN 



Le musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye 
possède une pierre tombale juive, trouvée entre la ville de Mantes 
et la commune de Limay (qui n'est séparée de cette ville que par 
un pont sur la Seine), dans un terrain de remblais au bord de 
l'eau. Cette pierre a la forme d'un trapèze de 50 à 60 centim. en 
hauteur, sur 43 de largeur, elle est brisée à gauche. 

Lorsqu'on l'a trouvée couverte de terre, une ligne au milieu était 
seule visible d'abord, et le premier archéologue qui l'a vue s'est 

1 Fragment d'un mémorial originaire d'une ville de Fraconie (Wurzbourg?). 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cru en présence d'une inscription celtique. Elle se compose des 
trois lignes suivantes : 

Ceci est le monument funèbre [nalSMa nNT 
de Belnie... > i-ja^bn 

Dans la première ligne, il est aisé de recomposer les deux der- 
nières lettres à gauche, restituées ici entre [ ]; malheureusement, 
il est impossible de rien conjecturer pour la fin de la deuxième 
ligne. La troisième ligne comprend un seul mot, sans lacune. 

Tout l'intérêt de cette petite inscription réside dans le nom 
propre qu'elle contient. C'est un complément minime à l'onomas- 
tique des Juifs de France. 

Le dernier mot est dh]btt>, Paix, ou un reste du mot îi»bra, Sa- 
lomon (fille de Salomon). . 

La pierre en question ne porte malheureusement pas de date ; 
mais comme une pierre similaire a été trouvée dans le même ter- 
ritoire » avec la date de 1341, on peut attribuer celle de Saint- 
Germain à peu près à la même époque. Peut-être même faut-il 
remonter de plusieurs siècles plus avant. 

Moïse Schwab. 



LES JUIFS DANS L'OPINION CHRÉTIENNE AUX XVII e 
ET XYIIP SIÈCLES ! PEUCHET ET DIDEROT 



I 



Dans ses curieux Mémoires tirés de la police (tome I er , 
page 145), Peuchet 2 parle d'un événement qui inquiéta Paris 

1 Publiée par M. de Longpérier, Journal des Savants, 1874, pp. 671-2, qui a rec- 
tifié ce que ses prédécesseurs, Ar. Cassan et P. de Guilhermy, avaient écrit d'erroné 
à ce sujet. 

1 Jacques Peuchet (1758-1830) fut archiviste de la préfecture de police pendant la 
Restauration. Parmi ses nombreux ouvrages les Mémoires en 6 volumes, que je cite, 
sont le plus intéressant; it reads like romance. Quoique Peuchet ait travailllé d'après 
des pièces authentiques, son goût pour le romanesque et l'extraordinaire doit mettre 
en garde le lecteur. (Mon attention a été attirée sur le premier passage relatif aux 



NOTES ET MELANGES 439 

dans la seconde moitié du xvn* siècle, quelques années après la 
nomination de La Reynie au poste de lieutenant général de la 
police (1667). « Depuis environ quatre mois, vingt-six jeunes gens 
manquaient à leurs familles, inconsolables d'une telle perte. Des 
bruits mystérieux et contradictoires circulaient... (Quelques-uns) 
affirmaient que les juifs crucifiaient de temps à autre les chré- 
tiens, en haine du Dieu crucifié. Cette folle opinion ne prévalut 
heureusement pas. » Bientôt, en effet, la police réussit à mettre la 
main sur les auteurs de ces meurtres : c'était une bande de mal- 
faiteurs qui se servait d'une femme comme appât pour attirer 
les jouvenceaux de Paris dans un guet-apens d'où pas un ne 
revenait. 

Ce court passage de Peuchet doit donner à réfléchir. On y 
voit d'abord la persistance avec laquelle l'odieuse accusation du 
sang rituel s'est maintenue, même dans notre pays et en plein 
xvii siècle ; ensuite, il semble bien en résulter qu'à cette date 
(vers 1670), malgré l'interdiction générale de séjour renouvelée 
en termes sévères par Louis XIII, il y avait* encore quelques 
familles juives isolées à Paris. Quoique le même fait ressorte 
de plusieurs Mazarinades sur lesquelles M. le baron J. de Roth- 
schild se proposait de faire- une étude, je crois qu'il convient 
de réserver encore son opinion jusqu'à plus ample preuve ; il 
se peut, en effet, que la clameur publique ait attribué les enlè- 
vements de 1670 à des Juifs de Metz, envoyés clandestinement 
à Paris par leurs coreligionnaires. Précisément en cette année 
1670 on trouve un arrêt de parlement de Metz condamnant un 
Juif à être brûlé « pour avoir égorgé un enfant du village de 
Glatigny 1 ». 

Je ne quitterai pas les Mémoires de Peuchet sans y signaler un 
autre fait curieux appartenant au siècle suivant et qui touche 
incidemment aux Juifs. En 1750 on constatait à Paris de nom- 
breuses disparitions, non plus déjeunes gens, mais d'enfants; 
la rumeur publique accusa le roi d'être l'auteur de ces enlève- 
ments, le roi qui, pour rétablir sa santé minée par ses excès, 

Juifs par une note de M. Paul Lacombe dans l'Intermédiaire des chercheurs et des cu- 
rieux, n° du 10 octobre 1883.) 

1 C'est la célèbre affaire de Raphaël Lévy (de Boulay) et consorts, sur laquelle on 
peut consulter Abrégé du procès fait aux Juifs de Metz. Paris, 1670 ; Richard Simon, 
Factum servant de réponse au livre intitulé : Abrégé du Proeez fait aux Juifs de 
Metz, s. d. ; Calmet, Histoire de Lorraine (1728), III, p. 753; Richard Simon, Lettres 
choisies, II, 8; Béguin, in Revue Orientale, II, 454; Archives israélitcs, 1841, 
p. 371, etc., 1842, p. 14, etc.; et, en outre, les ouvrages courants de Eisenmenger 
(II, 224), Grégoire (III, 5), Halphen (p. 172), Cassel (p. 113), Bédarrides (p. 374f et 
Graetz (X, p. 271). On sait que Raphaël Lévy fut réhabilité Tannée suivante — après 
son supplice. 



1 K) REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'était fait, disait-on, prescrire par ses médecins des bains de sang 
humain. Les esprits étaient tellement montés que Louis XV n'o- 
sait plus traverser la capitale pour se rendre de Versailles à 
Compiègne : il fallut construire rapidement pour son usage un 
chemin qui faisait le tour des murailles et qui porte encore au- 
jourd'hui le nom significatif de Route de la Révolte. Cependant, 
cette fois encore, l'opinion s'était égarée : le roi était innocent et 
l'on finit par découvrir le vrai coupable : il n'était autre que le 
trop fameux comte de Charolais, cette espèce de brute à figure 
humaine qui s'amusait à tirer les couvreurs sur les toits et à qui 
Louis XV, un jour qu'il venait encore de lui faire grâce, adressa 
ces paroles terribles : « La grâce de celui qui vous tuera est signée 
d'avance. » 

Le comte de Charolais était parent du roi * ; on ne pouvait le 
poursuivre judiciairement, le scandale eût été trop grand; mais 
le roi lui imposa la suprême humiliation d'écrire une confession 
détaillée de son crime. Peuchet en a retrouvé aux archives de la 
préfecture de police une copie dont il suspecte, il est vrai, l'au- 
thenticité. Le comte de Charolais y déclare avoir eu l'idée de son 
monstrueux remède depuis qu'il avait appris et constaté l'heureux 
effet qu'en avait éprouvé un certain prince russe Trespatky. Le 
Trespatky le tenait lui-même d'un médecin oriental nommé Aben- 
hakib, sorte de « Mongol quart païen, quart suisse (sic), quart 
chrétien, quart musulman 2 ». Quiconque a l'habitude des textes 
du xviu e siècle reconnaîtra aussitôt dans le mot suisse une faute 
de lecture commise par Peuchet pour juif. On le voit : sous 
Louis XV, comme sous Louis XIV, dès qu'il est question de 
meurtre d'enfants ou déjeunes gens, on peut être sûr que le juif 
n'est pas loin — dans l'imagination du peuple ou des grands sei- 
gneurs. 



II 



La philosophie des encyclopédistes eut, entre autres bons résul- 
tats, celui de dissiper ces superstitions d'un autre âge, non pas en 
les combattant directement, mais en habituant peu à peu les 
esprits à une critique plus saine et plus réfléchie. Toutefois on 



1 Charles de Bourbon, comte de Charolais (1700-1760), était fils de Louis III, 
prince de Condé. 

2 Peuchet, Mémoires, II, p. 159. Le nom d'Abenhakib pourrait être une altération 
du nom d'Aben Habib, assez répandu chez les Juifs orientaux originaires d'Espagne. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

sait que les philosophes groupés autour de Voltaire ne portent 
pas, en général, les Juifs dans leur cœur et ne sont guère mieux 
renseignés sur leur compte que les écrivains catholiques qu'ils 
combattent : on peut s'en convaincre en lisant l'article Juifs (phi- 
losophie des) dans Y Encyclopédie, article intéressant et vivement 
écrit, mais compilé de troisième main et d'où de nombreuses 
erreurs ont passé dans les dictionnaires historiques de notre 
époque *. 

Diderot, qui est l'auteur de cet article, s'est occupé à diverses 
reprises des Juifs dans ses ouvrages. Dans son Voyage en Hol- 
lande il a consacré à ceux d'Amsterdam une notice piquante, 
trop longue pour être reproduite ici, et d'ailleurs d'une observa- 
tion un peu superficielle 2 . 

Deux anecdotes juives, rapportées dans la merveilleuse satire Le 
neveu de Rameau, méritent encore une mention particulière. La 
première est l'histoire du « renégat d'Avignon 3 ». Ce renégat, dont 
l'interlocuteur cynique de Diderot, Rameau le fou, fait un éloge 
lyrique, et qu'il place entre Bouret et Palissot dans la grande 
trinité des héros de la scélératesse de la « mastication », ce re- 
négat s'était introduit dans la confiance d'un opulent juif d'Avi- 
gnon qui l'admettait, sans penser à mal, sous son toit et à son 
couvert. Un jour, le drôle arrive tout défait chez son amphi- 
tryon et lui dit : « Tout est perdu. L'inquisition est à nos trousses ; 
on nous a dénoncés vous comme Juif, moi comme renégat ; il 
faut fuir ».Le Juif le croit et se dépêche de charger tout son bien 
dans un vaisseau en partance sur le Rhône. Pendant la nuit qui 
précède son départ « le renégat se lève, dépouille le Juif de son 
portefeuille, de sa bourse et de ses bijoux, se rend à bord et le 
voilà parti ». Enfin, pour que le tour soit complet, il dénonce lui- 
même le Juif au Saint Office « qui en fit, quelques jours après, un 
beau feu de joie ». 

Il est singulier qu'aucun des éditeurs du Neveu de Rameau, pas 

1 Par exemple l'attribution à Akiba (appelé invariablement Atriba) et à Siméon 
b. Jochaï des principaux écrits de la Cabbale, la mort d'ibn Ezra à « Rhodes » (au 
lieu de Rodez), les relations de Maïmonide avec Averroès, etc. : toutes ces erreurs se 
retrouvent dans nos dictionnaires classiques, jusque dans la dernière édition du Dezo- 
bry, par exemple. 

2 Œuvres de Diderot, éd. Assézat, tome XVII, p. 431-433. Diderot a surtout été 
frappé de la confusion de 1' « office » dans les synagogues et de la mauvaise tenue 
qu'y observent les fidèles. Il distingue les Juifs en « rasés » et « barbus ». « Les 
juifs rasés sont riches et passent pour d'honnêtes gens; il faut se tenir sur ses 
gardes avec les barbus, qui ne sont pas infiniment scrupuleux. Il y en a de très ins- 
truits. » 

3 Œuvres de Diderot, éd. Assézat, V, p. 454 (dans l'éd. Isambert du Neveu de Ra- 
meau, p. 190). 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

même les plus récents et les mieux informés, Assézat et M. Gus- 
tave Isambert, n'ait signalé l'invraisemblance, ou pour mieux dire, 
l'impossibilité de tout ce récit. Jamais, à aucune époque, il n'a été 
défendu aux juifs d'Avignon et du Gomtat de pratiquer la religion 
israélite, et si là, comme partout ailleurs, l'Inquisition a pour- 
suivi les apostats, les relaps, les juifs blasphémateurs et séduc- 
teurs, nulle part elle n'a été aussi paterne dans ses procédures 
et aussi accommodante dans ses jugements. On a pu en voir la 
preuve dans les documents publiés ici même par MM. Perugini 
et Bertolotti l ; sans remonter aux sources, Diderot aurait pu 
se renseigner auprès de son collaborateur l'abbé Bergier qui, 
dans son Dictionnaire de théologie, extrait de Y Encyclopédie, 
dit formellement qu'on ne connaît aucun exemple d'exécution 
capitale par l'Inquisition à Rome (et dans les états pontificaux en 
général) *. Si donc une tragédie du genre de celle que raconte 
Diderot a pu se passer à Avignon, ce n'est certainement pas au 
xvm e siècle, comme semble l'indiquer le récit de Rameau, ni 
même dans les temps modernes ; c'est tout au plus au xm e siècle, 
à l'époque de la première inquisition, celle d'Innocent III, et de 
ses terribles émissaires, les dominicains du Languedoc; encore 
n'en ai-je pu découvrir aucune trace dans les auteurs. En défi- 
nitive, je crois, avec mon savant ami M. Isidore Loeb, qu'il ne 
faut voir dans toute cette anecdote qu'une légende, peut-être ori- 
ginaire d'Espagne, et courant parmi les Juifs d'Avignon ou de 
Hollande, où Diderot aura pu la recueillir. 

Cette dernière hypothèse ne doit pas être écartée par le motif 
que le Neveu de Rameau a été composé avant le voyage de Di- 
derot en Hollande. Nous savons, en effet, qu'écrit en 1763, ce dia- 
logue a été retouché et augmenté en plusieurs endroits dix ans 
plus tard, précisément au moment du voyage en question (1773- 
1774), et c'est cette dernière rédaction que nous possédons. Di- 
derot a intercalé, à cette occasion, dans le Neveu de Rameau 
une seconde anecdote où le principal rôle est encore tenu par un 



1 Revue des études juives, II, p. 278; III, p. 94. Comparez, VI, p. 314. 

2 Article Inquisition, tome IV, p. 341. Je recommande la lecture de cet article à 
toutes les personnes curieuses de voir comment un esprit aussi modéré que Pabbé 
Bergier, en plein xvin 8 siècle, sacrifiait encore en théorie aux préjugés sanguinaires 
de l'intolérance religieuse. « C'est une absurdité, dit-il, de la part des ennemis de 
l'Inquisition d'appeler ses exécutions des sacrifices de sang humain; on pourrait dire 
la même chose de tous les supplices infligés pour des crimes qui intéressent la reli- 
gion. Ces graves auteurs persuaderont-ils aux nations chrétiennes que l'on ne doit 
punir de mort aucune de ces sortes de forfaits ? » C'est précisément le mérite de « ces 
graves auteurs • d'avoir rendu une fois pour toutes impossibles les « lois de sacri- 
lège », dès qu'elles dépassent la portée de simples lois de police. 



NOTES ET MELANGES 143 

Juif 1 . Nous n'en dirons que deux mots, l'histoire étant d'un carac- 
tère trop licencieux pour prendre place dans cette Revue. Qu'on 
sache simplement qu'il s'agit d'un Juif, grand amateur de mu- 
sique, « qui savait sa loi et qui l'observait roide comme une barre, 
quelquefois avec l'ami, toujours a^ec l'étranger ». Ce Juif rigide 
se laissa un beau jour entraîner à signer une lettre de change 
dont il avait reçu la valeur en marchandise... vivante. A l'é- 
chéance, il refusa de payer, certain que le porteur, qui n'était 
autre que le mari complaisant, n'oserait pas faire connaître la 
cause infâme du billet ; mais il avait compté sans le phlegme 
hollandais : le créancier déclara la chose comme elle était, et le 
juge rendit une sentence digne de Salomon : tous les deux furent 
censurés, le Juif condamné à payer et la somme donnée aux 
pauvres. 

Cette anecdote, à la différence de la première, a un fondement 
réel. Quelques traits dans l'esquisse du caractère du Juif m'avaient 
même fait croire qu'il s'agissait du fameux Isaac Pinto, dont il 
est question dans le Voyage en Hollande-. Ce Pinto, qui dédia à 
Diderot sa Lettre paradoxale en faveur du jeu de cartes, avait 
connu le philosophe à Paris ; il le retrouva à La Haye et Diderot 
nous apprend que, malgré son âge avancé, il avait conservé des 
goûts déjeune homme qui lui valurent de passer deux ou trois 
fois « par les pattes » du bailli (dender) chargé de surveiller les 
mœurs des gens mariés : il lui en coûta même deux cents ducats. 
Il n'y avait donc rien d'invraisemblable à ce que Pinto fût le héros 
de l'aventure de la lettre de change ; eh bien, je m'étais trompé du 
tout au tout, non seulement Pinto est étranger à l'histoire, mais 
encore aucun de ses coreligionnaires n'y a figuré! Tournez, en 
effet, quelques feuillets du Voyage en Hollande, vous y retrou- 
verez intégralement l'anecdote contée par Rameau, seulement ici 
les noms sont donnés en toutes lettres, et il en résulte que le si- 
gnataire de la lettre de change était un bourgeois hollandais appelé 
Vanderveld 3 ! On voit que Diderot n'axas su résister à la tenta- 
tion de faire une antithèse piquante entre la « rigidité » du bon 
Juif, doublée d'avarice, et ses fantaisies amoureuses qui finissent 
par lui coûter l'honneur et l'argent. Une vilenie de plus ou de 

1 Ed. Assézat, p. 479 ; éd. Isambert, p. 228. 

2 Isaac Pinto (1715-1787), qui habita pendant quelque temps Bordeaux, Paris et 
Londres, est connu par sa richesse, sa philanthropie, ses relations avec les philoso- 
phes et ses ouvrages d'économie politique. Il a aussi écrit des Réflexions critiques sur 
le premier chapitre du VII e tome des œuvres de M. de Voltaire (abbé Guénée, Lettres 
de quelques Juifs portugais, allemands et polonais à M. de Voltaire, tome I er ), aux- 
quelles Voltaire a répondu par une lettre datée des Délices, 21 juillet 1762 [ibid.). 

3 Œuvres de Diderot, éd. Assézat, tome XVII, p. 404. 



1 S S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moins sur le compte d'un fils d'Israël, qu'importe après tout? On 
ne prête qu'aux riches, et l'histoire du Juif d'Utrecht en est une 
preuve nouvelle à ajouter à celle du Marchand de Venise. 



III 



J'ai retenu bien longtemps l'attention des lecteurs de la Revue 
sur des anecdotes un peu frivoles* et en apparence sans portée. 
Je crois cependant que l'histoire a quelque profit à tirer de racon- 
tars de ce genre : les erreurs mômes et les calomnies sont des 
documents que l'érudition ne doit pas négliger pourvu qu'elle y 
cherche des renseignements non sur la conduite des calomniés 
mais sur l'état moral des calomniateurs. Cela est surtout vrai 
d'une histoire comme celle de la race juive qui, disséminée dans 
tant de pays, mêlée aux moindres faits de la vie publique et privée 
des peuples modernes, a été, plus que toute autre, influencée par 
les variations de l'opinion ; car ce n'est pas toujours la vérité qui 
guide l'opinion. Aussi serais-je heureux si, en publiant ces notes, 
fruits de lectures accidentelles, j'avais réussi à stimuler le zèle 
des nombreux fureteurs de vieux livres qui nous lisent, et qui 
parfois peut-être laissent passer sans y prendre garde des témoi- 
gnages utiles à recueillir dans la vaste enquête que nous avons 
ouverte. 

T. R. 



BIBLIOGRAPHIE 



Par suite de V abondance des matières, la publication de la 
Revue bibliographique du 1 er trimestre 1884 et de la Chro- 
nique est ajournée au prochain fascicule. 



Corpus inscriptionum semitiearum ab Academia inseriptionum et 
litterarum humaniorum conclitum atque digestum. Pars prima inscrip- 
tiones phœnicias continens. Tomus I. Fasciculus secundus, Parisiis, e reipublicœ 
typographeo, MDCCCLXXXIII, p. 117-216, pet. in-folio. — Tabula?. Fasciculus 
secundus (tab. XV-XXXVI), grand in-folio. 

Histoire de l'art dans l'antiquité. Egypte — Assyrie — Phénïcie — 
Perse — Asie mineure — Grèce — Étrurie — Rome, par Georges 
Perrot, directeur de l'École normale supérieure, membre de l'Institut, et Charles 
Chipiez, architecte du gouvernement, inspecteur de l'enseignement du dessin. 
Tome premier. L'Egypte. Paris, Hachette, 1882, in-4, de LXXVI et 879 pages. 
Tome II. Chaldée et Assyrie. Paris, Hachette, 1884, in-4, de 825 pages. Tome III. 
Phénicie. — Cypre. — Judée, en cours de publication. 



Des deux grands ouvrages, dont je viens de reproduire les titres, 
le premier est consacré à l'épigraphie, c'est-à-dire au déchiffrement 
et à l'explication des textes tracés sur les monuments, le second traite 
des monuments eux-mêmes étudiés pour fournir des documents 
sur le passé à l'archéologue, des dates à l'historien, des comparai- 
sons à l'esthéticien, qui les formule en articles de loi. Mais, si les 
inscriptions, par leur contenu, corroborent ou infirment les conclu- 
sions qui ont été tirées des ordres d'architecture, des sculptures, des 
représentations, des ornements, des costumes, des matières em- 
ployées, des formes adoptées, d'un autre côté les faits, qui sont com- 
mémorés grâce au ciseau du lapicide et au burin du graveur 1 ne 

1 Ceux qui savent goûter les finesses de Part oriental feront bien d'ouvrir à 
quelque page que ce soit l'ouvrage récent de M. Joachim Menant intitulé : Les pierres 
gravées de la Haute- Asie. — Recherches sur la glyptique orientale. Première partie ; 
Cylindres de la Chaldée. Je recommande surtout, comme une merveille de relief et de 
netteté, la première des six héliogravures, qui ornent le volume. Elle a été insérée en 
face de la page 32. 

T. VIII, n° 15. 10 



I ,o REVUE DES ETUDES JUIVES 

sont placés dans leur vrai jour que par la lumière que projette sur 
eux la connaissance exacte du milieu, choisi pour en perpétuer le 
souvenir. Aussi les deux vastes recueils, l'un « créé et disposé » par 
une académie toute entière, l'autre dû à la collaboration féconde 
d'un savant qui est un artiste et d'un artiste qui est un savant, ne 
suivent-ils qu'en apparence des voies parallèles. Ils se seraient déjà 
rencontrés Lien souvent si l'égyptologie et l'assyriologie avaient eu 
leur place marquée dans le Corpus. Les points de contact vont de- 
venir de plus en plus nombreux ; à mesure que les deux publications, 
amenés à reconnaître à des points de vue différents les mêmes ves- 
tiges du passé, provenant des mêmes contrées, se soutiendront et 
s'allieront pour favoriser à la fois les progrès de l'épigraphie et de 
l'archéologie. 



La commission, chargée par l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres de rédiger le Corpus inscriptionnm semiticarum, se com- 
pose actuellement de MM. Renan, Waddington, De Vogué, Joseph 
Derenbourget Jules Oppert. Le travail, tout en restant sous la garde 
de tous, n'en a pas moins été réparti entre eux de manière à en as- 
surer la meilleure exécution. Dès à présent, c'est M. Renan qui a 
accepté la tâche et pris la responsabilité de la partie phénicienne et 
de la partie hébraïque * ; les dialectes araméens seront étudiés par 
M. le marquis Melchior de Vogué 2 ; l'Arabie, depuis le Safâ jusqu'à 
Aden et jusqu'au Hadramaut, constitue le domaine dévolu à M. Jo- 
seph Derenbourg 3 . La période de préparation sera, nous osons l'es- 
pérer, close dans un avenir peu lointain ; mais le public, qui n'est 
pas toujours admis dans la confidence des difficultés qu'il faut sur- 

1 II a paru en 1882 un ouvrage qui, par la similitude du titre et du format, peut 
être provisoirement annexé au Corpus inscriptionum semiticarum, C'est le Corpus ins- 
criptionum heb raie arum de M. D. Chwolson. Cf. A.N. dans la Revue des études juives, 
VI, p. 147-154. 

1 En dehors de ses Inscriptions sémitiques de la Syrie centrale (Paris, 1869-77, 4 vol. 
in-4), M. le marquis de Vogué prélude à la rédaction du Corpus araméen par des 
mémoires sur les inscriptions qui surgissent et sur les problèmes qui se posent. Voir 
l'article intitulé : Inscriptions palmyréniennes inédites dans le Journal Asiatique de 
1883, 1, p. 231-245; II, p. 149-183; 549-550 et le tirage à part, avec une planche en 
héliogravure, qui n'a pas paru dans le Journal Asiatique. De tels travaux sont ré- 
digés en vue de provoquer un débat contradictoire, d'où les textes sortiront plus com- 
plètement lus, les traductions plus parfaites. 

3 C'est aussi dans la pensée d'appeler une discussion impartiale sur certains points 
inédits ou douteux qu'ont été rédigées les Études sur l'épigraphie du Témen, par 
MM. Joseph et Hartwig Derenbourg. La première série (Paris, imprimerie natio- 
nale, 1884) a reçu en général un accueil qui encouragera les auteurs à persévérer 
dans leur système de communications fréquentes soit sur des points controversés, 
soit sur les matériaux, qu'ils voient s'accumuler devant eux. 



BIBLIOGRAPHIE 147 

monter, s'impatiente et accuse volontiers les corps savants de len- 
teur, au lieu de respecter leur juste horreur pour les improvisations, 
au lieu d'approuver leur désir légitime de ne point mettre leur au- 
torité au service de solutions hâtives et sans maturité. De tels scru- 
pules honorent des hommes qui ne veulent rien laisser au hasard 
dans une œuvre définitive, au succès de laquelle la bonne renommée 
de la science française est particulièrement intéressée. 

Les membres de la Commission, qui se renferment encore dans le 
recueillement du laboratoire, ou qui en ont seulement laissé sortir 
quelques notes destinées à appeler l'attention sur des nouveautés, au 
sujet desquelles ils voulaient être rassurés, sur des indécisions, dont 
ils cherchaient à être délivrés, s'inspireront, comme d'un exemple 
à suivre, des deux fascicules qu'à un intervalle de deux années 
seulement M. Ernest Renan a consacrés aux inscriptions phéni- 
ciennes. J'ai rendu compte dans la Revue du premier fascicule 1 , et 
j'ai surtout insisté sur le parti que l'on peut tirer du phénicien pour 
expliquer les restes de la littérature hébraïque, tels que l'Ancien 
Testament nous les a conservés avec la parcimonie du point de vue 
exclusivement religieux. Etant donnée la pauvreté du vocabulaire, 
que le canon a sauvé de la destruction, c'est une chance inappré- 
ciable de posséder une langue presque identique, dont l'orthographe 
vraiment consonnantique laisse, daus sa transparence, percevoir les 
éléments constitutifs des racines. 

La division géographique, que, même à défaut de la logique, des 
précédents fameux eussent imposée aux rédacteurs du Corpus, a per- 
mis de constater une fois de plus les migrations surprenantes du 
peuple phénicien. Sur cent soixante-quatre inscriptions, dont l'ex- 
plication est donnée dans les deux fascicules, combien y en a-t-il 
qui aient été trouvées sur le sol de la Phénicie? Neuf, parmi les- 
quelles un fragment insignifiant 2 . Les Phéniciens, ces inventeurs et 
ces propagateurs de l'écriture 3 , promenaient sur leurs navires, non 
seulement leurs denrées et les objets divers dont ils trafiquaient, 
mais encore leurs Dieux*, leur alphabet et leur langue : ils laissaient 
dans le roc la trace de leur passage partout où les faisaient débar- 
quer leurs stations temporaires ou durables. On peut dire d'une ma- 
nière générale qu'on rencontre ou qu'on devrait rencontrer des ins- 



1 Revue des études juives, III, p. 31 0-3 î 9. 

2 Corpus inscriptionum semiticarum. Pars prima, tomus I, fasc. primus, p. 1-34. 

3 Sur l'histoire de l'alphabet phénicien, voir surtout Lenormant (Fr.), Essai sur la 
propagation de l'alphabet phénicien dans V ancien monde (Paris, 1872-1875) et son magis- 
tral article dans Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, 
deuxième fascicule (Paris, 1875), p. 188-218; G. Maspero, Les écritures du inonde 
oriental dans son Histoire ancienne des peuples de l'Orient, p. 570-608, et l'ouvrage ré- 
cent de M. Isaac Taylor, intitulé : The Alphabet, an Account of the Origin and Deve- 
lopment of Letters (Londres, 1883, 2 vol.). 

4 Pour le Dieu El (bitf), voir nos Etudes sur Vépigraphie du Yémen, p. 17 et suiv. 



1 i8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

criptions partout où se sont montrés soit les conquérants romains, 
soit les négociants sidoniens, tyriens ou carthaginois. 

C'est ainsi que la section phénicienne du Corpus, pour incomplète 
qu'elle soit encore, nous fait déjà faire un voyage épigraphique dans 
l'ile de Cypre (inscription 10-96*), en Egypte (inscription 97-113 '), en 
Grèce (inscription 1 14-121 3 ), dans les îles de Malte et de Gaulos (ins- 
cription 122-132'*), en Sicile (inscription 133-1 38 5 ), en Sardaigne (ins- 
cription 139-163°), en Italie (inscription 164 7 }. L'ile de Gossura et la 
Corse ont leurs chapitres distincts 8 , qui attendent des incriptions. 

Personne ne s'étonnera qu'un idiome, transplanté dans des régions 
diverses, se soit diversement corrompu et ait donné naissance à des 
productions de qualité tout-à-fait inégale. L'ile de Cypre était en 
partie soumise à des dynasties phéniciennes, et les « interprètes 
des trônes 9 » devaient être des polyglottes instruits. Aussi le style 
lapidaire est-il assez châtié, lorsqu'il émane de Citium ou d'Idalion. 
Dans les inscriptions de cette provenance, ni la pensée, ni la langue 
ne sont impénétrables avec les ressources et les procédés de la philo- 
logie moderne. 

Comme au contraire le terrain se dérobe sous nos pas, lorsque nous 
abordons, munis des mêmes instruments de travail, les textes com- 
pris dans le deuxième fascicule ! M. Renan l'a senti avec sa mer- 
veilleuse intuition et il s'est appliqué à délimiter rigoureusement 
ce qui nous est intelligible et ce qui ne Test pas. Je serais tenté de lui 
être parfois plus reconnaissant lorsqu'il ne traduit pas que lorsqu'il 
traduit. La science vraie ne prétend pas tout expliquer. Elle ne se 
croit ni infaillible ni universelle, et a conscience des bornes qu'elle ne 
peut franchir. La réserve observée par M. Renan en présence de cer- 
tains textes tronqués est une leçon, dont ne profiteront malheureuse- 
ment pas ceux qui parlent haut pour éblouir au lieu de parler juste 
pour convaincre. Tant d'aveux d'ignorance sont presque une audace ! 

Je me permets de recommander aux amateurs de beau langage et 
de méthode scientifique les développements que M. Renan a cru de- 
voir donner à son interprétation de l'inscription d'Éryx 10 . L'écrivain 
français se devine sous une latinité de bon aloi, qu'anime une douce 
et souriante ironie. Nos devanciers avaient fait jaillir de ce texte 
des poésies, ne concordant pas les unes avec les autres, mais dont 
chacune formait un ensemble aussi harmonieux qu'éloquent. C'était 

1 Corpus inscriptionwn semiticanim. Pars prima, tomus I, fasc. primus, p. 35-116, 
qui clôt le fascicule. 

2 Ibid., Fasc. secundus, p. 117-137. 

3 Ibid., p. 138-148. 
* Ibid., 149-165. 

5 Ibid., p. 166-180. 

r < Ibid., p. 182-212. 

"' Ibid., p. 214 216, fin du deuxième fascicule. 

» Ibid., p. 181 et p. 213. 

■' Ibid., d° 44, p. 63-e:;. 

>• Ibtd., n o 135, p. 168-175. 



BIBLIOGRAPHIE 149 

tantôt le cri arraché par la désillusion à un nouveau Kôkélét, tantôt 
une élégie sur la mort de l'incomparable princesse Suthul selon l'un, 
Sitii selon l'autre. A ces rêveries l'érudit oppose froidement la réa- 
lité. Bien qu'un grand nombre de détails échappent à l'examen, il ne 
saurait y avoir de doute que le monument avait été consacré à Astarté 
qui prolonge la vie (trn "p&O, à Astarté d'Éryx par Imilcon, fils de 
Ba'alyâtôn, à l'époque où Éryx avait pour suffètes locaux Magon et 
Bodastrato. 

Si le disciple a le droit d'exprimer timidement sa pensée après 
que le maître a parlé, je prendrai la liberté d'exposer sous toute ré- 
serve mes opinions personnelles sur deux inscriptions contenues 
dans le deuxième fascicule du Corpus. Je me contente de donner le 
texte en caractères hébraïques, afin de gagner le concours de ceux qui, 
moins versés dans les études phéniciennes, pourraient nous sug- 
gérer quelque explication plausible. 

La première de ces deux inscriptions, trouvée à Abydos, en 
Egypte, est un graffîto, qui était placé dans le temple d'Osiris, sur le 
mur du grand escalier, presque à fleur de terre. Elle porte le numéro 
102 a du Corpus 1 . En voici la teneur : 

Je propose la traduction suivante: «Moi, Pô'êloubast, fils de Sad- 
yâtôn, fils de Gêrsad, le Tyrien, je séjourne, brisé de douleur, à Hé- 
liopolis d'Egypte, après qu'est mort 'Abdmenkart de Héliopolis. » 

Mon interprétation de iaiatt5i a besoin d'être justifiée. C'est la 
seule, où je m'écarte sensiblement de mon modèle. Une fois les 
deux mots séparés en -o*j myn, je me suis rappelé la construction 
analogue, qui ouvre les Lamentations (I, 1) : T^ït Via inairp naiN 

I • T T T T : T T •• 

ï-rtttbçp Un?!! d3> inan. « Comment la ville, qui regorgeait de popu- 
lation, est-elle aujourd'hui assise solitaire comme une veuve? » Plus 
loin {ibid., ni, 28), l'homme est invité « à porter le joug dans sa jeu- 
nesse », et aussi ûth ^73 ^«i « à s'asseoir solitaire et à garder le 
silence ». Une fois entré dans cette voie, j'ai cherché dans 13*7 un 
adjectif, exprimant une nuance du deuil, et je crois que les accep- 
tions de rian et fco*! dans l'ancien Testament justifient pour 13-1 (la 

T T T T " • T 

vocalisation est toujours hypothétique en phénicien) le sens de 
« abimé, brisé, vaincu par la douleur ». 

Alors même qu'on accepterait mon interprétation littérale, il y a 
une objection d'un autre ordre, qu'on pourrait m'opposer, et que j'ai 
à cœur de prévenir. L'inscription, telle que je la conçois, représente- 
t-elle un phénomène isolé en épigraphie, ou bien est-on en état de 
lui comparer sinon des textes absolument identiques, du moins des 
textes analogues pour le fond et pour la forme ? Dans le premier cas, 

1 Corpus, p. 122-123. 



lHO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ma traduction serait condamnée, alors même que grammaticalement 
elle sérail irréprochable. Mais il n'en est rien. D'après M. Maspero l , 
« la plupart des stèles égyptiennes d'Abydos sont des stèles votives 
dédiées à Osiris pour le compte d'individus morts ou vivants, et en 
commémoration ou en prévision de leur mort ». L'épigraphie latine 
fournit également nombre de rapprochements curieux, et je citerai 
seulement le début d'une inscription latine, découverte à Aumale 
en Algérie - : 

DM S 

atro dolore 
percvssvs ab in 
quisstma fortv 
na erepto mihi 
horvm solatio 
ch^bvi lacrimas 
qvas tempvs de 
etv[l]it cives et [t]i[t]v 

LOS FIXI* »♦♦♦ 4 ♦.♦♦♦♦♦ ♦ 

Avant de quitter l'Egypte pour passer à la seconde inscription, je 
crois devoir signaler aux exégètes que le fameux ^ïib égyptien de la 
Genèse « l'endroit, où les prisonniers du roi étaient enfermés 3 » se 
retrouve peut-être dans l'inscription 113, où l'on lit deux fois ^2 
"H!hD « la ville de Sôharou » 4 . 

C'est dans le voisinage du Pirée qu'a été découverte et qu'est con- 
servée la bilingue, dont je vais aborder l'étude 3 . Sous une ligne de 
grec en lettres très massives, portant : 

ASEnTESTMSEAHMOrSIAQNIA. 

(.' Asepté, fille de Symsélêm, la Sidonienne », 

on lit en caractères phéniciens : 

^b «3t3^ en ri5*T£ db^MN n:n nssa "pN 
)»m ùba Wi-D ni nbawOTN *p basrr»' 

Je traduis : 
« Je suis Asepté, fille de Eschmounschillém, la Sidonienne. Ce 

1 Corpus, 123, colonne 2. 

2 Corpus inscriptionum latinarum, VIII, n° 9048. M. Ant. Héron de Villcfosse a 
bien voulu me signaler encore les inscriptions suivantes : ibid., V, n os 154; 4927; 
6388; 7666; Willmanns, Eccempla inscriptionum latinarum, n os 247; 297; 2613. 

3 Genèse, xxxix, 20; cf., xxxix, 22-23; XL, 3 et 5. 
/( Corpus inscriptionum scmiticarum, p. 136-137. 

s lbid.,n° 119, p. 145-146. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

monument m'a été élevé par Yâtânbêl, fils de Eschmounsallah, le 
grand-prêtre, le de Nergal *». 

Pour ùjîis 3^, je suis convaincu que M. Renan l'a justement con- 
sidéré comme un équivalent du grec àpx ts P el ^ et rendu par « grand- 
prêtre ». Si le mot n^i n'est jamais dans la Bible suivi de b\3ïi"3îi, 
c'est que l'usage avait fait prévaloir une autre locution ; on disait 
dans ce sens bi^aij l ji-;3^.Mais la solution proposée pour deux autres 
questions me rend perplexe; je me demande 1° si û^rid s*!, même pris 
comme un composé inséparable, aurait pu conserver son & de l'état 
absolu, alors qu'il serait mis à l'état construit avec bà^i dbfc*; 2° si « le 
Dieu Nergal » serait appelé en phénicien bJH3 nbtf, ou, ce qui revient 
au même, en hébreu baiu d^ïi'btt. 

Dans le cas où, comme je le suppose, ùsî-d n^ serait indépendant 
de ce qui a été inscrit à la suite, il en résulterait nécessairement que 
biHi dbtf deviendrait aussi par là même indépendant de ce qui le pré- 
cède. Mais comment l'expliquer? Faut-il, avec M. Schrœder 8 , avoir 
recours à une phrase relative, où le suffixe pluriel rappellerait non 
pas le complexe û^ïid 51, un singulier, mais dsro détaché et isolé? 
Je ne le crois pas ; car il est peu probable qu'un personnage eût été 
désigné comme « princeps sacerdotum quorum deus Nergal ». 

Après cette double critique négative, j'avouerai mon embarras 
pour substituer quelque chose de positif à une traduction dont je 
viens de chercher à montrer les défauts. A mes yeux, biH5 ûbtf doit 
exprimer un second titre attribué comme le premier à « Yâtânbêl, 
le grand-prêtre ». Dès lors, si le vocabulaire venait confirmer l'exac- 
titude de cette supposition, ùbtt désignerait le titulaire d'une fonc- 
tion importante exercée dans le culte du Dieu assyrien Nergal 3 . 
Comment cette divinité exotique a-t-elle eu son sanctuaire et ses 
adorateurs dans la colonie phénicienne d'Athènes ? Sans essayer de 
percer ce mystère, "je dirai seulement que les panthéons de l'anti- 
quité ont toujours pratiqué une hospitalité sans limites envers les 
dieux égarés qui frappaient à leurs portes '*, et que les Phéniciens 
ont été des cosmopolites, ramassant et promenant un peu partout 
leurs biens, leurs idées et leurs croyances. Qu'était donc, par rap- 
port à Nergal, son dbN, qu'il faille prononcer ôlêm, ou allâm, ou 
encore autrement 8 . Les trois consonnes, dans mon hypothèse, ap- 

1 Voir Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art, III, p. 240, où Ton trouvera une tra- 
duction française de la traduction latine insérée dans le Corpus; cf, ibid,, 111, p. 72. 
3 Schrœder, Die Pliœnizisclie Sprache, p. 158; cf. p. 236. 

3 Sur le Dieu Nergal, voir en dehors du deuxième livre des Rois, xvn, 30, Eh. 
Schrader dans le Zeitschrift dcr deutschen morgenlândischen Gesselschaft, XXV, p. 128; 
id., Die Keilinschriften und das Altc Testament (2 te Aufiage, 1883), p. 282 et suiv.; 
Menant (J.), Recherches sur la glyptique orientale, I, p. 156. D'après Al-Biroûnî, The 
Chronology of ancient nations, trad. Ed. Sachau, p. 172, Nergal serait le nom sy- 
riaque de la planète Mars. 

4 Voir Perrot et Chipiez, Histoire de Vart dans V antiquité, III, p. 29, note 1 ; p. 63. 

5 Un moment, j'avais songé à l'hébreu dbiS « muet », en comparant la racine 



1,2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

partieunent à une racine ab«, dont un autre exemple a été relevé 
sur le fameux tarif des sacrifices de Marseille, ligne 16, où l'on lit 
également ùbtf • M. Schroder vocalise ûb« qu'il prend pour un parti- 
cipe passif signifiant d'abord « lié », puis par extension « défendu 1 ». 
Ainsi que l'a remarqué Gesenius 2 , les verbes qui ont le sens de 
« lier, attacher » sont appliqués à certains rites des incantations. 
Peut-être cette terminologie se rattache-t-elle à un usage plus ou 
moins répandu des nœuds magiques. Il est regrettable que nous 
n'ayons, pour nous guider, ni l'image de la Sidonienne Asepta, ni 
celle du grand-prêtre Yâtânbêl. En attendant une meilleure expli- 
cation, je crois que l'inscription désigne celui-ci comme « devin * ou 
comme « augure de Nergal », et je propose de traduire ainsi ùbtt 



Il 



Si les inscriptions sont un commentaire écrit des monuments, les 
monuments sont un commentaire figuré d'une valeur inappréciable 
pour l'intelligence des inscriptions. C'est ce que MM. Georges Perrot 
et Charles Chipiez ont compris et prouvé par leur Histoire de l'art 
dans Vantiquité. Ils ont puisé aux meilleures sources leurs traduc- 
tions des textes égyptiens, assyriens et phéniciens, et les ont in- 
sérées dans leurs descriptions en leur conservant la place même 
qu'occupent les originaux. Cette épreuve contraindra peut-être plus 
d'un philologue, qui avait étudié les textes en les détachant de leur 
cadre, à réviser ses tentatives d'interprétation. 

Mais je ne rendrais pas pleine justice à l'œuvre de puissante syn- 
thèse et de minutieuse analyse que les deux collaborateurs sont par- 
venus à composer, si je m'en tenais à mentionner et à démontrer les 
relations intimes qui unissent leur tome troisième en particulier au 
Corpus inscriptionum semiticarum. Quels qu'aient été le zèle de leurs 
auxiliaires et la compétence de leurs conseillers, MM. Perrot et Chi- 
piez, tout en interrogeant sans trêve les livres et les hommes, ont su 
empreindre sur l'ensemble et les détails de leur conception hardie un 
cachet personnel d'originalité puissante. Je ne sais ce qui appartient 
en propre à chacun des deux auteurs, et je crois que la critique au- 
rait peine à le démêler. Mais ce qu'elle peut constater, c'est qu'aux 
deux forces coalisées s'est substituée une résultante, où chacune 
d'elles a disparu dans l'unité de l'effort et de sa manifestation. 
L'œuvre, dont les parties se déroulent peu à peu sous nos yeux, 

sémitique ttHfi, qui réunit des sens se rattachant au mutisme et aux arts magiques. 
Illém Nergal aurait signifié « celui qui murmure des oracles au nom de Nergal ». 

1 Schrœder, Die Phœnizische Sprache, p. 209 et 246. 

2 Gesenius, 2'àesavrvs, p. 132 et 441. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

n'apparaît ni comme une collection de généralités philosophiques sur 
l'art, ni comme un récit chronologique des faits, enregistrés sèche- 
ment par une correcte érudition. Certes, une enquête sévère a pré- 
sidé au choix et à l'ordonnance des documents. Mais partout on 
voit la pensée maîtresse se dégager des nuages qui risqueraient de 
l'envelopper et de l'obscurcir. Essayons de la reconnaître à la faveur 
des deux tomes publiés entièrement et aussi du tome troisième, dont 
l'achèvement ne se fera pas longtemps attendre l . 

MM. Perrot et Chipiez n'envisagent l'art oriental que comme un 
acheminement par étapes vers l'idéale perfection de l'art grec. Celui- 
ci a réalisé, en les épurant, les aspirations de TÉgypte, de la Chal- 
dée, de l'Assyrie, de la Phénicie, de la Judée, de Cypre ; il est monté 
à des hauteurs que ses précurseurs avaient à peine entrevues. C'est 
dans les annales de l'humanité un sommet, au-dessus duquel elle 
n'a pas pu s'élever. La Grèce a ressenti un violent « amour des belles 
formes, aussi ardent et aussi fécond que son amour du beau langage 2 . » 
Mais elle n'est parvenue à satisfaire ni l'un ni l'autre sans tâtonne- 
ments, sans secousses, sans détours. Que de progrès, mais aussi que 
de reculs avant que le génie grec, nourri de la tradition orientale, en 
eût secoué le joug sans abandonner le profit de ses leçons, pour révé- 
ler au monde païen le secret de l'éternelle beauté ! 

L' Histoire de Vart dans V 'antiquité en est encore aux prolégomènes : 
elle n'a pas dépassé les propylées pour pénétrer dans le temple. Les 
auteurs s'étaient-ils d'avance rendu compte que leur introduction 
sur l'art oriental les entraînerait à d'aussi grands développements? 
Je ne le crois pas, et l'harmonie générale de l'œuvre eût gagné à ce 
que l'histoire des origines fût un peu plus resserrée. Mais je préfère 
encore ce manque de mesure dans les proportions, en pensant aux 
sacrifices qu'il eût fallu consentir, aux mutilations que chacun des 
exposés si complets et si lucides aurait subies, enfin à la perte d'in- 
formations sûres et précises, à laquelle, pour arriver plus vite au 
but, nous aurions dû nous résigner. 

En abordant la description de « la Phénicie et ses dépendances », 
MM. Perrot et Chipiez sont les premiers à nous avertir qu'ils ont 
fait « à l'Egypte et à la Chaldée une place très étendue, une place 
privilégiée ». Après avoir'prévu l'objection, ils ajoutent 3 : « Ce qui 
justifie le parti que nous avons pris, c'est l'antiquité fort reculée à 
laquelle remontent ces deux peuples, c'est la spontanéité de leur dé- 
veloppement, la fécondité et l'originalité de leur génie ; c'est aussi, 
c'est surtout l'influence que ces sociétés primitives ont certainement 
exercée sur cette humanité plus jeune qui, sous les noms de Grèce 
et de Rome, a créé, tout autour de la Méditerranée, la civilisation 



1 Les trois cent vingt pages publiées représentent un peu plus du tiers du troisième 
volume. 

a Georges Perrot, Introduction dans le tome premier, p. ni. 
3 Histoire de l'art, III, p. 1 et suiv. 



[54 REVUE DES ETUDES .ITIYKS 

bien plus avancée et plus brillante dont la nôtre n'est que le prolon- 
gement. L'Egypte et la Ghaldée avaient inventé les procédés et créé 
les modèles qui sont venus, vers l'époque d'Homère, éveiller le génie 
plastique de la Grèce. » 

Cette transmission, quels en allaient être les agents ? Qui se char- 
gerait d'une propagande, dont ne paraissaient se soucier ni les 
Égyptiens d'une part, ni d'autre part les Chaldéens et les Assyriens. 
La Phénicie, par sa position géographique, comme par les tendances 
de ses habitants, était prédestinée à revendiquer pour elle ce rôle. 
Le besoin d'expansion et d'activité, qui tourmente et pousse en avant 
les populations de race sémitique l , provoqua, vers 1600 ou 1700 
avant notre ère, les Phéniciens à sortir de leur région étroite, que 
bornent à l'est les massifs du Liban, que termine à l'ouest la longue 
ligne de côtes de la Méditerranée. La mer s'ouvrait devant eux, et 
ils s'y établirent en souverains. Leur colonie africaine de Garthage 
(en phénicien : nunn mp « la ville neuve »), fondée aux environs de 
l'an 800, devint la succursale de Sidon et de Tyr, et resta, jusqu'à sa 
destruction par les Romains en 146 avant J.-C, « l'avant-garde ex- 
trême du monde asiatique dans la partie ouest de la Méditerranée - ». 

« Le génie grec, après avoir tiré parti des exemples et des leçons 
de la Phénicie, s'est émancipé rapidement ; il a créé un art bien 
supérieur à celui de ses maîtres, un art d'une puissante et souveraine 
originalité 3 , mais il n'en a pas été de même chez tous les peuples 
auxquels s'est fait sentir l'influence de la Phénicie. Ni les Hébreux 
ni les Cypriotes n'ont su se soustraire à l'ascendant des types 
phéniciens ; à Jérusalem, comme à Golgos, on a bien, dans une 
certaine mesure, modifié ces types ; il faut tenir compte ici de la 
différence des idées religieuses, et là, de celle des habitudes sociales 
et des matériaux mis en œuvre ; mais ni dans l'une ni dans l'autre 
de ces contrées, on n'a regardé la nature d'assez près et l'on n'a eu 
l'esprit assez inventif pour que l'art y ait pris une physionomie 
vraiment particulière et nationale. L'art cypriote et l'art juif, ce ne 
sont que des variétés, ou, comme dirait un grammairien, des dialectes 
de l'art phénicien \ » 

L'art juif, ou, ainsi que l'a nommé son premier historien, « l'art 
judaïque 5 », est-il aussi absolument dépourvu d'originalité que ce 
jugement sommaire semble le faire supposer ? Ce qui est certain, 
c'est que le roi Salomon, lorsqu'il eut décidé de bâtir une maison 



1 Je crois, avec MM. Perrot et Chipiez, Histoire de Part, III, p. 15, que les « Phé- 
niciens sont les frères des Juifs ». C'est aussi l'opinion de « l'érudit qui connaît le 
mieux la question », M. Ernest Renan. 

' L'expression est de M. Fr. Lenormant, Manuel d'histoire ancienne, III, p. 153. 

3 Parlant de la Grèce, MM. Perrot et Chipiez {Histoire de Part, III, p. 50), disent : 
<r Son art, dès le milieu du cinquième siècle, était arrivé à la perfection. » 

« Ibid., III, p. 98 et 99. 

B Saulcy (F. de), Histoire de Part juda'ïauc, tirée des textes sacrés et profanes, Paris, 
1858,1 vol. in-8. 



BIBLIOGRAPHIE 158 

au nom de Yahwé, son Dieu l , réclama le concours des ouvriers 
phéniciens, « parce que. dit-il, il n'y a parmi nous aucun homme 
sachant couper le bois comme les Sidoniens 2 » . Or, Salomon régnait 
vers Tan 1000 avant notre ère 3 . Le roi de Tyr, Hiram, qui avait 
envoyé précédemment à David « une députation, du bois de cèdre, 
des charpentiers et des maçons 4 », donna à Salomon « du bois de 
cèdre et du bois de cyprès autant qu'il en désirait s ». Le même 
chantier réunit « les constructeurs de Salomon, les constructeurs de 
Hiram et les gens de Gebal 6 , qui taillaient les bois et les pierres pour 
l'édification de la maison » 7 . 

MM. Perrot et Chipiez ne sont pas encore parvenus à la section de 
leur Histoire de l'art, où ils nous montreront les Juifs, dans la cons- 
truction de leur temple, non seulement imitateurs, mais tributaires 
des Phéniciens. Je me propose de résumer pour les lecteurs de la 
Revice ce chapitre de nos annales, aussitôt qu'il aura été publié à la 
fin du tome troisième. Dès à présent, je me crois autorisé à dire que 
ce sujet, traité tant de fois par les explorateurs, par les exégètes et 
par les savants, sera renouvelé par le point de vue hardi, que les 
auteurs ont imaginé. Un homme de talent qui parfois devinait bien 
ce qu'il savait moins bien, après avoir comparé ingénieusement 
« Jérusalem au sphinx thébain », ajoutait : « Disons-le à la louange 
du siècle, l'érudition s'est faite artiste. En revanche, l'archéologie est 
devenue une science 8 ». Il serait difficile, je crois, de caractériser 
mieux et plus brièvement le progrès qui s'est accompli sous nos 
yeux dans les deux camps, progrès en faveur duquel je vais apporter 
un témoignage décisif, en faisant connaître sommairement comment 
MM. Perrot et Chipiez ont conçu et comment ils exécuteront leur 
étude sur le temple de Salomon. 

Le livre d'Ézéchiel finit par un long morceau 9 , qui «comprend la 
description du nouveau temple, les règlements concernant le sacer- 
doce, le culte, les sacrifices, les redevances, enfin la répartition du 
territoire entre les tribus 10 ». Vingt-cinq ans après l'exil, le prophète, 
dans une vision divine, est transporté sur une très haute montagne, 
où était construite au midi comme une ville entière* 1 . Le temple de 

i Rois, I, v, 19. 

2 Ibid., fin du verset 20. 

3 Les dates données par M. G. Rawlinson, A manual of ancient history (2 e éd., Ox- 
ford, 1880), p. 48, sont 1015-975 avant J.-C; M. Socin, dans Baedeker, Palestine et 
Byrie, p. 78, place le règne de Salomon de 998 à 958. 

^ Samuel, II, v, 11. 
s Rois, I, v, 24. 

6 Sur Gebal, aujourd'hui Byblos, voir Corpus inscriptionum semiticarum, I, p. 1 et 
suiv.; Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, III, p. 23 et suiv. 

7 Rois I, v, 32. 

8 Ernest Vinet, Jérusalem dans le Journal des Débats, 22 novembre 1866, réim- 
primé dans L'Art et V Archéologie (Paris, 1874), p. 203. ' 

9 Ezéchiel, chapitres xl-xlviii. 

10 Voir dans La Bible de M. Ed. Reuss, Les Prophètes, II, p. 124, note 1. 

11 Ezéchiel, xl, 1 et 2. 



î: (, BEVUE DES ETUDES JUIVES 

Salomon lui apparaît, tel qu'il l'avait couuu à Jérusalem. Il se laisse 
mener à travers les portes, les vestibules, les cours, le sanctuaire, 
les cellules latérales et toutes les parties de l'édifice par un guide 
« dont l'aspect était comme celui de l'airain, qui tenait dans sa main 
un cordeau de lin et une perche à mesurer ' ». Les instruments dont 
s'est muni le conducteur vont lui servir à relever partout les lon- 
gueurs, les largeurs et les hauteurs des murs, des piliers, des 
dallages. Sous sa direction, le narrateur en extase sera moins un 
poète enthousiaste qu'un géomètre froidement calculateur. 

M. Chipiez a étudié en architecte la vision d'Ézéchiel, et il est 
arrivé à la conviction que le rédacteur devait avoir sous les yeux 
une série de plans, qui avaient sans doute échappé à la ruine et à 
l'incendie, lorsque, en 587 ou en 586, les lieutenants de Nabou- 
Koudour-O'ussour démolirent et brûlèrent Jérusalem 2 . Ces plans, 
que l'écrivain décrivait, M. Chipiez a réussi à en ressaisir la trace et 
à les reconstituer. Il a retrouvé là les éléments d'une très belle et très 
complète restauration, appuyée sur un texte dont certains termes 
techniques n'ont pas encore été suffisamment élucidés. Une des 
premières conditions de succès sera de ne demander à ce texte que 
ce qu'il peut donner sans être violenté. Je ne saurais trop recom- 
mander à M. Chipiez de mettre ses coupes, ses élévations et ses 
dessins en harmonie avec les principes d'une saine philologie. Qu'il 
consulte les hébraïsants sur les points où le commentaire de 
Smend 3 lui laisserait des incertitudes: les spécialistes seront trop 
heureux de l'aider à atteindre des résultats dont ils seront les pre- 
miers à profiter. 

Il y a un autre ordre de difficultés qu'il faudra vaincre, avant de 
posséder dans son intégrité la restitution tentée par M. Chipiez. Les 
planches, qui devront être gravées, ne pourront entrer que très ré- 
duites dans Y Histoire de Vart. L'ouvrage même n'en comporte qu'un 
nombre restreint, le temple de Salomon ayant exercé une influence 
plus religieuse qu'artistique. Le format, qui rend le maniement du 
livre si commode et si agréable, impose aux figures la limite de ses 
dimensions. L'illustration, qu'elle soit prise directement sur les ori- 
ginaux ou empruntée à leurs plus fidèles reproductions, a toujours 
été réglée d'après l'utilité, non d'après le vain étalage extérieur et 
poussée dans le sens de l'exactitude plutôt que dans le sens des en- 
jolivements superflus. Ces deux qualités maîtresses de la publica- 
tion de MM. Perrot et Chipiez ne permettront pas d'y admettre 
l'image du temple de Salomon, telle que M. Chipiez s'est complu à 
l'évoquer d'après la vision d'Ézéchiel. 

L'album, dont M. Chipiez a couvert les pages de ses croquis, de ses 
esquisses et de ses plans avec passion et avec amour, restera-t-il 

1 Ezéchiel, xl, verset 3. 

* Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, p. 501. 

3 Cet excellent commentaire a été publié en 1883 dans la collection connue sous le 
nom de TSxegcttiches Handbuch zum Altcn Testament. 



BIBLIOGRAPHIE 157 

enfoui dans le portefeuille de l'artiste, qui voudrait rendre publique 
sa restitution? Déjà précédemment, dans son Histoire critique des 
origines des ordres grecs \ il avait démontré les affinités de l'art grec 
avec l'art oriental 2 , et n'avait pas attendu sa collaboration avec un 
maître comme M. Perrot pour affirmer sa compétence dans les ques- 
tions d'archéologie. Je souhaiterais, pour l'honneur de la race juive, 
que la restauration de M. Chipiez fût au large dans un volume 
semblable aux magnifiques in-folio, que la Direction des Beaux-Arts 
publie avec un luxe intelligent sous le titre de Restauration des mo- 
numents antiques "par les architectes pensionnaires de V Académie de 
France à Rome depuis 1788 jusqu'à nos jours, publiés avec les mémoires 
explicatifs des auteurs sous les auspices du gouvernement français*. 
S'il existait de par le monde un état juif, il aurait la mission d'encou- 
rager et d'accaparer une tentative comme celle de M. Chipiez. Pour- 
quoi la « maison de Yahwé » serait-elle seule abandonnée, alors qu'un 
architecte, par la puissance de son travail et de son imagination, est 
parvenu à la faire renaître de ses ruines ? Parmi « les fils des fils 4 » 
de ceux qui y « ont fléchi le genou devant leur créateur 3 », ne se 
trouvera-t-il personne qui « ait pitié de ses ruines », et veuille s'as- 
socier à une œuvre, qui « va changer son désert en paradis et sa soli- 
tude en jardin de Yahwé 6 » ? Quel beau complément du tome troisième 
de YEistoire de fart, par MM. Perrot et Chipiez, que cette monogra- 
phie de M. Chipiez sur le temple de Salomon ! Quel monument litté- 
raire et artistique, élevé à la bonne renommée et à la puissance de 
nos ancêtres! Le judaïsme moderne ne se désintéressera pas de 
l'hommage, qu'un savant étranger à ses croyances apporte au 
judaïsme ancien. Je voudrais que ce magnifique atlas de planches, 
une fois dressé, ne restât pas seulement caché dans des reliures de 
prix sur les rayons des bibliothèques publiques et privées; je rêve 
de le voir s'étaler feuille par feuille, j'allais presque dire, colonne par 
colonne et pierre par pierre, sur les murs de nos écoles, comme un 
enseignement et comme un souvenir. C'est aux Mécènes du judaïsme 
contemporain à saisir cette occasion unique de faire revivre une 
des pages les plus nobles de notre histoire nationale. 

Hartwig Derenbourg. 

1 Paris, 1876. 

a Voir Salomon Reinach, Manuel de philologie classique (2 e éd. 1883), page 55, 
note 1. 

3 La collection comprend jusqu'à ce jour Percier, La colonne Trajane; Lesueur, 
La basilique TJlpienne; Labrouste (H.), Temples de Pœstum; Dubut, Temple de la 
pudicilé; Gousin, Temple de Y esta. Elle n'est pas près d'avoir épuisé les cinquante- 
sept volumes grand in-folio, conservés à la Bibliothèque de l'École nationale des 
Beaux-Arts; cf. Ernest Vinet, Catalogue, p. 130-132. 

4 Isaïe, lix, 21. 

5 Psaumes, xcrv, G. 

6 Isaïe, li, 3. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome VIII, p. 85-8G. — Les données fantastiques du Talmud et du 
Josiphon sur le pays situé derrière les montagnes ténébreuses ont passé 
dans certains géographes juifs, ccnime Petahia, l'auteur du Sibboub Èaolam; 
voir Beniscb, The Travels Qf R. Petachia, p. 100 — Israël Lévi. 

Ibid., p. 167. — A propos des productions poétiques des Juifs avant l'Is- 
lamisme, il faut citer l'ouvrage de Franz Delitzscb, Judlsch-arabische Poesien 
ans vormukamwedisçker Zeit, publié lors de la célébration du Jubilé du 
professeur Fleischer. Leipzig, 1874, 8° (4 + 40 p.). — Israël Lévi. 

Ibid., p. 171, note 1. — Voir la récente publication de Yakoubi, éd. 
Houtsma, II, p. 49. Les tribus An-Nadhîr et Koreiza, de Djidzam, qui ont 
embrassé le judaïsme à l'époque de As-Samoual, tirent leur nom des mon- 
tagnes An-Nadhîr et Koreiza où elles étaient établies. D'après d'autres, 
Koreiza est le nom du fondateur de la tribu des Banou Koreiza. — Page 
173, 1. 18, lisez : Demande Koreiza. — H. Hir^chfeld. 

Ibid., p. 191 et suiv. — Lire Al-Baidhûwi au lieu de Al«Baghâwi. 



LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES DE LA SOCIETE DES ÉTUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1 C1> JANVIER 4 884. 



Bloch (Richard), ingénieur des ponts et chaussées, attaché au chemin 
de fer d'Orléans. 

Ckbmnitz (Jacques), rue aux Ours, 26. 

Dalsace (Gobert), rue Rougemont, 6. 

Dennery (Sylvain), rue de Charonne, 8. 

Durlacher (Armand), libraire-éditeur, rue Lafayette, 83 dis. 

Fould (Léon), rue du Faubourg-Poissonnière, 30. 

Kulp, rue de Chabrol, 26. 

Kujnst, rue des Petites-Écuries, 48. 

Lagneau, professeur, rue des Feuillantines, 84. 

Lévi (Georges), ingénieur des arts et manufactures, boulevard Ma- 
genta, 40. 

Lévy (Théodore), ingénieur, rue Chauveau-Lagarde, 14. 

Monteaux (Eugène), boulevard Montmartre, 15. 



PROCES-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 27 DÉCEMBRE 1883. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

AI. le Président propose au Conseil de nommer le président sortant M. le baron 
Alphonse de Rothschild, président honoraire de la Société en reconnaissance de la 
part prise par la famille de Rothschild à la fondation de la Société. 

Cette proposition est adoptée à l'unanimité. 

M. Loeb rend compte des délibérations du Comité de Publication relatives à la 
rétribution des articles de V Annuaire. Le Comité propose de fixer cette rétribution 
à 2 francs par page. Les Rapports et les Conférences ne seront pas rangés parmi les 
articles rétribués, mais cent exemplaires des tirages à part seront mis à la disposition 
des auteurs. 

Cette proposition est acceptée après une observation de M. le Président qui émet 
des doutes sur l'utilité de cette rétribution et même sur l'utilité de V Annuaire en 
général, dont les articles pourraient paraître dans la Revue. 

Le Conseil, sur la proposition du Comité de Publication, décide d'abroger la 
défense faite aux auteurs de mettre en vente leurs tirages à part avant un délai 
d'un an. 

L'ordre du jour appelle la discussion sur le maintien du Comité de propagande. 

M. Lévi propose de le supprimer et de désigner quelques membres du Conseil 
chargés de faire des visites à des personnes dont l'adhésion à la Société serait dési- 
rable. M. Loeb propose d'autographier la liste de ces personnes que dressera M, Lévi 
et delà communiquer aux membres du Conseil. 

Ces propositions sont adoptées. 

Il est procédé ensuite à l'élection du Bureau et du Comité de Publication et d'Ad- 
ministration. Sont élus : MM. Arsène Darmesteter et Zadoc Kahn, vice-prési- 
dents, MM. Abraham Cahen et Théodore Reinagh, secrétaires, M. Erlanger, 
trésorier. 

MM. Hartwig Derenbourg, J. Halévy, Isidore Loeb, Oppert et Vernes 
sont élus membres du Comité de Publication. 



SÉANCE DU 31 JANVIER 1884. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Astruc pour la conférence qu'il a bien 
voulu faire sur les Causes et les Origines historiques de V Antisémitisme . 

M. le Président demande de nouveau la suppression de V Annuaire et l'insertion 
des articles qui le composent dans la Revue. 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. Zadoc Kahn croit que le succès de la Revue dans le public savant est dû prin- 
cipalemeut à l'exclusion sévère des articles de ce genre. 

L'examen de cette question est renvoyé au Comité de Publication. 

M. Halévy fait une communication sur le verset araméen de Jérémie (x, lu). 



SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1884. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

11 est donné lecture d'une lettre de M. le baron Alphonse de Rothschild remerciant 
le Conseil de sa nomination comme président honoraire de la Société. 

M. le 'Président déclare qu'il retire sa proposition sur la suppression de V An- 
nuaire. 

M. Loeb rend compte de la discussion qui s'est engagée au sujet de cette propo- 
sition dans le Comité de Publication. Le Comité propose au Conseil de conserver 
V Annuaire. 

Le Conseil ratifie ces conclusions. - 



SÉANCE DU 27 MARS 1884. 

Présidence de M. Zadoc Kahn. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Guillaume Guizot pour la conférence 
qu'il a bien voulu faire sur le Marchand de Venise de Shakespeare." 

M. le Président signale les inconvénients que présente ce fait que l'année d'exer- 
cice de la Société commence au mois de juillet. Il propose que dorénavant elle parte 
du 1 er janvier. 

Le Conseil adopte cette motion et décide qu'une circulaire sera adressée au mois 
de juin aux membres de la Société pour les aviser de cette modification et les prier 
de vouloir bien payer pour une fois la moitié de leur cotisation annuelle. 

Les Secrétaires, 
Ab. Cahen et Th. Reinagh. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 



DEUX LIVRES DE COMMERCE 

DU COMMENCEMENT DU XIV e SIÈCLE 



Les archives du département de la Côte-d'Or, à Dijon, contien- 
nent deux manuscrits hébreux, cotés B 10,410 et B 10,411, qui 
sont du plus grand intérêt pour l'histoire des Juifs de la Franche- 
Comté, pour la paléographie et les antiquités hébraïques, et enfin 
pour l'histoire de la Franche-Comté. 

M. Alfred Lévy a déjà signalé autrefois, dans un intéressant 
travail, l'importance de ces manuscrits * et en a donné une courte 
analyse. Nous nous proposons de les étudier ici avec plus de 
détails et en traitant un certain nombre de questions dont il ne 
s'est point occupé. 

Ces manuscrits contiennent les comptes d'une association de 
Juifs dont le siège était à Vesoul et qui faisaient, dans un rayon 
assez étendu, d'importantes opérations de banque, de prêt, de 
commerce et d'agriculture. Le principal personnage ou le chef de 
l'association était Héliot (Elie) de Vesoul. Héliot de Vesoul com- 
mence à être connu, depuis un certain temps, comme le chef des 
Juifs de la Franche-Comté. La prospérité de sa maison et de ses 
associés date probablement de la guerre qui suivit le traité conclu, 
en 1295, entre le comte Othon IV et le roi Philippe le Bel. Les 
barons, indignés de voir le pays livré, par ce traité, à celui que l'on 
considérait comme l'ennemi héréditaire, se soulevèrent pour dé- 
fendre leur indépendance; la guerre dura de 1296 à 1301, elle 
était entretenue en partie par l'argent de l'Angleterre, en partie 
à l'aide d'emprunts faits par les barons confédérés aux banquiers 
lombards et juifs 2 . C'est à cette époq- 1 que se placent les opé- 



1 Archives israélites, 1869. 

2 L'abbé Morey, dans Revue des études juives, t. VII, p. 7. 

T. VIII, n° 1G. 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rations dont les comptes se trouvent dans nos deux manuscrits. 
Elles ont pour centre la ville de Vesoul et s'étendent à tout le 
département actuel de la Haute-Saône, et aux départements 
limitrophes, le Doubs et le Jura (jusqu'au cours du Doubs), la 
Côte-d'Or (jusqu'à la Saône), la Haute-Marne (jusqu'au plateau 
de Langres), en poussant des pointes jusque dans les Vosges, au 
nord, et dans la Saône-et-Loire, au sud-est. Nos manuscrits vont 
de l'année 1300 à l'année 1318. En 1315, Héliot de Vesoul fit partie 
des syndics des Juifs de la langue d'oïl qui négocièrent le retour 
en France des Juifs chassés, en 1306, par Philippe le Bel *. Il 
comptait parmi ses clients et ceux de sa famille les personnages 
les plus importants de la contrée, les comtes, les barons, tous les 
membres du clergé, les curés, abbés, prieurs, les hauts fonction- 
naires tout aussi bien que les bourgeois, les hommes du peuple, 
les pauvres gens des dernières classes de la société. Après la cons- 
piration des lépreux de Tan 1320, le roi de France, Philippe V 
le Long, expulsa les Juifs de France (en 1321); le 14 décembre 
1321, en sa qualité de comte de Bourgogne du chef de la reine 
Jeanne, sa femme, et en conséquence de l'édit d'expulsion, il écri- 
vit à la reine Jeanne une lettre -par laquelle il lui faisait donation 
des biens d'Héliot (Hélion) et des autres Juifs du comté 2 . Ce fut 
probablement à cette occasion que furent confisqués les deux 
manuscrits qui font l'objet de cette étude, et c'est ainsi qu'ils sont 
parvenus jusqu'à nous. 

Ces manuscrits sont écrits sur parchemin, le premier a 48 feuil- 
lets, lé second en a 60 ; ils sont défectifs au commencement et à 
la fin, et, de plus, dans le corps du ms. 10,411, il manque un grand 
nombre de feuillets qui paraissent coupés au canif et qui furent 
peut-être enlevés, à l'époque de l'expulsion des Juifs du comté et 
de la confiscation de leurs biens au profit du roi, par des débiteurs 
peu scrupuleux 3 . 

Le ms. 10,411 est plus ancien, mais beaucoup moins intéressant 
que l'autre. Ii s'étend aux années 1300 à 1306. Il contient la 
simple liste des débiteurs de l'association, accompagnée de men- 
tions très brèves. Les faits y sont presque toujours énoncés dans 
l'ordre suivant : 

1. La somme prêtée, inscrite sur une marge, à droite, en lettres 
hébraïques. 

1 Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 310, n° lvii, pièce de Louis X, du 28 juillet 
1315. 

» Morey, Revue, VII, 11-12. 

3 Les feuillets manquants se trouvent entre les ff. 11-12, 14-15, 16-17, 18-19, 20- 
21, 29-30, 31-32, 34-35, et probablement aussi 8-9. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 163 

2. Le nom du débiteur. 

3. Son domicile. 

4. Les témoins et garants. 

5. Une date qui est ou bien la date du prêt ou souvent, à ce 
qu'il nous semble, la date de l'échéance. 

Quand les opérations sont liquidées, l'auteur du compte barre 
les sommes inscrites en marge ; souvent il met en surcharge des 
notes indiquant des remboursements successifs ou d'autres rensei- 
gnements. 

Ce ms. est donc une espèce de journal où les opérations sont 
inscrites au jour le jour. Il se distingue cependant de nos jour- 
naux actuels par deux particularités. D'abord, les opérations faites 
dans une même localité sont réunies sur des pages consacrées 
uniquement à ces localités; ensuite, des blancs sont ménagés 
entre les lignes pour y insérer la mention de nouvelles opérations 
faites plus tard avec les mêmes personnes, ou bien pour réparer 
des omissions. Nous croyons que ce journal est rédigé d'après des 
livres de notes fournis par les associés et où chacun d'eux ins- 
crivait les opérations faites par lui. 

Nous avons dressé, autant qu'il est possible de le faire pour 
des matériaux si mal coordonnés, une table sommaire des ma- 
tières du ms. 10,411 l . 

F° 4-8 b. Frotey. F° 32 «-32 b. Villeroy et Autrecourt. 

9 «-4 4 b. Villersexel. 33 «-34 b. Andelarre et Ande- 

4 2 «-44 b. Colombe. larrot. 

15 «-46 b. Dampvalley. 35 « (en blanc). 

17 «-4 8 b. Noroy. 35 b>k% b. Echenoz. 

4 9 « b. Essernay. 43 «. Vaivre. 

20 « (en blanc). 43 b (en blanc). 

20 b. Liévans et divers. 44 « b. Montoille. 

24 «-22 b. Navenne. 45 « b. Port, Couclans, Conflandey, 

23 «-27 «. La Demie. Grattery. 

28 «-29 b. Noroy 2 . 46 « (en blanc). 

30 «-34 b. Vellegondry. 46 £-48 b. Noidans. 

La date la plus ancienne du ms. (1300) se trouve dans le compte 
de Navenne, f # 21 a. 
Le ms. 10,410 est beaucoup plus intéressant que le ms. 10,411. 

1 Les feuillets du ms. n'étaient pas chiffrés ; ils portent une numérotation moderne, 
mais qui les prend à rebours, comme on ferait d'un manuscrit français. Nos numéros 
sont les numéros véritables, en commençant à compter de droite à gauche. 

2 Ce Noroy et celui du f° 17 désignent, sans doute, l'un Noroy-le-Bourg, l'autre 
Noroy-les-Jussey, tous deux dans la Haute-Saône. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

[1 en diffère matériellement en ce qu'il est une espèce de grand- 
livre où les mentions relatives au compte d'une même personne 
se trouvent réunies. Souvent le compte d'un débiteur remplit 
plusieurs pages, souvent aussi une même page contient, les uns à 
la suite des autres, les comptes de plusieurs débiteurs ; quelque- 
fois, enfin, les comptes de plusieurs personnes se trouvent mêlés 
et enchevêtrés sur une même page. Aucun ordre chronologique ou 
alphabétique ne paraît avoir été suivi par le rédacteur pour le 
classement de ces comptes ; dans chaque compte personnel, l'ordre 
chronologique des opérations domine sans être pourtant rigou- 
reusement suivi, à ce qu'il semble. Il n'est guère possible de dres- 
ser une table sommaire des matières de ce volume, il faudrait 
rédiger, comme table, le répertoire alphabétique des personnes qui 
y sont nommées et il n'entre pas dans notre plan de reproduire 
ici cette longue liste de noms, nous nous bornons à indiquer plus 
loin les principaux personnages qui sont nommés dans ce ma- 
nuscrit. 

La disposition matérielle du ms. est la même que celle du ms. 
précédent, les surcharges, les ratures y sont également nom- 
breuses ; quelquefois, en bas des pages, se trouve un chiffre total 
qu'il serait difficile de vérifier, attendu qu'on ne sait pas à quelle 
date ce total a été fait, ni, par conséquent, à quel état du ms. il 
correspond. 

Le grand intérêt de ce manuscrit vient de ce que, outre les 
mentions contenues également dans l'autre ms., celui-ci fournit 
presque toujours une note explicative indiquant le but de l'opé- 
ration, la destination de l'argent prêté ou emprunté, car l'asso- 
ciation recourt assez souvent à d'autres financiers. Ces indica- 
tions contiennent une foule de renseignements du plus haut prix 
pour les mœurs, l'état social et économique du pays, quelquefois 
les événements politiques et les grands personnages contem- 
porains. 

La date la plus ancienne de ce ms. est 1300 (f° 30 a; 1301, 
f° 20 a); mais il se rapporte plus particulièrement aux opérations 
faites depuis Tannée 1310; la date la plus récente qu'il contienne 
est de l'année 1318 (f os 27 ad, 28 a). Comme il est plus récent que 
le ms. 10,411, nous désignerons dorénavant par le chiffre I le 
ms. 10,411, et par le chiffre II le ms. 10,410. 

Les deux mss. paraissent écrits de la même main ; cependant il 
ne semble pas qu'ils soient d'un même auteur. Le ms. II a été 
écrit à Vesoul 1 , et, s'il est tout entier de la même main, l'auteur 

1 "l'tfJTD Ï1D « ici à Vesoul, » II 6 a, 30 a. 



Revue des Etudes Juives, 1884, n° 16. Imprimerie Cerf & Fils 



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Page 165 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 165 

est un nommé Vivant, qui est probablement le fils d'Héliot de 
Vesoul i . Le ms. I porte au f° 25 & cette mention : rûTûlo ^nN^to 'p 
ÈMlTm btt ïV « c'est ce que j'ai trouvé écrit de la main de Vi- 
vant ; » il semble donc que ce ms. ne soit pas du même Vivant, 
mais , comme l'association contenait plusieurs Vivant , le Vi- 
vant auteur présumé du ms. II pourrait être également l'auteur de 
, cette note 2 . 

L'écriture des deux mss. est une écriture cursive dite raschi; 
nous en donnerons un spécimen dans la planche qui accompagne 
cet article et qui est la reproduction d'une des pages les mieux 
écrites du ms. II (f° 17a). Quelques détails sur un certain nombre 
de lettres sont nécessaires pour expliquer nos lectures et les 
difficultés du déchiffrement qui nous ont quelquefois arrêté. 

a est presque toujours arrondi comme le s. 

"r est presque toujours arrondi comme le i. 

T est ordinairement formé d'une barre verticale droite sur- 
montée d'un petit trait horizontal droit, et peut quelquefois se 
confondre avec p. 

tt est très bien formé, mais peut se confondre avec ia liés par le 
bas, et même avec la lettre w, lorsque a est surmonté d'un point 
qui est dans nos mss. le signe de l'abréviation. 

73 est souvent formé de deux traits droits, verticaux, unis par 
un trait oblique très fin. Il arrive que ce trait oblique ne se voit 
plus', ou que deux m, dans la précipitation de l'écrivain, aient été 
unis par un trait oblique, de là une certaine confusion entre cette 
lettre et deux vav. 

2 est la lettre la plus équivoque de nos mss., car elle est exac- 
tement formée d'un s précédé d'un \ de sorte qu'on ne sait jamais 
s'il faut lire st, y ou a% 'p. 

p est assez mal venu, petit et peut se confondre avec les lettres 
ïi etT, cependant son jambage de gauche est ordinairement très 
incliné de haut en bas vers la gauche. 

n ressemble quelquefois à ^ ou :n liés. 

Nous indiquerons plus loin les règles suivies par l'auteur pour 
la transcription en hébreu des nombreux noms propres et com- 
muns français qui se trouvent dans son manuscrit et qui sont 
d'un si grand intérêt. Nous devons, dès à présent, indiquer quel- 

1 ïttNVn ">bl25 Û!T1 « Cet argent est à moi, Vivant, » II 15 a. Héliot avait un fils 
nommé Vivant (Morey, l. c, p. 14). 

2 Dans le ms. II également il est souvent question d'un Vivant à la troisième 
personne, qui est sans doute un Vivant différent de l'auteur du ms., si toutefois le 
ms. est tout entier de la même main. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ques-unes des conventions qui lui servent pour cette trans- 
cription. 

Pour remplacer dans l'alphabet hébreu les lettres françaises 
qui y manquent, il se sert d'un tilde qui est chez lui une barre 
horizontale placée sur les lettres. Nous remplacerons partout, par 
des raisons purement techniques et suivant l'usage des anciens 
imprimeurs hébreux, ce tilde par le signe ' placé à la suite de la 
lettre tildée. Voici le tableau de ces lettres : 

'n représente v. 

'y — g (dans givre), j et gn mouillés. 

n — h aspirée (rare). 

'U — gn mouillés. 

's - r. 

p — c dur, q ; 

'p — ch. 

2 — s sifflant (rare), ç (cellerier); souvent équivalent 

de notre x. 

•a — s sifflant, ç, jamais ch; souvent équivalent de 
notre x. 

'iû — s doux (maison), z. 

Les lettres t, 5, o, y, n ne sont jamais employées l . 

N représente très souvent Ye muet à la fin des mots, et les 
sons au, an. 

Le plus souvent le n des voyelles nasales (an, en, on, etc.) 
n'est pas représenté. 



I 

Liste des Israélites nommés dans les manuscrits. 

Nous commençons notre étude par cette liste qui fera connaître 
les principaux personnages israélites faisant partie de l'entou- 
rage d'Héliot de Vesoul et qui étaient en relations d'affaires avec 
lui ou avec ses associés 2 . Nous nous abstenons de proposer, dans 
cette liste, des identifications faciles mais tout hypothétiques, par 
exemple l'identification des Aron, des Haquinet, des Isaac, etc. 

1 Cependant dans le nom géographique de Port-sur-Scey il semble que l'auteur 
ait écrit ï"PO bj> U'IID. 

2 Dans tout ce qui va suivre, les numéros des feuillets qui sont précédés du chiffre 
romain 1 renvoient au ms. I ; ceux qui ne sont précédés d'aucun chiffre romain ou 
du chiffre II renvoient au ms. II. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV" SIECLE 107 

Abertin •pcrnaa, 54 a; nommée côlé de Haquinet; peut-être juif. 

Abraham, 53 #. 

Abraham 1*7:35, « mon petit fils », 55 a. 

Maître Abraham, médecin de Henri de Bourgogne, 54 a. 

Abraham d'Amance, 52 a. 

Abraham de Montjustin, T, Mb. 

Rabbi Abraham de Port(-sur-Saône), 9 b, 60 a. 

Abraham Cohen, 47 a, 54 b, 55 a ; R. Abraham Cohen, I, 20 a. 

Abramin fiEaniaN de Pontarlier, 15#, 44 b, 54 a. 

Aron, 5#, 59 a. Déjà mort en I3H, s*"*j, 5#; ses héritiers mentionnés 
5^ et 59 a, en 1342. 

Aron de Chalautre, 10 a. 

R. Aron de Port(-sur-Saône), 51 a ; le hakam R. Aron de Port, 55 a. 

Belnie, 10a. Argent prêté à des personnes qui vont enterrer cette 
femme 3>"3 ï-j&rsb^ "n m*np idbift '■pittb £ . 

Cressin lump, 2 a, 28 #. 

R. David, I, 29 a. Déjà mort en 1304. 

David de Montjustin. I, 20 #. 

David de Montmorency, R. David de M., 1 b, 13 b, 60 a. Est à Paris 
dans l'automne ou l'hiver (Epft) 1313, où il rencontre le tréso- 
rier de Bourgogne. 

Delsat rjWDb"^, mon frère, 48 a, 54 a. 

Delsat, ia*np, mon parent, 2 a. Ne demeure pas à Vesoul, car l'au- 
teur remarque qu'il est venu ici (à Vesoul). 

Diaya, Dieya, ou Diea, Dieau tifcrôptfvr, fttf*&*% 2 a. Il demeure à 
iij'pN (Echenay), et il est beau-frère de « mon maître, mon 
parent, le Rabbin » dont il sera question plus loin. La pro- 
nonciation Diaya de ce nom est confirmée par des listes de 
noms de Juifs anglais (venus de France en Angleterre), où l'on 
trouve Dyaya, Dyaye 2 ; la prononciation Diéau s'autorise 
d'abord du nom qui suit dans cette liste, et de la comparaison 
avec n&rîob" n in Boiliéau, Boileau, 41 b ; cf. 8 a. 

Diéot ïsin'Wt le hazzan (officiant) 3 a ; demeure à Vesoul ou à Vaivre. 

Doucette ou Douçotte Nl31}&"H, ' a - 

Elie, 8 b, \] b, 42*. 

Hanin ■pn, 1 a, 2 a, 15 a, 25 a. 

Haronin ^aYiîTi rnon fils, 6 b. 

Haquinet rj^pn, 20 a, 44 a, 54 a. On sait que ce nom est un dimi- 
nutif d'Isaac. 

Haquinet, mon gendre, 3 a. 

Haquinet d'Auxerre, 10*, 46 a. 

R. Hayyim, 8 b, 12 b, 46 b. On le trouve à Frotey, 8 b; à Chariez, 10 a. 

1 Ce passage prouve bien que Belnie est un nom de femme. Voir lîevue, VII, 138. 

2 Margoliouth, The Jeros in Great Britain (Londres, 1846), document relatif au 
Parlement de 1240 : noms de Juifs de Cambridge, p. 325 ; de Norwich, p. 326 ; ' 
d'Oxford, p. 326. D'autre part, Josef Haccohen, dans son Dibré hayyamim, écrit sou- 
vent V^lfcON pour E.ugenio, le ">N représentant la lettre e ; le IN, la lettre 11. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Héliot ou Eliot nrhto d'Amance, 18a. 

Héliot, 41 * (dans le passage français de cette page); demeurait sans 

doute à Vesoul. 
Gerson, 43 *. 
Gerson Cohen, 55 a. 
Gome Cohen arcm, 5 b, 11 a. 
G orne iDbn (Halfan, ou changeur ?), 6 a, 15 b. 
Isaac, 60 a; R. Isaac, mon oncle i*7«h, 60a. 
Isaac, mon parent "ÔTip, 5 a, 6 a ; R. Isaac, mon parent, et son fils 

i%b, 590. 
Les enfants de R. Isaac, 59 a. 

Isaac, instituteur nttbtt du fils du « Rabbin mon maître, mon pa- 
rent, » 2 a. 
Isaac de ib'WE tptt), 59 a. 
Jacob Cohen, le hakam R. Jacob Cohen, 45 b. 
Jacob Cédée p^S, 2 a. Probablement le même que le précédent. 
Lionet aiinîob- Demeure sûrement à Besançon, car toutes les affaires 

faites dans cette ville, sont faites par lui ; 3 b, 5 b, 6 a, 8 b, 9 *, 

10a, etc., 50 a. 
Lionet. On le trouve à Apremont, 53 b ; à Port-sur-Saône, 55 a. 
Lionet de anNTibN, 2 a. 

Lionet de Beaume(-les-Dames), 6a, 14 b, 43 b. 

Jeannin Lelochart (chrétien), notre ancien serviteur, 12 b, 32*, 127*. 
R. Mattatia, mon gendre ">3nfi, déjà mort (y"i) en 1309, 43 b, 56 *. 
Menahem, 8 a, 15*, 36 a, 51 b, 59 a. Est souvent nommé à Echenoz, 

I, 35*. 
Moïse, 45 a, 49 b. 
R. Moïse, 8 b. 

Moïse n*nb^b le cellerier, 2 a. 
Moïse ©wibwb lenglois (l'anglais), 2 a. 
R. Moïse de Bracon, 56 b. 

Moïse de La Châtelaine (?) N5""bï3tt5N'p U3"W, 26 a. 
Molin, 7 a, 43*. 

Molin "v-os, mon petit-fils, 7 a, 8*, 10a. 
Morel (juif?), 29 a. 
Pricion ou Précion ivsrns» veuve de R. David 1 , mort (y"z) en ou 

avant 1304, I, 29 a. 
Salomon Cohen, 2 a. 
Samoin "p-njwa (juif?), 4 a, 11a. 
Samuel, 1 a. 

Samuel, mon gendre, 10*. A un fils, 10*. 
R. Samuel de Ray-sur-Saône, 58 *. 
Sansinet, 11 a. 

Sansinet u^-v^^ de Montbéliard, 10 a, 44*; son père, 10 a. 
Saronete Na^'n&Wti ma fi^ e » 23 a ; elle a des enfants, 10 *. 



' Voir Reçue, J, 65, ligne 1, et p. 69. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIECLE 1f9 

Savorey •m'SNtt), mon petit-fils ■vos, \a,%a. 

R. Simha, mon beau-frère ^0"% 4 8 0, 24 0, 46 a. 

R. Simha d'Authoison, mon oncle, 41 b, 57#. 

R. Simson, \0b. 

R. Simson, « mon maitre, mon parent, le Rabbin », anM ■nnp "mn, 

1 a. Le Rabbin R. Simson, 10 0. 

Sivyah iras, nom de femme, 110. Le nom se trouve déjà dans la 
Bible, II Rois, xn, 2, où il signifie gazelle. 

Sonnet ou Sounet taWJî, * #> 2 ^ 21 #, etc. 

Sonnet ou Sounet de Coublanc, 2 «, 14 0. 

Vivant. Ce nom est écrit ordinairement cabl^Ti ; mais on trouve aussi 
BSK'm'n, 45 a; ûfcovn, 59 0; BMmYi, 45&; ûiiTm, 50, 60; «^rm, 
44&; Mm, 8 « ; MT-m, 6 0; D3"mTn Viviant, 54 a. 

Les personnages qui portent ce nom sont : 

Vivant qui parle en son nom et qui serait l'auteur du ma- 
nuscrit II; voir II, 15#. Il demeure à Vesoul. 
Vivant dont il est question souvent à la troisième personne, 

2 a, 5 0, 10 a, « j'ai écrit sur les instructions de Vivant iq hv 
^nnna tiïYvn< ». On le trouve entre autres à Paris. L'identifi- 
cation de ce personnage, qui figure très souvent dans le ms.II 
à la troisième personne, avec le Vivant précédent ne serait 
possible que si l'on supposait que ce fût tantôt Vivant tantôt 
une autre personne qui tenait la plume. 

Vivant de Besançon, 50 a, 54 a. 

Vivant de Pontailler, 2 a, 4 a, 9 0, 1 5 a, 4 6 a . 

Vivas Cohen (tûn-nn et wn), 7 0, 4 4 a, 4 5 b, 31 0. 

Outre ces personnes, l'auteur du manuscrit II en désigne un 
certain nombre d'autres dont il ne donne pas le nom, mais dont 
il indique les qualités ou la parenté qu'ils ont avec lui. Voici la 
liste de ces personnes. 

Mon maître mon père, rf'nzî "ON Titoi 7fl, 30 a, 52 0. Ce serait Héliot 
de Vesoul, père de ce Vivant qui est l'auteur présumé du 
ms. II. 

Mon maître mon beau-frère le Rabbin m!"f "Wi "nitt, ">D^5 ''"nia, 5 0, 
4 3 0, 47 a, 52 ab, 53 0. Il se déplace beaucoup, on le trouve tour 
à tour à Besançon, à Dole, à Fondremant, etc. C'est sans doute 
lui qui est aussi appelé « mon maitre mon parent i:mp le 
Rabbin, » %a. C'est lui sans doute aussi qui porte le nom de 
R. Simson (voir la liste ci-dessus). La Rabbine rr^m, 2fl, est 
probablement sa femme, et puisque [ibid.) on envoie de l'ar- 
gent à la Rabbine par un commissionnaire, il en résulte que 
ce personnage important ne demeurait pas à Vesoul. Si « mon 
maître de Vallerois », I, 32 #, est identique avec lui, son domi- 
cile se trouve déterminé. Ce rabbin a un oncle, un beau-frère 
(Diaya, voir la liste ci-dessus), un fils, un instituteur (Isaac) 



170 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

pour ce fils, une fille (le tout d'après 2 a); on le voit acheter 

uu livre de t os a fol, un loulab. 
Mon oncie le RabbiD, 52 a. 
Mon oncle de i^tan 2 a, et le fils de cet oncle. 
Le liazzan (officiant) de n^bas, 1 a. 
Un boucher juif de Port, 6 a. 

De la famille de l'auteur du manuscrit, nous connaissons donc 
les personnes suivantes : 

Son père; — son oncle le Rabbm ; — son oncle de "jbio et le fils de 
cet oncle ; — son frère Delsat, son parent Delsat ; -— son fils 
Haronin ; — sa fille Saronete et les enfants de sa fille ; — ses 
gendres R. Mattatia, Haquinet et Samuel ; — ses petits-fils 
Abraham, Molin et Savorey ; — ses beaux-frères R. Simha et 
le « maître mon beau-frère le Rabbin » avec tous les parents 
de ce dernier. 



II 

Localités. 

Nos manuscrits fournissent une longue liste de noms de lieux, 
c'est une contribution importante à la géographie rabbinique de 
la France et qui a d'autant plus de prix que cette région n'était 
guère connue, jusqu'à ce jour, par les ouvrages hébreux. Cette liste 
de noms géographiques a encore le grand avantage de faciliter 
l'intelligence du procédé de transcription employé par l'auteur et 
de fournir ainsi un nouvel élément pour l'étude des nombreuses 
gloses françaises qu'on trouve dans* les écrits des rabbins fran- 
çais du moyen âge. Enfin, si on fait attention que la plupart des 
localités qui y sont nommées ont été visitées par des associés et 
employés d'Héliot et que cette nomenclature seule donne une 
idée de l'étendue des opérations commerciales de notre famille 
juive de Vesoul, cette longue nomenclature paraîtra moins sèche 
et on ne la lira pas sans intérêt. 

On ne sera pas étonné de trouver, dans la liste, des noms pro- 
pres du Dauphiné, de la Flandre. Les relations commerciales de 
notre région avec la Flandre étaient nombreuses, et les maisons 
régnantes de la Franche-Comté étaient alliées aux maisons de 
Vienne ou en descendaient. Le second des comtes souverains du 
comté, Guillaume le Grand, avait épousé Etiennette de Vienne; s*a 
descendance conserva le comté de Vienne. L'amiral Jean de 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIECLE 171 

Vienne (xrv° s.), le personnage le plus fameux de cette maison, 
était franc-comtois. 

Un certain nombre de ces noms de localités se trouvent avec des 
noms de personnes et indiquent le lieu de naissance ou d'origine 
de ces personnes, ou leur titre nobiliaire, ou leur domicile. 

Lorsqu'un nom pouvait être identifié avec plusieurs localités 
homonymes, nous avons pris pour règle de donner toujours la pré- 
férence aux localités plus voisines de Vesoul et dans tous les cas 
de ne pas chercher, pour nos identifications, à moins de bonnes 
raisons, des localités placées en dehors du rayon d'opérations de 
nos personnages. 

Dans la liste qui va suivre nous avons souligné les noms fran- 
çais qui sont une simple transcription hypothétique du nom hé- 
breu, soit que cette transcription fût utile pour faire connaître 
l'ancienne prononciation, soit qu'il fallût y recourir à défaut d'une 
identification plausible. A la suite du nom propre donnant l'iden- 
tification nous avons inscrit, entre parenthèses, le département 
actuel, puis, et à moins de mention contraire, le canton *. 

u^na 54 #. Abbans (Doubs. Boussière). « Jean d'Abbans. » 
'tiî'-p'O'nN 60 a. Aveniers. Avenay (Doubs, Boussière). 
ab'n^DN 46 #. Ambreuile. Saint-Ambreuil (Saône-ei-Loire, Sen- 

necy). 
N'paNaiN 46 #. Ovanche. Ovanches (Haute- Saône, Scey -sur- 
Saône). 
Emp'aiN 24 a, 56 b. Augicourt (H.-S., Gombeaufontaine). 
ttb'vni» fifiNYiN 60 a. Avade-Oreille. Autoreille (H.-S., Gy). 
""bV^'us^ns 57 b. Voir iibb'^'iû'^'iN- 
-pb'uwia I 20 #; -pytû^'iN, 48 a, Tbttî^N, 58 a. Oiselier. Oise- 

lay (Haute- Saône, Gy). 
ttîaNiD""^ 45 b. (Messire Jean de — ) Oissans. Oisenans ? (Jura, 
Lons-le- Saunier). 
•nbb^'^-ntf 45 b, 57 b. Oisilly (Côte-d'Or, Mirabeau-sur-Bèze). 
BTip-n'nN I 20 #. Voir le mot suivant. 
amp^TiN 50 b. Oiricourt. Oricourt (H.-S., Villersexel). 
Tia 15 a. Our (Jura, Dampierre). 
10»T1N (Jehan des—). Les Ormes (S.-et-L., Cuisery). 

1 Dans les listes qui suivent, le tiret — représente le mot placé en vedette en tête 
de l'alinéa. 

M. l'abbé Morey, curé de Baudoncouit, qui connaît admirablement l'histoire, la 
géographie et les antiquités de la Franche-Comté, a bien voulu lire nos épreuves et 
nous fournir, sur ce chapitre et les suivants, une foule de renseignements précieux 
et d'utiles rectifications. Nous lui en exprimons toute notre reconnaissance. Nous 
remercions également M. Bernard Prost, de la direction des Archives départemen- 
tales au Ministère de l'Intérieur, de l'excellent concours scientifique qu'il a bien 
voulu nous prêter. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ŒUN'P'mN 51 à. Orchans. Orchamps Vennes (Doubs, Pierrefon- 
taine), ou plutôt Orchamps (Jura, Dompierre), où on 
sait qu'il y avait des Juifs. 
•p'tî^ltfN 4 b, 9 0, 36 a. Autoison. Authoison (H.-S., Montbozon). 
•p'tt'naN 24 b. Voir le mot précédent. 
ï3"VipfcnS3N I 32 t. Autrecourt. Autricourt (H.-S., commune Val- 
lerois-Lorioz). Il y a un Autricourt dans la Côte- 
d'Or, un Attricourt dans la H.-S., mais le contexte 
montre que notre nom désigne r Autricourt près 
de Vesoul. 
•v-iBN I 20, « près Monjustin ». Probablement Autrey-les- 
Cerre (H.-S., Noroy-le-Bourg). 
ûtlpt» I 32 b. Voir cmpNTJK. 

ï51731"i^n 7 a, probablement pour aiE'njpN. Aigremont (Haute- 
Marne, Bourbonne-les-Bains). Il y avait un Aigre- 
mont près de Roulans, dans le Doubs, château-fort 
de Jean de Vienne, et plus connu en Franche- 
Comté que le précédent. 
EiïibNa'W 52 #. Etalons. Etalans (Doubs, Vercel). 
fctt'DÈna'ïN 58 b. Etrabonne (Doubs, Audeux). 
tW&finû'W 25 #, Tlb. Etrapie. Etrappe (Doubs, l'Isle-sur-le D.). 
Il n'est pas impossible cependant que ce nom soit 
identique avec le suivant. 
■^EPiCrN 60 b. Etrepigney (Jura, Dampierre). 
l'A'WBhB'W 60 à. Autre forme du nom précédent, 
l'ipia 30a. Igny (H.-S., Gray). 
Kb^tT"^ 13#. Etiele. L'Etoile (Jura, Lons-le-Saulnier) ? Ou 
plutôt Ecuelle (H.-S., Autrey). en latin Scola et 
Scuola, appelé encore aujourd'hui Etielle dans le 
patois du pays. 
abb^tt^N Ma. Etielle. Autre forme du nom précédent.' 
■"a'p"*» 2 a. Echenay (Haute-Marne, Vassy)? 
TbïD""** Voir -^b'TZWlK. 
ab^tf Voir ab^ta. 

13^pT8 I 35 a à 42 ; II 8 a, etc. Avec le n d'origine (= d') 
IS^'piT, i^'pl, I 40 a. Echeno. Echenoz, probable- 
ment Echenoz-leSec (H.-S., Vesoul). 
nhïi i^'p"«N I 40 a ; II 37 b. Erfieno -l'humide, probablement Eche- 
noz-la-Méline (H.-S., Vesoul) ; cette identification 
paraît résulter très clairement de I 37 b, qui place 
l'un à côté de l'autre notre Echenoz-l'humide et 
Echenoz-la-Méline. 
tf^bttb i^'p^N I 37 a. Echeno-la~Méline. Voir le nom précédent. Le 
même f° porte aussi N^bw^b 'tt'p'W- 
■^■Q^ptf 6 a. 33 b, 44 a, etc. Erbois. Arbois (Jura, arr. Po- 
ligny). 
•"ÉttliD^K] Avec t d'origine (=<T) ■vwitt'n, 1 12 a, 49 a. Esser- 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 173 

nay, près Colombe-lès-Vesoul (H. -S.). Cet endroit, 
qui n'a aujourd'hui que 130 habitants, devait être 
plus important, les transactions qui s'y font par 
notre association sont assez nombreuses. 
WD&nM >1 N 59 a. Estrabone. Etrabonne. Voir awnfcnû'W. 
818ii'b8 2 a. Alvare. Serait-ce Allevard, dans l'Isère? 
8iittb8 10 b, 46 a. Alçore. Auxerre. 
8£8E8 45 b, 54 b, 58 b. Voir éumek. 
ampsiWN I 44a, II 60 #. Amoncourt (H. -S., Port-sur-Saône). 

fittWWtt 18 a, 37a. Amance (H.-S., Amance). 
ûllpa»» Voir Emp3l£8. 

i*WiL3fcWN 60 a. Anatoey. Nantey (Jura, Saint-Amour) ? 
anablaN I 33 et 34. Andelarre (H.-S., Vesoul). 
anaVra» I 33 et 34. Andelarrot (H.-S., Vesoul). 
ta^ipia'paa 48 a. Anchenoncourt (H.-S., Amance). 

izni'38 60 a. Efods. Effoz (H.-S., commune La Longine, 
canton Faucogney). 
133173128 16a, 53 #, etc. Apremont (H.-S., Gray). 
8b"^8 4fî b (Geoffroi de — ). Aeelle. Auxelles (Territ. Belfort, 

Giromagny). Les sires d'Acelle sont d' Auxelles. 
i3->'p8 1 40 a. Voir lai'pitf. 
'->">3p8 2 a. Voir '■v^pii^. 
T^b'rviN ou T^VaT» 60 a « près Fouvent. » Arvalier ou Aud- 
valier. Auvillars (sur la carte de l'état-major, au 
Nord-Est de Fouvent)? 
b""8i:n8 33 #, 59 a. Argael (Doubs, Besançon). 
b'WJHN Voir le nom précédent. 
iDT"W:pitf 3 ab. Argillières (H.-S., Champlitte). 

lÛNSDIN I 20, II 9 b, 12 #. « Arp. près Monjustin. » Arpenans 

(H.-S.). 
• "plus 45 £, 56 a. Auxon (H.-S., Port-s.-S.). 

Ï331D8 43 b, hébreu. Allemagne. 
fcn'na'a \ b, 2 b, 6 a, etc. Vavre. Vaivre (y.-S., Vesoul), 811811, 

25 £, 35£. 
U558 ta i8'3 Avec v-j d'origine (= de) H538 ta i8 , n B > ta i,60^a.Vadans (H.-S., 
Pesmes). 
0*ilpn8a 1 17 5. Baudoncourt (H.-S., Luxeuil). 
8'}38?3 ta ï8'n I 27a. Vaudemange (Marne, Suippes). 
U1lp8tû83 49 a, 50 #. Betaucourt (H.-S., Jussey). 

83^82 26 a. Paraît être Baignes (H.-S., Scey-s.-S.). Est nommé 
entre Chassey et Vaivre, comme pays de vignobles. 
Les affaires y sont faites par Moïse homme de La 
Châtelaine. 
fp^K'a 49 a. Vaichou. Vauchoux (H.-S., Port-s.-S.). 
18^83 1 a. Baland, Bauland. Baulay (H.-S., Amance), ou 
Bauland (Meurthe-et-Moselle)? On pourrait aussi 
lire 18^83 Balar, ce qui correspondrait à Baala- 



■17 i BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rium, Baalar, nom donné par les chartes des xn° 
et xm e s. à Baulay. 
"jbaa 59 a. Même endroit, Baulay, Bauland? 
n-:N3 6 a. 8 a, etc. Baume, Baume-les-Dames (Doubs). 
©Éttg^p 8 a, 42 a. etc. Baumes. Même nom que le précédent. 
V'YlKa 38 a. Barges (H. -S., Jussey). 

"naa 45 b (Lochot de — ). Borey (H. -S., Noroy-le -Bourg")? 

Cf. plus loin, «n^na. 
yn»a « P rès Pèmes », 58 #. Bars. Bard-les-Pesmes (H. -S., 

Pesmes). 
©n«a 58 b. Même nom que le précédent. 
!-p'rc&<a 60 a. Bassigney (H. -S., Vanvillers). 
Nbtûfcta 52 a. Basle. Bâle, en Suisse. 
■p'ima 55£, 56 a. Avec a local, "p'rp-iaNa. Boignon, Bugnon. 

Bougnon (H. -S., Port-s. -Saône). 
■v-itna 45 a. Gomme -n^a plus haut? On ne saurait penser 
à identifier avec Beurey, Côte-d'Or. qui est situé 
dans une région (Pouilly) où notre auteur ne pé- 
nètre pas. 
îBiia et UJ53 ; avec "1*7 d'origine (= des), taiia*^. 18 a, 32 b, 
39 b, etc. Bons, Bans. Bans (Jura, Mont-s.-Vaudrey). 
•vfcia 46 #, 48 a. Boussey (G. -d'Or, Vitteaux), ou, toujours 
dans la Côte-d'Or, Boussy-la-Pesle ou Bussy-le- 
Grand? Plus probablement Bucey-les-Gy (H. -S., 
Gy) ou Bucey-les-Traves (H.-S., Scey-s.-S.). 
amplifia 52 a. Buffignécourt (H.-S., Amance). Il faut écrire 

cmp^'aïa. 
ïaaiE'H'B'ia 54 a. Beaufremont (Vosges, Neufchâteau). 
lûS&ôpna 50 a. Bouclans (Doubs, Roulans). 
attiama 56 b, Bourbonne-les-Bains (H. -Marne). 
N'jm:ma 5 b, 45 # ; avec u> à la fin, 45 b. Bourgogne, Bourgognes. 

Bourgogne, province. 
rçmWq M 0» Bourgogne. 
K^Wia 54 a. Bourgogne. 
roan-na et ra-ma*^, tûmab, I 6 a, 31 a, 36 a ; II 50 a. Les Bordes 
(Saône-et-L., Verdun-s.-S.). 
empara Voir a-npNaaa. 

WwiWa 8a, 31 b, %ïa. Bithaine (H.-S., Saulx). 
ÉW^upa Gomme le nom précédent. 

l'ibva et V^a, 53 a, 59 a. Bel jeu. Beaujeu (H. S., Fresne- 
Saint-Mamès). 
'^•np et N^a, 58 a. Bèze (C.-d'Or, Mirebeau-s.-Bèze). 
l'abia Voir rab^a. 

WV'ï 3a. Verne (Doubs, Berme-l.-D.), ouïes Vernes, près 
Vadans (H.-S.)? 
^^PT'P I 45 a, un homme •"Wp'an. Il existe des Le Vernoy 
dans le Jura et la Saône-et-Loire ; dans la Haute- 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIÈCLE 173 

Saône, entre Boussières, Charriez et Andelarrot, il 
y a un Mont-le-Veroois, chef-lieu de canton, et un 
village Le Vernois, tout à côté; un champ de vernoi 
•vw-p-itt ÏTK2 est cité dans le compte de NaveDne, 
I 22 a ; vernois, dans le dialecte du pays, désigne 
un endroit humide. 
Ntcn "Voir a'ttjTa. 
roaa Voir raaix 
fiW"fin:a 2 b, 3 a, 12 b, etc. « Le maître de — . » Braine. 
Brennes (H. -M., Longeau)? Ou plutôt Biïenne 
(Saône-et-L., Cuisery) ? Ou enfin Branne (Doubs, 
Clerval), appelé, dans le patois local, Brenne. Voir 
jaa^a ; on pourrait lire NiTWna, Braisse, La Bresse 
(Vosges, Saulxures)? 
fitt^&na Gomme le nom précédent. 
•jipNnn 2 a, 56 b. Bracon (Jura, Salins). 
•n&ona 43 a. Breuray (H. -S., Port-sur~Scey). 
•Oïaina 7 b. Brottes. Brottes-les-Luxueil (H.-S., Lure), ou 
Brotte-les-Ray (H.-S., Gray), ou Broltes (H. -Marne, 
Ghaumont). 
&6tû « Sire Bénie de — . » Breule, Broie. Breuil (H. -M., 
Chevillon) ? Il y a un Le Breuil dans la H.-S., 
commune de Vellefrie. Les prés humides, les fossés 
des châteaux et les gazons avoisinants s'appelaient 
breuils. Il y avait un breuil à Vesoul avec étang 
du même nom ; il est remplacé, depuis le xvi° s., 
par la rue du Breuil. 
aa^-ia \ b, 12 b, 53 b. Voir «a^firo. On pourrait lire Nimx 
•pïfcN'm et ïT»3'\Da 4 a, 6 a, etc. Besançon (Doubs). 
EmpB'a 45 b. Jaucourt (Aube, Bar-sur- Aube). 
115^N^ 49 b. Gouhenans (H.-S., Villersexel). 
^'5?ya I 40 a. Juvigny ? Il y a plusieurs Juvigny en France, 
il y en a un dans la Meuse, canton de Montmédy, 
Peut-être Jugy (Saône-et-Loire, Sennecy) ? 
■n^l'} 5 b, 4 b, etc. Jussey (H.-S., Jussey). 
«VasVa 50 b. Jonvelle (H.-S., Jussey). 
EmpTra-iS 56 b. Qondocourt. Godoncourt (Vosges, Monthureux- 
s.-S.}, 
amp^n 55 a. Gésiucourt (H.-S., Gombeaufontaine). 

*i et ÏT'X Qy et Qie. Gy (H.-S.). 
"'a^'ai'a 56 b. Gévigney (H.-S., Gombeaufontaine). 
ii'îPi'ai'j I 42 «, II, 16 b, etc. Gomme le précédent, 
•n'avala i 42 a. Gomme le précédent. 

T^'na^ 60 a, « près Fouvent ». Genevrières (H. -M., Fayl- 
Billot). 
iW'a 58 b. Gendrey (Jura). 
«WYM'a 28 a. Genevrois. Genevrey (H.-S., Saulx). 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ttT'n'aa'a 60 a. Genevrières. Voir n^n'nrt. 
'nnsn* I 45 b. Grattery (H.-S., Port-s.-S.). 
ï^Éna 3 £, 5 £, etc. Qrail. Gray (H.-S.). 
KVnNb ^fina 57 b. Gràil-la-Yile. Gray-la-Ville (H.-S., Gray). 

afrCN-tt 59 b. Grenant (H.-M., Fayl-Billot). Le contexte parait 
montrer que ce n'est pas le Grenant de la Gôte- 
d'Or. Autres formes rafcttfcna, ttiï&na, B«na, (59 b et 
60 a), B3^a (59 b), ttîW (59 b), 20 a, 54 b, 60 a, etc. 
tt)N3fina et tt»»na. Voir BKMhi. 

«ma et Ett'vna, I 21 a, II 52 b. Graisse (H.-S. commune de 
Navenne, canton de Vesoul). Il y a un château de 
Graisse dans cet endroit. 
■HBwia I 13 #. Gressoux (H.-S., commune d'Auxon, canton 

de Port-s. -Saône). 
iBiD^na Voir iB'na. 
•jnîis Voir B&Cfina. 

tû'Mia 49 a. Granges-la-Ville ou Granges-le-Bourg (tous 
deux H.-S., Villersexel), importantes seigneuries 
tenues par les Faucogney et les Grammont et où 
il y avait des Juifs. 
B3ia Voir Bfiwana. 
•paana 54 a. Granson, en Suisse. 

uisna Voir a&w&ra 
"naan 47 a. Damerey (Saône-et-L., Saint- Martin-en-Bresse). 
ab-ii 6 a. 15 fl, etc. Dole (Jura). 
Uîbn^i 30 # . ZM&?. Identique au précédent ? 
fcVvp'MBYl 56 #. Demangevelle (H.-S., Vesoul). 

iiWTrt 46 a. Dornay. Darnay (Vosges, Mirecourt) ? 
n^bN'nn 1 4 2 a, 4 3 à, etc. ; ■vfca'aa'i, I 45 a. Danvalier. Damp- 
valley-les-Colombe (H.-S., Noroy-le-Bourg). 
•pna:*! 11 a. Dambrês. Damparis (Jura, Dôle) ? 
firpiaST 11 #,45 #, etc. Dampierre, probablement D.-les-Mont- 

bozon (H.-S., Montbozon). 
B-PlNn 46 b. « Pour aller à BTnKYi. » Vavert, Vauvert, Van- 
te?:è? Serait-ce le Vauvert du département du 
Gard? 
N-nam 35 b. Vaivre. Voir an'aN'a. 
OSaiViasm 55 b. Vandelans (H.-S., Rioz). 

fcrifcm 57 b. Vaire (Doubs. Marchaux) ? Il y a le grand et le 
Vaire, en patois Vare, dans le canton de Mar- 
chaux, avec château. 
«r'wm 59 a. Vienne (Isère) fWWi, 9 a ; fW«Tï, 9 a; fctt^fiPl, 
59 «;Np^N^l 7 b; Nm 54 a. 
vnsnmi et Tii^fiwrvm, lûiwm, w^srrni, ©""irn, 8 a, 38 à, 
45 b, 50 a. Ver saies, Versiès. Verissey (S.-et-L., 
Montret) ? 
EûN'tûn 46 b, 56 a. Vezet (H. S., Fresne). 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 177 

Vum 2 b, S a, 22 b, etc.; F^ow. bn'iun, 27 0, Vesoul; liDi, 
39 a. Vesoul (H. -S.). 
«n'to.Yi 143 #; tartan de Vaivre, %a. Vasies, Vesiès, Vesiès de 

Vaivre ? 
Œfitta'n 60 b « Girart de — ». Vaite (H. -S., Dampierre-sur- 
Salon) ; ou Vaitte (Doubs, Ghamplive), où il y avait 
un château fameux. 
b^n « sous Monjustin ». I 20 à. Vy-lès-Lures (H.-S.-Lure). 
tfVn 59 à. Comme b^T? ou comme le nom suivant? 
b^^N'pb ab^i I 22 a, II, 29 a, 49 a. Vele-le-C lias tel. Velle-le-Châtel 
(H.-S., Scey-s.-S.). 
rmsVn I 30, 31 ; II, 5 #, 6 a, etc. Vilgondry. Velleguindrey 
(H.-S., Scey-s.-S.). 
l'ab'n 43 a. Voir ^b-nab. 
^b-n 3 b, 18 a. Comme b"n ? ou comme le nom suivant ? 
"6^1 « près Luxeuil. » 39 a, 43 «. Vy-les-Luxeuil. Villers- 
les-Luxeuil (H.-S., Saulx), où s'élevait le château 
de Mézières, appartenant aux Faucogney. 
n^b^i et TiVn, 9, M, 12 fl, 50 b. Villers-la-Ville (H.-S., Vil- 
lersexel) ou autre Villers du département comme 
Villers-les-Luxeuil, etc. Voir le nom suivant. 
p^b T^Vn 1 10 b ou -pVn seul, ibid. Villers-le-Sec (H.-S., Noroy- 
le-Bourg). 
'-pb'n Voir -p'^b'n. 
wfiW) b3> T^l I 20 §, II 50 b. Villers-sur-Scey. Villersexel (H.-S.). 
■«ÉnwaVn I 20 b. Velleminfroy (H.-S., Saulx). 
ya'sb'n 15 J, 16 a. Vellefaux (H.-S., Montbozon). 
lamsb'n (ou yi-pab^ï)? 34 l. Vilpirot ou Vilpiron. Villeparois 
(H.-S., Vesoul). 
•ppâtfYsb'n 56 b, 57 b. Villefrancon (H.-S., Gy). 

■WnVn et ■"fcnb'n. I 32, II 5 b. Vilroy. Vallerois-le-Bois ou 
Vallerois-Lorioz (H.-S., Noroy-le-Bourg). 
r: l -np"nb"n 43 a. Villeroncourt (Meuse, Commercy). 
ywbiï 52 a. Vellexon (H.-S., Fresne-St-MamèsV? 
frn^i et N-i^l, 13 b. Veire, Vière, Vire? Comme fcmvi ? 
ttab^b"n Velgiles. Voir œab^Tvi. 
amn Voir fin^. 

i'ATI et ïr'ym, 45 b. Vergy (H.-S., comm. Leflbnd). Les 
Vergy étaient une des familles importantes du 
pays. 
iBN^'aTl et ttïb^TI, 52 a. Vergiles. Vrégille (H.-S., Marnay). 
TifcttS'n et ^ÈOm, I 22 a, II 46 a. Vernay (S-et-L., Savigny)? 

Vernois-sur-Mance (H.-S., Vitrey) ? Voir ^Êtt-p'a. 
^^ti Voir tD'warïwn. 
TNSrn Voir ■vwrn. 
■"b^VJ 59 #. Theuley (H.-S.,Dampierre-sur-Salon)? ou plutôt 

T. VIII, N° 16. 12 



7S REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'abbaye bien connue de Theuley, commune de 
Vars (H.-S.). 
i^Nb^ca 1 14 ^. Tilai, Tiloy. Thilay (Ardennes)? ou comme le 

nom précédent? 
anû'TO 30 ft- Probablement pour ania'-pû. « Perrenot ant^ai*! 
Dutitre ». Il y a un Le Titre dans la Somme. (Voir 
le mot suivant). 
anca-PB I 39 b, « Guillaume anta^BYr ». Le Tertre (Gôte-d'Or, 
commune de Chanceaux, ou Vosges, commune de 
Saint-Maurice). 
a'a&nu ^ #> 15 a, etc - Trave. Traves (H.-S., Scey-s. -Saône) . 
'^5311*10 58 b, 59 #, « Jehan •"abnafcncaTi ». Le Tremblois (H.-S., 
Gray). 
^JN^ina 45 #. Troyes (Aube). 
UT^biï'ntf 53 #. Tromeliart. Tromarey (H.-S., Marnay)? Tré- 
milly (H. -M., Doulevant) ? 
ttftbnïa ou peut-être ttï^bntî, 33 #. Trolans? Trolins? (Est-ce 
une ville ?). 
">->by^ v n:: 58 a. Tresilley (H.-S., Rioz). 

nVmt" 1 44a; II 42#. Comme ^'351% Ou peut-être Join- 
ville-sur-Marne (H.-M.) ? 
yi'D 9#, 42 #, 47#, etc. Traduction hébraïque du mot 
b^UJN'p, chastel. Désigne le château de Vesoul. 
Voir b^U5tf> 
Ytti'ita 7"D 1 4 6 b. Le château de Vesoul. 

Niiaiann^b 47 a, lecture douteuse. La Bartondre. La Bretenière 
(Doubs, Marchaux ; Jura, Dampierre) ? 
"nsab et v\s& 60 b. Lambrey (H.-S., Combeaufontaine). 
l'aVnsb 6 a, 41 a. La Vilgy, La Villegy t La Vellegy ?Gy (H.-S.)? 
ftfWrtô et ttfcpfc'ib, I 23 à 27, II 26 b. La Demie (H.-S., Noroy- 
le-Bourg). 
N'JP'wb I 34 b. Probablement comme ©w^b, plus bas ? ou 
Liège (Belgique) ? 
tf'niib'nab 59a. La Villeneuve (H.-S., Verdun; ou H.-M., Lan- 
gres, mais plutôt celui de H.-S.). 
TMfcWib tttt^b 9 a. Lons-le-Saunier (Jura). 

N'pNSttb 6 a. La Fauche (H.-M., Saint- Blin). 
fcO^Ln'DNb 24 #, 27 b. La Fontaine-de-Roche (H.-S., commune de 
Vellefaux) ? La Fontaine de Noroy est nommée 
I 30a. Tous ces noms sont peut-être des noms de 
personne. 
fcWT^'pab 9 a, 59 #; NTDiN'prt, 42 a. Lachierme, Lackarme. La- 
charme (Jura, Lons-le-Saunier). 
ab^D'pab 4 0#. La Chapelle (H.-S., commune de Crevans). 
■p"npNb « Une vigne de — ». 42 a. La Croix (Côte-d'Or, com- 
mune Marcilly; ou Saône-et-Loire, commune Buf- 
fiêres ou commune Saint- Sernin) ? 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 479 

N'pin&ô SI b ; a'pT-ib 50 a, 51 b. La Roche ; un château fort de 
ce nom, sur l'Ognon, dans le Doubs, appartenait 
aux sires de Ray et Dampierre. 
KttYpTiNb I 36 a ; Nï^'p^ab 34 a. La Rocâetle, La Rochotte. La Ro- 
chotte (H. -S., commune de Breurey-les-Faverney). 
ab^'p-mb 520. La Rochelle (H. -S., Vitrey). 
yston^b 51 b. Larians (H. -S., Montbozon). 
ïi&WHNb et ;w^"nab, ïiN^^ttî^^Nb, 56 5, 58 b. La Résie-Saint- 
Martin (H -S., Pesmes) ou Résie-la-Grande (ibid.). 
MN'nSNttJNb 60a. Lasaunerie de Salins (Salins, Jura). 
i-rawb Voir iiN'WNb. 
ttft&ob 7 a. Louhans (S.-et-L.). 

tttf'mb 44 a. Louvent (Meuse, commune Fresne-sous-Mont). 
fcW^frnïTib 53 b; N^^nïiib, 53 b. Loheraine. Lorraine, province. 
Nb^HOib 44 a. Longevelle (H.-S., Villersexel). 
^N'piib et iiiN'pib, 59 b. Louches. Louche (H.-S., commune 

Courtesault) ? 
uwn^b Lesbordes. Voir tûTm. 

ttïa&n^b et ttjsaiib, I 20. Liévans (H.-S., Noroy-le-Bourg). 
■^'n^b I18a, 33a. Liévrecey (H.-S., commune Villeguin- 
drey). 
tiî&tt^b 44 a. Leynes (S.-et-L., La Chapelle-de-Guinchay). 
« Henri de L. ». Ou la commanderie de Laine ou 
Laigne, au canton de Montbozon? 
wnw^b 53 b. Liengres. Langres (H. -M.). 
•*W*b 7 5, 11 0, 12 5, etc. Lissoi. Luxeuil (H.-S.). 
■naib 60 b. Voir y-axsb. 
a'pi^ib Voir a'pn^iisb. 
■*b*«îa et iiVviiia», ^bb^tt, 30 a, 36 a, 59 a. Mailley (H.-S., 

Scey-sur-Saône). 
Uimbatt 9 b. Malines, en Belgique. 
r^p^Nn I 45 ab. Marchaux (Doubs) ? 

ttTHSNtt 47 a. Mandres. Mandres-les-Nogent (H. -M., Nogent). 
■"fina'nNia 5 5, 10 a, 54 a. Le Marteroy, prieuré près de Vesoul 
'p'tB'mtt 7 a, 8 a, etc. Montbozon (H.-S.). 

û^^bni» et E3-i^bnai» 10 a, 355, 43 5, etc. Montbéliard (Doubs). 
Une fois o^Hi^a» . 
■pBWW'ft'flb 45 5; pbttl'SI», I 20 5, II 24 5. Montjustin (H.-S., 
Noroy-le-Bourg). 
i^"ji^, rmNLntt ,-iàfittatfiîa, 56 a. Montaigu (H.-S., près de 
Colombier, canton de Vesoul, château ruiné ayant 
appartenu à Henri de Bourgogne). 
aiblNû-i» 5 5. Montarlot. Montarlot-sur-Salon (H.-S., Cham- 
plitte) ou Montarlot-les-Fondremant (H.-S., Rioz). 
ttjsb'^lt^tt I 43 a; ttîNbitaitt, I 44 6; ^Nb^lû^l^, I 44 5. Montoille 
(H.-S., Vesoul). 
anai» 9 5, 10 a, 41a. Montrot (H.-M., Arc-en-Barrois) ou 



18 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plutôt Montrond (Doubs, Gingey), où Henri de 
Bourgogne avait un château. 
IwiOTO 2ia,26#, etc. Montreuil. Montreuil-sur-Blaise (II.-M., 
Vassy) ? 
B"npnV*n» 43 #, 46 #. Mailleroncourt (H. -S., Saulx et Vauvillers). 
ttftabVtt <6 b, kl a. Mollans (H.-S., Lure). 
■'aWTra'itt '1 à, 43 #, 60 a. Montmorency (Seine-et-Oise). 
■pB-tol» 25 #, 46 a. Montmartin (Doub?, Rougemont). 
ÛIBSta 51 b. Montot (H.-S., Dampierre-sur- Salon). Il y a des 
Montot dans la Gôte-d'Or et dans la Saône-et-Loire. 
y^yn 46 b. Mons (Isère) ? ou Mons en Belgique ? 
©■«aaiM 41 b, \9b, 32 a, etc.; ©■wiafc'i&i 41a; Éi^aMM ou 
WwaurWa, I 28 6; \û^"i53, II 56 a. Montcey (H.-S., 
Vesoul). 
"T^bpjlM 52 b. Monclair. Un des Monclar ou des Montclar qui 

se trouvent en France. 
■ppK'DlE 40 b, 57 a. Montfaucon (Doubs, Besançon). Un des 

châteaux les plus considérables du pays, 
«■nyianâ, ©^atitt, œ^ittriia, voir œ^&ritt- 

©n^'amîa I 28 #, « Gérart tûn^'Jnwi, » I 47 b. Morgières, Mor- 
gnières, Morignières. Morigny (S.-et-L., Palinges)? 
On appelle en patois Molgier ou Morgier le village 
actuel de Melisey (H.-S.). 
KTwa NBTitt'n 22 a. La Mortepierre. Peut-être un terrain près de 
Vesoul. 
cm» 4 a, elc. « La^foire de —, le jour de —, » très fréquent. 
Saint-Maurice (H. -M., Langres ou Doubs, Pont-de- 
Roide) ; n'est pas sûrement une localité. . 
ïmp"n?2 27 a, 55 b. Meurcourt (H.-S., Saulx). 
■otrjoitt Voir ttaam. 

tS^iVievïa, sn^'lC"^ 37a, 45 b, 47 a, 60 b. Maizières (H.-S., Rioz). 
VoTft 57 #. Mirebel. Mirebeau-sur-Bèze ^Gôte-d'Or). Le con- 
texte montre que c'est bien ce Mirebeau ; Oisilly, 
qui est tout à côté de cette ville, est nommé dans 
le même passage. 
"H'OTa 51 a. Miseri. Miseré (H.-S , commune de Calmoutier) 
ou Miserey (Doubs, Audeux). 
tTTttpiVîB 51 b. Malaincourt (Vosges, Bulgnéville, ou H. -M., 
Bourmonl). 
•®*VÙ12 11b, \\ a. Menors; ou unTO, Menods. Menoux (H.-S., 
Amance)? Cet endroit s'appelait en latin Manaors 
(dans les Bollandistes). 
tt^'nfitt I 21, 22 ; II 9 a, etc. Navenne (H.-S , Vesoul) 
i\ntjw 40 #, 49 a; iiaSÈtt 4 9 a. Nantey (Jura, Saint-Amour). 
ti3N3 48 #. Nans (Doubs, Rougemont). 
p'hM ou , pv- l ^ ou peut-être 'ji^n^, yna£ « Messire Hugues 
— ^i ou — ti. » Udb. Nagrès, Nagrain, ou Segrès, 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV SIECLE 181 

Segrain. Segrois (Gôte-d'Or, Gevrey) ? oy. prieuré 
d'Ànnegrai près de Faucogney, appelé encore au- 
jourd'hui Negrey en patois. 
^fcOS « Guillaume de — , » 10 a ; yais, « Pernel de La Cha- 
pelle de — , » 10 à, lecture douteuse (pourrait faire 
•j"W3, ou 'pNŒ, y^îû) ; ttîan!], 5#, 9 b, 51 a, « Guillaume 
de — ; » yi3, 30 a. Nods (Doubs, Vercel). 
■"anNii, 'naiu, 117, 18, 28, 29. Noroy. Noroy-le-Bourg (H. -S.), 
yana VoiruJKNli. 
tlï&m Voir matti- 
aaNl^ia, BDT^i 1 45 à 48 ; II 26 b, etc. Noidant. Noidans-les- 
Vesoul (H.-S., Yesoul). Il y a un Noidans-le-Fer- 
roux, H.-S., canton de Scey. 
b*»OlDHp tp"û 46 a. Nuef-Chastel. Neufchâteau (Vosges). 

ïttiwvnD I5ô ; aaiTai^a I5#, 28 #. Noirmont, Nermont. Noire- 



mont (Oise 



yi5 Voir im&na. 
G»iîa*Y*a Voir osiîa^ina. 
■WK'aK'e, ■WK'MtfDî 56 a ; ■w'nN'B» U#, 50 a, etc.; -w^s, 39 £. 
Faverney (H.-S., Amance). 
b^Dîi 43 0. Z<? Pail. Fahy (H.-S.)? Fayl-Billot (H. -M.) ? Il 
y a un « Château de Pail » près de Passavant 
(Doubs). Notre ville a un prévôt. 
ttïbND 9 a. Pals, Pauls, Paulx. 

liTND 59 #, 60 #. « Evrart de — . » Opérations où sont mêlés 
Simon de Grenans et Simonin de Louche. Pacy 
(Yonne)? Le personnage serait- il identique à Eve- 
rart de Percey, mêlé aux mêmes affaires, et ^nd 
serait-il identique à Percey ? 
ÏT'JPÏpN'O, ÏT'm^pN'D, 54 # ; i'yi , np«'&, 54 # ; i^^p^'D, 39 5, 51 b; 
■^'mpN'D, 54 £ ; Irp'inpYs, 54 b\ Srr'aip'Bi 54 #. Fau- 
cogney (H.-S.). 
ttî^NS, lïî^D, 35 a, 39 b, etc. Paris (Seine). 
ya'n's, yaa'i's, ya'nYs, 14 #, 45 #, 46 #, etc. Fouvans. Fouvent- 
le-Haut ou Fouvent-le-Bas (H.-S., Gray). 
'^H3t3ia I) 29 b. Fontenay-les-Montbozon (H.-S.). 
b^UŒN'pb ^NSûVb I 45 b. Fontenay-le-Càastel. Fontenoy-le-Château 
(Vosges, Bains). 
vtJ^lB o#, 22#; ■virils, 34 #. Pusey (H.-S., Vesoul). Voir 
aussi s-piais. 
WtiWS 3 b, 7 b, etc. Pusel. Identique au précédent ? 

VïDiïB ^°i r l'iB'^'iB- 
W^Vb 4 a, 35 a ; ib^Vib, I 24#, II 12 5. Foulains. Foulain 
(H.-M., Nogent). Peut-être plutôt Filain (H.-S., 
Montbozon), dont le nom vient de Fons Lana (fon- 
taine de la Laigne), et qui s'est appelé successive- 
ment Foulans, Foulans, Foulains, et enfin Filain. 



ksi REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*«abVto 56 b. Foulenay (Jura, Chaumergy). 
ïi^bnRaaiD 44 b. Pontarlie. Pontarlier (Doubs). 
T*bûttB 4 a, 9*, etc. Pontailler (G.-d'Or) K 

y-ans I 2 a, 46 b, II 4 a, 7 #, 24 a. i>ow$. Pont (Côte-d'Or, 
Auxonne, ou Vosges) ? Plutôt Pont-les-Vesoul 
(H.-S., Vesoul). 
ÏT'Jnpn'B Voir ï"p':mp8'D. 

"j-ns I 45 a ; II 7 6, etc. Port. Port-sur-Saône (H.-S.). 
ï"PO ba* tnns I 45 a. Port- sur- Scie, P.-sur-Scey. Le même que le pré- 
cédent, car Scye et Scey sont tous deux au-dessous 
de Port-s. -Saône. 
î-piûlD « Odot de — ». Pussie. Pusy (H.-S., Vesoul) ? Voir 

■pp ïms 31 a, Petit-Port, ou peut-être un Port moins impor- 
tant que Port-s. -S. et appelé ainsi pour cette 
raison. 
ttîtt^B 58 b, tta^s, 58 # ; M">s, 8 a, 58 b. Pêmes. Pesmes 
(H.-S.). 
N'j'n's sn^s 29 a. Pierre frite. Pierrefaite (H.-M., La Fer té) ou 
Pierrefitte (Vosges, Darney). 
tii&ma et tours. Voir ttîft^s. 
ffWï^ I 45 a. Ferrières-les-Ray (H.-S., Gray) ou Ferrières- 
les-Scey(H.-S., Vesoul). 
"^TS 59 b, 60 a. Percy. La rencontre des noms de Grenans 
et de Louche dans le passage où se trouve ce 
nom paraît indiquer que cette localité est ou bien 
un des deux Percey de la Haute-Marne (canton de 
Longeau et canton de Prauthoy), ou bien Percey- 
le-Grand (H.-S., Ghamplitte). D'un autre côté, le 
nom est aussi écrit ^ns, 59 a, ce qui pourrait être 
Parcey (Jura, Dôle), où se trouve aussi la ville 
de Choisey, qui est également nommée dans le 
passage ("•'UJ^np). Voir aussi ^NS. 
l'aab's, a^ab's, ï-p'aab'ïi, l'sab's, ï'^tfb'D, m':6's, 47 a, 60 b. 

Flagy, Flaigy. Flagy (H.-S., Port-s.-S.). 
œrrabs, tttrwkî», 2 b, 11 a, 25 a, 34 6, 44 a. Plaits, Plaites. 
« Girart de — ». Plottes (S.-et-L., Tournus)?ou 
Palante (H.-S., Lure)? 

1 Le catalogue imprimé des mss. hébreux de Paris contient quelques renseigne- 
ments erronés sur un beau ms. du Pentateuque portant le n° 36. Ce ms. a été 
écrit le jeudi 18 tammuz (non 12 tammuz, car le 12 tammuz de l'année en question 
n'était pas un jeudi) 5060 ( =z 18 juillet 1300) à Foulnay "ObnS ( non P°Un n y) P ar un 
scribe nommé Joseph de Pontailler ^iobNtaanS ( non Pontarlier, ï"JÎOb"lL2inS)> pour 
un R. Aron fils de Jacob. Comme ce beau ms. a évidemment coûté très cher, il nous 
paraît à peu près impossible que le R. Aron qui Ta acheté n'ait pas été en relations 
avec Hélie de Vesoul et ne soit pas nommé dans nos mss. Il est donc probable que 
c'est un des Aron nommés plus haut, au paragraphe I. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 183 

um^Vs 8 0, 10 0, etc., pays de Flandres. 

l-p^Vs Voir ^aVs). 
HWYawWB et BTYinbB, 49 a. Flavignerot (G. -d'Or, canton ouest 
de Dijon). 
"'"-nb'D 44 0, 48 a. Fleurey. Fleurey-les-Faverney (H.-S., 
Vesoul). Il y a encore deux autres Fleurey dans la 
H.-S. 
tiïfc-ïtt'B 12 b, 35 0, etc. Fondremant. Fondremand (H.-S., Rioz). 
ïT'^ipa Voir ïT':mptf'D. 

Nr-Ws 48 a; fitt^'s, 56 6. Fraine. Fresne-Saint-Mamès (H.-S.) 
ou Frasne-le-Château (H.-S., Gy) ? 
tti^Éna'mb aw^fin's 50 b, 52 b. Fresne-Lïvadois, Fresne-le-vaudois ? 
Un des deux endroits précédents ? 
fcn^'pia'aniD I 45 0. Provenchère (H.-S., Port-s.-S.). 
S3Tn / A^TT6 49 0. Froigerot. Comme an'iP'nbD? 

'"û'n'B et ■"pnm'a, tt^BTf», I 1 à 8 ; II 8 0, 8 l, 21 0, 24 #, 
etc. Frotey, Frotier, T^ro^rs. Frotey-les-Vesoul (H.- 
S., Vesoul). Il y a aussi un Frotey-les-Lure. 
tt^-is 9 0, 18 b, 22 0. Presle (H.-S., Dampierre-les-Mont- 
bozon). 
ûmp^'D 57 0. Frécourt (H.-M., Neuilly-l'Evêque). 
ra^ô Voir UJ-nND. 
^itis Voir lïfcTB. 
"""ûNSi 7 0, « Richart de — ». Voir l'ma'mû. 
N'pm^ii: 42 0. Santoche (Doubs, Glerval). ayiBMfc, 43 0. 
*p£ 56 b. Son (Ardennes). 
p*ns « Loreillart de — », 55 b ; Loreillart de pT% » 40 £, 
15 b, 40 b. tfm;, Sorc. Paraît être Cerre-les-Noroy 
(H.-S., Noroy), car est nommé près de Montjustin, 
II 55 b. Henri de Faucogney a des biens à pTlÉ. 
Gerre s'appelait autrefois Cerc, Cerq. 
Y+VM Voir y^iï. 

i-tfott 51 à. Scye (H.-S., Port-s.-S.). 
yfrP^2 46 b. Citeyes. Citey (H.-S., Gy) ; nommé à côté du 
Bucey fvoir ^12) et Fondremand. Bucey est pro- 
bablement ici Bucey-les-Gy. 
p'-ptt Voir yn%. 
N'p"iM3£ Voir «'plOSfiOt, 
lUN^iat 60 b. Secenans (H.-S., Villersexel). 
TWVt 15 0, 41 0. Nom hébreu biblique Çarefat, qui, suivant 

l'usage, désigne la France 3 . 
■n'na'p et -n^N'p, 15 #, 52 b. Chauvirey. Chauvirey-le-Châtel, 
ou Chauvirey- le-Vieil (H.-S., Vitrey). 

1 L'auteur emploie ce nom pour désigner la France du domaine royal ; le pays 
où il demeure n'est pas la France, car il prête de l'argent à quelqu'un « pour aller en 
France ». 



ISi REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'flynaKp 'ja i^ûNp ^ &• Châiel-en-Cambresi. Le Cateau-Cambresis 

(Nord). 
•pb^JN'p 45 a •pbbvj^a'p, 45 b. Châtilon, Chastilon. Châtillon- 
sur-Seine (Gôte-d'Or) ou Ch.-s. -Saône (Vosges, La- 
marche). Il y a aussi des Ch. dans le Doubs. 
•naoa&'p 7 a, 40 b. Châteney (H.-S., Saulx). 
fcnûttbN'p 10 a. Un des trois Chalautre de Seine-et-Marne. 

•pbap, «Wiba'p , 4 a, 15 0. Châlon, Châlons. Probablement 
Châlons-sur-Saône (Saône-et-L.) . 
•w'^na^N'p, ymh&ttaK'p, 60 a Charnier soignes, Chaumercines. Chau- 
mercenne (H.-S., Pesmes). 
1*ns3Np 43 b. Gambron (Somme) ? ou prieuré de Cambron, à 

Mons (Belgique)? 
WT3»p 41 a. Ghampdivers (Jura, Chemin). 
NrrbSN'p 14 à, 57£. Champlitte (H.-S.) ; crbsi'p, 17 a. 

iXN'p 9 a, 24 a, 26 a; Wp, I 23 a ; ^p, I 13 b, II, 24 b. 
Chassey. Probablement Ghassey-les-Montbozon 
(H.-S., Montbozon), ou Ghassey-les-Scey (H.-S., 
Scey). 
^8'P 28 b, 54 b. Chargey. Ghargey-les-Gray (H.-S.,Autrey), 
ou Ghargey-les-Port (H.-S., Gombeaufontaine). 
i-ia'p, ^p, H, 3 a, etc. Chari, C/iarey. Chariez (H.-S., 
Vesoul) . 
CSttnN'p, 59«;tû»^'p, 15 a. Charmes, Chermes. Charmes (C.-d'Or, 
Mirebeau, ou H.~M., Neuilly-l'Evêque), ou plutôt 
encore Charmes-Saint-Valbert (H.-S., Vitrey). Voir 
NfcT-'pKb. 
©VwflahK'p 6 b, 18 a, 54 a. Charmoille (H.-S., Vesoul). 

^jjiN'p 9 a. Charnay. Gharnay (Doubs, -Quingey ; ou Jura, 
commune Graye ; etc.). M. l'abbé Morey pense que 
le mot désigne Essernay (voir plus haut), en patois 
Echana et Chana. 
b^ttiaap 34 b. « Vinot Lesordel b*E3E5apï1 » et «Vinot Lesordel 
du "pb". » Le Chas tel. Le château de Vesoul, établi 
sur la colline appelée La Motte, près de cette ville. 
Les afïaires avec le chastelain •pbattîN'p et sa fa- 
mille se trouvent II 17 b, 18 a. 
■pbb^ttWp Voir "pb^'JN'p. 
W"ba©»'p 26 a. La Châtelaine (Jura, Arbois). 
ïl'Jmaip 32 a ; ^'JJT'a-np, 53 b. Comberjon (H.-S., Vesoul). 
w^b'mp 2 a, 14*. Couvlans. Coublanc (Ii.-M., Prauthoy) ? Il y 
a aussi un Coublanc dans la S.-et-L. 
Vzyp 57 b. Coges. Goges (Jura, Bletterans). La place du 
signe ' n'est pas certaine ; dans le ms., elle est sur 
le 1. L'endroit est nommé avec Mirebeau et Oisilly : 
si donc on lisait ffi'rn'p, on obtiendrait Cheuges 
(Côte-d'Or, Mirebeau-sur-Bèze). 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 185 

a^Nb^a Ntûip 27 a. « La vigne de Gérart de Côte- Tilart ». Le nom 
pourrait se rapporter à la vigne, Gôte-Tillart serait 
dans ce cas un clos près de Vaivre et de Chariez. 
*lûnp 52 a. Cotry, Coutry, Contry. 
ta&r-n'p 30 a, 5i a, 58 b. Choies. Choyé (H. -S., Gy). 
*tm$ 40a. Coify. Coifî"y-le-Bas(H.-M., Varennes), ouCoiffy- 
le-Haut (H.-M., Bourbonne). 
•nK&Wp Voir ^N^Tip. 
l'ttWp et ^U5^i'p 47 a. Choisey (Jura, Dôle). 
■nttîiilp 45 b. Cuiscrey (Côte-d'Or, Mirebeau-sur-Bèze). Il y 
a un Cuisery dans la Saône -et- Loire , canton 
Louhans. 
*T«01»fc6 , ip et ^'Wab'-np, 9 «, 15 #, 48 #, etc. Colmoutier, Corl- 
moutier. Galmoutier (H.-S., Noroy-le-Bourg). 
Éttlbip I 42 à 44, Colombe (H.-S., Noroy-le-B.). 
rmblp 4 b, 4 4 b. Probablement comme le précédent. Il y a 
des Colombey dans la H.-M., (canton de Clefmont 
et de Juzennecourt). 
-p'mb'ip 56 a. Colombier (H.-S., Vesoul). 
WvWTMtVDnp « près Favernay, » I 45. Conflandey (H.-S., Port-sur- 
Saône). 
■ Lûlip^'sip 53 a Confricourt. Confracourt (H.-S., Dampierre-sur- 
Salon). 
ttïa'pl'p 59 a. « Le Seigneur de — . » CVwches, Chouches. Proba- 
blement tf}N'p"ip Couches (Saône- et-Loire). 
■ûïï&ôpnp et ttabpip « près Port », I 45 a. Cuclans. Cuclos (II. -S., 
commune Port-sur-Saône). 
•"fcmp 26 #, 29 a. Coray, Couray, Cway, etc. « Geoffroy deC., » 
demeurant à Noidans. 
tf'pwip I 22 a, 28 a. Courbouche. Courboux (H.-S., Rioz)? 
in'a^aip Voir "p'iniTip. 

■p'aVrip 24 a b, 27 b, 31 a. Corlcvon. Goulevon (H.-S., Vesoul). 
T^BUabinp Voir 'T^atosbip . 
■H&waTip 57 a ; "nNton^np, 50 a. Corniary, Curmary. Cromary 

(H.-S., Rioz). 
ttib^mp 57 a. Corcelles (H.-S., Héricourt). 
"îbn^'p 3 b, 30 a, 50 b. Chierleu. Célèbre abbaye de Cherlieu 
(H.-S., Vitrey). 
■'bb-Wp et i^bb^Wp, v^b^'p, 5#, 8 a, 29 b, 49 a, 54 a. Che- 
milly (H.-S., Scey-sur-Saône). « Le camp b^n de 
Gh. s « le fort ni^û de Gh. » 
■vjfcip Voir ii«p. 
m^'y Voir ©Ta'nK'p. 
UJ&nT-pbp 38 b. Clairvaux (Jura). Il n'est pas impossible que le 
nom désigne Clerval (Doubs). 
tf^^VDTbp 50 £. Abbaye de Clairfontaine (H.-S., Amance, près 
.Polaincourt). 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ÉrVSÔ'F Voir KM^bïS'p. 
qtp Voir ^ap. 
W'ttfinp et njfâtBHpi 57*. Cresancey (H. -S., Gray). 
b^mp et b^irnp, Ma, 35*. Crevenel. Greveney (H.-S., Saulx). 

•np Voir -v^p. 
b->i:mp Voir b^anp. 
Tittttnp Voir ■vjtt'sBinp, 
■»'*W8 ttHp 37 a; Vata-WD, I 21 * ; Vajttrti), I 34 «; Vyifflritt, I 22 a; 
l'aNE^u), I 45 *; v^tv^, II 25 a ; v^^, II 25 a. 
Saint-Igny (H.-S., Noroy-le-Bourg) ou plutôt l'an- 
cien hospice Saint-Aignan de Noroy. i'jpû iDip (ou 
i':,TJ tû*7p), II 40*, paraît être une forme de ce nom 
provenant de ce qu'on aurait joint au nom véri- 
table le t du mot saint ; Saint-Tigny au lieu de 
Saint-Igny. 
ib mp et tpb të^p, 54 *, 60 a. Saint-Loup. Saint-Loup-les- 
Gray (H.-S., Gray), ou Saint-Loup-sur-Semouse 
(H.-S., chef-lieu de canton). 
iiN'nNia ttïlp et ï-wv-itt unp. 4 3*, 55*. Sainte-Marie. Sainte-Marie 
en Ghanois (H.-S., Faucogney) ou S.-M. -en-Chaux 
(H.-S., Luxeuil). 
•jWE ffîp 42 *, 43 *. SainUMardon. Semmadon (H.-S., Combeau- 

fontaine). 
•paitt iDTp 28 a. Saint-Martin (H.-S., commune de Faucogney). 
L'église paroissiale de Faucogney s'appelle Saint- 
Martin ; elle est placée sur une hauteur, le bourg 
et le château en bas. "panw UJlp •pbl'B, 25 a, « mou- 
lin Saint-Martin, » moulin de la commune de Ve- 
soul (H.-S.). 
'^"Wm ra^tt) 59 * (ou l'ba'")» a^tt), la lecture de la lettre qui suit le 
■n est très douteuse). Saint-Martily, Saint-Mar- 
teley ? Peut-être l'b^l?: cru), Saint-Marcily ? Les 
Marcilly sont nombreux en France. Peut-être Saint- 
Marcel (H.-S., Vitrey). 
iDisbip^ t51p 20 a. Saint-Nicolas (Côte-d'Or, Nuits). 
b" n *i':n' , s UDlp Voir ce nom dans la liste du paragr. III. 
tii&npSD [wp] 1 14 a, etc. Saint-Pancras. Le nom entre dans la com- 
position des noms de Dampvalley-Saint-Pancras, 
de Bétoncourt-Saint-Pancras (H.-S.) Isolé, il ne 
désigne pas une localité, mais ou bien un saint, 
non une localité; ou bien, s'il désigne une localité, 
le prieuré de Saint-Pancrace, à Fontaine-les- 
Luxeuil. 
t£35'vi«Tp ^p 16 a. Saint-Quentin (Aisne) ; y*tM w lp W'WtB, 13*. 

"W tt'rp 7*, 47* \'n^1 ttnp, 47 *. Saint-Remy(H.-S., Amance). 
n^md tt^ip 57 *. Saint-Seine, Saint-Seine-l'Abbaye (Côte-d'Or, 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 187 

chef-lieu de canton). Il y a encore deux autres 
Saint-Seine dans la Gôte-d'Or. 
■nfcn 58 b. Ray-sur-Saône (H.-S., Gray). 
yian 15 b. Paraît identique au précédent ou au suivant. 

« La femme du seigneur de — . » 
U53&n 52 b. Rans (Jura, Dampierre). 

yfrn 15 a. Identique au précédent. « Le seigneur de — . » 
£331toNVT) et usitt'avi, £5 b, 53 b, 54 b. Rougemont (Doubs, Bau- 

me-lesDames ou G. -d'Or, Montbard). 
^■nft-ivn 39 b ; twvvavi, I 28 b. Romains (Doubs, Rougemont). 
Il y a aussi un Romain dans le Jura, canton de 
Gendrey. 
ttliViB'Wi I 39 b. Rosières-sur-Mance (H.-S., Vitrey). 
©sabil 7 b. Roulans (Doubs). 
©5ii»n Voir «51173111*1. 

*Wft 53 b, 56 b\ &s'W\ 56 b. Ruffey (Jura, Bletterans). Il y 
deux Ruffey dans la Gôte-d'Or, canton de Beaune 
et canton de Dijon. Il y a encore un Ruffey, avec 
vieux château, près de Marnay, sur l'Ognon (Doubs, 
Audeux). 
«aVpïi I 39 b. Voir aaipriab. 
£33"P3 1 ni53 ta i 14 a, 18 b. Remiremont (Vosges). 
ÏHtWi 58 b. Voir SriNi^ji^Nb. 

rçatfaiyi, lïî'aisi, 8?»'&i^i, 58 a. Rénoves, Renèves. Renève (Gôte- 
d'Or, Mirebeau). 
îini'afcW) 8 a. La Savoie. « Pour l'envoyer en Savoie. » 
i'jUINIO 60a. Saiwigney. Sauvigney-les-Angirey (H.-S., Gray) 
ou S.-les-Pesmes (H.-S., Pesmes). 
£31^115 Transcription de l'adjectif saint. Voir les mots com- 
mençant par ttîip. De même £31®, ami), £351110. 
1N1I5 36 a ; un©, 46 a. Scey. Scey-sur-Saône (H.-S.). 
•p'JpbNiû 59 b. Salignon. Saligney (Jura, Gendrey) ? 
1D5ibfifl25 23 b, 41 a, 60 a. Salins (Jura). 

niN'niO 15 #, 19$; iN'ui'aiû, 8 a. Savoy eux (H.-S. , Dampierre- 
sur-Salon). 'nia©, 10 b, le même (« Messire Hu- 
gues de — ») ? Voir niaNit. 
binN'aiï) 20 a. Savayol. Le même que le précédent. 
'niais et iNm'aïa. Voir nia'aïa. 
£31115 Voir £31^115. 

:311a 52 b « Messire Jehan de — ». Set, Saint y Seint ? Se- 
rait-ce Scey-sur-Saône (H.-S.), autrefois Set ? 
£311© Voir £31^115 • 
i\NbiH5 I 14 #. Silley (Doubs, Baume-les-D., ou Amancey). 
U5iU5 58 #. <c Les domestiques de ©1© », Peut-être Scey, 
comme £31©. 
£3mp3"i3iî5 52 a. Senoncourt (H.-S., Amance), 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

B^lTpaTWÎ 48 a. Seroncourt. Serocourt (Vosges, Lamarchc). 
KTÎIB 54 a. Seurre (Gôte-d'Or). 

Outre ces noms, nous trouvons dans nos manuscrits les rensei- 
gnements topographiques suivants sur un certain nombre de loca- 
lités mentionnées dans la liste précédente : 

Baume- le s- Dames. Henry de Leynes, demeure à B. rtttàïl ^TifiNB, 

« derrière la colline », 44 a. 
Chasse?/, "pal unsït bttî Nttlpft « la côte (de vignes) du grand-doyen, 
qui était au chancelier, » 9 a. — Vigne de la corre (la colline) 
.ampab, après le grand doyen, 9 a. — Vigne de la plante (= 
nouvellement plantée) de tîiNp (chans, champs ?), 26 a. 
Charey. Vigne de Gérart de m^b^ amp. Voir ce nom hébreu au 

paragr. II. 
Chemilly. Le tuée (fort) de Ch., 5 6. — Le b^fi (camp) de Gh. 8 a. Il y 
a encore maintenant à Chemilly un vieux château-fort, à l'em- 
bouchure du Durgeon. 
Çomberjon. La fontaine de G. I Mb. Peut-être un nom d'homme, La- 
fontaine. 
Dampvalley. an^ltt'pNb. « La charrière (chemin assez large pour 

donner passage aux voitures) de D. » 1 15 a. 
Echenoz. Vigne •n'yvi'a^'a Gévigney (c'est-à-dire vigne du seigneur 
de G.?), 23 a. — Perrenot anm^Ti (Dutertre, ou du tertre) 
d'Ech., I 39#. — Une vigne plante NtûjNbû en un endroit appelé 
'Uî^lp^b (les crès, les croix ?), entre le champ (ou la terre 
yna) du «py-na (Burlès, Burlin, nom d'homme?) et la vigne 
de la côte, NîûipNb b^D tFQ, 9 a. La côte serait-il un nom de 
personne ? Echenez-la-Méline est situé entre deux côtes, dont 
l'une (à l'est) s'appelle Les Gôtets. 
Frotey. Vigne •j-napïi (Le caron, nom d'homme?), 29 a.— Vigne qu'on 
appelle tf'a^SttNb (l'enseigne? l'ensinge ?), 29 a. — Vigne de la 
treille Nb^amc:, 29 a. — Un cours d'eau désigné par le nom 
fcn^'n&nNb « La ravière », qui semble bien être un nom propre, 
9 a. Serait-ce la Colombine, ou un petit cours d'eau qui s'y 
jette près de Frotey et qui s'appelle la Font Ghampdamoy ? ou 
le grand ravin du Frais-Puit? — Le pont de Frotey, 29 a. 
Gray. Hugenin MWil de Gray, 44 a. Ce n'est probablement pas un 

pont, mais un nom de famille, Hugenin Dupont, de Gray. 
Liévans. L'hôpital bar^mb de L., I 20 b. Cet hôpital relevait du cha- 
pitre de Calmoutier. 
Noidans. La forêt *|jn de N., 20 a. 

Noroy. Odot de pi-npafc (la croix) de N. I 28 a. Il est probable que 
c'est un nom de personne, Odot Delacroix. — Villemin de la 
fontaine (ou de Lafontaine) de N., I 26 #, 30 a. 

Un champ situé sur la rivière de la corre ampbia lïiîïi, 9«, 
probablement le Ru de la corre dont il est question à Vesoul ; , 



DEUX L1VKKS DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 189 

voir ce mot. — Vigne arnpNb la corre du TtfbMibs, 23 a; 
Plostelin, nom d'homme? 
Salins. anibNUiNb de Salins, 44 a. Cette saulnerie (saline) était 
célèbre. Voir aussi ce nom plus haut, dans la liste des lo- 
calités. 
Vaivre. anN'pab la chaire de Vaivre, 3 a. Probablement le chemin 
creux qui monte la côte entre deux murs, le long des vignes 
et conduit à Ghariez. 
Velleguindrey. Le chastelet de V., I 30a. Il y avait, en effet, un châ- 
teau à Valleguindrey. 
Vesoul. On connaît déjà, par la liste qui précède, le chastelet de 
Vesoul et le prieuré du Marteroy. 

Les Rêpes œs-vrpb 9 a, bois situé au N. de Vesoul. 11 y a les 
grandes Rêpes et les petites Rêpes. 

Le chemin qui va à Presles 9 a. Il parait que ce chemin existe 
encore aujourd'hui. 

Le 'pbito moulin Saint-Martin, 28 a, situé au S.-O. de la ville, 
sur le Durgeon ou plutôt sur un canal dérivé du Durgeon. Ce 
moulin est aujourd'hui transformé en fabrique de pâtes ali- 
mentaires. 

Vigne du pn^ (hébreu, = rocher), 9 a, probablement la fameuse 
vigne de la colline appelée la Motte, située au N. de V. Elle 
est près de la rivière nï"!3, 27 #; le Durgeon baigne le pied oc- 
cidental de la colline. — Vigne au pied de la montagne (la 
Motte i, appelée vigne Chevançotte aaiïtjN'n'p, 9 a, 25 a, 27 b. — 
Vigne sous la fontaine Saint-Martin (fontaine qui est sur 
la Motte), 9 a. — Vigne près de la rivière qu'on appelle Ru- 
Saint- Martin, 9a. Le mot ru (ou rupt) signifie ruisseau venant 
d'une fontaine. Le Ru-Saint-Martin est la dérivation du Dur- 
geon qui alimente le moulin Saint Martin. — Vigne derrière 
fcrpi'MYp Chonvière, 22 a. — Vigne du a'Jnn "P'nD perrier (== 
poirier) rouge, 22 a; vigne du t^-i'^n T^s perrier Évrier.ïlZa. 

— Vigne u^N'p^ de ckans, champs, 28 a. — Vigne de Cochon 
de la Morte-pierre, 22 a. — Vigne « Nastfbs plante », 22a. 

— Vigne de ancr'nôNB unp Saint- Savitre (Saint-Sylvestre ?), 
25 a, 27 b. — Vigne qu'on appelle 'pbi'nnpim "pba NM*ip combe ' 
Belin et le Cruillon (Crulon ?), 21b. — Vigne du n^-pl ver- 
gier des fils de Hulot, %1 b. -- Vigne J-i^DÊn^N étrapie, 27 b. 

— Vigne Ntûibn^b la goulote de Gilbert, 27 b. — Vigne a^&OD^ 
épiart, 28 a. — Vigne la plante (nouvellement plantée) de 
Jean Villemin, 28 a. 

Champ appelé champ ■D'-np (ou pTip ?) corbou (ou corban), 
9 a. — Champ qu'on appelle n^'WTa )$1 îrô'WlpNba « à La 
corvie dan Berangier », près du chemin -n;xr-iNp camay [char- 

1 Combe = dépression ou petite vallée dans le patois local. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nay ?), 9 a. — Champ qui est sur la fontaine (fcwntaYB) du 
perrier de pals izbssi fc "P , nEn k 7, 9 a.— Champ appelé Mar- 
cadel b^NpnNtt qui était autrefois rêpes rosi-n (rêpes — bois), 
9 a. — Champ à Laforèt u'm'Btfb 9 a. — Champ devant la 
Ni^INbNtt maladière (maladrerie ! ), 8^. — Champ sur le ru 
(rivière) de la Corre\ 8b. — Champ sur le fruit Cherbon -ns 
•jinn^p, 8 b. 

Sous le nom de vis (hébreu, = fruit es verger) sont dési- 
gnés : le fruit ■j-D-p'p Cherbon, 8 b, 9a; — le fruit de 
N-p^p&nNtottb la] Marachière, entre la rivière et les champs, 
9 a ; — le fruit Saint-Martin, 28 a. 

Un yas (fans, faux ?) de fruit à Laforêt, 9 a. On appelait faux 
ou faulx (fauchée), du latin faix, l'étendue de pré qu'un homme 
peut faucher dans la journée. 



III 

Les dates. 

Nous avons déjà dit que la mention de chaque opération est 
suivie d'une date. Si, pour un même compte, les dates se suivaient 
dans Tordre chronologique, abstraction faite des surcharges et 
des interpolations, on serait assuré que les dates indiquent le jour 
où se sont faites les opérations. Mais quoique l'ordre chronolo- 
gique se retrouve, en gros, dans la suite des dates de nos manus- 
crits, il est si souvent interverti et dérangé, que nous avons dû 
nous demander, sans pouvoir résoudre la question, si les dates 
n'indiquent pas le jour de l'échéance plutôt que le jour de l'opéra- 
tion. Si elles indiquent ce dernier jour, l'interversion dans l'ordre 
chronologique ne peut s'expliquer que par cette circonstance 
que les mentions inscrites dans nos manuscrits sont, comme 
semble l'indiquer souvent l'auteur du ms. II, recueillies après 
coup dans un certain nombre de cahiers de notes ou d'après des 
communications verbales faites par les associés au rédacteur du 
compte, et que celui-ci, en transcrivant ces mentions, qui lui par- 
venaient de sources différentes et à des époques différentes, ne 
pouvait observer l'ordre chronologique. Il faut encore remarquer 
que souvent la mention des dates est précédée de la préposition 
hébraïque lamed, et nous nous sommes demandé si les dates de 

1 La maladrerie était de l'autre côté du Durgeon, au sud de Vesoul, sur le terri- 
toire de Navenne, non loin de l'église de Pont-les- Vesoul. 

2 Corre = colline ; le ru de la Corre peut être le petit cours d'eau qui descend en 
droite ligne de Navenne (au S. de Vesoul) pour se jeter dans le Durgeon, 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE lui 

cette espèce n'indiquaient pas l'échéance, tandis que celles qui 
n'ont pas le lamed indiqueraient le jour de l'opération, mais nous 
n'avons trouvé aucune indication qui nous eût permis de résoudre 
cette question. 

Les dates sont généralement indiquées par le jour de la semaine 
(l w jour, 2 e jour, etc.), la section du Pentateuque (parascha) qui 
est lue pendant la semaine, l'année de la création suivie toujours 
de la lettre lamed, initiale du mot lifrat aïs»*?. Les mille et les 
centaines du millésime ne sont jamais indiqués. 

Lorsqu'une lecture sabbatique est ajournée d'une ou de deux 
semaines, à cause des fêtes, de sorte qu'il y a deux ou trois se- 
maines d'intervalle entre une lecture sabbatique et la suivante, 
le rédacteur indique que le jour de l'opération appartient à la l ro , 
à la 2°, à la 3 e semaine en mettant respectivement avec le nom 
de la parascha les chiffres I er (aiïp), II e (*w et souvent ^^), 
IIP ( iu^>id) ; par exemple semini I, semini II, aharé III. 

Il est curieux, quoique très logique, que, pour le rédacteur des 
manuscrits, l'année juive ne semble pas commencer, comme d'ha- 
bitude, au 1 er tisri, mais au samedi de la l r ® section sabbatique du 
Pentateuque (beréschit), samedi qui vient, comme on sait, après 
les grandes fêtes du mois de tisri. Les dates comprises entre le 
l -r tisri et ce samedi, sont indiquées, comme toutes les autres, par 
la lecture sabbatique, mais le millésime est encore celui de l'année 
précédente, et il est le plus souvent précédé (c'est là précisément 
ce qui distingue ces dates) du mot hébreu spo (fin). Par exemple : 
6 nissabim fin 68 (53 b), c'est-à-dire vendredi de nissabim dans 
le mois de tisri de l'année 5069. Une fois même on trouve (3 a) la 
mention beréschit fin 76, ce qui veut dire sans doute beréschit du 
mois de tisri de l'an 5077. Il est, du reste, probable que le mil- 
lésime des dates du mois de tisri, jusqu'à beréschit, est toujours, 
dans le ms., le millésime de l'année précédente, qu'il soit ou non 
précédé du mot fin. Ce mot accompagne aussi quelquefois les 
dates chrétiennes, par exemple : St-Michel fin 67 (53 b), St-Michel 
fin 72 (54 a), St-Maurice fin 70 (7 a), St-Rémi fin 66 (54 a), 
piabmp fin 64, fin 65 (voir ce nom dans la liste qui suit) ; il est 
naturel de supposer que, dans ce cas aussi, le mot fin a le même 
sens que lorsqu'il accompagne les dates hébraïques, c'est-à-dire 
que les mots « St-Michel fin 67 », par exemple, signifient St-Michel 
de l'an 5068 ou 29 septembre de l'an 1307 et non St-Michel de l'an 
5067 ou 29 septembre 1306. 

Très rarement les dates sont indiquées par des fêtes juives. Les 
dates de ce genre que nous avons trouvées sont ao^ïi iiv 2 a, 
veille de Rosch-haschana ; Purim 9 b ; Péçah 11 b; Sabouot 6 a 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(Pentecôte désigne la fête chrétienne), et an bu f-nnaï-r y\u û*n 11 a, 
qui désigne probablement le dernier jour (9 e jour) de Succot,mais, 
en général, l'usage de ces dates est rare dans les deux manuscrits, 
le rédacteur dira plutôt 6 berakha I fin 73 que êréb succot (veille 
de Succot), 3 berakha II fin 73 que 4° jour de Succot, etc. 

Très souvent les dates sont indiquées par des fêtes chrétiennes, 
civiles ou religieuses, par des noms de saints, des noms de mois du 
calendrier julien. Voici le tableau des noms et désignations de ce 
genre et de quelques autres indications analogues que nous avons 
trouvés dans les deux manuscrits : 

B1KN I 8 a, II 43 b. Août ; aiNN xan I 8 a, mi-août. Voir aiN^ia. 

M^Ditt 2 à, 3 a. Saint Etienne, 20 décembre. 

■ma» I 6 a, II 45 b. Wîaa ^p I 41 b. Saint- Andrier, saint André, 
30 novembre. 

ÏWStttifcK I 44 b. Ascension. Voir plus loin ■pN'^Niû. Le mot est pré- 
cédé d'un lamed qui peut être préposition hébraïque ou l'ar- 
ticle français. 

uiNTnn Bordes; tn-mb, uwûib Les Bordes, I 6 a, 3! a, II 36a, 50a. 
La fête des Bordes, 1 er dimanche de Carême. 

*p£3 (hébreu) 30 b. La vendange. 

-TOblb^a I 30 b, Bétolmier ; ^n^bcrr^ II 50 b, Bertolmier. Saint Bar- 
thélémy ou la foire célèbre de Saint-Barthélémy, de Mont- 
justin, 24 août. 

N'mYa 3# ; N'jnYa bV 10 a; N'm^ ^Tp 48 b. Saint George, 23 avril. 

wwfipbl'ai 5 2a ; N3i">iobY:;b 1^ foire de — , 12 b. Foire julienne, la ju- 
lienne. Peut-être la fête de saint Julien de Brioude, martyr, et 
patron de plusieurs localités de la région, telles que Menoux, 
Frétigney. Une des foires de Frétigney tombe le 20 août, la 
semaine avant saint Julien. 

©151 unp I 9 a. Saint Denis, 9 octobre. 

HMfcil ttlp I 44 a. Saint Vincent, 22 janvier. 

CN'^n et ©«'irtli 15 a. Vendanges. 

n^Vzit. Voir Nrb'np. 

ûnrp -(hébreu) I 6 b, 16 b ; II oi a. Saint Jean, 24 juin. Voir Revue, IV, 1. 

fctttKbipI "pïT" ï)ip I 18 a. Saint Jean Décolasse, c'est-à-dire décolla- 
tion de saint Jean, 29 août. 

805Î1 dr (hébreu) 22 a. Premier jour de l'année juive. 

p-ib I 20 b ; pnb cnp I 17 #. Saint Luc, 18 octobre. 

Nj^bTNttï"; 18 a ; Nj^bî?^ 59 b. Mazeline. Sainte Madeleine ? fête et foire 
de Villersexel, 22 juillet. Voir Mazeloine dans la Dictionn. de 
La Curne de Sainte-Palaye. Si notre lecture est juste, la pré- 
sence du za'in dans la transcription hébraïque est contraire 
à toutes les habitudes de l'auteur. On pourrait aussi lire 
îobptt Maquelme^ ou remplacer 3* par j&. 

■"îtta I 8 a. Mai. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIECLE 193 

ai'naSN ^$12 57 #. Mai-entrant, 1 er mai. 

TûniM, itf'mtt tBYip et ttjfYlE dv I 7a; II 7 a, 8 a. Saint Maurice, 
22 septembre ? « fin de l'année » juive, dit le texte, I 7 a, ce 
qui correspond assez bien au 22 septembre. 

aifcOE 60 #. Mi-août. 

Wp^a 7 a. Saint Michel, 29 septembre. 

■paitt 43 a. Saint Martin, 11 novembre. 

YtTilz ïibn^Ui d"P 5 J. « Le jour où Martin sera (ou a été) pendu. » Ce 
jour est le 4 vaéra 5072 = 5 janvier 1312. Est-ce une allusion à 
un événement local? 

ffifitëwa îaip I 32 #. Saint Nicolas, 6 décembre. 

brna I 22 #, II 54 ab. Nital pour (a*iw) natalis. Noël, 25 décembre. 

H&'iW ttHp I ^^ $**** Nacisse. Saint Narcisse? Cette explication 
est très douteuse, attendu que le o ne sert pas dans notre 
manuscrit pour la transcription des mots français et, de plus, 
saint Narcisse est une fête qui ne se célèbre pas dans la région, 
mais à Augsbourg, le 5 août. D'autre part le mot n'est pas 
hébreu. Si on lisait nd*^» ce qui n'est pas impossible, on au- 
rait un mot araméen qui désigne l'agonie, et on pourrait 
penser à la Sainte Passion ou Sainte-Agonie, qui se célèbre 
le vendredi saint. Il y a aussi la fête de la Passion de la 
Sainte-Vierge ou fête du spasme, qui se célébrait à la même 
époque de l'année. 

ri'tt? 9 a, 29 a (rabbinique, à l'état construit, suivi du millésime) 9 a, 
29 a. « Mortification», c'est-à-dire Carême; "*w no-OS I 5 #, 
Carême-entrant ; 11^37 n^n I 19 a. Mi-Carême. 

NtaipïiïNB, et tfaiptf!2N5, NtûnpN'JNS, KtÛlpaD, NMIpaSD, Ntfttlp^D 
I 5 b, 6 a, 8 a, II 1 4 a, 45 #, 50 a, 59 a. Pentecôte. 

©HpNS, ïîpNE) 10 a, 45 £. Pâques. uSpND mn 16 a. 

lûnpîNQ lïilp, tf)^p55 I 14 #, II 47 #. Saint- Pancrace ; fête ou foire, le 
13 mai. 

ttî&TTîbs \apND I 24 a. Pâques fleuries, c'est à-dire dimanche des Ra- 
meaux. 

tûN'tiî'ibp itîNpND 17 a. Pâques closes, dimanche qui suit Pâques, Qua- 
simodo. 

•p&rifcTiNô 13 à. Parution. Invention ou parution des reliques de saint 
Etienne, martyr, patron de Port-sur-Saône. La fête de cette 
invention se célèbre le 3 août. 

b^n'irra mp I 29 # ; b^Yan^s ilDIp I 28 à. Saint- Fer jeuil, Saint-Fier- 
jeuil. Fête de saint Ferjeux, 16 juin, ou foire de l'endroit Saint- 
Ferjeux, près de Besançon, où se trouve le tombeau de saint 
Ferréol et de saint Ferjeux, apôtres de la Franche-Comté, et où 
il y avait grande foire et pèlerinage le 16 juin. Le saint Fer- 
jeux de la Haute-Saône n'avait pas de foire. 

taanpaû. Voir ra&npsNs. 

aiNN asN-iaN fin*s unp 55 a. Saint Pierre entrant août, fête de Saint- 
Pierre-ès-Liens, 1 er août. 

T. VIII. n° 10. 13 



l-»i HEVUE DES ETUDES JUIVES 

«'airr^'p 39 a, 45 b ; a'uj-ib^a'p 41 b ; wanb^ap I 39 a ; a'ttibns'p 47 a. 
Chandelouse. La Chandeleur, 2 février; on trouve '-pb'rtp *ra 
dans Mordekhaï, Aboda zara, chap. i, p. 91 b, édit. Riva di Trento. 

finaa îWiKp 44 a. Carême-entrant. 

N^b'np ou NStVap? I 43 a, 43 #, II 54a. Caveline, Chevalce (époque 
d'une chevauchée ?) ? Cavelice (impôt de capitation, date de la 
perception ; voir Ducange, au mot Cavelicium) ? Ou bien faut-il 
lire tfîrb'sï ou fiwtb'aï? Nous n'avons pas d'explication pour ces 
deux derniers mots, qui présenteraient cette difficulté que le 
T serait, contrairement à l'usage constant des deux mss., em- 
ployé pour la transcription d'un mot français ; cependant le 
tilde sur le a indique suffisamment que le mot n'est pas 
hébreu. Mais si l'on considère que le tilde de ce mot offre 
presque toujours, dans le ms., quelque chose d'incertain; 
d'autre part que ce mot semble gratté dans I 44a et 4 5 a, 
comme un de ces mots hébreux ou araméens qui désignaient 
les fêtes chrétiennes, on pourrait être tenté de voir dans 
ce nom un mot rabbinique avec terminaison française? Il 
semble résulter de I 43 a-13 b que la date indiquée par ce 
mot est antérieure à la Saint-Michel. Enfin, si on lit Cave- 
line, on serait tenté de traduire par Catherine (on dit encore 
Cateline pour Catherine en Franche-Comté); ce serait la grande 
foire de Vesoul, tenue le 25 novembre. C'était le jour où les 
maréchaux de la contrée, d'après une découverte de M. l'abbé 
Morey, venaient payer à Vesoul leur marchand de fer. 

trmp 36 a (hébr.). Toussaint, 1 er novembre. 

p-nb-mp I10&; p-nb-np 1 1 £, 4 7 MO £ ; pnabnpb *pn II 4 8 a. Corot- 
boc, Crolboc. Nous n'avons pas pu identifier ce mot. On pour- 
rait penser à la foire de Courlevon, mais Courlevon, nous 
l'avons vu plus haut, s'écrit avec un n à la fin, non un kof, et 
notre lecture nous paraît sûre. Il semble résulter des passages 
où se trouve ce mot que la date qu'il désigne est postérieure 
au 5 février (postérieur à 5 Pecudé 64) et antérieure au 26 sep- 
tembre (fin an 64) et dans tous les cas au 30 octobre (avant 
6 toledot 64). La date se place dans tous les cas vers la fin de 
l'année juive : « fin 64 » I 17 b ; « fin 65 » I 30 a l . L'expression 
*pn n'indique pas que la fête dure plusieurs jours, car on 
trouve aussi TXibrji^ ^pn 50 # pour la Saint-Barthélémy. On 
peut lire p-nbiTip, avec a\ mais sans plus de succès pour 
l'identification. 

H2p (aram.). I 14a, II 50 a, 52 a. Choisi par assonance au mot hébreu 
HDD (Pâques) ; désigne la Pâque chrétienne. On trouve ce mot 
dans une note sur un passage du Mischné tora de Maïmonide, 

1 En admettant que le mot fin désigne la période qui va du 1 er au 25 tisri, on au- 
rait à placer notre i'ête, pour l'année 5064, du 12 septembre au 6 novembre; pour 
l'anûée 5065, du 1 er au 25 septembre. 



DEUX LIVRES DE COMMERCE DU XIV e SIÈCLE 195 

Aioda zara> chap. ix. La note commence par les mots baitotiïîD 
nfcan et elle cite bma et riitp comme étant les principales fêtes 
chrétiennes, en se référant à l'autorité du Raschbam et de 
Rasent. Le Semag, I, miçva 40, a un passage analogue : tûTDi 
dn&rp team &tn Tp* pw no^pi bcû3 . .^"un taras b&oftra '*> 

■pp (hébr.) 56 £. Eté. 

piab'np. Voir piaVnip. 

"»»*! ranp 20». Saint Rémi, 1 er octobre. 

fcoraraNra imp 43 ». Saint Savitre. Saint Sylvestre, évêque de Châ- 
lons-s.-Saône, 20 novembre? 

arpilNra n an 49 b ; fcrp"nra mn, 54 », 55 ». Fête savière, suière 1 . Il résulte 
de 55» qu'elle était en Pinhas 70, c'est-à-dire du 14 au 20 juin 
4 34 ; de 49 b qu'elle était en Pinhas 73; de 54» qu'elle était 
vers Pinhas 73, c'est-à-dire du 8 au 44 juillet 4 313 ou vers cette 
date. Serait-ce la fête du saint Suaire, qui était une des 
grandes fêtes et grandes foires de la Franche-Comté? Le saint 
Suaire fut apporté d'Orient après la 4 e croisade et donné vers 
l'an 1206 à la cathédrale Saint-Etienne, de Besançon. On le 
montrait aux fidèles le dimanche après Pâque et le dimanche 
après l'Ascension. Il attirait 15,000, 20,000 et jusqu'à 50,000 pè- 
lerins. La foire du saint Suaire, le lundi après l'Ascension, 
était franche et durait huit jours. Malheureusement les dates 
de cette fête du saint Suaire ne concordent pas avec la semaine 
de Pinhas ni en 4 34 ni en 4 34 3, car la fête de l'Ascension tom- 
bait le 28 mai en 4310,1e 24 mai en 4313 2 . 

"pfiTttaNra 49 » (ou probablement plutôt "j-p^arab), '{■prairab I 46 ». 
L'Ascension. Si le mot était écrit sans le lamed initial, il com- 
mencerait peut-être par un alef •jvbsntdn, "jvraaraa. Voir ce- 
pendant, dans La Gurne de Sainte Palaye, le mot Scension. 
Voir ■piattttfcN. 

Ya&wwra I 26», 33». Simoneju. Saint Simon et saint Jude, 28 oc- 
tobre. 

Quelques-uns des noms hébreux ou araméens employés pour 
désigner des fêtes chrétiennes et dont le sens pouvait blesser le 
sentiment chrétien ont été grattés. On dirait qu'à un certain mo- 
ment les deux manuscrits ont été soumis à une censure ; dans tous 
les cas le propriétaire, à un moment donné, a senti le besoin de 
faire disparaître ces mots. C'est ainsi que le mot wVaT est gratté 
I 14 a et 1 15 a ; le mot ùnm il 53 & ; le mot brï>a I 6 &, 8 a; des 
dates grattées se trouvent encore, mais illisibles, I 11 & (probable- 
ment dnm), 1 13 &, 15 a, 19 a, II 7 a, 12 a. 



1 Le alef avant le vav gêne pour la lecture suière, suaire» 

s L'identification avec la fête du saint Suaire nous a été suggérée par M. E. Ou- 
verleaux, sous-bibliothécaire de la Bibliothèque royale de Bruxelles, 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Au f°II 48 b se trouve la date « le jour de mtoiï », c'est-à-dire 
le jour de la session judiciaire de Vesoul. 

Enfin, un très grand nombre de fois les dates sont indiquées par 
des foires (w) qui avaient lieu dans la région. La foire la plus 
importante paraît être celle de Port-sur-Saône, c'est la seule qui 
soit indiquée tout court par le mot Port ou par jour de Port 
(Il a, 5 b; II 3 b, 8 &, 45 &, etc.) ou par le le jour de la foire, sans 
autre indication (7 a). Les principales autres foires mentionnées 
sont celles des lieux ou jours suivants : Apremont 8 a, Beaume- 
les-Dames 8 a, Ghâlons 11 a et 37 b, Faverney 36 a (on trouve 
aussi le marché pw de Faverney, 37 &, 39 a), Fondremant 12 &, 
St-Georges 3 &, et 10 a, Gray (très fréquent), Julienne 12 &, 
Louhans 7 a, Luxeuil 32 a et 37 b, Montbozon 8 a et 10 a, Mont- 
cey lia, Montbéliard 10 a, Montrond 9 &, St-Maurice lia, Traves 
11 a et 40 &, Vy 13 a et 35 a, Villersexel 13 a. Ces foires existent 
encore aujourd'hui, sauf celle de Montrond et celle de Vy. 

Isidore Loeb. 

(La suite au prochain numéro.) 



LÉGENDES JUDÉO-CHRÉTIENNES 



LA LEGENDE DE MELCHISEDEG DANS LES ŒUVRES DE SAINT 

ATHANASE 



Il y a dans les œuvres de saint Athanase l une histoire étrange 
de Melchisédec, dont l'origine et le sens doivent être bien obscurs 
pour ceux qui ne connaissent pas la littérature midraschique. 

« Il était autrefois une reine nommée Salem qui avait deux 
fils, Melchi et Melchisédec. Leur père, nommé également Melchi, 
était un Grec infidèle. Le temps d'offrir des sacrifices aux idoles 
étant venu, le roi dit à Melchisédec : « Va à l'étable me chercher 
sept veaux afin que nous les immolions aux dieux. » En route, 
Melchisédec réfléchit et, considérant le soleil, la lune et les étoiles, 
il se dit : « Qui a créé le ciel, la terre, la mer et les astres? C'est 
à leur auteur qu'il faut offrir des sacrifices ; c'est lui qui est le 
seul Dieu véritable. Je retournerai donc auprès de mon père et 
lui ferai part de mes sentiments, peut-être écoutera-t-il mes pa- 
roles. » Quand son père le revit, il lui dit : « Où sont les veaux? » 
Melchisédec répondit : « Renonce au sacrifice que tu avais pré- 
paré et ne l'offre pas à ces dieux qui ne sont point des êtres divins, 
mais à celui qui est au haut des cieux et qui les gouverne. C'est 
lui le Dieu des dieux. » Le père irrité lui enjoignit d'obéir, puis il 
se rendit auprès de Salem à qui il dit : « Je ferai un sacrifice de 
l'un de tes fils. » La reine pleura amèrement ; ce que voyant, Mel- 
chi lui dit : « Tirons au sort ; si le sort m'est favorable, c'est moi 



» Tome II, p. 239-241 de l'édition de Paris, 1698 ; t. XX VIII, col. 523-530 de la 
Patrologic grecque de Migne. Il paraît que ce passage est une interpolation due à 
quelque Grec. 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui choisirai celui de nos fils que je voudrai pour l'immoler ; si le 
sort t'est propice, tu choisiras celui que tu veux garder. » Le sort 
fut favorable à la mère, et elle garda Melchisédec. Melchi emmena 
son autre fils dans le temple des idoles pour l'immoler. Salem dit 
à Melchisédec : « Eh quoi ! ne pleures-tu pas ton frère qui est 
mené à la mort? » Il répondit : « J'irai invoquer Dieu », et il alla 
sur le mont Thahor, pendant que sa mère se rendait dans le 
temple. Il demanda à Dieu d'engloutir dans la terre tous ceux qui 
assistaient au sacrifice de son frère. Dieu exauça sa prière, et il 
ne resta personne de la ville de Salem. Epouvanté, Melchisédec 
s'enfuit sur le mont Thabor où il demeura sept ans, jusqu'au jour 
où Abraham, sur l'ordre de Dieu, alla le chercher. Dieu dit en- 
suite à Abraham : « Comme il ne reste sur la terre personne de la 
famille de Melchisédec, il sera appelé sans père, sans mère, sans 
famille, n'ayant ni commencement de jour, ni fin de vie. Comme 
personne ne connaît sa famille, ni son père, ni sa mère, il est re- 
présenté comme n'ayant ni père, ni mère, ni famille, et parce qu'il 
a plu à Dieu, il demeurera prêtre à jamais... » 

Voilà un instructif spécimen de midrasch chrétien construit tout 
comme ceux des rabbins ; c'est une interprétation, sous forme de 
roman, d'un verset obscur. Un théologien grec de beaucoup d'ima- 
gination a voulu expliquer, par une histoire ad hoc, les paroles si 
énigmatiques de l'Epître aux Hébreux relatives à Melchisédec 
(ch. vu, v. 3) : « Il est sans père, ni mère... », et il a trouvé tout 
simple, pour supprimer la difficulté que présentent ces mots, de 
supprimer la famille de Melchisédec en la faisant périr. Lui-même 
nous avertit charitablement de son dessein par ces mots : « Comme 
il ne reste plus sur la terre personne de la famille de Melchisédec, 
il sera appelé sans père, sans mère, sans famille * ... » 

Mais où Fauteur a-t-il pris les éléments de ce roman ? Serait-ce 
dans l'Ancien ou le Nouveau Testament ? On y chercherait en vain 
un passage sur Melchisédec propre à servir de thème à cette his- 
toire merveilleuse. L'auteur l'a-t-il forgée de toutes pièces? Pas 
davantage : il s'est contenté de transposer une légende rabbinique, 
d'attribuer à Melchisédec ce que la tradition juive raconte d'un 
autre héros de la Bible. 

Dans la Genèse déjà paraît un homme dont le père est idolâtre, 
qui, lui, reconnaît le vrai Dieu, voit mourir son frère et même se 
rencontre avec Melchisédec : c'est Abraham. Dans la tradition 
rabbinique la vie du patriarche est ainsi contée : Abraham, 
regardant un jour le soleil, se dit : Voilà le vrai Dieu; bientôt il 

1 L'Epître, au lieu de « famille », porte « généalogie ». 



LÉGENDES JUDÉO-CHRÉTIENNES 199 

vit le soleil disparaître pour faire place à la lune : voilà mainte- 
nant le vrai Dieu, dit-il; mais la lune à son tour fut vaincue par 
le jour. Il comprit alors que ces astres étaient eux-mêmes sous la 
dépendance d'une volonté supérieure, et reconnut un Dieu créateur 
du ciel et de la terre. Tout plein de sa découverte, il voulut con- 
vertir son père à sa nouvelle foi, et se moqua des idoles que celui- 
ci gardait dans sa demeure et devant lesquelles on venait apporter 
des sacrifices. Son père, pour le punir, le livra au roi Nemrod, 
qui le fit jeter dans une fournaise ardente. Mais, ô miracle ! ce 
furent les bourreaux qui furent consumés, tandis qu'Abraham se 
promenait sain et sauf au milieu des flammes. Haran, son frère, 
qui s'était dit : « Si Nemrod est le plus fort, je serai de son parti ; 
si c'est Abraham, je me réclamerai du sien », Haran fut jeté aussi 
dans la fournaise, mais son manque de foi le perdit et il fut 
dévoré par le feu 1 . 

Il est inutile d'insister sur la similitude du fond de ces deux lé- 
gendes : elle saute aux yeux. Il est cependant bon de remarquer 
que si l'auteur grec fait mourir toute la famille de Melchisédec et 
non pas seulement son frère, c'est pour les besoins de sa thèse. 
Pour les mêmes raisons, le frère, ne paraissant pas dans l'Epître 
aux Hébreux, ne joue plus, chez l'auteur grec, qu'un rôle effacé 
et, a tout l'air d'une victime innocente. 

Mais les transformations subies par la légende juive en passant 
dans l'écrit chrétien sont dignes de nous arrêter. Quelle est l'ori- 
gine du récit d'Abraham jeté dans la fournaise ? C'est un verset ou 
plutôt un mot de la Genèse. Il est dit (ch. xi, Tf) : « Je suis l'Eternel 
qui t'ai fait sortir de Our des Chaldéens ». Or, le mot Our, qui est 
un nom de ville, signifie aussi feu. Les rabbins ont donc traduit, 
dans un but d'édification et pour illustrer l'histoire sainte : « Je 
suis l'Eternel qui t'ai fait sortir du feu des Chaldéens. » Pareille- 
ment, comme il est dit (Genèse, xr, 28) : « Haran mourut devant 
son père Térah, dans son pays natal à Our des Chaldéens », ils ont 
fait périr Haran dans le feu allumé pour Abraham. Or, chez les 
Juifs, au milieu des nombreuses variantes de la légende, un épi- 
sode demeure intact, c'est celui d'Abraham jeté dans la fournaise, 
parce qu'ils ont conservé toujours le sentiment de l'origine de la 
fable. Pour notre auteur grec, ignorant probablement l'hébreu, ce 
sentiment s'éteint, la fournaise se transforme en bûcher ; au lieu 
de mourir par le feu, la famille royale périt engloutie dans la 
terre, et ainsi le trait principal de la légende originale devient 
un trait accessoire qui se modifie ou se supprime à volonté. 

1 Voir Béer, Leben Abraham' s, Leipzig, 1855. ; 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

II 

LA LÉGENDE CHRÉTIENNE DE BARTHOLOMÉE DANS LE TALMUD 



Que des traditions juives sur les patriarches bibliques aient été 
accueillies par les Chrétiens, rien de plus naturel, ceux-ci véné- 
rant au même titre que les Israélites les grands hommes de l'An- 
cien-Testament ; mais que la légende chrétienne d'un apôtre ait 
été admise par le Talmud, voilà de quoi surprendre : c'est cepen- 
dant ce que nous allons rendre vraisemblable. 

Tout le monde connaît ce conte curieux du Talmud de Meïla 
(17 &) : Rabbi Schimon b. Yohaï, allant à Rome avec une dé- 
putation juive pour demander le retrait d'édits vexatoires ren- 
dus contre ses coreligionnaires, rencontre sur son chemin un 
démon du nom de Ben Talmion *. Celui-ci lui propose de raccom- 
pagner : « Je te devancerai, lui dit-il, j'entrerai dans le corps 
de la fille du César et la rendrai ainsi folle. On ne trouvera pas de 
médecins qui puissent la guérir, vous arriverez alors et me direz : 
« Sors ». A ces mots, je sortirai et ferai pour vous ce que vous 
désirez. Et voici le signe auquel vous reconnaîtrez ma présence : 
quand je sortirai, je briserai tous les vases de verre du palais du 
César 2 . » Les choses se passent ainsi, le roi dit aux Juifs de lui 
demander ce qu'ils désirent, il les fait entrer dans son trésor, où 
ils trouvent l'édit et le déchirent. 

On a naturellement retourné ce passage dans tous les sens pour 
y trouver un fond historique. L'hypothèse la plus ingénieuse a été 
présentée par M. Lebrecht dans la Jùdische Zeitschrift de Geiger 
(t. XI, p. 273-278). D'après lui, ce récit serait une variante trans- 
formée en légende de l'histoire si souvent et si diversement rappor- 
tée par le Talmud d'un sénateur romain qui aurait pris la défense 

1 Ben Talmion est évidemment le mot Bar Talmion (Vayiqra rabba, G) hébraïsé. 
Ce mot, comme le dit très justement M. Lebrecht (Geiger, Jiid. Zeitschrift, XI, 
p. 277) est calqué sur le grec Bartolomaion (accusatif de Bartolomaios), Bartholomée 
ou Barthélémy, comme l p73^ k 7p3 sur Nicodemos. Bartholomée ou, comme prononce le 
syriaque. Bar Toulmoy, est un composé de Bar, fils, et de Talmay ou Tolmay, abrégé 
de Ptolémée. Le Talmud appelle toujours Ptolémée "Wûbn. Quant à la leçon 
1"pb72n "p, c'est une variante insignifiante due à une transposition de lettres. 

1 La leçon que nous suivons est celle qui est mentionnée dans le commentaire de 
l'Eyn Yacob sous le nom d'« autre aggada ■. Elle a l'avantage d*être écrite entiè- 
rement en araméen, tandis que celle du Talmud est un mélange incohérent d'hé- 
breu et d'araméen. 



LEGENDES JUDÉO-CHRÉTIENNES 2G1 

des Juifs. Tantôt sous le nom de Ruben Istroubli, tantôt sous celui 
de Qetia bar Schalom, enfin, ici sous celui de Bartholomée, ce se- 
rait Flavius Clemens, qui penchait vers le judaïsme et appartenait 
à la famille impériale par sa femme Flavia Domitilla l . M. Le- 
brecht va plus loin et croit trouver dans tnbft -D, bar Schalom, le 
nom même de Bartholomée, car remplacez le iû par un a et vous 
avez dibuTD. Mais diabia n'est pas •ppfcbma , les noms propres 
n'ont pas l'habitude de s'apocoper en passant du grec ou du latin 
en hébreu; en outre tnbœ (et non ùibtt) « le complet » paraît bien 
être intentionnellement opposé à asnap « le coupé », comme le di- 
sent très bien M. J. Derenbourg (Essai sur l'histoire et la géo- 
graphie delà Palestine, p. 336), et, après lui, M. Schor. (Halutz, 
IX, 1813, p. 18). D'ailleurs, que de bonne volonté ne faut-il pas pour 
ne pas voir dans cette histoire ce qui s'y trouve en réalité, à savoir 
une franche et naïve légende, sans prétention historique. M. Le- 
brecht pour repousser cette idée, pourtant si simple, objecte avec 
raison que, dans les premiers siècles de notre ère, la littérature 
chrétienne est seule à. mettre ainsi en scène des possédés délivrés 
du démon par la parole d'un saint. Cette objection tombera et 
fournira même un argument de plus en notre faveur, si nous mon- 
trons que la légende de Bar Talmion est d'origine chrétienne. 

On lit, en effet, dans les Histoires apostoliques du Pseudo-Ab- 
dias le récit suivant : L'apôtre Bartholomée, évangélisant dans les 
Indes, arriva dans une ville gouvernée par le roi Polymnius. 
Celui-ci avait une fille démoniaque et folle ; ayant appris les cures 
miraculeuses opérées déjà par l'apôtre, il le pria de la guérir. 
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le roi voulut le récompenser, mais déjà 
son bienfaiteur avait disparu; il revint cependant et lui annonça 
qu'il allait confondre ses idoles. Il ordonna devant le peuple à un 
démon d'entrer dans la statue d'un dieu, puis commanda aux as- 
sistants de la renverser. Ils s'y acharnèrent en pure perte, l'idole 
restait inébranlable. Alors Bartholomée enjoignit au démon de 
sortir de l'idole et le démon lui obéit en brisant et cette statue et 
toutes celles qui se trouvaient dans le temple 2 . 

La concordance des faits est déjà par elle même capable d'em- 
porter la conviction; ce n'est pas par pur hasard que dans deux 
textes différents paraisse un homme saint dont la parole délivre 



1 Voir à ce sujet J. Derenbourg,, Essai sur V histoire de la Palestine, p. 335 et 
suiv. ; Renan, les Evangiles, p. 307 ; A.-D. Brandeis (A. Darmesteter), Revue israélit:, 
1870, n° 8 17 et 18. 

2 Voir Fabricius, Codex Apocryphes Novi Tcstamenti, 1. 1, p. 674 et suiv. ; Tischen- 
dorf, Acta apostoh apocryph., p. 246 et suiv. : Migne, Dictionnaire des apocryphes. 
t. IL col. 153-157. 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

une princesse du démon qui la possède et qui révèle son départ 
par le bris des objets placés sur le lieu de la scène. Mais ce qui est 
plus probant encore, c'est la présence du même nom dans les deux 
récits. Dans tout le Talmud, on ne rencontre qu'une fois un dé- 
mon nommé Bartholomée et il se trouve que c'est justement dans 
une légende analogue à celle de Bartholomée ! On dira, il est vrai, 
que Bartholomée est ici un démon et là un apôtre. Preuve de plus 
que le récit juif dépend du récit chrétien : c'est par esprit d'oppo- 
sition que les Juifs ont changé l'apôtre en démon, de la même 
façon que les Chrétiens ont converti les divinités païennes en 
mauvais génies, les Perses, les dévas, qui sont les bons génies des 
Indiens, en divs ou démons. 

La légende chrétienne a-t-elle pu arriver aux oreilles des rédac- 
teurs du Talmud? Très facilement, car elle appartient aux pre- 
miers siècles de notre ère, et même la version du Pseudo-Abdias, 
qui date du vi e siècle, porte les traces des croyances des Nesto- 
riens », lesquels vivaient, on le sait, dans les régions où s'est éla- 
boré et rédigé le Talmud. 

On voit ainsi combien il est dangereux parfois de chercher dans 
les légendes talmudiques des souvenirs de faits historiques, com- 
bien aussi il est imprudent d'établir hâtivement des comparaisons 
entre la démonologie juive et celle des Perses 2 . 



III 

ENCORE UN MOT SUR LA LÉGENDE DE L'ANGE ET L'ERMITE 3 



Sans le savoir, en établissant un rapprochement entre l'histoire 
d'Asmodée et la légende de l'ange et l'ermite, je me suis rencontré 
avec un savant d'une érudition peu commune et d'une sûreté de 
jugement remarquable, M. Grùnbaum. Néanmoins mon travail 
n'est pas simple superfétation, on en jugera en le comparant avec 
ces lignes auxquelles se borne mon devancier : « On rencontre 
encore souvent des récits analogues rapportant toutes sortes 

1 Voir Lipsius, Die apokryphcn Apostelgeschichte u. Apostellegcnden ; Braun- 
scliweig, 1883, t. I, p. 176, et sur la légende de Bartholomée en général le t. II, 
paru en 1884. 

2 M. Kohut n'a pas manqué de reconnaître dans Ben Talmion un démon emprunté 
aux Perses. Ce serait l p" , b72n "p, lequel viendrait du bactrien temanh, temanhaêna, 
« esprit noir » ! (Aruch completum, s. v.) 

3 Voir Revue, t. VIII, p. 64. 



LÉGENDES JUDÉO-CHRÉTIENNES 203 

d'actes extraordinaires accomplis par des êtres surnaturels, les- 
quels actes s'expliquent ensuite ; par exemple, dans Tabari (trad. 
Zotenberg, I, p. 445 l ), et dans les textes cités par Liebrecht 
(Dunlop, Gescliichte der Prosadichtang , p. 309 2 ; Gervasins, 
p. 89) 3 ». 

Chose curieuse, les deux épisodes de cette histoire, celui de 
l'ivrogne et celui de l'aveugle, qui, à mon avis, sont les seuls ves- 
tiges de la légende primitive, sont omis ou défigurés dans tous les 
écrits qui s'inspirent du Taîmud. Ainsi les actes étranges d'As- 
modée, dans son voyage, ont été, au moyen âge, attribués à Mer- 
lin l'enchanteur, sauf justement le service rendu par Asmodée à 
l'ivrogne et à l'aveugle. Il est raconté, en effet, dans la Vita Mer- 
Uni, écrite au commencement du xnr 3 siècle : 

Merlin voit un homme déguenillé qui mendie, il sourit et passe. 
Plus loin, à la foire, il voit un jeune homme marchander des 
chaussures et ce qu'il faut pour les réparer quand elles seront 
usées. Il rit une seconde fois. On lui demande les motifs de sa 
conduite. « J'ai ri, répondit-il, à la vue du portier mendiant en son- 
geant qu'il était riche sans s'en douter, car il avait sous les pieds 
un trésor qui l'eût dispensé d'importuner les passants. J'ai ri à la 
vue de l'acheteur de souliers, sachant qu'il ne les mettra pas long- 
temps et ne les usera pas, car il est déjà noyé. » On va vérifier 
ses assertions et elles sont trouvées exactes 4 . 

Ici, il est vrai, l'omission des deux scènes de l'aveugle et de 
l'ivrogne se justifie, Merlin ne jouant pas tout à fait le même rôle 
qu'Asmodée dans le Talmud et n'étant pas le délégué de Dieu; il 
est spectateur, mais non acteur, et ne se mêle pas de récompenser 
ou de punir les mortels. On n'en pourra pas dire autant du texte 

1 C'est l'histoire de Bou-Schar'h. Celui-ci, pour avoir été humain envers un serpent 
blanc, se marie avec une péri, à la condition de. ne pas l'interroger sur ses faits et 
gestes, quelque étranges qu'ils puissent paraître. Il en a un fils « parfait comme un 
joyau unique » : la mère le jette dans le feu ; elle lui donne ensuite une fille « belle 
comme la lune et le soleil », puis la jette devant un chien qui l'emporte. Comme le 
roi traverse le désert avec son armée, la péri répand à terre et dans l'air les provi- 
sions et l'eau que le vizir lui a offertes. Le roi alors, indigné, se révolte. La femme 
lui dit : Ces provisions étaient empoisonnées, le premier enfant a été pris par Dieu 
pour nous enlever toute peine, le deuxième a été confié à une excellente nourrice. 
Sur ces mots la péri s'en va, malgré les instances de son mari pour la retenir. 

2 Dunlop cite, entre autres-, la légende de la Vie des Saints, celle du Coran et celle 
du (resta Romanorum. 

3 Grunbaum, Beitrâge mr vergleichenden Mythologie ans der Hagada (Zeitschrift 
d. JDeutsch. morgenl. Gesellschaft, XXXI, 4877, p. 218). , 

4 Hersart de la Villemarqué, Myrdhinn ou Merlin V enchanteur, p. 127. Cette 
indication m'a été fournie par l'article cité de M. Grunbaum. — Pour les rapports du 
rôle de Merlin avec celui d'Asmodée-Kitovras-Morolf, voir Wesselofski, Les traditions 
russes sur Salomon et Centaurus et les légendes de l'Europe occidentale sur Morolf et 
Merlin, Saint-Pétersbourg, 1872 (en russe), 



20 i REVUE DES ETUDES JUIVES 

que nous allons citer. Par un hasard étrange, la page du ïalmud 
de Gittln a pénétré presque intégralement dans la littérature 
slave du moyen âge, non point sous forme de tradition orale, 
comme tous les autres récits juifs ayant pour sujet Salomon 
et qui ont été transmis aux Russes par les Byzantins, mais à 
l'état de traduction souvent littérale. Elle se trouve dans deux 
manuscrits de Palœa *, datant l'un de 1477 et l'autre de 1494 2 . 
Eh bien ! tandis que tous les incidents du voyage d'Asmodée sont 
fidèlement rapportés, l'épisode de l'aveugle et de l'ivrogne sont 
indiqués juste assez pour montrer que le traducteur n'a pas 
compris son texte. Voici comment s'exprime cette version : « Ki- 
tovras 3 dans son voyage entend un homme dire : « N'y a-t-il 
pas de souliers qui durent sept ans ? 4 » — Kitovras se met à rire. 
— Il voit ensuite un homme disant la bonne aventure et il rit de 
nouveau. Il voit une noce très joyeuse et il se met à pleurer. Il 
voit enfin un homme égaré et il le remet sur son chemin... Salo- 
mon lui demande : « Pourquoi as-tu ainsi ri la première fois? — 
Parce que j'ai vu que celui qui demandait des souliers pour sept 
ans ne vivrait pas sept jours. — Pourquoi la seconde fois? — 
Parce que l'homme révélait ce qui est caché et ne savait pas qu'il 
y avait un trésor sous lui 5 . — Pourquoi as-tu ensuite pleuré 
devant la noce? — Parce que le marié devait mourir dans les 
trente jours. — Pourquoi as-tu remis l'homme ivre sur son che- 
min? — Parce que j'ai entendu une voix du ciel déclarant que cet 
homme était pieux et qu'il convenait de lui rendre service. » 

On voit que dans cette version les deux épisodes de l'ivrogne et 
de l'aveugle ont été fondus en un seul. Il n'est plus question d'un 



1 On appelle ainsi des compilations bibliques slaves où le texte de l'Ecriture est 
encadré dans des commentaires et des légendes apocrypbes. 

4 Ce passage a été traduit en allemand par M. Jagicz, et publié en appendice à 
l'ouvrage de Friederich Vogt, Die deulschen Dichtungcn von Salomon und Markolf, 
Halle, 1880, p. 213. Cf. Wesselofsky, Neue Beitràge zur Gresckichte dey Salomonssage , 
dans les Archiv fur slavische Philologie, VI, 1882, p. 394. Ni M. Vogt, ni M. Wesse- 
lofsky n'expliquent comment, à la différence des autres légendes relatives à Salomon, 
ce passage du Talmud a été conservé presque intact. 

3 Le remplaçant d'Asmodée dans les légendes russes. Ce mot est le grec Kév- 
Taupoç prononcé par les Slaves. 

4 La traduction de M. Jagicz porte : « Gibt es nicht Wùrmer auf sieben Jabre? » 
« N'y a-t-il pas de vers de sept ans? » Cette variante incompréhensible me surprenant, 
j'ai demandé à M. Louis Léger, le savant professeur de langues slaves, si ver en 
slavon ne s'écrit pas de la même façon que soulier. Avec son obligeance connue, 
M. Léger m'a immédiatement donné le mot de l'énigme : ver se dit cruvi et soulier 
crevii, ces deux noms se ressemblent assez pour qu'un copiste ait pris l'un pour 
l'autre. 

. 5 Comme dans la légende de Merlin, Salomon envoie vérifier les assertions de 
Kitovras. 



LEGENDES JUDEO-CHRETIENNES 205 

service rendu à un méchant pour qu'il n'ait rien à réclamer dans 
l'autre monde. 

Il y a plus, dans un texte juif qui n'est qu'un extrait de la page 
du Talmud l , voici comment ce passage a été reproduit : 

a'w arm&o nnn? "»3 nïrttn "H wbvz b3 "jb rco-w rrb n^N „• îrpfipBH 
N^pna mbr ^riMi Va ftVPftp&M va ap trim éo»d airsïi mm ^ 
vkw Nttb^b "on 2 ïrosa «ma na rrb "rrm iNai &oï-i Tim p^iit ^ 

« Il vit un homme égaré, il le remit sur son chemin. Il vit un 
aveugle et lui rendit la vue... Explique-nous, lui dit-on, les choses 
étranges que tu as faites. En marchant dans le chemin, pourquoi, 
voyant un aveugle égayée, lui as-tu rendu la vue? — Parce qu'il 
a été publié à son sujet au ciel que c'est un juste parfait et que 
celui qui lui ferait du bien jouirait de la vie future. » 

Il n'est plus soufflé mot du premier « homme égaré ». 

Evidemment le sort malheureux éprouvé par ces quelques lignes 
du Talmud vient en grande partie de l'obscurité de la rédaction et 
de la tendance de ceux qui ont repris cette légende à en élaguer ce 
qui pouvait y rester de pénible ou de paradoxal. Le Talmud avait 
lui-même ouvert la porte à ces transformations en atténuant la 
singularité un peu brutale de la fable primitive, ses imitateurs 
ont continué son œuvre. 

Israël Lévi. 



1 Midrasch sur Us Psaumes (Ps. 78), ms. n° 152 de la Bibliothèque nationale de 
Paris. 

a Ces trois mots donnent une leçon plus correcte que celle du Talmud ï"pb *H!23>'1 
ï"P1I5Si NFP3, car NFPID est un participe et non un substantif abstrait. Je saisis cette 
occasion pour corriger un lapsus calami qui m'est échappé, t. VIII, p. 70, note 3. En 
voulant reconstituer le texte primitif, je devais écrire tÛT3 ï"pb "H 3 21. 



NOTES ET DOCUMENTS SDR LES JUIFS DE BELGIQUE 

SOUS 1/ ANCIEN RÉGIME 

(suite l ) 



TAXES SUR LES JUIFS. 



Après diverses alternatives de sécurité et de persécution, les 
juifs, trop utiles aux grands et aux petits pour qu'on pût se passer 
de leur industrie, avaient fini par être tolérés dans les Pays-Bas 
catholiques, jusqu'à ce qu'ils purent enfin respirer plus librement 
sous le gouvernement de Joseph II. Malgré le régime d'oppression 
qui pesa longtemps sur eux, malgré les dures épreuves qu'ils 
eurent à subir, nous ne croyons pas qu'ils furent astreints dans 
ces pays à d'autres obligations humiliantes, qu'à celle du paye- 
ment de certaines taxes, destinées à les ravaler dans l'esprit du 
peuple. 

Certains documents nous permettent d'inférer qu'ils ne portaient 
pas ici, du moins dans les derniers siècles, comme dans bien 
d'autres pays, une marque distinctive sur leurs vêtements, un cos- 
tume spécial ou une coiffure particulière, chapeau ou bonnet, à 
quoi l'on reconnaissait les juifs dans le reste de l'Europe. Peut- 
être cependant le premier de ces usages existait-il pour le juif de 
passage dans le pays de Liège, si l'on s'en rapporte à une note 
donnée, sans indication de source, par Ferd. Henaux 2 . 

1 Voir tome VII, pages 117 et 252. 

* Constitution du pays de Liège, douv. édit., Liège, 1858, p. 31, note 2. Voici cette 
note : « On écrivait en 1798 : « Les princes-évêques et l'état ecclésiastique à Liège, 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 207 

Pour être exempts d'humiliantes obligations, les juifs n'en 
étaient pas moins soumis en certains endroits au payement de 
taxes tout aussi odieuses. C'est ainsi qu'à Namur, au xiv e siècle, 
tout juif passant sur le pont de Meuse était considéré comme 
objet de marchandise et devait payer, pour droit de vinage au 
profit du comte, 30 petits tournois, mais le percepteur de l'impôt 
pouvait le laisser passer moyennant sept vieux esterlins : 

Ce sont les droitures douwinaige monseigneur le conte de Namur 
queonprenta pont de Moise. — Promirement tous avoirs de pois. 

doit III tornois li cens de winaiges Item uns yuwys doit XXX 

petis tornois ; et on le lait passeir par greit et par acord pour YII 
viesestellin 1 . 

C'était surtout dans le Luxembourg que ce régime exceptionnel 
pesait sur les juifs. Des comptes de la recette générale du duché 
de Luxembourg, de la fin du xv e siècle et du commencement du 
xvi e , nous apprennent que les quelques juifs résidant alors dans 
le quartier allemand de ce duché payaient au duc à la Noël un tri- 
but annuel de deux florins par ménage 2 . 

Dans un registre de comptes des justiciers de Grevenmachern, 
petite ville de ce pays, on lit sous l'année 1519-1520 : 

Item ceste année pendante ait ehu enterre 3 sept jouifz audit 
Mackre, receu dung chacun desdits jouifz comme de ancienneté ung 
florin, fait ensemble vij florins 4 . 

Une ordonnance de Philippe Y, donnée au camp de Saint-Nico- 
las le 6 septembre 1*703 s , renouvela sans doute d'anciens droits de 

» étoient des tyrans, parce qu'ils ne toléroient point, sous leur domination, les pro- 
» testants ni autres sectes. Us faisoient payer les barrières aux piétons juifs comme 
» aux cochons. » Le piéton juif, reconnaissable au bracelet de drap jaune qu'il 
portait à la partie supérieure du bras gauche, payait un aidant [c.-à-d. un liard] 
à chaque barrière. » 

1 Jules Borgnet, Promenades dans la ville de Namur, dans les Ann. de la Soc.archéol. 
de Namur, t. III, 1853, p. 174, note 1. — Borgnet donne ce texte d'après le Registre 
velu, n°1002 des registres de la ch. des comptes aux archives du royaume, fol. 80 v° 
et 272. Il ajoute que « la même pièce est reproduite aux fol. 21 et 8 du Reg. com- 
mençant Van 1395, chambre des comptes, n° 1003, et au fol. 83 du Répertoire des 
causes et questions, arch. corn, de Namur ». 

2 Archives du royaume : Ch. des comptes. Voir, entre autres, reg. 2634, 2635, 
2638. — Cf. Henné, Hist. du règne de Charles-Quint en Belgique, Bruxelles et Leip- 
zig, t. IX, 1859, p. 105. 

3 C'est-à-dire sont entrés. 

4 Arch, du royaume: Ch. des comptes, reg. n° 13321, Comptes des justiciers de 
Macheren, de 1519 à 1632. — Cet article a été rapporté peu exactement par M. Henné, 
vol. cité, p. 105, n. 1. 

5 Publiée dans le Recueil des ordonnances des Pays-Bas autrichiens^ 3 e série, t. II, 
Bruxelles, 1867, p. 641-642. 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

péage à lever sur les charrettes chargées de marchandises, les ani- 
maux domestiques et les juifs, au passage de plusieurs ponts du 
Luxembourg, à savoir ceux de Mersch, de Colmar, d'Ettelbrùck 
(au pont sur la Sûre), d'Oetringen, de Frisange, de Schouweiler, 
de Steinibrt, de Steinhrùcken, de "Wecker, de Wasserbilig et de 
Martelange. Un juif devait y payer quatre sols ; il était assimilé 
pour la taxe à trente ou quarante moutons, brebis, porcs, boucs 
ou chèvres. 

Une ordonnance de Charles VI, donnée à Bruxelles le 20 sep- 
tembre 1720 l , et conforme mot pour mot, sauf le préambule, à la 
précédente, vint de nouveau confirmer ce singulier péage. 

Dans ses Analectes belgiqites-, M. Gachard annonçait, en 1830, 
son intention de faire connaître le régime exceptionnel auquel les 
juifs étaient autrefois soumis. Il se bornait alors à signaler, sans 
indiquer la source cle ses renseignements, un usage particulier 
au duché de Luxembourg. « Toute personne de la nation juive 
était tenue, à la sortie de cette province, de payer au bureau de 
la douane une plaquette (trois sols et demi de Brabant) ; tout indi- 
vidu de la même nation entrant dans la ville de Luxembourg, était 
de même soumis à une taxe de cinq sols s'il était à cheval, et, s'il 
était à pied, de deux sols et demi : de grosses amendes menaçaient 
ceux qui auraient celé leur qualité pour s'affranchir de la rede-_ 
vance exigée. Ce qui ajoute à la bizarrerie de cette taxe, c'est 
qu'on la percevait au même titre que celles établies sur les denrées 
et marchandises. » 

Nous ne pensons pas que, dans le cours de sa longue et féconde 
carrière, l'éminent archiviste général du royaume de Belgique 
soit jamais revenu sur ce sujet. Ayant eu la bonne fortune de ren- 
contrer des documents relatifs à ces taxes iniques et injurieuses, 
nous les ajouterons aux renseignements sommaires rapportés par 
M. Gachard. 

Il s'agit dans les deux documents ci-après d'une taxe de deux 
sols et demi pour droit de séjour de vingt-quatre heures dans la 
ville de Luxembourg, d'une autre d'un demi-sol que les juifs de- 
vaient payer aux portes de la ville de mesme qiïune beste, et 
d'autres péages auxquels ils étaient assujettis comme animaux 
bruteauœ. L'enquête suivante est dune grande éloquence dans sa 
naïveté. 



1 Mentionnée dans le même Recueil', 3 e série, t. III, Bruxelles,' 1873, p. 217. 
- Premier volume (le seul paru), Bruxelles, 1830, p. 163-164. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 209 

Information tenue d'office par les justicier 
et gens du magistrat 1 de la ville de Luxem- 
bourg au regard des droicts que les juifs ont 
payée aux justiciers et fermiers du payage 
aux portes de cette ville, lorsqu'ils ont eu 
permission de venir et séjourner en cette 
ville. 

Premier Tesmoing. 

Le s r Jean Deutsch bourgeois marchand de cette ville, âgé de 
74 ansadjourné, sermenté et examiné sur le faict en question, de- 
pose qu'il at esté deux fois justicier de ce magistrat, scavoir en 
Tanné 1664 et 4 673, d'où il at cognoissance que lorsque quelques 
juifs ont eu licence du gouverneur de cette ville et province de venir 
en lad tte ville, les sergents dud* magistrat ont levé à son proffit 
deux sols et demy ancienne monnoye de Luxembourg de chacun 
juif pour y demeurer vingt quattre heure, estant vray que cy de- 
vant les juifs sont entré fort rarement en cette ville, et n'y sont 
resté au plus que deux fois vingt quattre heures, ne pouvant dire s'il 
at receu led' droicts deux fois lors que les juifs sont demeurée icy 
deux fois vingt quattre heures. Avec quoy il at finie sa déposition et 
at signé Jean Deutsch avec parafe. 

2° Tesmoing. 

Le s r Jacques Brasseur, après serment preste dédire vérité, dépose 
qu'il at esté justicier de ce magistrat en l'an 1675, pendant lequel à 
raison de la guerre il n'at veu entrer en cette ville aucun juif, mais 
at tousiour entendu et appris que les juifs ont estées obligées de 
payer au proffit du justicier de cette ville deux sols et demy lors- 
qu'ils y sont entré, ce que cy devant est arrivé fort rarement et n'y 
sont restées que deux à trois iours, et que les enfants courroient 
après eux. Estoit signé Jacques Brasseur. 

3 e Tesmoing. 

Le s r Théodore Itzius, après serment preste de dire vérité, de- 
pose qu'il at esté justicier de ce magistrat en l'an \ 683, pendant lequel 
il n'est entré aucun juif en cette ville, mais scaitbien que cy devant 
l'ors qu'il y en avoit qui y entroient, ils payoient au justicier deux 
sols et demy monnoye de Braban et aux portes un demy sol de 
mesme qu'une beste, sans pouvoir dire si les juifs payoient led* 

1 Nous croyons devoir faire connaître à nos lecteurs que, dans ces Notes et docu- 
ments, le mot magistrat est employé dans le sens absolu et collectif qu'on donnait à ce 
mot, surtout en Belgique, pour désigner le corps des officiers municipaux. 
T. VIII, n° 16. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

droict autant de fois qu'ils demeuroient des iours icy, ce qu'es toit 
fort rare, et non tolleré sans permission. Estoit signé Théodore 
Itzius avec paraphe. 

4» Tesmoing. 

Jean Strabius, notaire publique, âgé de 49 ans, déclare après ser- 
ment preste qu'il ne peut déposer d'aucun trafique que les juifs 
peuvent avoir faict cy devant en cette ville, mais qu'il at servy à 
divers juifs comme procureur, et nommément à certain Lifman Pic- 
card de Trêves, ne se souvenant des noms des autres, sans qu'ils 
s'ayent arresté icy que l'espace de vingt quattre heures, lesquels en 
consultant avec le déposant luy ont faict plaincte d'avoir esté obligé 
de prendre un passeport du gouverneur de cette place p r entrer en 
ce pays, qui leurs coustoit p r si brieve temps sept escus, et qu'oultre 
ce ils estoient obligez de prendre une escorte pour les mesner en et 
hors ce pays et qu'il falloit payer à cette effect trois escus, mesme 
les péages et autres droicts comme animaux bruteaux, requérants le 
déposant d'en tenir note de tous lesd ts despens pour y estre mis en 
taxe à la fin de leurs procès, ayant mesme veu diverses passeports 
de feu monsieur le prince de Chimay ! donnez auxd ts juifs, sans que 
touttes fois qu'aucune somme donnée pour iceux ait esté annotée, 
sans aussy que lesd ts despens ayent estées compris en aucun taxe, 
puis que lesd ts juifs se sont lassez de venir icy, et obmis la pour- 
suite de leurs procès. Avec quoy il a finy sa déposition, et at signé 
J : Strabius avec paraphe. 

5 e Tesmoing. 

Balthasar Rodemacher, bourgeois et boucher de cette ville, dépose 
après serment preste qu'il se souvient que depuis vingt ans quelques 
juifs qui sont entré en cette ville, ont logées chez feu son père, et 
qu'avant d'y entrer le gouverneur en at esté adverty pour le per- 
mettre, et qu'il at veu qu'ils ont tousiours payer à un sergeant du 
justicier deux sols et demy, et aux portes un demy sols, et qu'ils 
nont restez icy que vingt quattre heures, les enfants ayants criaillez 
après eux lors qu'ils passoient dans les rues. Avecque quoy il at finy 
sa déposition, et at signé Balthasar Rodemacher. 

Ainsi ouy et examiné à Luxembourg le 27 e de septembre 4 685. Par 
ord ce estoit signé Gerber avec paraphe *. 

Nous ne connaissons pas la décision prise par le magistrat à la 
suite de cette information, mais nous en avons une autre posté- 



1 Gouverneur de la ville de Luxembourg. 

* Archives de la ville de Luxembourg : Copie reliée dans le registre 35, pièce 
cotée 23. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 211 

Heure de trente-quatre ans. Celle-ci prouve que l'on était peu 
fixé à Luxembourg au sujet des taxes à percevoir sur les juifs, 
et qu'il y avait quelque confusion à cet égard, puisque cette fois 
il n'est plus question de la taxe d'un demi sol à payer aux portes 
de la ville, et que la taxe de deux sols et demi est perçue comme 
droit d'entrée et non plus comme droit de séjour. 

Le 12. may 1719 sur requette présenté par Maire Kalkeh, iuif de 
Metz, au suiet du droit de passage aux portes, le magistrat a donné 
par apostille sur la d tte requette, qu'un iuif à pied doit payer en 
entrant deux sols et demis et à cheval quattre sols, et en sortant rien, 
à moins qu'il seiourne en ville plus que deux fois vingt quattre 
heures, comme d'ancienneté *. 

Nous avions cru un instant que ces taxes avaient été abolies ou 
étaient tombées en désuétude dans le courant du xvin 6 siècle, car 
le règlement de l'impératrice Marie-Thérèse, donné à Bruxelles le 
14 septembre 1771, pour le magistrat de Luxembourg, au sujet de 
la levée des droits de passage aux portes de cette ville 2 , n'en men- 
tionne aucun à payer par les juifs. Nous nous trompions. Malgré 
le silence de ce règlement relativement à ceux-ci, on continuait 
encore quinze ans plus tard à percevoir sur eux un droit d'entrée 
dans la ville en même temps qu'un droit corporel d'une plaquette 
à la frontière du duché. C'est ce que nous apprend le rapport du 
procureur général du conseil souverain de Luxembourg, adressé 
au gouvernement à propos d'une réclamation faite en 1786 par un 
juif de Mons, nommé Joseph Bing. Le conseil privé, au nom de 
l'empereur, avait soumis, le 22 juillet de cette année, la requête 
du réclamant à l'avis de cet officier de justice. Voici quelle fut la 
réponse du procureur général : 

Sire, 

Par dépêche du 22. juillet dernier, Vôtre Majesté m'a chargé de Lui 
reservir d'avis sur la requête ci rejointe sub n° 1°, Lui présentée de 
la part de Joseph Bing, négociant en la ville de Mons, pour qu'EUe 
daigne abolir le droit corporel d'une plaquette, que l'on perçoit sur 
chaque individu juif, soit à l'entrée de la ville de Luxembourg, soit 
à la sortie de la province 3 , j'ai l'honneur de dire, 

1 Archives de la ville de Luxembourg : Reg. 7, intitulé Registre aux resolutions et 
aux ordonnances ordonnées par le magistrat de la ville de Luxembourg, commencé le 
% e d'octobre 1708, folio 19, verso. 

* Mêmes archives : Original relié dans le reg. 23 intitulé Actes et décrets de 4768 à 
Y774, tome III, pièce cotée 45. 

3 Cette requête manque dans le dossier. 



212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Que j'ai communiqué cette requête au magistrat de la ville de 
Luxembourg et aux officiers principaux de ladite ville, pour qu'ils 
me disent, 1° si effectivement chaque juif doit payer ce droit en en- 
trant dans cette ville et sortant de la province, 2° sur quoi ce droit 
peut être fondé, et 3° s'il convient de le lever. 

Les officiers principaux m'ont fait la réponse ci jointe sub n° 2°, 
par laquelle ils disent, que le tarif des douanes pour la province de 
Luxembourg n'impose le droit d'une plaquette sur chaque individu 
juif qu'à la sortie de la province et nullement sur ceux entrant en 
cette ville, que ce droit se perçoit à titre de haut conduit \ attendu 
qu'il est classé au tarif dans cette cathégorie et que ce droit n'existe 
pas aux Pays-Bas. 

Qu'après information prise des portiers de la ville de Luxembourg 
ils ont appris, qu'ils sont eu usage d'exiger quatre sols et demi de 
chaque juif entrant en cette ville à cheval et deux sols et demi de 
ceux à pied, que ce droit ne se trouve pas compris dans le tarif pour 
la perception des droits de la ville de Luxembourg, décrété en 1771, 
de là ils estiment, que c'est une extorsion. 

Qu'ils ignorent sur quoi est fondé le droit de tirer une plaquette de 
chaque juif à la sortie de la province à titre de haut conduit, que 
cependant par ordonnance du 23 e mars 1752, il a été imposé une 
amende de dix florins pour chaque contravention ou fraude de ce 
droit; ils regardent cet impôt comme contraire au commerce et ils 
estiment, qu'il conviendroit de le lever. 

Le magistrat par sa réponse ci jointe sub n° 3°, dit, que le droit 
corporel, que les juifs payent en entrant dans la ville de Luxem- 
bourg, s'est toujours payé dans toute la province dans les endroits, 
où est établi un droit de passage ; qu'ils ne connoissent d'autres 
titres constitutifs que l'ancien usage, qui probablement fut introduit 
pour éloigner cette espèce d'hommes, dont le fort est d'acheter et 
receler les effets volés, ce que le magistrat dit éprouver tous les 
jours. 

Que [si] cet impôt sur les juifs n'existe pas dans les Pays-Bas 
comme dans la province de Luxembourg, cela provient probablement 
de ce que la ville de Luxembourg est pour ainsi dire entourée de 
cette espèce de gens, qui y arrivent en foule de Metz, où il y a une 
rue entière avec une sinagogue, de Trêves et d'autres contrées, avec 
une avidité à l'excès de toute espèce de lucre sans choix ni discer- 
nement, se faisant un devoir religieux de tromper les chrétiens, au 
point qu'on est sur ses gardes lorsqu'on les laisse entrer dans les 
maisons. 

Quant les souverains, comme le Portugal et l'Angleterre, avoient 

1 Ces deux mots sont soulignés dans L'original. Sur ce haut conduit cf. ci-dessus 
la déposition du 4 e témoin. Le conduit était également en usage à Strasbourg ; voir la 
notice de M. Isidore Loeb, Les Juifs à Strasbourg depuis 4349 jusqu'à la révolution, 
dans l'Annuaire de la Soc. des études juives, 2 e année, Paris, 1883, p. 142-143. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 213 

accordé quelques privilèges d'immunité à cette nation, ils s'en sont 
d'abord repentis. On a vu dans les feuilles publiques, que vers la fin 
de l'an 4785 Vôtre Majesté a dépouillé les juifs de la GalJicie, non 
seulement des avantages dont ils avoient commencé à jouir sous son 
règne, mais encore d'anciens privilèges, qu'ils tenoient de la cou- 
ronne de Pologne. 

Quant aux quatre et demi et respectivement deux sols et demi, que 
les portiers de la ville de Luxembourg lèvent sur les juifs, quand 
ils entrent dans cette ville, ces droits ne sont pas au profit des por- 
tiers, mais ils appartiennent et doivent être renseignés aux adju- 
dicataires des droits d'entrée de la ville de Luxembourg, droits qui 
se mettent en hausse au profit de la baumaitrie de la ville. 

Nonobstant \es droits, qu'on tire sur les juifs depuis un tems im- 
mémorial, ils ne manquent pas de se trouver en grand nombre à 
toutes les foires considérables, qui se tiennent dans la province ; 
d'un autre côté, si Vôtre Majesté daignoit leur accorder quelqu'im- 
munité, cela pourroit peut être faire un mauvais effet dans l'esprit 
des habitans de la province. 

Partant j'estime, que Vôtre Majesté pourroit éconduire le suppliant 
de sa demande, me remettant néanmoins avec une entière soumis- 
sion à ce qu'il Lui plaira de disposer. Je suis avec le plus profond 
respect, 

Sire, 

de Vôtre Majesté, 

Le très humble et très obéissant 
serviteur et sujet, 

d'Olimàrt l . 

Luxembourg le 18 e X bre 1786. 

Il convient de joindre à ce rapport ceux sur lesquels s'appuyait 
le procureur général. On y verra combien les avis étaient partagés 
à l'égard des juifs. Les officiers principaux (des droits d'entrée et 
de sortie?), dans la lettre suivante, qualifient d'extorsion la taxe 
perçue sur ceux-ci à l'entrée de la ville. 

Monsieur. 

Nous avons reçu la lettre que vous nous avez fait l'honneur de 
nous écrire hier, en nous communiquant la requêtte présentée à Sa 
Majesté l'Empereur par le juif Bing au nom de ceux de sa secte, au 
sujet du droit d'une plaquette que les remontrans disent être tenus 
de payer, tant à l'entrée de cette ville qu'à la sortie de la province; 
nous chargeant de vous informer, Monsieur, si effectivement chaque 

1 Original aux archives du royaume : Conseil privé, carton n° 1293, intitulé Héré- 
sie et tolérance. 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

juif doit payer ce droit en entrant dans cette ville et sortant de la 
province ; sur quoi il est fondé, et s'il convient de le lever. 

Pour vous satisfaire d'abord sur la première de ces informations, 
nous vous dirons que notre tarif des douanes pour la province (car 
aux Pays-Bas ce droit n'existe pas) n'inpose le droit d'une plaquette 
sur chaque individu juif, qu'à la sortie de lad te province, et nulle- 
ment sur ceux entrants en cette ville; ce droit se perçoit à titre de 
haut conduit*, attendu qu'il est classé au tarif dans cette cathégorie. 

Nous soupçonnions bien que les portiers fermiers des péages à 
l'entrée de cette ville, percevoient quelque droit sur les juifs qui s'y 
rendent; mais nous ne savions rien de positif à cet égard, et dési- 
rant vous satisfaire également sur ce point, quoiqu'il ne soit point 
de notre partie, nous nous sommes procurés le tarif de ces péages 
émané postérieurement à tous les autres plus anciens, en 1771 par 
le conseil privé, et nous avons vu avec surprise qu'il n'y est fait 
aucune mention des juifs. Nous avons en conséquence fait interroger 
le portier préposé à la levée de ces péages, et il est convenu qu'il 
est dans l'usage d'exiger 4 | sols de chaque juif entrant en cette 
ville à cheval, et 2 i sols pour ceux à pied ; il est donc évident que 
le conseil privé n'ayant probablement pas dérogé au tarif de 4771 à 
l'égard des juifs, c'est une vraie extorsion que le droit exigé sur 
eux à l'entrée de cette ville, au nom de son magistrat, ou plutôt à 
son insçu. 

Pour en revenir ensuitte aux 2 e et 3 e points de vos informations, 
nous avons l'honneur de vous dire que nous ignorons entierrement 
sur quoi est fondé le droit d'une plaquette ou trois sols et demi 
imposé par notre tarif à titre de haut conduit * sur les individus juifs 
sortants de cette province ; nous prendrons cependant la liberté de 
démontrer qu'il est nuisible à son commerce : si ce droit eut été 
imposé à l'entrée, on croiroit que l'on a, dans un temps où cette 
nation étoit odieuse et qu'on la fuyoit par préjugé, voulu mettre des 
entraves à leur entrée dans cette province ; mais une fois y étant 
venus pour leur commerce avec ses habitans, nous croyons qu'on ne 
pouvoit avoir d'autre raison de mettre un droit sur leur tête à la 
sortie que celle d'un profit pour les droits du souverain, et par 
ord** du 23. mars 4752 il a été imposé une amende de f. [florins] 10 
pour chaque contravention, en fraude de ce droit. 

Nous disons qu'il est nuisible au commerce de la province, parce 
que d'abord ne pouvant disconvenir que celui que les juifs font avec 
ses habitans ne soit à ces derniers très avantageux, il est nécessaire 
que rien ne tende à les en éloigner; les juifs viennent y enlever 
généralement tout ce dont on ne peut s'y défaire avec quelque 
profit, et y laissent par conséquent leur argent ; ils achettent aux 
foires qui se tiennent fréquemment dans cette province, des chevaux 
de prix, et en même temps ceux de ces animaux dont le paysan, soit 

1 Mois soulignés dans l'original. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 215 

pour viellesse ou d'autres défauts, ne sait plus tirer de service, mais 
dont il est bien aise néantmoins de faire quelque argent ; les juifs 
font encore de fréquents achats de bêtes à laine et autres bestiaux 
nourissons de la province ; et enfin ils viennent acheter générale- 
ment touttes sortes des vieux meubles, nippes et ornemens d'atour 
dont on ne pourroit absolument, sans leur secour, faire aucun 
argent, si l'on considère surtout que la province n'a point à cet 
égard la resource d'un mont-de-piété. 

D'après touttes ces raisons nous n'hésitons point à croire que vous 
concluerez comme nous, Monsieur, qu'il est à désirer, pour l'encou- 
ragement du commerce que font les habitans de la province avec les 
juifs, que tout droit corporel prélevé sur eux soit aboli, tant celui 
imposé par notre tarif, que l'autre extorqué par les portiers de cette 
ville, au nom et à l'insçu de son magistrat. 

Nous avons l'honneur d'être, avec la considération la plus dis- 
tinguée, 

Monsieur, 

Vos très humbles et très obéissants serviteurs, 

Clavareau. DuBreuil 1 . 

Droits d'avis f. 5. 12. » . courant. 
Luxembourg le 30. juillet 1786. 

Le magéttrat de Luxembourg, peu porté à la bienveillance en- 
vers les juifs, avait donné au procureur général la réponse que 
voici : 

Monsieur ! 

En réponse de celle que vous nous avez fait l'honneur de nous 
adresser à cejourd'hui, nous avons celui de vous dire que le droit 
corporel, que paient les juifs en entrant en cette ville, s'est tou- 
jours paie dans toute la province là, où il y avoit un droit de passage; 
nous ne connaissons autres titres constitutifs, si non l'ancien usage, 
qui probablement fut introduit pour éloigner cet espèce d'homme 
dont le fort est d'acheter et réceller les effets voilés, ce que nous 
éprouvons tous les jours. Nous nous soumetterons toujours avec 
toute soumission à ce, que Sa Majesté trouvera bon d'y disposer. 
Nous avons l'honneur d'être, 

Monsieur ! 
Vos très humbles et très obéissants serviteurs, 

Les justicier et echevins de la ville de Luxembourg, 

Par ordonnance, 
Keyser 2 . 
Luxembourg le 1 er d'août 1786. 

1 Original dans le carton 1293. 

1 Original ibid. — Keyser était le clerc juré du magistrat de Luxembourg. 



21t. UK VUE DES ÉTUDES JUIVES 

A la suite de ces rapports le gouvernement débouta le suppliant 
de sa demande; c'est ce que nous apprend l'apostille suivante, 
de la main de M. de Limpens, conseiller au conseil privé, écrite en 
marge de la lettre du procureur général : « Vu l'avis, ce que le 
supp. demande ne peut lui être accordé. Le 28. jv r 1787. » Peu im- 
portait d'ailleurs, l'ancien régime était sur le point de s'écrouler, 
et si la décision du conseil privé vint consacrer une mesure 
inique et marquée au coin de l'intolérance, cette mesure n'eut 
plus qu'une existence de peu de durée. 

Nous aurons bientôt l'occasion de revenir sur l'opinion des 
Luxembourgeois au sujet des juifs. 

A côté de ces taxes locales, il faut signaler une capitation ex- 
traordinaire que le gouvernement général des Pays-Bas essaya 
un moment d'établir sur les juifs. Par un décret daté de Bruxelles 
le 20 novembre 1756, le duc Charles de Lorraine, gouverneur 
général, voulant réprimer la trop grande facilité avec laquelle on 
tolérait leur séjour dans ces pays, malgré la défense rigoureuse 
des édits, prescrivit aux magistrats des villes où l'on supposait que 
des juifs avaient leur résidence, de faire une ordonnance de police, 
en vertu de laquelle ceux d'entre eux, qui voudraient s'y fixer, 
seraient obligés de payer annuellement, au profit de l'impératrice 
(Marie-Thérèse régnait alors sur les Pays-Bas), une somme de 
trois cents florins, à peine de bannissement perpétuel. Et comme, 
sous prétexte de passage ou de résidence momentanée, les juifs 
auraient pu en éluder le payement, le décret prescrivit aux magis- 
trats de leur interdire le séjour de ces villes au delà de deux fois 
vingt-quatre heures, à peine de payer la taxe, ou de punition arbi- 
traire, dans le cas où ils n'auraient pas été en état de la payer 1 . 
Le décret fut transmis, à fin d'exécution, aux magistrats de 
Bruxelles, de Louvain, d'Anvers, de Malines, de Gand, de Bruges, 
d'Ypres, d'Ostende, d'Alost, de Tournai, de Mons, d'Ath, de Namur, 
de Gharleroi, de Luxembourg et de Ruremonde 2 . Plusieurs de 
ceux-ci firent l'ordonnance, d'autres négligèrent de se soumettre 
aux ordres du gouvernement ou mirent peu d'empressement à 
s'exécuter. 

C'est ainsi que dans sa réponse au duc Charles, en date du 30 



1 Carmoly a donné dans sa Revue orientale, t. III, p. 293-294, d'après l'original 
conservé aux archives communales de Bruxelles, le texte de ce décret adressé au 
magistrat de cette ville. La teneur de ceux qui furent expédiés aux autres villes n'en 
diffère que par le nom de chacune de celles-ci. 

1 Mémoire à l'empereur par Phil. O'Kelly, un des assesseurs du prévôt de l'hôtel et 
du drossard de Brabant. sans date (mars 1786) ; original dans le carton 1293. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 217 

décembre de la même année 1 , le magistrat de Bruxelles, avant 
de procéder à la rédaction d'une ordonnance de police en cette 
matière, se crut obligé de présenter au gouverneur général quel- 
ques observations, pour le déterminer à modérer la rigueur de son 
décret ou à modifier du moins certaines prescriptions qui y étaient 
contenues. Les arguments invoqués en cette circonstance par le 
magistrat montrent une tolérance remarquable pour le temps. Il 
faisait observer qu'il ne trouvait guère ou point d'inconvénients à 
souffrir que les juifs, dont le nombre ne dépassait pas alors vingt 
têtes à Bruxelles, continuassent à y demeurer. Il faisait l'éloge 
de leur conduite et élevait en leur faveur la voix de l'humanité ; 
il prévoyait les graves inconvénients d'une ordonnance de ce genre 
et terminait ses remontrances en ces termes : 

Enfin quelque disposition que V. A. R. trouve bon de rendre 
sur cette matière, il nous paroit qu'un edit dans les formes émané au 
nom de S. M. sera plus efficace que les ordonnances particulières de 
police à publier dans les villes respectives. 

Et nous en croions la formalité d'autant plus nécessaire dans 
l'espèce dont il s'agit, que notre jurisdiction est bornée au territoire 
de cette ville et de sa cuve, et que, par conséquent, nous ne pouvons 
comminer par nos ordonnances la peine de bannissement qu'avec 
interdiction de rentrer dans les limites susmentionnées. 

En sorte que les reglemens à émaner par les villes du pais laisse- 
roient toujours aux juifs une liberté entière de s'établir au plat pais 
où la résidence de la plupart d'entre eux causeroit plus de mal et 
d'inconveniens que dans les villes closes. 

Le gouvernement général ne tint aucun compte des observa- 
tions si justes du magistrat de Bruxelles et lui enjoignit de passer 
incessamment outre à l'exécution de l'ordonnance. 2 

Celui-ci obéit en publiant le 17 septembre 1757 l'ordonnance de 
police réclamée 3 ; mais le gouvernement, changeant d'avis, écri- 
vit le 7 juin 1758 au conseil de Brabant de prescrire à l'amman 4 
de Bruxelles de surseoir à son exécution. Il ordonnait néanmoins 
à celui-ci de veiller sur la conduite des juifs qui se rendraient en 

1 Minute aux archives de Bruxelles; publiée par Carmoly, vol. cité, p. 294-301. 

2 Dépêche du comte de Cobenzl, ministre plénipotentiaire, au magistrat de Bru- 
xelles, 14 juin 1757 ; original aux archives de cette ville, publié par Carmoly, vol. 
cité, p. 301-302. 

3 En flamand ; origimal enregistré dans le Puè.licatie èoeck, 1756-1762, aux ar- 
chives de Bruxelles; traduit dans Carmoly, vol. cité, p. 445-446. 

4 L'amman de Bruxelles était le chef justicier dans la ville et dans son quartier, 
appelé Yammanie. Il présidait le corps du magistrat en qualité de représentant du sou- 
verain. Il faisait mettre à exécution les décrets de celui-ci et les ordonnances de l'ad 
ministration locale ; il décidait sur les demandes d'admission à la bourgeoisie, etc. 



218 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cette ville, et d'en faire sortir tous ceux qui ne pourraient établir 
leurs moyens d'existence, ou sur la conduite desquels cet officier 
aurait le moindre soupçon 1 . 

Le magistrat d'envers reçut aussi du gouvernement, sous le pa- 
raphe du comte de Neny, chef et président du conseil privé, un dé- 
cret de la même date, renfermant, outre des dispositions analogues, 
quelques observations au sujet de l'admission de juifs à la bour- 
geoisie, admission sur laquelle nous aurons occasion de revenir 
plus loin. 

Charles comte du Saint Empire Romain, de Cobenzl, 
chambellan, conseiller d'Etat intime actuel, et mi- 
nistre plénipotentiaire de S. M. l'Impératrice Reine 
de Hongrie et de Bohême pour le gouvernement 
gênerai de ses Pays-Bas, etc., etc. 

Très chers et bien amés, Ensuite des représentations nous faites 
au sujet des ordonnances, que vous avez été chargés de faire émaner 
contre les juifs, qui veulent prendre domicile en ces pays, nous vous 
faisons cette pour vous informer, que notre intention est, que provi- 
sionellement vous ne les fassiez pas émaner : ordonnant néanmoins 
à l'ecouttete * de votre ville, de veiller exactement sur la conduite des 
juifs, qui pourroient se rendre dans votre ville et d'en faire sortir 
d'abord et sans la moindre dissimulation tous ceux, qui ne pour- 
roient pas faire conster d'avoir des moyens pour subsister et sur la 
conduite desquels il auroit le moindre soupçon ; et afin qu'il ne 
dépende pas du bon plaisir de cet officier de chasser ou de laisser ces 
juifs, nous vous ordonnons d'établir des commissaires, qui pren- 
dront des informations sommaires à cet égard, sur les quelles vous 
pourrez disposer et décider. Aiant aussi été informé que l'on auroit 
admis chez vous au droit de bourgeoisie le juif Abraham Aaron, 
quoique la qualité essentielle de celui, qui veut acquérir ce droit, est 
celle de professer la religion catholique, dont ni vous ni l'ecoutette 
ont le pouvoir de dispenser, nous déclarons que soit que ce juif ait 
été admis à la bourgeoisie par l'un ou par l'autre, il n'a pas été 
permis de le faire, qu'en conséquence ces admissions sont nulles : 
vous défendant bien expressément au nom de Sa Majesté d'en faire 
de pareilles à l'avenir. A tant, très chers et bien amés, Dieu vous 
ait en sa sainte garde. De Bruxelles le 7. juin 4758. Paraphé Ne. v*, 
signé le G. Cobenzl. Plus bas etoit par ord ce de Son Excellence et 



1 Dépêche de Cobenzl au cc-Dseil de Brabant, 7 juin 1758, en copie dans le carton 
1293; publiée fort inexactement par Carmoly, vol. cité, p. 302-303, d'après la copie 
adressée au magistrat de Bruxelles, conservée aux archives de cette ville. — Il y a 
dans ces deux copies 17 février au lieu de 17 septembre. 

? Les fonctions de l'ecoutette d'Anvers différaient peu de celles de l'ammin de 
Bruxelles. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 219 

contre signé F. J. Misson. L'adresse etoit à nos très chers et bien 
amés ceux du magistrat d'Anvers à Anvers et cacheté du cachet de 
S. M. en hostie rouge, plus bas eloit ita est in originali et signé De 
Baltin l . 

A Namur, le magistrat s'était sans doute soumis de bonne 
grâce au décret du gouverneur général ; il ne tarda pas avoir l'oc- 
casion d'appliquer l'ordonnance de police. 

Le 16 septembre 1757, le magistrat fait connaître au comte de 
Gobenzl que, depuis la publication de l'ordonnance en question, un 
juif, nommé Isaac Joseph, ayant séjourné à Namur, avec sa femme 
et son valet, au delà de deux fois vingt-quatre heures, et n'ayant 
pas payé, pour eux trois, la somme de 900 florins, a été arrêté ; que 
sur la requête présentée au comte par le condamné, cette somme a 
été réduite à 300 florins ; et que, depuis lors, aucun juif ne s'est pré- 
senté à Namur 3 . 

La conséquence du payement de cette énorme taxe était néan- 
moins la reconnaissance de l'existence en quelque sorte légale des 
juifs qui s'y seraient soumis; aussi le décret du duc Charles fut-il 
accueilli avec répugnance par le magistrat de Luxembourg, qui se 
permit, d'adresser le 4 janvier 1757, au gouverneur général, des 
remontrances par lesquelles il protestait contre la faculté laissée 
aux juifs de s'établir dans cette ville, moyennant le payement de 
la taxe en question. Voici en quels termes ces représentations 
furent adressées au gouverneur général : 

Monseigneur, 

Il a plu à Y : A : R : nous ordonner par ses lettres closes du 
20. 9 bre d r de faire émaner une ordonnance de police, par laquelle 
il sera déclaré que les juifs qui voudront se fixer dans cette ville, 
seront obligés de paier annuellement au profit de S : M : à la recette 
de ses domaines chacun une somme de trois cent fl., dont ils de- 
vront nous faire conster avant de s'être établis, et ainsi d'année en 
année à peine de bannissement perpétuel ; afin qu'ils ne puissent 
éluder le paiement de cette taxe sous prétexte de leur passage ou 
d'une résidence momentanée, qu'il leur soit défendu de séjourner 
en cette ville au delà de deux fois vingt quatre heures, à peine de 
paier la taxe de trois cent fl., ou de punition arbitraire s'ils ne sont 
pas en état de satisfaire a cette somme. 

1 Copie dans le carton 1293, au dossier des frères Cantor. Ce décret est enregistré 
en extrait dans le Placcaetboek van den hove, vol. 19, fol. 193, aux archives de la 
ville d'Anvers. 

1 Annales de la Soc. archéol. de Namur, t. V, 1857-1858, p. 291 ; d'après le registre 
des Résolutions du magistrat^, 194, aux archives de la ville de Namur. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous espérons, Monseigneur, que malgré l'entière soumission que 
nous avons et devons avoir à la gracieuse volonté de V : A : R :, elle 
nous permettra de représenter avec le plus profond respet que le 
motif des ordres nous donnés par ses d tes lettres closes pour l'éta- 
blissement des juifs n'influe aucunement sur cette ville ni sur cette 
province. 

La religion catholique romaine a toujours été trop sacrée en ce 
pais et les deftences réitérées de nos très augustes souverains de 
tolérer aucune secte abusive et reprouvée de notre mère la sainte 
Eglise ont en tout tems été ici trop respectables, pour qu'en contra- 
vention auxd ts placcards et edits et en mépris de lad te religion on 
eusse jamais eu la facilité de tolérer qu'aucun juif s'établisse dans 
cette ville ou province ; même dans le tems, que dans les autres 
provinces des Païs bas la vraie religion périclitât, si avant que quel- 
ques unes ont eu l'audace de prendre les armes contre leurs légitimes 
souverains pour soutenir leurs erreurs, celle ci, demeurant conta- 
ment [sic) attachée à ses souverains, est restée fidèle à son Dieu sans 
soufrir que la moindre erreur s'y soit glissée; encore a-ton été ici 
toujours plus en garde contre la nation juive, nation maudite de Dieu 
et ouvertement ennemie des chrétiens, qui fait profession d'exercer 
sur eux l'usure la plus outrée et cherche à succer pour ainsi dire 
jusqu'au sang leur moiens et facultés : que deviendroit une notable 
partie de cette bourgeoisie s'il étoit permis aux juifs de fixer ici do- 
micil? Plusieurs bourgeois se trouvant dans le besoin croiroient de 
trouver du soulagement chez eux, mais il ne seroit que momentané, et 
leur ruine totale s'ensuivroit bientôt, et le mal se communiquant au 
plat pais par l'intrigue des juifs il deviendroit universel, tant les 
bourgeois que les laboureurs réduits à la misère seroient hors d'état 
de suporter la moindre chose dans les aides et subsides, le roial ser- 
vice même s'en trouveroit grandement intéressé. 

Bien loin d'avoir toléré en quelque manière les juifs dans cette 
province, on a toujours été très attentif a les en éloigner. Ils ont 
toujours été si méprisables en ce païs qu'ils s'y trouvent assujetis 
depuis tout tems au droit de haut conduit comme les animaux 
brutes. Passent-ils même après sur quelque pont de la province, il 
faut qu'ils paient par tête quatre sols, taxe plus forte qu'il ne se 
paie d'aucun desd ts animaux au passage des ponts, et l'entrée de 
cette ville ne leur a jamais été permise que parmi paiant chacun 
deux sols et demi ; voulurent-ils rester plus de deufois 24. heures 
ici, ce qui n'est jamais arrivé que pendant le tems de la foire, ils ont 
du derechef s'annoncer et paier le même droit pour pouvoir jouir 
d'un autre pareil terme et après ils ont été obligés a se retirer. 

Ce considéré, Monseigneur, nous osons espérer que V: A: R : dai- 
gnera nous dispenser gracieusement de ses susd ts ordres ; c'est la 
grâce que nous attendons en toute humilité de sa gracieuseté et de 
sa magnanimité ordinaires, grâce qui nous sera d'autant plus pré- 
cieuse qu'elle nous paroit être nécessaire pour le maintien de la pu- 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 221 

reté de la s te religion et pour le bien être des sujets, étant avec le 
plus profond respet, 

Mg~r, 



de V: A: R:, 
les plus humbles et les plus obeissans etc. *, 



Vacat : 7. h. 
Le 4°jan r 1757. 



Le gouverneur général fit la sourde oreille à ces remontrances, 
car le 1 septembre de la même année, Gobenzl adressa au magis- 
trat de Luxembourg, sous le paraphe du président du conseil 
privé, M. de Steenhault, la dépêche suivante, où le silence sur les 
protestations ci-dessus est significatif: 

Charles comte du Saint Empire Romain, de 
Cobenzl, chambellan, conseiller d'Etat intime 
actuel, et ministre plénipotentiaire de S. M. 
l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême 
pour le gouvernement général de ses Pays- 
bas, etc. etc. 

Très chers et bien amés. 

Nous vous chargeons de nous informer de l'effet qu'a produit 
l'ordonnance de police qu'il vous a été ordonné par lettres du 20. 9 bre 
dernier de faire émaner, pour obliger les juifs qui voudront se 
fixer dans la ville de Luxembourg, à paier annuellement, au profit 
des domaines de S. M., une somme de trois cent florins : A tant, très 
chers et bien amés, Dieu vous ait en sa s te garde. De Bruxelles le 
7. sep bre 1757. ://: Steenh. v l . 
Le G. Cobenzl. 

Par ord ce de Son Excellence, 

F. J. Misson 2 . 

Le magistrat répondit dans le courant du même mois qu'il avait 
différé de rédiger l'ordonnance prescrite, le gracieux silence du 
gouverneur général, le duc Charles de Lorraine, lui ayant fait 
présumer que ses remontrances avaient été favorablement accueil- 
lies; qu'en outre il espérait que Cobenzl ordonnerait qu'à l'avenir 
les édits et les placards ci-devant décrétés contre la nation juive 
seraient rigoureusement observés. Voici la requête adressée à 
Cobenzl : 

1 Archives de la ville de Luxembourg : Minute reliée dans le registre 21, intitulé 
Actes et décrets de 4718 à 4166, tome I, pièce cotée 21 . — « Vacat : 7 h. » signifie que 
sept heures de vacation ont été employées pour la rédaction de cette minute. 

2 Mêmes archives : Original relié ibid., pièce cotée 22. 



222 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mfr, 

Aiant plu à Votre Excellence nous ordonner par lettres du 7. du 
mois courant de l'informer de l'effet qu'a produit l'ordonnance de 
police que S: A: R: nous a enjoint, par lettres du 20. 9 bre 4756, de 
faire émaner touchant les juifs qui voudront se fixer en cette ville, 
nous sommes obligés de dire en tout respet que malgré notre 
entière soumission à tout ce qui nous est ordonné de la part de Sa 
Maj w l'Impératrice Reine, nous avons pris la très respectueuse 
liberté de faire le 4. janvier d r a S : A : R : la plus humble représen- 
tation qui va cijointe en copie, afin de la supplier pour les raisons 
y déduites de nous dispenser gracieusement de ses dits ordres, le 
motif qui semble les avoir fait donner, savoir la trop grande facilité 
avec laquelle on tolereroit les juifs, ne trouvant pas lieu dans cette 
ville ni province, bien loin de là, les juifs aiant de tout tems été ici 
traités selon la rigeur des edits et placcards que nos très augustes 
souverains ont autrefois fait émaner contre cette nation, non seule- 
ment pour le bien être de leurs sujets, mais aussi afin de conserver 
la pureté de la vraie religion : dans la confiance que S : A : R : daigne- 
roit d'avoir favorable égard à notre dite représentation, ce que son 
gracieux silence du depuis nous a fait présumer, nous avons différé 
jusqu'à présent de faire émaner l'ordonnance de police cidessus. 
Nous espérons, Monseigneur, que V: E:, vues les raisons deduictes 
en toute humilité de notre part, ne voudra non plus nous obliger à 
cela, mais qu'au contraire, par un effet de sa bienveillance et de sa 
magnanimité ordinaires, elle sera servie d'ordonner qu'aussi à 
l'avenir les edits et placcards cidevant émanés contre la nation juive 
soient ici ponctuellement et selon toute la rigeur suivis et observés. 
C'est la grâce qu'osent attendre ceux qui sont avec le plus profond 
respect et avec une entière soumission, 

M£~r, deV:E:«. 

Nous ignorons la suite de cette affaire : ici s'arrêtent nos docu- 
ments. Si nous rapprochons ceci de ce qui fut décidé pour 
Bruxelles et pour Anvers, il est probable que le magistrat de 
Luxembourg fut dispensé de faire l'ordonnance de police en ques- 
tion. Peut-être aussi persista-t-il dans sa résistance et le gou- 
vernement ferma- t-il les yeux. Au reste, les rapports que nous 
avons publiés plus haut au sujet des taxes locales, montrent à 
quelles vexations les juifs furent soumis en cette dernière ville 
jusqu'à la fin de l'ancien régime. 

Ailleurs aussi, selon les caprices ou les intérêts du moment, on 
mettait parfois des entraves aux affaires des juifs : on les arrêtait 
plus ou moins arbitrairement, ou bien on leur faisait subir d'autres 

1 Mêmes archives : Minute reliée ibid,, pièce cotée 21 bis 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 22i 

avanies. A Ostende, en 1765, deux juifs furent arrêtés pour n'avoir 
pas payé la taxe de 300 florins, mais le conseil privé, au nom de 
l'impératrice, ordonna leur élargissement en ces termes : 

L'Impératrice Reine, 

Chers et bien amés, Aïant vu vôtre représentation du 22. de ce 
mois, au sujet des deux juifs, nommés David Abraham et Salomon 
Cyman, natifs et domiciliés à Middelbourg, arrêtés et conduits dans 
les prisons de Nôtre ville d'Ostende, Nous vous faisons la présente à 
la délibération du comte Charles de Cobenzl, Nôtre ministre plénipo- 
tentiaire pour le gouvernement général des Pays-Bas, pour vous dire 
que ces deux juifs soient incessamment et sans frais élargis. Au sur- 
plus comme il a été déclaré, que l'ordonnance du 20. novembre 1756. 
concernant le séjour des juifs dans ces pais, ne seroit pas provisoire- 
ment exécutée, Nous vous envoions pour vôtre information et direc- 
tion, une copie des lettres écrites en cette conformité à ceux du con- 
seil de Brabant. A tant, chers et bien amés, Dieu vous ait en sa s t9 
garde. De Bruxelles le 31. juillet 1765. Paraphé Ne. v 1 ., en dessous 
étoit par ord ce de Sa Majesté signé P. Maria, au bas, au magistrat 
d'Ostende 1 . 

En 1771, Isaac Liebtmans, négociant en diamants à Amster- 
dam , se plaignit au gouvernement de l'affront qu'il avait 
reçu à Bruxelles où, à son arrivée d'Anvers, on l'avait arraché de 
la diligence et fait conduire par des soldats chez l'amman. Le duc 
Charles de Lorraine fit connaître à cet officier que rien n'empê- 
chait le suppliant de passer et de repasser par Bruxelles pour va- 
quer librement aux affaires de son commerce en d'autres villes 
étrangères 2 . 

Nous allons enfin arriver à une époque où les juifs verront poin- 
dre pour eux dans les Pays-Bas une lueur de liberté. Cependant la 
ville de Luxembourg continua de les repousser jusque vers la fin du 
xvni siècle, non peut-être sans quelque raison; car se trouvant 
dans le voisinage de pays où ils étaient nombreux, elle dut plus 
d'une fois être visitée parla lie des juiveries d'alentour. Il n'en 
était pas de même dans le reste des Pays-Bas, où les quelques 
juifs qui étaient venus s'y fixer ou désiraient de s'y établir offraient 
plus de garanties d'honnêteté. On verra dans le chapitre suivant 
les difficultés qu'ils eurent néanmoins à surmonter pour arriver à 
jouir peu à peu des droits des autres citoyens. 

1 Copie dans le carton 1293. 

2 Carton 1293 : Lettre d'envoi originale du duc Char.es de Lorraine au conseil 
privé, 19 février 1771 ; — dépêche originale du même à l'amman de Bruxelles, 20 fé- 
vrier 1771 ; — apostille au nom du même, 6 mars 1771. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 
ADMISSIONS DE JUIFS A LA BOURGEOISIE. 



Dans la plupart des villes des Pays-Bas, tous les habitants jouis- 
saient des mêmes droits et de la même protection, mais de grands 
avantages étaient assurés à ceux qui faisaient partie de la bour- 
geoisie, soit par naissance, soit par achat. A Bruxelles, par exemple, 
la qualité de bourgeois était indispensable pour entrer dans un 
corps de métier et pour exercer la plupart des industries. L'étran- 
ger qui voulait acquérir cette qualité devait fournir les preuves 
d'une probité sans tache. L'entrée dans la bourgeoisie avait pour 
le juif l'avantage de lui permettre de pratiquer sans entraves sa 
profession ou son négoce. 

Déjà en 1715, le 16 septembre, un boutiquier juif, nommé Abra- 
ham Aaron ou Arons, fut admis bourgeois d'Anvers *. Quelques 
années après, le 13 juin 1732, un autre juif, Jacob Cantor, après 
avoir résidé plus de trente ans à Bruxelles, reçut aussi à Anvers 
un acte de bourgeoisie 2 . Mais ces sortes d'admissions, faites, soit 
par le magistrat de cette ville, soit par l'écoutette, c'est-à-dire 
l'officier du gouvernement près de ce magistrat, furent plus tard 
déclarées nulles, parce que la qualité essentielle de celui qui vou- 
lait acquérir la bourgeoisie était de professer la religion catho- 
lique, et que ni le magistrat ni l'écoutette n'avaient le pouvoir 
de dispenser personne de cette qualité 3 . 

Désormais, les demandes d'obtention de bourgeoisie, faites par 
des juifs, furent examinées par le conseil privé, qui avait dans 
ses attributions la direction et la surveillance de la justice et de la 
police des Pays-Bas autrichiens, et à la délibération duquel étaient 
soumises la rédaction des nouvelles lois et l'interprétation des an- 
ciennes. 

Il existe aux archives générales du royaume à Bruxelles un 
carton renfermant les dossiers relatifs aux affaires des protestants 

1 Carton 1293 : Lettre originale du magistrat d'Anvers aux gouverneurs généraux 
Marie-Christine et Albert-Casimir, 8 juillet 1782. — Archives de la ville d'Anvers : 
Poortersboek, 1712-1729. 

5 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 3. août 1782. 
— Archives de la ville d'Anvers : Poortersboek, 1729-1757. 

3 Décret de Cobenzl au magistrat d'Anvers, 7 juin 1758. Nous avons donné pins 
haut le texte de ce document au chapitre des Taxes sur les juifs. 



NOTES ET DOCUMENTS SUK LES JUIFS DE BELGIQUE 225 

et des juifs dans la seconde moitié du xvm e siècle '. Nous ferons 
connaître, d'après les documents contenus dans ces dossiers et d'a- 
près d'autres conservés ailleurs, les raisons qui ont milité pour 
ou contre l'admission des juifs aux droits de la généralité des 
citoyens. Nous donnerons in extenso quelques-uns de ces docu- 
ments, parce qu'ils caractérisent fort bien les idées de l'époque 
dont nous nous occupons, et qu'ils font connaître l'origine, la 
profession et la condition des juifs qui résidaient alors dans les 
Pays-Bas, ainsi que d'anciens usages peu ou point connus aujour- 
d'hui. 

Généralement les magistrats des villes, peu favorables aux juifs, 
n'étaient guidés dans leur opposition que par des motifs d'un inté- 
rêt étroit ou d'une économie politique égoïste, tandis que le con- 
seil privé, comme tout ce qui touchait de près au gouvernement, 
était plus porté à la tolérance. 



Anvers. 

On vient de voir deux admissions de juifs à la bourgeoisie 
d'Anvers, l'une de 1715, l'autre de 1732, mais elles furent enta- 
chées de nullité. 

Vers le mois d'août 1769, le juif Abraham Benjamin, établi à 
Londres depuis plusieurs années, demanda à pouvoir fixer son 
domicile à Anvers avec sa famille, et à y transporter le siège du 
commerce considérable qu'il faisait en Angleterre et dans les Pays- 
Bas. C'était peut-être une façon modérée d'exprimer son désir 
d'arriver à la bourgeoisie. 

Le magistrat d'Anvers se montra défavorable à cette demande, 
sous prétexte que le commerce du suppliant consistait principale- 
ment en produits de fabriques anglaises, dont on ne devait point 
faciliter l'importation dans un temps où le gouvernement mettait 
tous ses soins à favoriser l'établissement de fabriques du même 
genre dans les Pays-Bas. Cependant le suppliant avait le mérite de 
faire une exportation considérable de dentelles en Angleterre ; par 
là il procurait un avantage d'autant plus grand aux lieux de pro- 
duction, que les marchands du pays ne faisaient ou ne pouvaient 
faire ce commerce. Le magistrat ajoutait: « Voilà en effet tout le 
mérite du suppliant, mais on remarque que ce commerce de den- 

1 C'est le carton n° 1293 des archives du conseil privé, inlitulé Hérésie et tolé- 
rance. Nous avons déjà eu l'occasion de faire connaître quelques-unes des pièces qui 
y sont contenues. 

T. VIII, n° 16. 15 



■■■H< REVUE DES ETUDES JUIVES 

telles fait évanouir sa prétendue exactitude dans les paiemens des 
droits d'entrée et sortie, car pour faire ce commerce il doit, en 
Angleterre, en faire l'importation en fraude ; or est-il à présumer, 
que celui, qui fraude dans son pays natal, ne sera pas plus scrupu- 
leux dans un autre, si l'occasion se présente 1 ? » 

Dans un second avis, le magistrat allégua que personne de la 
nation juive n'avait jamais pu obtenir la bourgeoisie en aucune 
ville d'Europe; ce qui était inexact, puisque nous venons de voir 
qu'à Anvers même, dans la première moitié du xvin siècle, des 
juifs avaient déjà joui de cet avantage; « pas même en Hollande, 
ajoutait-il, où les juifs seuls sont réputés indignes du privilège de 
la bourgeoisie, tandis qu'on l'accorde à tout autre sans discerne- 
ment de secte ni de religion." » Le magistrat disait encore que, si 
Abraham Benjamin voulait être exempt des droits de tonlieu, 
il lui suffisait de tenir à Anvers fixe habitation ; mais demander 
d'être reçu au nombre des bourgeois, c'était vouloir déguiser son 
intention de commercer en détail, par poids et par mesures, ainsi 
qu'il le faisait depuis quelque temps secrètement, en Brabant et en 
Flandre. « S'il parvient à la bourgeoisie, il prétendra d'abord d'être 
admis dans le chef métier des merciers, pour lever tout obstacle 
de pouvoir vendre librement en détail. » Le magistrat apportait 
ensuite tous les lieux communs habituels contre la façon de 
commercer des juifs, et exposait que c'était la raison pourquoi 
aucun État n'avait encore osé conférer aux juifs les droits de ci- 
toyen. Après avoir rappelé le décret de Gobenzl du 7 juin 1758, 
que nous avons reproduit quelques pages plus haut, et avoir 
ajouté que ce décret ayant toujours été exactement observé, 
le gouvernement avait rejeté depuis toutes les demandes sem- 
blables faites par des juifs, il proposait au gouverneur général 
d'éconcluire le suppliant 2 . 

Comme la principale objection qu'on opposait à la demande 
d'Abraham Benjamin était, qu'en acquérant la bourgeoisie, celui- 
ci pourrait faire le commerce en détail, il s'engagea, sous telle 
peine qu'on trouverait bon de lui imposer, à ne pas exercer cette 
sorte de commerce 3 . 

Le motif principal d'opposition étant ainsi écarté, le conseil 
privé proposa au gouverneur général d'autoriser l'admission de ce 
juif à la bourgeoisie, mais à condition qu'en cas de contravention 



1 Carton 1293 : Lettre originale du mag. d'Anvers au duc Charles de Lorraine, 
gouverneur général, 1 er septembre 1769. 

a Carton 1293 : Lettre originale du même au même, 9 septembre 1769. 

3 Carton 1293 : Copie de l'engagement pris par Abraham Benjamin, 9 octobre 1769. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 227 

à l'engagement pris par le suppliant, celui-ci serait déchu du droit 
de bourgeoisie et encourrait, outre les peines ordinaires commi- 
nées par les ordonnances du magistrat d'Anvers, une amende de 
mille florins au profit de Sa Majesté *. 

Conformément à cet avis, le 28 octobre 1769, le gouverneur gé- 
néral autorisa le magistrat à admettre Abraham Benjamin sous les 
conditions précédentes, mais en stipulant que cette grâce ne pour- 
rait en aucun cas être tirée à conséquence, et que la disposition 
prise en 1758, qui excluait les juifs de la bourgeoisie, serait main- 
tenue dans toute son étendue 2 . 

Vers le mois d'avril 1782, Benjamin Joël Gantor et Samuel Joël 
Cantor, frères, négociants, adressèrent une requête à l'empereur 
pour obtenir la qualité de bourgeois d'Anvers. Ils alléguaient que 
leur père, Joël Jacob, né à Amsterdam, avait demeuré plus de 
dix-huit ans à Anvers, et que leur grand-père, Jacob Cantor, 
après une résidence de plus de trente années à Bruxelles, avait 
même été admis à la bourgeoisie d'Anvers le 13 juin 1732 3 . Les 
gouverneurs généraux, Marie-Christine et Albert-Casimir, ren- 
voyèrent la requête à l'avis du magistrat de cette ville 4 . Voici la 
réponse de celui-ci : 

Madame et Monseigneur, 

Nous avons reçu avec respect la dépêche du 18. avril dernier, par la- 
quelle Vos Altesses Roiales daignent demander notre avis sur la 
requête y jointe des frères Cantor, juifs, afin d'être admis à la bour- 
geoisie de cette ville. 

Pour satisfaire aux ordres de Vos Altesses Roiales, nous avons 
l'honneur de dire, qu'il est vrai, que les supplians se sont adressés 
à nous pour devenir bourgeois à Anvers, mais leur demande nous a 
parue {sic) d'autant plus étrange que de tout tems les negotians 
juifs ont eu la liberté de venir se domicilier en cette ville, lorsqu'ils 
ont voulu y exercer quelque commerce, et si, par une résidence con- 
tinue, ils habitent fixement ici, ils acquièrent les mêmes prérogatives, 
que nos autres citoiens, à l'exception, qu'ils ne peuvent entrer dans 
les sermens 5 ni dans les corps de métiers, ce qui ne conviendroit 

1 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil prive' de Sa Majesté', du %i . octoirc 
1169. 

2 Carton 1293 : Minute du décret du duc Charles de Lorraine au mag. d'Anvers, 
28 octobre 1769. 

3 Archives de la ville d'Anvers, collection P. van Setter, vol. de 1782-1783, fol. 
12, v° : Copie de la requête des frères Cantor à l'empereur, signée par G. Becker, 
agent admis au conseil privé, sans date. 

4 Ibid. , fol. 12, r 6 : Original de la dépêche des gouverneurs généraux, Marie-Chris- 
tine et Albert-Casimir, au mag. d'Anvers, 18 avril 1782. 

5 On appelait serments, en Belgique, les compagnies d'élite des gardes bour- 
geoises. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

pas, puisque quelques uns d'eux tiennent à la constitution de l'Etat, 
par la voix qu'ils ont dans les consentemens des villes : les juifs ont 
aussi toujours été exclus de la bourgeoisie, et l'admission du grand 
père des supplians, en 4 732, a sûrement été faite par l'inadvertance 
de l'ecoutette ou sous ecoutette, qui par leur office sont chargés 
d'examiner la conduite et la religion de ceux, qui se présentent pour 
être bourgeois ; le gouvernement instruit d'une pareille admission 
dans la personne d'Abraham Aaron en 1715, l'a déclarée nulle par 
décret du 7. juin 1758 ci-joint n° 1, et nous a en même tems défendu 
d'en faire de telles à l'avenir ; depuis cette époque nous avons cons- 
tamment refusé tous les juifs, qui ont fait des tentatives pour être 
soustraits à cette loi. 

Ce n'est qu'en 1769 que feue Son Altesse Roiale a dispensé le juif 
Abraham BeDJamin et nous a ordonné par sa dépêche du 28. octobre 
de la même année ci-jointe n° 2, d'admettre ledit Benjamin à notre 
bourgeoisie, avec cette clause cependant, que cette grâce ne pourra 
jamais être tirée à aucune conséquence et que le décret du 7. juin 1758 
doit être maintenu dans toute son étendue. 

Nous avions pour lors remontré au gouvernement les inconveniens 
«de l'admission des juifs à notre bourgeoisie et l'exclusion générale, 
qui est observée contre eux dans tous les Etats de l'Europe, et comme 
mous avons encore les mêmes raisons de nous y opposer, nous joi- 
gnons ici n° 3 la copie de la représentation du 1. septembre 1769. 

Nous prions Vos Altesses Roiales de prendre un égard favorable 
;aux motifs qui y sont déduits et nous osons nous flatter qu'elles 
voudront maintenir le décret de 1758 et econduire les supplians de 
leur demande. 

Parmi quoi esperans avoir satisfait. aux ordres de Vos Altesses 
Roiales, nous avons l'honneur d'être avec un très profond respect, 
Madame et Monseigneur, 

De Vos Altesses Roiales, 
Les très humbles et très obeissans serviteurs, 
bourguemaitres, echevins et conseil de la ville d'Anvers, 
P : Van Setter K 

Anvers ce 8. juillet 1782. 

Le conseil privé fut chargé d'examiner l'affaire et prit la déci- 
sion suivante : 

Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, 
du 3. août 1782. 

M. de Grysperre 3 a fait le rapport suivant : Les nommés Benjamin 

1 Original dans le carton 1293. — L'annexe n' la été publiée plus haut au chapitre 
des Taxes sur les juifs ; les deux autres, n os 2 et 3, sont des copies de documents que 
nous avons résumés à propos de l'admission dAbraham Benjamin. 

2 Conseiller au conseil privé. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 229 

Joël et Samuel Joël Cantor, frères, juifs de nation, et commerçans de 
profession, demandent par requête d'être admis à la bourgeoisie de 
la ville d'Anvers. Ils allèguent que leur père Joël Jacob, né à Amster- 
dam, a déjà demeuré à Anvers plus de dix huit ans, et que leur 
grand-pere Jacob Cantor a demeuré plus de trente ans à Brusselles ; 
que celui-ci même a été bourgeois d'Anvers, comme conste par l'acte 
de bourgeoisie, daté du 13. juin 1732, joint par copie authentique à la 
requête. 

Ceux du magistrat d'Anvers, à qui cette requête a été envoyée, 
s'opposent par leur avis ci-joint à ce que les supplians demandent, 
en alléguant toutes les raisons générales qu'on a coutume de rap- 
peller contre l'admission des juifs, et les défauts dont on arguë 
ordinairement, et souvent avec raison, ceux de cette nation. Les 
avisans reclament un décret du 7. juin 1758, qui leur défend très 
expressément d'admettre des juifs à la bourgeoisie. Ils conviennent 
que par un autre décret du 28. octobre 1769, ils ont été chargés d'ad- 
mettre à la bourgeoisie le négociant juif Abraham Benjamin, mais ils 
observent en même tems, que ce décret déclare que cette grâce ne 
pourra, dans aucun cas, être tirée à conséquence pour d'autres, et 
veut « que la disposition faite en 1758, qui exclut l'admission des 
» juifs à la bourgeoisie, soit maintenue dans toute son étendue t. 

Ils ajoutent, qu'il ne conviendroit certainement pas que les juifs 
puissent entrer dans les sermens, ni dans les corps de métier, dont 
quelques-uns tiennent à la constitution de l'Etat, par la voix qu'ils 
ont dans les consentemens des villes. 

Le conseil observa pendant la délibération, que les argumens de 
ceux du magistrat d'Anvers contre les juifs en général, sont justes, 
et que les dispositions que les avisans rappellent, ne concernent que 
l'admission des juifs à la bourgeoisie d'Anvers par la seule autorité 
et du seul chef du magistrat, sans le concours du gouvernement, qui 
par là s'est réservé le droit de dispenser dans les cas particuliers, et 
pour des individus qui peuvent mériter d'être exceptés de la règle 
ordinaire et générale; que l'admission du négociant juif Abraham 
Benjamin à la bourgeoisie d'Anvers en 1769, fait la preuve de cette 
observation, qui d'ailleurs est conforme au principe que le gouver- 
nement a suivi récemment à l'égard de plusieurs juifs admis à 
Ostende par autorisation expresse du gouvernement, et qu'à cette 
occasion on a fait connoitre tant aux fiscaux de Flandre, qu'à ceux 
du magistrat d'Ostende, qu'on n'est pas éloigné d'accorder dispense 
à des individus juifs pour être admis à la bourgeoisie, lorsqu'après 
un examen scrupuleux le gouvernement général aura été plainement 
appaisé sur leurs mœurs, leur droiture et leur fortune. 

Il est naturel et tout simple, que les individus juifs qui obtiennent 
pareille dispense, ne doivent et ne peuvent même pas devenir par là 
habiles à occuper des offices ou emplois publics quelconques, ni à 
avoir droit de suffrage dans les affaires publiques ou municipales, 
mais que cette dispense ne doit être censée que leur accorder simple- 



•230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment les effets privés et purement personnels de la bourgeoisie, sans 
aucune relation à tout ce qui va plus loin. 

Le conseil estime qu'en inhérant dans ce principe, qui à beaucoup 
d'égards peut être lié au bien public, le bon plaisir de Leurs Altesses 
Royales pourroit être de le faire connoitre à ceux du magistrat d'An- 
vers, et les chargeant en conséquence de s'informer dûement et de 
s'expliquer sur les mœurs, la droiture et la fortune des supplians, et 
sur les motifs particuliers qu'ils peuvent avoir pour demander l'ad- 
mission à la bourgeoisie de la ville d'Anvers, afin que le gouverne- 
ment puisse, avec pleine connoissance de cause, disposer sur la 
requête des supplians, comme il trouvera convenir. 

Le conseil joint ici le projet de dépêche qui résulte de son senti- 
ment, pour être, en cas d'approbation, munie de la signature de 
Leurs Altesses Royales, et adressée au magistrat d'Anvers. //. Ne. v l '. 

Les gouverneurs généraux paraphèrent pour approbation cette 
consulte du conseil privé ; en conséquence, la dépêche suivante 
fut envoyée au magistrat d'Anvers : 

B* [Bruxelles] le 3. août 4782. 

Marie et\ Albert et a . 

Ayant vu l'avis que vous Nous avez rendu le 8. juillet dernier sur 
la requête des juifs Benjamin Joël et Samuel Joël Cantor, frères, 
Nous vous faisons la présente pour vous dire que, sans faire cesser 
les défenses générales ci devant portées d'admettre les juifs à la 
bourgeoisie de la ville d'Anvers, Nous ne sommes cependant pas 
éloignés d'accorder à cet égard dispense à des individus de la reli- 
gion juive, lorsqu'après un examen scrupuleux, nous aurons été 
pleinement appaisés sur leurs mœurs, leur droiture, leur fortune 
et leur profession : laquelle dispense ne rendra néanmoins en au- 
cun cas l'obtenteur habile à occuper ou remplir des offices ou em- 
plois publics quelconques, ni à avoir droit de suffrage dans les 
affaires publiques ou municipales, de telle nature qu'elles puissent 
être, mais que la même dispense n'accordera simplement audit 
obtenteur que les effets privés et purement personnels de la bour- 
geoisie, sans aucune relation à ce qui va plus loin. 

D'après ces principes, c'est notre intention que vous Nous infor- 
miez et vous expliquiez dûement sur les mœurs, la droiture, la for- 
tune et la profession des supplians, et sur les motifs particuliers 
qu'ils peuvent avoir pour demander l'admission à la bourgeoisie 
d'Anvers, afin que Nous puissions, avec pleine connoissance de 
cause, disposer sur la requête des supplians, comme Nous trouve- 
rons convenir. A tant et a 2 . 

1 Carton 1293 : Minute mise au net. 

2 Carton 1293 : Minute mise au net. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE 231 

Une note marginale écrite sur la minute mise au net, d'après 
laquelle nous rapportons ce document, nous apprend qu'il fut signé 
par les gouverneurs généraux, Marie-Christine et Albert-Casimir, 
sous le paraphe du président du conseil privé, le comte de Neny, 
et le contre-seing de l'un des secrétaires de ce conseil, de Reul. 

Bien que la réponse du magistrat fût, cette fois encore, de prier 
les gouverneurs généraux de débouter les suppliants de leur 
demande, on y remarque cependant une certaine bienveillance à 
l'égard de ceux-ci. 

Madame et Monseigneur, 

Comme il a plu à Vos Altesses Roiales de nous ordonner, par leur 
dépêche du 3. août dernier, de nous expliquer sur les mœurs, la 
droiture, la fortune et la profession des frères Cantor, juifs, et sur 
les motifs particuliers, qu'ils peuvent avoir pour demander l'admis- 
sion à la bourgeoisie d'Anvers, nous avons l'honneur de dire que 
quant à leurs mœurs, nous sommes informés par les propriétaires 
de la maison où les supplians ont depuis longtems occupé un quar- 
tier *, qu'ils ont toujours été d'une conduite très régulière; les 
marchands de cette ville qui ont acheté une fois chez eux conti- 
nuent pour la plupart d'y prendre leurs marchandises, ce qui nous 
paroit constater leur droiture et leur honnêteté. 

Pour ce qui regarde leur fortune, il ne nous est pas possible de la 
déterminer ; nous sommes obligés de nous en rapporter à ce qu'ils 
nous allèguent. Ils nous ont déclaré que par année commune ils 
font circuler dans leur commerce un fonds de f. [florins] 25000 et ils 
présentent de vérifier cette somme parles billets des droits d'entrée, 
qu'ils paient aux bureaux de Sa Majesté. 

Leur profession est de vendre en gros toutes sortes de toiles de 
coton, des mousselines, des porcelaines et d'autres marchandises 
des Indes, qu'ils vont acheter dans les ventes des compagnies en 
Hollande; ils font aussi quelques foires dans les villes voisines, 
mais ils débitent la plus grande partie de leurs effets en cette ville. 
Il conste par cet aveu des supplians, que tout leur commerce con- 
siste en importation, dont il ne resuite pas le moindre avantage 
pour les fabriques de ces pays. Ils occupent à présent en cette ville 
une maison entière, pour la quelle ils paient f. 1 32! par an, pour le 
vingtième f. 18, etf. 8 de contribution aux gardes bourgeoises. 

Les supplians nous ont dit qu'ils ne demandent la bourgeoisie 
d'Anvers que dans l'intention que ce titre leur donnera plus de con • 
sideration dans leur commerce, en les distinguant des autres indi- 
vidus de leur nation, qui n'ont qu'un état précaire et mènent une 
vie errante. Ils préfèrent cette ville pour sa situation, qui les met a 
même de continuer leur débit tant en Flandre, en Hainaut, qu'au 

Appartement. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plat pays de cette province; d'ailleurs tous leurs correspondais, 
dont ils fournissent les boutiques, sont accoutumés à venir les trou- 
ver ici, où ils ont depuis plus de vingt ans tenu leur magasin. Mais 
comme ils pourroient jouir de toutes ces prérogatives, et même de 
l'exemption du thol 1 , par leur résidence continue en cette ville, sans 
être admis à la bourgeoisie, nous espérons que V. A. R. prenant un 
égard favorable aux raisons, que nous avons déduites dans notre 
avis du 8. juillet dernier, daigneront econduire les supplians de leur 
demande, puisque le refus de l'admission à la bourgeoisie ne les 
prive que de vendre en détail, permission qu'il seroit dangereux 
d'accorder à ceux de la nation juive par les inconveniens qui en re- 
sulteroient pour le public. 

Parmi quoi esperans avoir satisfait aux ordres de V. A. R., nous 
avons l'honneur d'être avec un très profond respect, 

Madame et Monseigneur, 

Anvers ce 26. octobre 1782. De V. A. R., 

L'adresse ordinaire à Leurs Les très humbles et très obeissans 

Altesses Roiales, serviteurs, bourguemai'tres, eche- 

Bruxelles. vins et conseil de la ville d'Anvers, 

P : van Setter 2 . 

Comme on le voit, l'opposition du magistrat n'était pas bien 
vive, et le conseil privé, alors dans les meilleures dispositions 
envers les juifs, donna un avis favorable sur la requête des frères 
Gantor 3 . Par suite de cet avis, les gouverneurs généraux adres- 
sèrent au magistrat d'Anvers le décret suivant, sous le paraphe 
de M. de Kùlberg, conseiller au conseil privé : 

Marie Christine, princesse Albert Casimir, prince roial de Po- 

roiale de Hongrie et de Bo- logne et de L'ithuanie, duc de Saxe 

hême, archiduchesse d'Au- Teschen, grand croix de l'ordre roial 

triche, duchesse de Bour- de S 1 Etienne, feld-maréchal des ar- 

gogne, de Lorraine et de mées de Sa Majesté l'Empereur et Roi 

Saxe Teschen etc. et de celles du S 1 Empire Romain etc. 

Lieutenants, gouverneurs et capitaines généraux des Pais- 
Bas, etc. etc. etc. 

Chers et bien amés, Aiant eu rapport de l'avis ultérieur, que 
vous Nous avez rendu le 26. 8 bre dernier, sur la requête des frères 
Cantor, juifs, Nous vous faisons la présente pour vous dire, que, trou- 

1 Tonlieu. 

2 Minute de la main du secrétaire P. van Setter, aux archives de la ville d'Anvers, 
collection P. van Setter, vol. de 1782-1783, fol. 16. 

3 Carton 1293*: Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du 2. dé- 
cembre 'I1H2. 



NOTES ET DOCUMENTS SUR LES JUIFS DE BELGIQUE ^233 

vant nôtre entier appaisement dans les informations, que renferme le 
dit avis, Nous permettons que les susmentionnés frères Gantor soient 
admis à la bourgeoisie de la ville d'Anvers, sur le pied et aux con- 
ditions et clauses énoncées dans nôtre dépêche du 3. août de la pré- 
sente année; selon quoi, vous aurez à vous régler. A tant, chers et 
bien amés, Dieu vous ait en sa sainte garde. De Bruxelles, le 14. dé- 
cembre 4782 ://: Paraphé : Kulb. v\ signé : Marie, Albert, plus bas : 
Par ordonnance de Leurs Altesses Roiales, contresigné : De Reul. 
L'addresse étoit : A nos chers et bien amés ceux du magistrat d'An- 
vers, et cachette du cachet de Sa Majesté en hostie rouge ». 

L'admission des frères Cantor fut ainsi enregistrée, en flamand, 
clans le livre des bourgeois d'Anvers : 

24 décembre. —Benjamin Joël Cantor, natif d'Amsterdam, juif, 
marchand. 

24 id. — Samuel Joël Gantor, natif d'Amsterdam, juif, mar- 
chand. 

Nota. Ces deux juifs ont été admis à la bour- 
geoisie ensuite de la dispense de la cour, en date 
du 14 décembre 4782, enregistrée dans le Placaert- 
ioek van den hove, vol. 23, fol. 35 2 . 

Il n'est peut-être pas sans intérêt de rapporter ici que, sous 
l'Empire, pendant la réunion des provinces belgiques au territoire 
français, Samuel Joël Cantor, probablement le seul survivant des 
deux frères, exhiba son acte de bourgeoisie, lorsqu'il comparut 
devant l'officier de l'état civil d'Anvers, pour remplir au sujet de 
son nom et de ses prénoms les obligations prescrites par le décret 
impérial du 20 juillet 1808. Rien ne l'obligeait à cette formalité, 
ni celui des trois décrets du 17 mars de cette année, qui soumettait 
à un régime d'exception certaines catégories de juifs, ni aucun 
arrêté préfectoral ; il voulait sans doute montrer par là qu'il avait 
depuis longtemps été jugé digne de l'estime et de la considération 
de ses concitoyens. 

Le trois octobre dix huit cent huit, à dix heures du matin, par 
devant nous Jacques Joseph Hebrant, adjoint au maire de la ville 
d'Anvers, et officier de l'état civil spécialement délégué par lui, est 
comparu Samuel Joël Cantor, particulier entretenu, âgé de cinquante 
ans, natif d'Amsterdam, Hollande, domicilié à Anvers, section 1 ere , 

1 Archives de la ville d 1 Anvers : Copie dans le Placcaetbock van den hove, vol. 23, 
fol. 35. 

*■ Mêmes archives : Poorlersbeck, 1782. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a' 1970, lequel nous ayant exhibé deux actes authentiques qu'au 
mois de décembre dix sept cent quatre vingt deux, il a acquis le 
droit de bourgeoisie de cette ville d'Anvers, nous a en conséquence 
déclaré qu'il conserve les prénoms de Samuel Joël, et le nom de 
Contor, ce dernier étant le nom que portait son ayeul; et nous en 
avons rédigé le présent acte dont lecture a été donnée au comparant, 
lequel a signé avec nous. 

S. J. Cantor. Jacq. Hebrant *. 

Le juif Levi Abraham, natif de Hanovre, s'adressa aussi à 
l'empereur pour obtenir l'admission à la bourgeoisie de la ville 
d'Anvers, où il résidait depuis quinze ans 2 , et où, d'après ce qu il 
avait fait connaître au magistrat, il désirait exercer « le commerce 
» de bijouterie ainsi que d'autres branches x>. Après avoir pris 
l'avis du magistrat, le conseil privé ne fut pas d'avis d'accueillir 
la demande du suppliant, « le commerce qu'il deveroit exercer est 
» celui de brocanteur qui est suspect ou du moins peu recomman- 
» dable en lui-même 3 », et lui refusa, le 4 décembre 1784, l'autori- 
sation qu'il sollicitait 4 . 

Emile Ouverleaux. 

[A suivre.) 

1 Archives de l'état civil d'Anvers : Registre aux déclarations des sectateurs du 
culte hébraïque, tenu en exécution du décret impérial donné à Bayonne, le vingt juillet 
dix huit cent huit, folio 2, recto, n° 8. 

2 Carton 1293 : Requête originale à l'empereur, signée par l'agent Mertens, procu- 
reur au conseil privé, et datée de Bruxelles, 26 mars 1784. 

3 Carton 1293 : Extrait du protocole du conseil privé de Sa Majesté, du %7 . sep- 
tembre 178 i. 

4 Ibid. : Apostille du conseil privé, non paraphée, 4 décembre 1784. 



NOTES SUR LES JUIFS DES ETATS DE LA SAVOIE 

ET PARTICULIÈREMENT DE LA BRESSE, DE BIGEY ET GEX 

PENDANT LES XIII e , XIV e ET XV e SIÈCLES 



Il est assez difficile d'assigner une date précise à l'apparition 
des Juifs dans la Savoie et les provinces annexées pendant la 
période qui nous occupe. Les historiens et les chroniqueurs de ces 
pays diffèrent d'opinion à ce sujet. Grillet a avancé que ce fut le 
comte Edouard qui, le premier, appela les Juifs à Chambéry, en 
1319 ». Mais Costa de Beauregard observe, avec raison 2 , qu'il ré- 
sulte de documents authentiques que, déjà sous les règnes des 
comtes Pierre, Philippe, Amédée IV, Amédée V, les Juifs étaient 
nombreux en Savoie. Amédée V leur donna des privilèges qui 
furent confirmés par le comte Edouard, et celui-ci accorda encore 
des privilèges particuliers à quelques-uns d'entre eux, comme il 
résulte de sa lettre, datée de Saint-Georges d'Espéranche, le 
17 novembre 1323 3 . Les Registres de la Chambre des comptes de 
la Bresse, Bugey et Gex, déposés aux Archives départementales 
de la Côte-d'Or 4 montrent qu'il y avait des Juifs dans ces régions 
dès 1275. Une somme de 10 livres fut versée, en cette année, par 
les Juifs demeurant à Pont-de-Vaux, à Pierre de Montmerle, clerc 
de M. de Bagé 5 . D'où venaient ces israélites et ceux que nous 

i Grillet, Dict. hist., t. II, p. 39. 

2 Costa de Beauregard, Notes et documents sur la condition des Juifs en Savoie 
dans les siècles du moyen-âge, insérés dans les Mémoires de V Académie royale de 
Savoie, seconde série, t. II, p. 82; Chambéry, 1854. 

3 Voir ibid. la copie de la Charte du 17 novembre 1323; Docum., n° 1, p. 108. 
C. de Beauregard mentionne également un compte de Rodolphe Baradis, châtelain de 
Chambéry, de l'année 1300, où il est question du tribut que payaient alors les Juifs 
de Savoie ; ibid., p. 82. 

4 Cf. l'Inventaire sommaire des Archives de la Côte-d'Or, série B, t. III et IV. 

5 Ibid., série B, n° 9153. 



23C» REVUE DES ETUDES JUIVES 

trouvons plus tard dans ces régions ? Probablement de France, 
après les expulsions de 1180 et de 1306. Les principales localités 
habitées plus tard par les Juifs en Savoie sont Gliambéry, Yenne 
et Seissel, dans la Savoie proprement dite; Bourg, Bagé, Pont-de- 
Vaux et Pont-de-Veyle dans la Bresse *. Les auteurs d'origine 
juive ne nous fournissent sur les Juifs de la Savoie que des ren- 
seignements de peu d'importance qui ne remontent guère au-delà 
du xiv e siècle. 

Juda b. Eliézer, dans son Daat Zeqênim, écrit vers 1313, 
cite parmi les glossateurs du Pentateuque, Aaron KT'mttnptt, 
mot que l'on suppose être une corruption de «n^attipTa, c'est-à- 
dire de Gamberiacum (Chambéry V Azulaï rapporte que les tosa- 
fistes de *pn (Touques ou Touches) furent recueillis par Gerson 
Soncino à Chambéry et dans d'autres villes, vers 1625 3 . Joseph 
Haccohen, dans sa Vallée des pleurs, mentionne, à la date de 
1394, la première persécution des Juifs en Savoie, à l'instigation 
de Vincent Ferrer 4 . Cependant tous les chroniqueurs du pays, de 
même que ceux du Dauphiné, rapportent qu'à l'occasion de la 
peste noire, en 1348, on fit, dans ces régions, un horrible carnage 
des Juifs. Salomon Aben Verga rapporte une autre persécution 
« générale » des Juifs qui aurait eu lieu en Savoie et dans le Pié- 
mont en 1490 5 . On trouvera dans Graetz et chez tous les histo- 
riens de ces provinces des détails sur la persécution des Juifs de 
Chambéry en 1348 à l'occasion de la peste noire. C'est de là que 
partit, bien plutôt que du midi de la France, l'accusation absurde 
que les Juifs avaient empoisonné les puits. Une information 
contre eux fut ordonnée dans la commune de Visille 6 (Visilia). 



1 Victor de Saint-Genis, Histoire de la Savoie, Chambéry, 1868, t. I, p. 455 et 
suivantes. « A Chambéry, dit cet auteur, les Juifs habitaient encore, en 1714, le 
quartier de la ville connu sous la dénomination de quartier d'Allinges. Us étaient 
barrés la nuit dans leur rue que traverse un canal fangeux, et se consolaient par le 
luxe de leurs intérieurs, leurs chants, les flûtes et le calcul des affaires de banque, 
des avanies delà veille » (t. II, p. 486). Voir, pour toutes les localités ci-dessus dé- 
signées, les comptes des trésoriers et syndics de la ville de Chambéry, cités par 
Victor de Saint-Genis, et les registres des comptes de la Bresse, dont nous donnons 
plus loin des extraits. 

2 Zunz, Zur Greschichte, p. 96. Azulaï écrit ^'"Q"'!]'^ ; voir Vaad, art. niBOin, et 
Zunz, Zur Gcschichte, p. 40. L'éditeur célèbre Gerson Soncino écrit "H Stop. Voir 
Rabbinowicz sur les différentes édit. du Talmud (hébreu), Munich, 1877, p. 23. 
Aben Verga et J. Haccohen écrivent J-j'^DlU (Savoie, Sabodia) ; d'autres N / " I "I"H23 ; 
voy. Landshuth, Amoudê, appendice V. 

3 Azulaï, Vaad, l. c. 

4 Traduction J. Sée, Paris, 1881, p. 85. 

5 Schébet Jehouda, n° 11. Ne serait-ce pas la persécution, suscitée par Louis de 
Nice, en 1466, et dont nous parlerons plus loin? 

Petite ville dans le département de l'Isère. Etrange coïncidence ! C'est également 



NOTES SUR LES JUIFS DES ÉTATS DE LA SAVOIE 237 

L'acte dressé à cette occasion devait servir de base aux accusa- 
tions du même genre, élevées contre les Juifs de Chambéry. Les 
juges de cette ville, après de longues investigations, députèrent 
deux envoyés en Dauphiné, à l'effet de se procurer la copie de 
l'acte de procédure dressé contre les Juifs du Dauphiné. Il s'agis- 
sait, sans doute, de rapporter en Savoie la copie de l'enquête de 
Visille, ia première qui eut lieu contre les juifs dauphinois *. On 
trouvera dans le mémoire de Costa de Beauregard, que nous avons 
déjà cité, des détails sur les martyrs juifs de 1348 à Montmélian, à 
Yenne, à Aiguebelle et à Saint-Genix 2 . Il semble, au contraire, 
que les Juifs résidant dans la Bresse, dans le pays de Bugey et de 
Gex, n'aient pas eu à subir ces persécutions. Sur les Juifs établis 
à Bourg, pendant une période de 235 ans (1277-1512), nous avons 
quelques renseignements qui se trouvent dans l'inventaire som- 
maire des archives de la Gôte-d'Or (série B). 

N° 7140 (1389 à 1391). — Mention d'une recette de 30 florins, 
donnés par un Juif, pour avoir acheté une croix, un calice et 
d'autres vases sacrés. 

N° 7151 (1405-1406). — Amende payée par un Juif, qui avait 
négligé de porter sa marque. 

N° 7175 (1427-1428). — Amende payée par un individu qui 
avait mis dans les souliers d'un Juif des clous rouges pour le 
brûler. 

Dans la seconde moitié du xiv e siècle, de nombreux procès 
d'hérésie sont soulevés , en Bresse, par l'Inquisition. On brûle 
quantité d'hérétiques, on confisque leurs biens, quelquefois sous 
prétexte qu'ils judaïsent 3 . Quoique les Juifs ne paraissent pas 
avoir été inquiétés par l'Inquisition, il est à présumer que, par 



au château de Visille, que 440 ans plus tard (21 juillet 1788) retentirent les pre- 
mières protestations contre l'ancien régime, de la part des députés dauphinois qui 
y étaient réunis. (Duruy, Histoire de France, t. II, p. 461 ; Paris, 1873.) 

1 Voir pour amples détails, Mémoires de VAcad. de Savoie, op. c, p. 101 ; et Saint- 
Genis, Histoire du Dauph., 1. 1, p. 351 et 354. Le prix de la copie dont il est question 
ici avait été soldé à un florin d'or de bon poids, d'après une mention de la Chambre 
des comptes de Chambéry, rapportée par C. de Beauregard. 

2 P. 100, 105, 116. 

8 Dans V Inventaire sommaire des Archives de la Côte-d'Or, série B, n° 10393, 
année 1433, on trouve : « Composition de 3 fl., payée par... pour avoir dit à la 
femme... « fausse, hérétique, va à la synagogue des hérétiques. » Au n° 7218, année 
1468: « Salaire du bourreau, qui avait brûlé une femme accusée d'hérésie, etc. et 
d'avoir eu des relations avec le diable, dans une synagogue ». Au n° 7219, année 
1470 : « Salaire du bourreau pour avoir pendu un homme qui. dans la torture, avait 
avoué: « se fuisse in synagoga in congregatione diabolorum et hereticorum . . . car- 
nemque puerorum in eadem synagoga comedisse ». Au n° 7252, année 1475 : « Frais 
d'exécution de voleurs, de sacrilèges et d'hérétiques, entre autres une femme qui 
avoua nec non ad syuagogam... ivisse, .... » 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

mesure de précaution, ils quittèrent en grand nombre ces pro- 
vinces. A Bourg, par exemple, il ne s'en trouve plus vers 1512. 
En l'année 1512, le cens des Juifs de cette ville ne rapporte rien : 
« Quia in dicta villa et castellania Burgi nulli fuerunt * ». 

De l'examen des registres de la Chambre des comptes de la 
Bresse il résulte qu'outre les tailles et cens auxquels étaient sou- 
mis régulièrement les Juifs, ceux-ci payaient encore une taxe 
particulière, à l'occasion de l'inhumation de leurs morts. Ce sont 
particulièrement les seigneurs de la châtellenie de Bagé qui tien- 
nent la main à ce que la redevance prélevée pour chaque inhu- 
mation soit exactement acquittée 2 . 

A Châtillon-les-Dombes, les Juifs ont séjourné durant les an- 
nées 1284-1479. La recette de la censive des Juifs de cette ville est 
nulle la première année, « propter inopiam » 3 . Mais plus tard les 
Juifs y forment une communauté, et paient 40 florins de censive 
pour leur garde 4 . Le registre des comptes relate également la re- 
cette du produit de la vente des biens meubles et immeubles d'un 
Juif, vers 1401, sans indiquer le motif de cette confiscation 5 . Mais 
un fait à signaler, c'est la destruction des livres hébreux des Juifs. 
Au numéro 7623 on lit, en effet, ce qui suit : « Dépenses faites à 
Châtillon, par Pierre de Varambon, procureur et Amédée d'Agnin 
vocando circa execationem lïbrorum Judeorum le gis ébrayce 
ex ordinatione domini. » Cette exécution, ordonnée par le comte, 



1 Registres des comptes, n° 7256. Dans la châtellenie de Bagé, les Juifs, qui y 
résidaient en grand nombre depuis Tannée 1294, abandonnent cette partie de la 
Bresse vers Pan 1524 (Cham. des comptes, op. c, n OÏ 6919 et 6929). Le chiffre, de plus 
en plus élevé, du cens des juifs, qui, par suite des traités avec les comtes, avait at- 
teint la somme annuelle de 1,000 florins, de 100 fl. qu'il était au début, indique l'im- 
portance numérique de la population israélite de ce pays. (Voir, à ce sujet, Cham. des 
comptes, op. c, n os 6670, 6754, 6755 el 6919.) D'après Victor de Saint-Genis. Histoire, 
t. I, 456, le droit de séjour (Statium) des Juifs de Chambéry et environs avait 
produit, en l'année 1300, la somme de 75,374 fr., ci, en 1328, celle de 2,400 florins 
d'or. 

2 Voici à ce sujet quelques mentions de la Chambre des comptes de la Côte-d'Or, 
extraites de ^Inventaire sommaire, série B, n° 6777 : « Perception des deniers payés 
pour le droit d'enterrer des Juifs près des fourches patibulaires de Bagé (an. 1351). » 
— N° 6785. « Deniers payés par les Juifs pour autorisation d'inhumer leurs coreli- 
gionnaires près des fourches de Bagé (an. 1359). » — N° 6793. « Droit d'un denier levé 
pour chaque Juif en terre et sepeliunlur versus furcas (an. 1367). » — N° 6840. 
f Recette à l'occasion de la sépulture des Juifs (an. 1422). » — N° 6862. « Même 
mention que la précédente, et où l'on nomme un certain Héliogardo Thorolli, qui paie 
le droit d'inhumer son fils Cressandi (an. 1439). » — N° 6853. « Il est spécialement 
recommandé au châtelain de nommer les Juifs qui seront enterrés aux fourches de 
Bagé (an. 1432). » 

3 Chambr. descomp., op.c, n° 7560. 
* Ibid., n« 7579. 

« N° 7610. 



NOTES SUR LES JUIFS DES ÉTATS DE LA SAVOIE 239 

eut lieu, le 8 mai 1418, les livres de la loi des Juifs furent brûlés, 
concremati 1 . 

Dans l'inventaire des comptes de Pont-d'Ain, une des localités 
de la Bresse, où les Juifs avaient fixé leur résidence (1328-1418), 
ils étaient assez nombreux et ils faisaient, sur les foires impor- 
tantes de cette ville, le commerce de draps, de chevaux 2 , etc. 
Signalons encore les mentions suivantes de Yinvent. somm. des 
archives de la Côte- d'Or, série B. 

N° 9024. — Le Châtelain constate que cent soixante-six Juifs ont 
payé le péage du pont (an. 1332). 

N° 9025. — Recette de 2,222 livres, 24 sous, de petits tournois, de 
Sandro, Juif, maître de la monnaie de Pont-d'Ain (an. 1336). 

N° 9027. — Frais d'exécution d'un juif apostat, condamné au feu 
(an 1342). 

N° 9049. — La coutume des Juifs demeurant à Pont-d'Ain est 
payée, pour tous les Juifs de Savoie, par Simon, résidant à Bourg 
(an. 1375). Ce Simon paraît avoir été un personnage notable parmi 
ses coreligionnaires de l'époque. Il en est parlé fréquemment dans 
les registres des comptes 3 . 

N° 9081. — Composition de 4 deniers, payés par un Juif qui, pas- 
sant sur le Pont-d'Ain, ne portait pas la marque des Juifs (an. 1415). 

Châtellenie de Pont-de-Vaux (1275-1485). 

N° 9155. — Composition de 40 sous, payée par la fille Bon Fillon, 

juive, laquelle avait fait sang à la femme de l'official juif (an. 1287). 

N° 9160 — Composition de 4 livres payée par le juif Judas, pour 



1 Vers la même époque, en 1416, on relate une confiscation de manuscrits hébreux, 
en Dauphiné (Prudh., Les Juifs, etc., p. 61). — Dans les comptes de la même année 
(1417) des trésoriers généraux de la Savoie, il est question de deux médecins juifs 
baptisés, Guillaume Saffon et maître Pierre, de Mâcon (ce dernier serait-il le person- 
nage cité par Simonnet sous la dénomination de maî're Pierre le Physicien et ayant 
habité la Bourgogne, vers 1379? Voy. Simonnet, Juifs et Lombards, p. 435, dans 
les Mémoires de l'Académie de Dijon, t. XIII, 1865). Ces deux Juifs furent députés à 
Chambéry pour examiner les livres des Juifs et y rechercher les blasphèmes qu'on 
prétendait qu'ils contenaient contre la religion chrétienne. [Louis de Nice, par Dufour 
et Rabut, dans les Mém. de la Société savois. d'hist. et d'archéol., t. XV, Chambéry, 
imp. Bottero, p. 21). En 1430, le médecin Amédée de Chambéry également con- 
verti au christianisme, fait brûler les livres hébreux des Juifs (ibid., p. 22). Enfin 
rappelons le fameux médecin Juif baptisé sous le nom de Louis de Nice, qui, 
disent ses biographes [op. c, p. 28) a rendu, par son mérite exceptionnel, tant de 
services divers à son parrain, le duc Louis, et au successeur du duc, et qui fut 
chargé, en 1466, d'inventorier les livres des Juifs de Chambéry, accusés de maléfice, 
sacrilège, etc. Le procès-verbal de cette enquête existe aux Archives de la Chambre 
des comptes à Turin, et a été publié par Costa de Beauregard, op. c, p. 106. L'ac- 
cusation, ne reposant sur aucun témoignage sérieux, fut plus tard abandonnée. 

2 Chambr. des comptes, n° 9046 

3 N os 7363, 7368 et 9069. 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

un duel qu'il avait affirmé (firmaverat) avec le juif Léon (an. 1303- 
1309). 

N° 91 65. — Réparation faite à la maison du comte, découverte lors 
delà détention des Juifs, qui y furent emprisonnés (an. 1349). Il 
s'agit probablement des Juifs emprisonnés à l'occasion de la peste 
noire. C'est la seule mention de poursuite exercée contre les Juifs 
de la Bresse pendant les années douloureuses de 1348 et 1349. 

N° 9170. — Les Juifs, résidant en Bresse, Bagé et Valbonne, ayant 
offert au comte une somme de 100 fl., pendant 10 ans, pour leur 
censé, la redevance particulière des Juifs de Pont-de-Vaux n'est plus 
portée en compte (an. 1359). 

N° 9200. — Composition de 18 deniers, payée par Jacotet Chorei, 
juif, pour avoir voulu traverser Pont-de-Vaux avec le corps d'une 
juive sans payer le péage (an. 1417). 

N° 9220. — Recette de 6 deniers pour le péage des Juifs, adjugée 
à maître Moïse, de Manta, juif (an. 1439). 

Châtellenie de Pont-de-Veyle (an. 1324-1414) : 

N° 9291 . — Composition de 2 sous, payée par C-uiénot Lestoffier, 
pour avoir creusé dans le lieu où sont enterrés les juifs (an. 1365). 

N* 9297. — La censé des Juifs ne rapporte rien, parce que la plu- 
part ont quitté Pont-de-Veyle, et que le trésorier général de Savoie 
est cbargé de ce recouvrement sur tous les Juifs résidant en Savoie 
(an. 1379-1381). 

N° 9304. — Composition d'un florin, payée par Gui Garnier, inculpé 
d'avoir pris au juif Moyse ses poules et les ornements dont il se cou- 
vrait dans la synagogue (an. 1396). 

Châtellenie de Saint-Germain (an. 1 325-1 41 0) : 

N° 9583. — Compte d'Ayron (Aaron), juif, receveur de péage, de 
transit, etc., et des Juifs, qui paient 12 deniers par tête, et des 
juives enceintes, 2 sols (an. 1325). 

N° 9624. — Composition de 11 deniers, infligée à Beneton, juif, 
pour avoir acheté de la viande de bœuf dans la boucherie des. chré- 
tiens (an. 1408). 

Châtellenie de Saint- Rambert (an. 1301-1465) : 

N° 9739. — Frais de garde du juif Manassès, condamné à être noyé 
par le juge de Bugey, pour avoir habité avec une chèvre (an. 1301). 

De tout ce qui précède nous concluons que la condition des 
Juifs dans les états de la Savoie, et principalement dans la Bresse, 
était supportable. On voit que les fonctions de péager ou de pro- 
cureur des comtes ou autres postes de ce genre leur sont confiés. 
Voici la liste, par ordre chronologique, des Juifs qui ont rempli 
ces fonctions dans la Bresse : 



NOTES SUR LES JUIFS DES ÉTATS DE LA SAVOIE 241 

4. Ayron (Aaron), péager à Saint-Germain, en 1325 ; 

2. Jérémie, péager à Saint-Rambert, en 4 333. 

3. Samuel, péager à Chanaz, en 4 335 ; 

4. Sandro, maître de la monnaie à Pont d'Ain, en 4 336; 

5. Samuel, familier du comte, pour les dépenses de l'hôtel à Cres- 
sieu, en 4 342; 

6. Hélisot, péager à Seyssel, en 4 342 ; 

7. Manassès, péager à Pierre-Châtel, en 4 358 ; 

8. Moïse de Costa, procureur du châtelain, à Miribel, en 4 395 ; 

9. Maître Moïse, péager à Pont-de-Vaux, en 4 439. 

Ici, comme dans d'autres provinces ou d'autres pays, il y avait 
des médecins juifs renommés *. Les médecins des ducs étaient 
presque toujours venus de l'étranger, et parmi eux il y avait des 
juifs 2 . Voici les noms des médecins juifs de notre région que nous 
avons relevés dans les travaux de MM. Dufour et Rabut 3 et dans 
les Registres de la Chambre des comptes de la Côte-d'Or : 

1° Maître Samson, un des trois chirurgiens mandés, en 1310, par 
Amédée V au château de Bourget, pour guérir sa fille Catherine 
d'un apostème ; 

2° Maître Palmière (Palmerius 4 ) , célèbre médecin, attaché à la 
personne d' Amédée VI, fut en même temps le médecin de la ville de 
Chambéry. Il reçut du prince un traitement annuel de deux cents 
florins d'or de bon poids (1349). Il figurait, en 4 355, parmi les cin- 
quante plus riches citoyens qui prêtèrent de l'argent à la ville 
de Chambéry, afin que celle-ci pût établir une tuilerie, et éviter 
ainsi les incendies, en couvrant toutes les maisons de tuiles. 
Amédée VI lui devait, en 1360, neuf cents florins d'or, et lui inféo- 
dait, à titre de payement, le revenu du poids de la halle au blé de 
Chambéry. Les registres des comptes portent les mentions sui- 
vantes : 1349. Dépenses faites à Rossilon, par M e Palmiéri, physicien 
du comte, venu pour visiter Pierre de Mured, qui y était tombé ma- 
lade. — 1360. Paiement de 25 fl. pour le transport d'Amédée de Sa- 
voie, deRochefort à Aix, sous la direction de M° Palmiéri, physicien 
du comte 5 ; 

3° Hélias, d'Evian, appelé à visiter les filles du comte de Savoie, 



1 Voir, dans Prudhomme, Les Juifs, etc., p. 48, 62, 69, les médecins juifs Moïse 
Peyrins, David Lévi, Louis de Pampelune. 

2 Dufour et Rabut, Louis de Nice ou de Provence, p. 18, et C. de Beauregard, 
op. c, p. 92 ; cf. Victor de Saint-Génis, Histoire de la Savoie, t. II, p. 36. 

3 Dufour et Rabut, Louis de Nice ou de Provence, p. 12, 19, 20 et 23 ; C. de Beaure- 
gard, op. c, p. 92. 

* Peut-être, en hébreu, "l^n ; voy. Landshutb, Amoudê, art. "ton dFPE) '"I 
TOtt '2, p. 194. 
5 Qhamb. des comptes, n os 9395 et 9399. 

T. VIII, n° 16. 16 



242 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Marie, Bonne et Marguerite, dans la maison des minorettes de Ckam- 
béry, en 4 4 1 8 ; 

5 et 6. M* Isaac d'Annecy et M Jacob de Ghambéry, qui sont 
énumérés parmi les médecins qui assistaient à l'accouchement de 
Bonne, de Berri, lorsqu'elle mit au monde Amédée VIII, en sep- 
tembre 1383; 

7° M Salomon, qui fut pendant de longues années le médecin 
d'Amédée VIII (an. 1398 et suivantes) ; 

8° M Jacob, de Cramonaz, médecin de la régente Yolande, en 
4473*. 

Nous trouvons aussi, dans nos Registres, un certain nombre de 
médecins juifs qui se sont convertis au christianisme. En voici 
les noms : 

1° M e Guillaume Saffon 2 et M e Pierre de Mâcôn, baptisés en 1414; 

2° Amédée de Ghambéry, baptisé en 1 430 ; 

3° Louis de Nice, ou de Provence, dont nous avons parlé plus haut, 
baptisé en 1445, et qui, de la position la plus malheureuse, était 
arrivé aux plus grands honneurs 3 . 

Joseph Haccohen, dans sa Vallée des pleurs 4 , raconte que c'est 
par l'intercession d'un médecin, assesseur au tribunal du duc, que 
les Juifs, menacés d'être expulsés du Piémont, purent de nouveau 
résider dans ce pays (1559). 

En résumé, les Juifs, habitant la Savoie, et particulièrement la 
Bresse, semblent avoir joui, sauf pendant les années malheu- 
reuses de 1348 et 1349, d'une certaine aisance durant les xm e , xiv°, 
et xv e siècles. Mais à la suite des proscriptions générales d'Es- 
pagne, en 1492, la plupart d'entre eux durent quitter ces États, et 
gagnèrent l'Italie et d'autres régions plus hospitalières. 

Dijon, novembre 1883. 

M. Gerson. 



1 C. de Beauregard, p. 93, cite encore un Juif, dont on ignore le nom, qui vivait à 
Chambéry en 1466, et y exerçait la médecine. 

s Ce Guillaume est probablement celui dont il est fait mention à la Chambre des 
comptes de la Cote-d'Or sous le n° 6821 (série B). Simonnet (op. c, p. 435 et 437J 
compte parmi les Juifs de la Bourgogne un M Pierre, physicien (1379), et un Pierre 
Cohen, de Tournus (1392). 

3 « Une assignation de 60 fl. par an lui fut accordée au début, afin de l'empêcher 
de mendier honteusement çà et là. » (Louis de Nice, p. 11.) 

4 Traduction J. Sée, p. 151. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 

PENDANT LA PÉRIODE FRANÇAISE 1 



Le traité de Westphalie, en faisant passer l'Alsace à la France, 
ne devait pas apporter de changement important dans la condi- 
tion des Juifs de Haguenau. Le roi de France hérita des droits de 
l'empereur d'Allemagne, et la municipalité conserva les siens. Ce- 
pendant on constate que celle-ci se relâche un peu de sa rigueur 
envers les Juifs ; il n'en est pas de preuve plus caractéristique que 
la faveur insolite et unique même dans ses annales qu'elle accorda 
à quelques familles juives venues de l'étranger en leur donnant 
gratuitement un permis de séjour momentané dans la cité. Voici 
clans quelles circonstances. 

En 1656, Charles-Gustave, roi de Suède, s'étant allié avec 
l'Electeur de Brandebourg pour s'emparer de la Pologne, leurs 
armées envahirent ce pays. Plusieurs Juifs de la contrée, appau- 
vris par la guerre, quittèrent la Pologne, où ils ne pouvaient plus 
vivre, pour se rendre dans une terre plus hospitalière. Ils arrivè- 
rent en Alsace au commencement de l'année 1657 ; la municipalité, 
émue au récit de leurs malheurs, sur la proposition d'Abraham le 
préposé, permit à ces pauvres gens de demeurer provisoirement à 
Haguenau sans avoir à payer les droits de séjour ordinaires 2 . 
Leurs coreligionnaires ne montrèrent pas moins de générosité 
envers eux, ils les secoururent, et bientôt les émigrés purent aller 
s'installer dans les villages environnants, comme Batzendorf, 
Dauerndorf, Wittersheim. Plusieurs d'entre eux devaient plus 

1 Voir t. Il, p. 73 ; t. III, p. 58 ; t. IV, p. 98 eft. VI, p. 230. 

2 Archives de Haguenau, BB. 88. 



2 i » REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



tard, par leurs descendants, venir grossir le nombre des Juifs pri- 
vilégiés demeurant à Haguenau. 

L'autorité royale exerça plus d'une fois une pression sur la mu- 
nicipalité pour l'admission des Israélites. En cette même année 

1657, en effet, on voit Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, 
nommé par Louis XIV gouverneur de la haute et basse Alsace, 
donnera un juif nommé Gerson, un des fournisseurs de l'armée 
française, une lettre de recommandation pour le magistrat de Ha- 
guenau. Gerson obtint immédiatemenl le droit de séjour. Dès son 
arrivée, il avait demandé et obtenu l'autorisation de vendre des 
marchandises dans les villages voisins, toutefois avec défense 
d'en aitner. Comme il s'était avisé de vendre également du sel à 
Durenbach, et que le débit de cette denrée était le monopole de la 
ville de Haguenau, le Conseil de la cité lui signifia, le 21 mars 

1658, qu'il eût à quitter la ville dans un délai de six mois, que son 
bail était annulé et que, jusqu'à son départ, il était « mis au ban de 
la société ». Ses coreligionnaires, un peu jaloux de sa prospérité 
et par crainte de la municipalité, observèrent cette dernière pres- 
cription et s'abstinrent de parler à Gerson. Celui-ci, pendant un 
office, se plaignit à haute voix de leur conduite, et le président de 
la communauté israélite lui infligea alors une amende d'un reichs- 
thaler. Gerson, ayant refusé de se soumettre à cette punition, 
on lui interdit l'accès de la synagogue l . Il protesta contre cette 
mesure auprès du conseil de préfecture et du comte d'Harcourt. 
Par lettre du 3 avril 1658, le conseil de préfecture pria le conseil 
municipal de réintégrer Gerson dans ses droits et de lui rendre la 
liberté de commercer. Le grand bailli, disait la lettre, a eu de tout 
temps le droit de faire admettre un juif dans la ville qu'il veut, il 
peut même en faire un bourgeois et contraindre la municipalité à 
le reconnaître pour tel, ce qui pourra se produire pour le juif 
Gerson. En vertu de notre autorité et au nom de Son Altesse, 
nous vous prions donc de ne pas faire payer audit Gerson un 
droit de protection supérieur à celui de ses coreligionnaires et de 
lui maintenir son bail. 

De son côté, le comte d'Harcourt, qui, se trouvant alors à Pagny, 
avait reçu la plainte de Gerson un peu plus tard, écrivit le 24 du 
même mois à la municipalité : 

Ayant cy-devant accordé commission à un juif Gerson, pour de- 
meurer à Haguenau, je ne puis croire que vous vouliez y apporter 
un obstacle et empêcher qu'il jouisse paisiblement de la permission 

Arch. deHag.,BB. 88. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 245 

que je lui ai donnée. Aussi ne vous fais je cette lettre que pour 
vous dire que vous me ferez beaucoup de plaisir de l'assister en ce 
qu'il aura besoing de votre faveur, et de ne pas permettre qu'il soit 
inquiété ni troublé par quelques-uns de vos habitans. 

C'est ce que je me permets de votre amitié, et que vous me 
croirez, comme je suis toujours, votre très affectionné à vous servir. 

Henri de Lorraine l . 

Ces lettres produisirent immédiatement leur effet, la municipa- 
lité s'empressa de reconnaître la validité du bail de Gerson et lui 
permit de vivre tranquillement dans la ville. Ses coreligionnaires 
continuèrent cependant à le voir d'un mauvais œil ; le comman- 
dant de la place ayant imposé aux Juifs une contribution de qua- 
rante reichsthaler par mois, ils accusèrent Gerson d'être l'insti- 
gateur de cette vexation. Gerson assigna les calomniateurs 
devant la justice locale : les deux parties furent renvoyées dos 
à dos-. 

Le nouveau venu n'était pas rancunier, il laissa passer ces 
mouvements de mauvaise humeur et plus d'une fois il sut rendre 
service à ses coreligionnaires 2 . Il utilisa ses relations avec l'ar- 
mée pour faire alléger les charges contributives des Juifs ; il obtint 
pour un jeune homme l'autorisation de se marier sous la protec- 
tion du magistrat de la ville. Ainsi, la communauté israélite, qui, 
pendant quatre siècles et demi, n'avait pu se composer que de six 
familles, était arrivée, en l'espace de trente ans, au nombre de 
quinze familles. Leur nombre s'accrut encore pendant les troubles 
qui précédèrent en Alsace la conclusion de la paix de Nimègue. 
Les Juifs des environs de Haguenau étaient venus se réfugier, 
comme de coutume, dans la ville. L'ordre une fois rétabli, les ré- 
fugiés partirent à l'exception des familles suivantes : Mayerlé et 
Isaac de Hochfelden, Alexandre et Hirtzel de Wingersheim et 
Daub Feistel de Gunstett, qui reçurent l'autorisation de rester à 
Haguenau à la condition de payer les mêmes droits que leurs core- 
ligionnaires 3 . Pour remédier au mauvais état de ses finances, la 
ville accordait presque chaque année droit de cité à une nouvelle 
famille juive ; en 1695 la communauté comptait trente-quatre 
foyers. 

» Arch. de Hag., GG. 66. 

2 En 1668, il put acheter une maison ; dans le contrat de vente était insérée cette 
clause, — qui était habituelle toutes les fois que les Israélites devenaient proprié- 
taires, — que si, dans Tannée, un chrétien voulait le reprendre, il pourrait l'acheter 
au même prix. Ce droit de réméré resta en vigueur jusqu'à la Révolution française. 
(Arch. de Hag., BB. 98.) 



246 REVUE DES hTUDES JUIVES 

Plus tard, la municipalité, ayant sans doute vu s'améliorer la 
situation financière de la ville, décida qu'elle n'admettrait plus de 
nouvelles familles juives. En Y121, un Juif de Frœschviller ayant 
sollicité le droit de s'établir à Haguenau, sa demande fut impi- 
toyablement repoussée. Il adressa à ce sujet la lettre suivante à 
l'intendant d'Alsace : 

A monsieur d'Angermllers, conseiller d'État, et intendant de justice, 
police et finances en Alsace, 

Supplie très humblement le nommé Mayer, juif, habitant depuis 
environ huit années le village de Freyschwiller, à trois heures de la 
ville de Haguenau, disant qu'ayant épousé la fille du nommé Mayer 
Kan de ladite ville de Haguenau, et que par le contrat de mariage 
ledit Kan a promis au supliant de lui obtenir la permission de de- 
meurer en ladite ville de Haguenau, parce qu'il était accordé aux 
familles juives qui y habitent et qui en sont originaires, d'avoir 
chez eux un de leurs enfants, quoiqu'il soit marie, suivant un règle- 
ment fait par Messieurs du Magistrat de la Ville, et comme le beau- 
père du supliant est d'une famille qui est depuis cent ans dans la- 
dite ville, a voulu en vertu dudit privilège prendre ledit supliant, 
son gendre, pour demeurer avec lui, et jouir des mêmes prérogatives 
dont jouissent tous les autres juifs de ladite ville, Messieurs du 
Magistrat s'y sont opposés, sous prétexte que ledit supliant n'est 
pas originaire du lieu, difficulté qui n'a point été par eux faite a 
l'égard d'une quantité d'autres juifs qui sont dans le même cas. 

C'est le sujet pourquoy le supliant ose implorer le secours de votre 
Grandeur, Monseigneur, la supliant très humblement d'avoir égard, 
s'il lui plaît, à l'exposé de la présente, et en conséquence ordonner 
que ledit supliant jouira du privilège accordé à toutes les familles 
juives qui sont originaires de la ville de Haguenau, le beau-père du su- 
pliant n'ayant aucun enfant qu'il veuille garder avec lui que sa fille, 
offrant au surplus ledit Mayer supliant de prouver par bons certi- 
ficats du Bailly de la Seigneurie Derkheim, d'où dépend le village 
de Freyschwiller, où il a demeuré huit ans, comme il s'est toujours 
bien comporté sans reproche, 

Ce faisant, Monseigneur, ordonner aussi s'il plaît à Votre Gran- 
deur qu'il pourra commercer ainsy et de même que font ceux de sa 
nation et ferez justice. 

Le 3 janvier 4722. (Signé en hébreu) : Mayer ben Hehaber, R. 
Ephraïm. 

Au bas de cette supplique, l'intendant écrivit : « Nous avons 
renvoyé le suppliant à se pourvoir au magistrat de Haguenau. Fait 
à Strasbourg, le 15 janvier n22. Baron d'Angervillers * . » 

1 Arch. de Hag., GG. 68. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 247 

Il est probable que le magistrat ne fit pas droit à la requête de 
Mayer. Néanmoins la municipalité se relâcha plus tard de sa sé- 
vérité, à tel point qu'en 1735 le nombre des familles juives de 
Haguenau était déjà de quarante. 



II 



Si l'accroissement de la communauté fut soumise à des péripé- 
ties diverses, depuis 1648 jusqu'au milieu du xviii siècle, la con- 
dition civile des Juifs ne le fut pas moins pendant la même période, 
elle eut aussi son histoire, surtout en ce qui concerne les imposi- 
tions dont ils étaient chargés. 

Au début de l'administration française en Alsace, l'intendant de 
cette province, M. d'Haussonville, fixa la part contributive des 
Juifs en résidence à Haguenau, ceux de la ville et ceux des vil- 
lages environnants, ensemble à 25 reichsthaler par mois. Bientôt 
après, son successeur, M. de Boussan, interprétant faussement l'ar- 
rêté de M. d'Haussonville, rendit l'édit suivant, qu'il croyait con- 
firmatif de celui de son prédécesseur : 

Le sieur de Boussan. . ., intendant de la justice, police et finances, 
en la haute et basse- Alsace et comte de Montbéliard, 

Sur ce qui nous a été resmontré par la communauté des Juifs de 
Haguenau, que cy-devant M. la baron d'Haussonville les aurait pris 
à la protection et sauvegarde du Roy, et moyennant les contribu- 
tions qu'ils payaient chaque mois, exempté des courvées, logemens de 
gens de guerre, et autres charges. 

Nous avons pris et mis, prenons et mettons lesdits juifs en la pro- 
tection et sauvegarde du Roy, et en la nôtre particulière, à la charge 
de payer chaque mois la somme de vingt-cinq Risdaler. Les avoir, 
vingt et un risdaler, ès-mains du commissaire estably à Haguenau 
et quatre au maire de ladite ville, moiennant quoy les exemptons 
de toutes courvées, logemens de gens de guerre, et charges généra- 
lement quelconques, prions tous qu'il appartiendra, enjoignons à 
ceux sur lesquels le pouvoir de notre authorité et l'authorité de 
notre charge estant de les laisser pleinement et librement jouir de 
ladicte exemption et ne rien exiger d'eux. 

En foi de quoi, nous avons à ces présentes fait apposer le cachet de 
nos armes *. 

Les Juifs n'eurent pas de peine à montrer à M. de Boussan que 

1 Arch. de Hag., GGr. 66. 



246 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'imposition fixée par d'Haussonville était celle des Israélites de 
Haguenau et des environs réunis, et que leur part devait être cal- 
culée au prorata de leur nombre. L'intendant rectifia aussitôt son 
erreur (7 octobre 1648). 

Les contributions extraordinaires ne leur furent pas ménagées 
pendant la période qui s'écoula entre le traité de Westphalie et 
la paix de Nimègue et qui fut constamment agitée par des troubles. 
L'Allemagne ne s'était pas résignée à la perte de l'Alsace, et 
pendant près de trente ans cette province fut le théâtre de luttes 
entre les Impériaux et la France. La paix de Nimègue fut ac- 
cueillie avec joie par tous les Alsaciens et particulièrement par 
les Juifs de Haguenau. Quelques-uns des Juifs des environs qui 
s'étaient réfugiés dans la ville, s'empressèrent de regagner leurs 
villages, mais en ayant soin au préalable de contracter une con- 
vention avec la municipalité qui leur promettait de les accueillir 
de nouveau et de les protéger en cas de guerre, à charge pour eux 
de payer annuellement 4 florins (15 fr. 48) par famille. Les signa- 
taires juifs de l'accord étaient Calme de Surbourg, Mosché et La- 
zarus de Gunstett, Moyse et Gerson de Werth, Alexandre et 
d'Uhrwiiler, David, Hertzel, Zacharias, Sanderlé et Libmann de 
Soultz 1 . 

Les impositions payées par ceux de la ville allèrent en s'accrois- 
sant. Jusqu'en 1695, ils payèrent 10 florins de capitation par an. 
A cette époque la municipalité, pour simplifier la perception, fixa 
la contribution totale de la communauté israélite à 200 florins par 
an. De 1695 à 1702, cette contribution s'éleva à 225 et jusqu'à 450 
florins pour exemption de corvées 2 . Ces exemptions seules coûtè- 
rent aux Juifs, en 1702, la somme de 600 florins. En 1703, la mu- 
nicipalité leur demanda pour le même objet le double, c'est-à- 
dire 1200 florins, et même elle fit savoir au rabbin que, vu l'aug- 
mentation des charges générales, chaque chef de famille israélite 
était tenu de payer un impôt supplémentaire de 60 florins. On a 
ici un tableau en raccourci des effets de la guerre de la succession 
d'Espagne. Cependant cette nouvelle imposition était si lourde 
que les Juifs en appelèrent aux autorités locales 3 . La majorité du 
conseil fit droit à leur réclamation, diminua de moitié cette con- 
tribution supplémentaire et même leur accorda des termes pour 
se libérer. 

Ces temps de guerre et d'épreuve commune avaient pour effet de 



1 Arch. de Ha K ., 13B. 98. 
* Ibid., EE. 93. 

» Ibid,, GG. 67. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 249 

disposer la municipalité à des sentiments plus bienveillants pour 
les Juifs. On les voyait s'acquitter régulièrement de leurs charges, 
payer des contributions deux ou trois fois plus fortes que les 
autres habitants de la ville, on ne pouvait se défendre d'un peu de 
pitié pour eux. Mais la tranquillité revenue, la manie de réglemen- 
ter leur condition revenait aussi, et l'on sait l'esprit qui présidait à 
ces réglementations. La paix signée, en 1714, défense fut faite aux 
Juifs, avec publication au temple, de recevoir et d'héberger les 
israélites étrangers à la ville. Ceux-ci devaient loger à l'auberge 
juive; en entrant dans la ville avec des marchandises, ils devaient 
les consigner à la douane, sous peine de confiscation. Enfin, à tous 
le commerce était interdit le dimanche. Un juif de Soufflenheim 
ayant violé cette défense et ayant acheté un cheval un jour férié, 
fut condamné à six florins d'amende. Le vendeur, qui était chré- 
tien, en fut quitte pour un simple avertissement. 

Quelques années après, le 18 mars 1720, fut voté un nouveau rè- 
glement qui resta en vigueur jusqu'à la Révolution l . « Les Juifs, 
y est-il dit, qui demeurent actuellement à Haguenau y peuvent 
rester. Ceux qui comptent parmi les protégés de la cité ont la 
faculté de marier un de leurs fils a^ec le privilège du droit de 
séjour dans la ville. Les autres enfants, garçons ou filles, seront 
obligés de quitter la ville, s'ils se marient, sous peine de vingt 
marks d'amende (50 fr. 40). Toutefois, si les parents ont promis la 
table au jeune couple, comme partie de la dot, ils pourront garder 
leurs enfants auprès d'eux 2 . Celui qui aura marié et établi son fils 
dans la ville ne pourra voir pareil droit conféré à son petit-fils. 
Celui-ci ne pourra y prétendre qu'après la mort de son grand- 
père 3 . » 

Les Juifs crurent un moment que leurs impôts allaient diminuer. 
Les préposés des Juifs de l'Alsace firent, le 10 décembre 1734, un 
accord avec toutes les villes de la province pour la cotisation à 
verser par leurs coreligionnaires, et cette transaction fut ratifiée 
par le gouverneur, M. Feydeau de Brou, en 1735. Ceux de Hague- 
nau s'empressèrent d'écrire à celui-ci qu'ils seraient heureux 
d'être traités sur le même pied que ceux des autres villes de l'Al- 
sace. Ils oubliaient ainsi que Haguenau était une ville libre et 

1 Tout autant que la municipalité y trouvait son compte, car elle ne manquait 
d'y déroger toutes les fois que ses intérêts'étaient en jeu. 

2 Cette clause fut, on le pense bien, très souvent invoquée. La coutume s'était 
bien établie de donner aux enfants, en plus d'une dot, la table et le logement que, 
il y a quelque trente ans. elle était encore en vigueur dans les familles des Juifs 
d'Alsace. 

3 Arch. de Hag., BB. 114. 



250 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'elle avait le droit de fixer elle-même la part d'imposition de 
ses administrés. M. de Brou répondit à leur demande en ces 
termes : 

Vu la présente requête, nous conseiller d'État et intendant sub- 
délégué, ordonnons que chaque famille juive établie à Haguenau, 
payera pour la présente année, à ladite ville, dans les termes ac- 
coutumés, tant pour impositions royales, ordinaires et extraordi- 
naires, comme fourrages et autres corvées de bras et de chevaux, 
logements de gens de guerre et autres charges, le double en sus 
de la somme pour laquelle chaque famille juive est comprise au 
rôle particulier de la capitation des Juifs de la Basse-Alsace, à l'effet 
de quoi les Préposés des juifs domiciliés à Haguenau seront tenus 
de remettre incessamment, aux Magistrats de ladite ville, un extrait 
dudit rôle de la capitation, contenant la cotte de chacune desdittes 
familles. Certifié véritable, à peine pour lesdits Juifs, d'être cottisés 
au double de ce qu'ils devraient payer. 

Fait à Strasbourg, le 29 avril 4735. 

Feydeau l . 

Les choses restèrent donc en l'état jusqu'au jour où se rouvrit 
la période des lourdes impositions. En 1740, la guerre de succes- 
sion d'Autriche attira de nombreuses armées en Alsace et particu- 
lièrement à Haguenau. Les charges devenaient très fortes pour 
la municipalité, celle-ci obligea les Juifs à accepter un « acco- 
modement » dont nous verrons les clauses plus loin. Les Juifs 
s'en trouvèrent bien, car, voyant arriver un nouveau subdélégué 
à la province d'Alsace et craignant que celui-ci ne jugeât à propos 
d'apporter des changements à leurs règlements, ils s'empressè- 
rent de lui demander la confirmation de cette convention. La mu- 
nicipalité de Haguenau, interrogée sur les causes de ce nouvel 
arrangement, répondit à la date du 19 février 1740 par la lettre 
suivante, qui nous fait connaître cet accommodement : 

A monsieur Gayot subdélégué général et intendant en Alsace 
à Strasbourg. 

Monsieur, nous avons l'honneur de vous renvoyer les pièces et la 
requête que la communauté des juifs vous a présentée, pour leur 
confirmer l'accommodement que le magistrat a fait avec eux au sujet 
de la contribution des deniers royaux. 

Les motifs qui nous ont portés à entrer avec eux dans cet accom- 
modement, sont purement pour le bien de nos bourgeois et habitants, 
parce que vous auriez agréable de voir, Monsieur, dans les pièces 

1 Arch. de Haguenau, GG. 67. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 251 

jointes à leur requête que ladite communauté des Juifs a esté pour 
l'ordinaire, et presque toutes les années de la paix cotisée entre six 
cents et huit cents livres, et que pendant la dernière guerre dans le 
temps que nous l'avions taxée à proportion des impositions, elle a 
obtenu u"he ordonnance dont nous joignons copie de Monseigneur 
l'intendant qui la cottisait tant pour les impositions royales ordi- 
naires et extraordinaires comme fourages et autres charges, au 
double de la somme pour laquelle chaque famille juive est comprise 
au rôle de la capitation des Juifs de la Basse-Alsace, de sorte que 
suivant cette ordonnance, nos bourgeois et habitants ont été obligés 
de supporter ce qui par cette ordonnance a été relaissée à ladite 
communauté des Juifs de l'imposition à laquelle nous l'avions taxée 
pour sa cotte-part et qui se montait au moins à cinq mille livres 
pendant la dernière guerre et si le cas arrivait, nos bourgeois se- 
raient dans le même embarras de payer pour eux, si le magistrat 
n'avait fait cet accommodement. L'ordonnance de Monsieur de Brou 
leur servirait toujours à cette fin. 

Par cet accommodement, ladite communauté des juifs est obligée 
de contribuer pendant la guerre à toutes les impositions générale- 
ment quelconques et aussi qu'elle serait taxée parle magistrat même 
au sol par livre, et par cet endroit il revient un bien à nos bourgeois 
et habitants qui ne seront plus obligés de supporter seuls les 
charges pendant la guerre, comme il est arrivé, et de payer pour 
ladite communauté des Juifs à cause de la susdite ordonnance. 

Nous n'avons pas affranchi les Juifs par cet accommodement des 
logemens de gens de guerre, parce qu'ils fournissent des lits aux 
pauvres bourgeois et habitants pour le logement de la garnison; 
les Juifs, d'ailleurs, ne logent que dans la nécessité, et ce qu'ils 
payent à présent peut servir pour le logement et corvées ; ils n'ont 
jamais été imposés particulièrement pour l'un ny pour l'autre de 
cette ville, et si le cas arrivait pendant la guerre, par l'accommode- 
ment, ils y seraient sujets et de les payer comme une imposition. 

Vous aurez cependant agréable, Monsieur, de statuer sur cela ce 
qu'il vous plaira. 

Nous avons l'honneur d'être, avec un respect infini, Monsieur, vos 
très humbles serviteurs. 

Les Magistrats de Haguenau l . 

Aussitôt Gayot ratifia ce traité 2 . 



III 



L'histoire des Juifs de Haguenau et de ses environs pendant la 

1 Arch. deHag.,GG. 67. 
a Ibid. 



252 REVUE DES ETUDES JUIVES 

période que nous venons de parcourir n'avait pas tenu tout en- 
tière dans ces changements de législation et d'impositions ; les 
guerres qui désolèrent l'Alsace pendant ces nombreuses années 
n'avaient pas été sans créer des incidents le plus souvent tristes 
pour eux. 

En 1674, Turenne prenait ses quartiers d'hiver en Alsace et il 
avait délégué le marquis de Vauban au commandement de Ha- 
guenau. Les Juifs des villages, suivant leur coutume, vinrent se 
réfugier dans la ville. Leurs coreligionnaires les accueillirent chez 
eux et, comme ils prévoyaient un long siège, achetèrent une cer- 
taine quantité de grain nécessaire à leur entretien et à celui de 
leurs hôtes. Aussitôt les habitants de la ville crièrent à l'accapa- 
rement et voulurent les forcer à revendre leurs provisions. Les 
Juifs eurent l'heureuse inspiration de s'adresser à Turenne qui 
envoya au marquis de Vauban la lettre suivante : 

Je fais ce mot au commandement de trouppes du roy, à Haguenau, 
pour luy dire, que le service du roy requiert qu'il fasse tout le bon 
traitement qu'il se pourra aux Juifs qui y sont établis, pour qu'il 
tienne exactement la main, à ce que l'on ne touche pas à leurs fran- 
chises, immunités, surtout à ce qu'ils deviennent exemptés de toutes 
sortes de logements de gens de guerre, qu'ils puissent faire leur 
commerce et traffic en toute sûreté et liberté, et que les commis des 
vivres ne les inquiètent point sur le subjet des grains, dont je 
désire qu'on leur laisse suffisamment les provisions dont ils ont 
besoing pour la subsistance de leurs familles, et de celle des Juifs 
des campagnes réfugiés chez eux, et enfin qu'il les traite de manière 
qu'ils n'ayent aucun subjet de se plaindre. 

Fait au camp, ce 49 novembre 4674. 

Turenne 1 . 

C'est un exemple de haute tolérance que donnait le grand capi- 
taine avant le xvnr 9 siècle, et c'est un honneur pour les Juifs de 
Haguenau d'avoir eu un instant pour protecteur un homme comme 
Turenne. 

Mais après la mort si imprévue du grand capitaine, le général 
des Impériaux, Montécuculli, arriva devant les murs de la ville, 
Haguenau fut impitoyablement bombardée. Heureusement Gondé 
ne tarda pas à venir au secours de la cité assiégée et Montécuculli 
jugea prudent de se replier sur Strasbourg. 

Bientôt la ville ne put plus servir de refuge aux Juifs des envi- 
rons, car, par ordre du gouvernement français, elle fut démantelée. 
La municipalité les renvoya en leur délivrant des passeports; 

1 Arch. de Haguenau, GG. 66. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 253 

comme la guerre continuait en Alsace, au lieu de retourner dans 
leurs villages, ils se dirigèrent vers le Rhin pour chercher un 
asile dans quelque ville d'Allemagne, mais il leur fut interdit de 
passer le fleuve et force leur fut de revenir implorer la pitié des 
magistrats de Haguenau. Le conseil se réunit (le 17 janvier 166*7) 
pour statuer sur leur demande et discuta longuement. Un membre 
de la réunion fat d'avis de leur permettre de demeurer provisoi- 
rement à Haguenau, parce que, dit-il, ils seront pour nous une 
bonne source de revenus. Un autre, nommé Roth Jacob, ne vou- 
lait pas émettre son opinion parce que c'était dimanche. Cette 
délibération curieuse se termina par un arrêté favorable à la re- 
quête des fugitifs '. 

Ceux-ci n'eurent pas à se réjouir de cette faveur, car ils assis- 
tèrent bientôt à un spectacle lamentable. Le 9 février au soir, le 
capitaine La Brosse vint avertir à l'improviste les habitants que 
le lendemain il mettrait le feu aux principales maisons de la ville. 
Le lendemain, en effet, avant le jour, des soldats sous ses ordres 
se répandirent dans la cité et incendièrent les rues du Sel, des 
Juifs, des Cordeliers, du Bouc, de l'Ecurie et de l'Anneau, puis ils 
se rendirent dans la Grande-Rue et brûlèrent tout jusqu'à la Burg- 
mùhl.Ils ruinèrent cent-cinquante maisons. Les Juifs furent moins 
navrés de la destruction de plusieurs de leurs maisons que de celle 
du temple qu'ils avaient inauguré douze ans seulement auparavant 
et qui leur avait coûté tant de peines 2 . 

Le xviii 6 siècle s'ouvrit par un retour de la guerre en Alsace. 
Habituellement les hostilités avaient pour effet immédiat de faire 
fuir les Juifs de la campagne, Haguenau leur offrait un asile as- 
suré, moyennant le paiement d'une contribution extraordinaire. 
La ville croyait avoir le droit d'accorder de sa propre autorité 
les permis de séjour. Ce droit lui fut cette fois contesté. Deux 
juifs, nommés Leiser de Surbourg et Zacharias de Soultz, s'étaient 
réfugiés à Haguenau sans autorisation spéciale du gouverneur de 
l'Alsace, le marquis d'Huxelles; celui-ci écrivit la lettre suivante 
à la municipalité de Haguenau : 

1 Livre des protocoles du Conseil. Arch. de Hag,, BB. 94 et 95. 

2 Livre des protocoles du Conseil. Arch. de Hag., BB. 94 et 95. Comme si ce dé- 
sastre ne leur avait pas suffi, quelques soldats, de connivence avec quatre paysans de 
Schœffolsheim, entrèrent un beau matin, le 21 novembre, dans la ville et se mirent à 
piller quelques maisons juives. Plainte fut portée par les Juifs devant la municipa- 
lité qui, après enquête, attesta l'injustice commise à leur détriment et leur remit une 
lettre adressée à M. de La Grange, intendant à Brisac, pour qu'il soutînt le bon droit 
des Juifs. Quant à elle, elle infligea une punition aux paysans. Les arbitres qu'elle 
désigna, à savoir : Engelbert et Camerlin, prédicateur, André Keith,' maire de Bal- 
zendorf, et Jacob Heintz, maire de Mommenheim, après avoir constaté les faits, con- 
damnèrent les quatre paysans à 200 florins d'amende. (Arch. de Hag., GG. 66.) 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Strasbourg, le 13 juin 1701. 

Aux magistrats de la ville de Haguenau. Vous ne manquerez pas, 
aussitôt ma lettre reçue, de signiffier de ma part aux juifs Léser et 
Zacharie d'avoir à sortir de votre ville avec leurs femmes et enfants, 
dans le temps de quinze jours, à compter de ce jour d'huy, pour se 
retirer où bon leur semblera, ailleurs qu'en Alsace, à quoi vous 
tiendrez la main fort exactement, et ne souffrirez plus à l'avenir 
qu'aucun Juif, soit étranger, soit autre, s'établisse dans votre ville, 
sans ma permission, vous déclarant que s'il s'y fait là-dessus quel- 
que chose de contraire à ce que je vous marque, je m'en prendrais 
directement à vous, à moins que vous m'en ayez donné avis. 

Je suis tout à vous. 

Huxelles 1 . 

La ville se soumit pour l'instant, elle fit sortir de la cité les ré- 
fugiés, toutefois en les laissant libres d'aller où bon leur semble- 
rait, mais elle fit ses réserves pour l'avenir et se promit de reven- 
diquer ses droits et privilèges. Pour montrer tout de suite au gou- 
verneur de l'Alsace l'étendue de ses droits, la municipalité prit 
un arrêté à l'égard des Juifs ; elle décida qu'il leur était interdit 
dorénavant de tenir boutique les jours de foire, de vendre des 
marchandises neuves « de la main à la main », même sans les au- 
ner. Un d'eux, nommé Lyon Coublance (c'était le fils de Gerson, 
"Welsch Gerstel) vendait des marchandises neuves, mais dans une 
chambre qui même n'avait pas de fenêtre sur la rue. Les commer- 
çants de la ville l'ayant appris s'en plaignirent, et il dut cesser son 
négoce après avoir payé une amende de soixante florins et les dé- 
penses. Coublance réclama auprès de l'intendant d'Alsace, il plaida 
contre la ville de Haguenau, mais finalement, il fut condamné aux 
dépens, la ville ayant le droit en vertu de ses privilèges d'établir 
sur les Juifs les lois qui lui convenaient. Coublance, ne pouvant 
plus trouver à Haguenau les moyens d'y vivre, céda sa maison, 
vendit ses marchandises dans les villages voisins et alla s'établir 
à Lixheim 2 . 

Elie Scheid. 

(A suivre.) 

1 Arch. de Hag., GG. 67. 

2 Sa famille resta dans cette ville jusqu'en 1792, année où un de ses descendants, 
nommé Gerson Coblence, revint se fixer à Haguenau. Ce Gerson, lors de la consti- 
tution de l'état-civil pour les Juifs en 1808 prit ou reçut le nom de Géréon Coblence 



LE RABBINAT BE METZ 

PENDANT LA PÉRIODE FRANÇAISE (1567-1871) 

(suite * ) 



VII 



Le successeur de R. Jona Téomim Fraenkel fut le rabbin Gerson 
Aschkenazi, dont le nom de famille véritable était Oulif, j^bia. La 
confirmation royale de sa nomination est datée de l'année 1670 et 
les lettres patentes en furent enregistrées au Parlement de Metz 
le 21 janvier 1671 2 . Dans ce document on le dit originaire de 
Hultz. Ce qui est certain, c'est qu'il fit d'excellentes études à 
Nicolsbourg, qu'il fut successivement rabbin à Prosnitz (1644), à 
Hanau, à Nicolsbourg et à Vienne, et qu'il dut quitter cette dernière 
ville après l'expulsion des Juifs du 14 février 1670. Il devint alors 
grand-rabbin de Metz, où il mourut le onze Adar II 5453 (mars 
1693). Le registre de la confrérie porte cette mention : mu* ïibsi 
,ta i W "na^tON ■puna n-nrnas bran iiawn Tn"a amii jw-ie i^rcan 
yyn w ttn a"* 'n ûv> îmmjb inpsi mstn nn^b- 

R. Gerson était un des élèves les plus distingués de R. Menahem 
Mendel Krochmal, dont il épousa la fille après la mort de sa pre- 
mière femme, survenue longtemps avant son arrivé à Metz. Il est 
auteur de quelques ouvrages fort estimés : de réponses casuis- 
tiques ("ïWiàïi rvrn* n'Vtti), de dissertations et commentaires sur 
le Pentateuque sous forme d'homélies (">:ntinsn masn), de notes 
et discussions sur des traités du Talmud et sur des points de 



1 Voir tome VII, pages 103 et 204. 

2 Voir Michel Emm., Histoire du Parlement de MeU, p. 515. 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

droit civil chez les Juifs (^ntonaîi ira-nn), etc. Il eut aussi une cor- 
respondance très active avec les rabbins les plus érudits et les 
plus autorisés de son époque, notamment avec Sabbataï Cohen, 
auteur du yo, Haïm Jaïr Bacharach, auteur du -nao mn, Ephraïm 
Cohn de Vilna, auteur du d*nsN n^uî, et tant d'autres qui puisaient 
auprès de lui la science talmucfique et casuistique. Un de ses dis- 
ciples les plus célèbres fut le rabbin David Oppenheim. Gomme 
ses paroles faisaient autorité et exerçaient une grande influence 
sur le monde juif d'Allemagne et de Pologne, on s'adressait très 
souvent à lui et on lui demandait son patronage pour des livres 
qu'on voulait publier. C'est pour cela que l'on trouve un si grand 
nombre de madOtt (approbations) de lui pour les travaux publiés 
de son temps. Il fait presque toujours précéder son nom de cette 
expression Tnaîf, le fort occupé, ou plutôt, le fort préoccupé. 

De toutes les lettres d'adhésion, que nous avons parcourues, les 
deux suivantes seules présentent quelque intérêt pour sa biogra- 
phie. L'une est placée en tête de l'ouvrage np:n nnatt 'o l de R. Ja- 
cob Reicher qui devait, lui aussi, enseigner un jour dans la chaire 
rabbinique de Metz. La lettre, datée de 1688, porte comme titre ces 
mots : ïTûsn wpitt îtt "jpï dOTidEïi bi^ti Iin^îtt nïïdoïi, et comme 
signature : ttd ttaitt "nadiOK 'punn y^i i-»p ïiî ipTrt TWJin dna» 
y^2 Vy. L'expression \pi employée par Jaïr Bacharach et par lui- 
même prouve que, à ce moment, R. Gerson était fort avancé 
en âge. 

L'autre est une lettre d'approbation pour le livre pmr^ nbi* 'o 2 , 
datée du jeûne de Guedaliah 445 (septembre 1684), et où l'on a 
mis comme en tête : \w\î nnnfcd otto ab&ittïi "paun btt tt&d&n 
nsnssa yv2 p"p*i Ta-"» dnd. Ce nom de bas qu'on lui donne comme 
nom de famille, nous ne l'avons retrouvé nulle part. Gerson fait, 
dans cette lettre, l'éloge du rabbin Isaac Weil, qu'il connaissait de 
longue date, et dont il avait appris à estimer la haute science et la 
valeur personnelle seulement après son arrivée à Metz, car il 
avait constaté que R. Isaac avait fait de très bons élèves dans 
cette ville. 

R. Gerson, lui aussi, s'adonna à l'enseignement avec une 
grande ardeur. Il eut une école très suivie où se formèrent de 
nombreux disciples qui devinrent des rabbins très distingués. 
S'absorbant tout entier dans les études rabbiniques, auxquelles 
il consacrait tout son temps, il chercha et réussit à attirer à 
Metz un grand nombre de jeunes étudiants. 

Prague, 1689. 
2 Franci'ort-sur-Oder, 1692. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 257 

Après sa mort, et avant que son successeur ne fût désigné, un 
israélite de la ville, nommé Alexandre Lévy, souleva de nouveau 
la question de savoir si les affaires civiles ne pourraient être 
portées devant une autre juridiction que celle du grand rabbin et 
des élus de la communauté. Il adressa un placet à M. Boucherat, 
chancelier de France, pour lui demander l'autorisation de porter 
devant les juges royaux toutes les affaires litigieuses qu'il avait 
avec ses coreligionnaires. 

Le chef de la magistrature de France, après avoir pris l'avis du 
premier président du Parlement de Metz, Guillaume de Sève, qui 
était en même temps intendant de la province, fit répondre, dans 
une lettre datée du 10 juillet 1694, qu'il n'y avait rien à changer 
dans ce qui s'était observé jusqu'alors pour le jugement des affaires 
des Juifs de Metz, et qu'Alexandre Lévy n'avait qu'à se pourvoir 
devant les rabbins qui étaient les juges des Juifs. Ce ne fut pas 
sans de grandes difficultés que la Communauté juive était arrivée 
à ce résultat favorable. Elle avait été obligée d'envoyer à Paris 
une députation importante, avec laquelle les syndics échangèrent 
une volumineuse correspondance, et dont les efforts furent appuyés 
par le premier président du Parlement de Metz, auprès duquel la 
Communauté n'avait pas cessé un instant de plaider sa cause. 

Rassuré sur ce point, le Conseil de la Communauté s'appliqua à 
perfectionner l'administration judiciaire des Juifs. La commission 
chargée d'élaborer les règlements rédigea et fit publier les articles 
suivants, que nous traduisons d'après un texte manuscrit, écrit 
dans le langage judéo-allemand usité alors parmi les israélites 
messins. 

Règlement fait l'an 454 (= 1694) par la commission des douze no- 
tables, chargés de faire tous les règlements : 

« Voici ce qui a été décidé en premier : Pour qu'il n'y ait point de 
déni de justice à l'avenir, celui qui aura à réclamer de l'argent à un 
autre israélite et qui voudra se faire délivrer un acte de justice, de- 
vra demander à l'administrateur de service la permission d'envoyer 
à son débiteur l'huissier, tiittitt, chargé de l'assigner à comparaître 
devant le tribunal dans les vingt-quatre heures. 

Si ce débiteur, dûment assigné, ne se présente pas dans les vingt- 
quatre heures désignées, l'huissier devra publier immédiatement la 
désobéissance de cet individu. 

Si l'huissier ne fait pas cette publication après le délai de vingt- 
quatre heures, il devra être puni de la privation de ses émoluments 
pendant un mois. 

Si l'huissier a fait la publication réglementaire, et si, par suite du 
devoir accompli, la personne assignée ou tout autre individu lui 
adresse des injures, même légères, l'administration devra prendre la 
T. VIII, n° 16. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

défense du pauvre huissier et infliger à celui qui l'aura injurié la 
punition édictée pour les offenses faites à un représentant de la 
justice. 

Si l'administrateur sait que la personne assignée a un motif sé- 
rieux qui l'empêche de se rendre à son assignation, il a le droit de 
lui accorder un sursis pour se présenter devant le juge. Il faut toute- 
fois qu'elle fasse connaître elle-même à l'administrateur le motif de 
son empêchement. 

Si l'administrateur de service est parent à un degré prohibé de 
Tune des parties, c'est à son adjoint qu'on devra s'adresser. 

Si les parties ont désigné deux personnes qui ne peuvent siéger 
ensemble par suite de parenté, elles doivent se réunir et tirer au 
sort quelle est celle des deux personnes désignées qui siégera. 

Il est établi que le demandeur doit toujours faire connaître à l'a- 
vance au défendeur le nom du juge qu'il a choisi. 

Si le défendeur fait connaître au demandeur que le juge, désiré 
par lui ou par un fondé de pouvoir, ne se trouve pas en ville au mo- 
ment de l'assignation et qu'il demande qu'on veuille attendre le re- 
tour de ce juge, l'administrateur ne devra pas prendre cette demande 
en considération : le défendeur devra être astreint à désigner immé- 
diatement un autre juge. 

La commission des neuf 1 devra percevoir les amendes infligées par 
l'administrateur de service ; 

Elle devra aussi veiller à ce que les amendes (retenues d'émolu- 
ments) infligées à l'huissier soient perçues. 

Tout ce qui précède est applicable jusqu'à l'arrivée du nouveau 
grand rabbin. 

Quant à la mise à exécution des jugements, il est décidé que les 
juges qui prononcent une sentence devront faire exécuter leurs dé- 
cisions dans un délai fixé par eux, sous peine d'une amende d'un 
double ducat en faveur des pauvres de la ville. 

Les neuf veilleront à la perception des amendes. 

Les juges qui prononcent une sentence doivent l'écrire et la signer 
ou la faire signer par procuration dans un délai de trois jours. 

Les neuf veilleront à ce sujet. 

Le rabbin Gabriel de Cracovie, fils de R. Jehouda Loeb Eskeles, 
occupa le siège rabbinique de Metz, en remplacement de R. Gerson, 
pendant dix ans (1694-1703) et augmenta par l'éclat de son en- 
seignement la réputation de la Yeschiba de Metz, qui allait toujours 
grandissant. Azoulaï 2 rapporte qu'il tient de la bouche d'un rabbin 
allemand, contemporain de R. Gabriel, que celui-ci était l'un des 
hommes les plus distingués de son temps. Il avait été le disciple 

1 La commission des neuf était chargée de l'exécution de tous les règlements et de 
surveiller la perception des amendes. 
* Schem Haguedolm, suh voce. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 259 

de R. Aaron Kaïdanover, auteur du mTïi rû-D. On a de lui de 
nombreuses consultations, dispersées dans les recueils de consul- 
tations de ses contemporains ; le livre niTN» û^s de R. Méir 
Eisenstadt, en particulier, en renferme un assez grand nombre. 

Son prédécesseur R. Gerson Oulif avait laissé sans solution 
une affaire fort délicate. 

Deux personnes convoitaient le poste de médecin de la commu- 
nauté messine, et depuis quelque temps étaient cause d'un dissen- 
timent profond parmi les Juifs de la ville. Salomon Lipschitz 1 
avait été nommé médecin de la Communauté et en avait reçu la 
notification officielle. Il mit un grand retard à se rendre à son 
poste. Pendant ce temps, un autre médecin juif, Hertz, de Franc- 
fort, était venu s'établir à Metz et y avait exercé comme médecin de 
la Communauté. Lorsque Salomon apprit le fait, il arriva en toute 
hâte à Metz et réclama l'exécution de son contrat ; mais Hertz pré- 
tendit qu'on ne pouvait plus lui reprendre l'office qu'il remplissait 
déjà depuis quelque temps. Il faut remarquer que, outre les émo- 
luments de la place, bien minimes, il est vrai, il y avait certaines 
prérogatives qui y étaient attachées. Quoique étranger, le méde- 
cin de la Communauté obtenait immédiatement le droit de cité ; il 
était en même temps dispensé de tous les impôts ; et presque tou- 
jours il pouvait espérer une assez forte clientèle, même en dehors 
de ses coreligionnaires. 

Chacun de nos deux concurrents avait un parti dans la Commu- 
nauté, et, dans toutes les commissions nommées pour régler leur 
différend, leurs partisans se trouvaient en nombre à peu près égal, 
et se montraient intraitables. Leur rivalité menaçait de s'éterniser. 
Quand R. Gabriel arriva à Metz, il dut s'occuper immédiatement 
de cette affaire. Plus heureux que son prédécesseur, qui y avait 
perdu quelque peu de son autorité, il réussit à mettre d'accord les 
deux médecins, en leur faisant partager la place à laquelle cha- 
cun d'eux prétendait. Cette décision arbitrale et l'acte d'associa- 
tion des médecins furent signés par les parties le 4 Tébet 5455 = 
janvier 1695. 

Le succès obtenu par R. Gabriel dans cette affaire épineuse lui 
acquit, pour ses débuts, une réputation d'habileté qui fut loin de lui 
nuire dans l'esprit de ses coreligionnaires messins. Par l'élévation 
de son caractère il leur inspira une haute estime. Il eut la bonne 
fortune d'obtenir, en faveur des étudiants, toujours plus nombreux, 

1 II ne faut pas confondre le nom de ce médecin avec son homonyme, ministre offi- 
ciant, qui ne vint à Metz qu'eu 1716 et qui est auteur d'un petit livre intitulé rni3>n 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui fréquentaient la Yeschiba, un don d'une munificence peu ordi- 
naire pour l'époque. Abraham Schwab et sa femme Agathe accor- 
dèrent à la Communauté un grand immeuble pour l'installation 
des cours et de l'oratoire, et consacrèrent à l'entretien de l'école 
les revenus d'une somme de dix-huit mille écus (54,000 livres 
tournois) et ceux d'une grande propriété attenant à l'immeuble. 
Cette école, l'oratoire compris, porta le nom de Klaus (couvent), 
parce qu'elle fut installée dans cet immeuble qui avait fait par- 
tie d'un grand couvent. Elle subsista à Metz dans le même local 
et sous différents noms (école talmudique, école centrale rabbi- 
nique), jusqu'au moment où elle fut transférée à Paris (1 er no- 
vembre 1859). 

En 1703, R. Gabriel quitta Metz pour aller occuper le poste de 
Nicolsbourg, en Moravie, qui était devenu vacant par suite du dé- 
part du rabbin David Oppenheim. Le rabbin Gabriel Eskeles mou- 
rut dans cette dernière ville, le jeudi 2 Adar 1 478 = février 1718, 
après avoir été successivemeut rabbin à Elkous, Prague et Metz *. 



VIII 



Entre le départ de R.Gabriel de Cracovie ou Eskeles et la nomi- 
nation de son successeur y eut-il un intérim de plusieurs années, 
ou bien R. Abraham Broda succéda-t-il à R. Gabriel dans les 
délais ordinaires ? Si nous nous en rapportons à la confirmation 
royale, il y aurait eu un intérim assez long, de cinq ans environ. 
Cependant une note manuscrite qui nous a été communiquée par 
notre savant et vénéré maître, M. Louis Morhange, et qui sans 
doute a été extraite des archives de la Communauté, nous donne 
les renseignements suivants : R. Abraham Broda vint à Metz en 
463 = 1703 et alla à Francfort en 473 = 1713, a'o'n ya?» wb an 

M. Carmoly, de son côté, donne trois dates différentes : 1° Il dit, 
dans la Revue Orientale*, que Broda quitta Metz en 1713, après 
un séjour de neuf ans ; 2° dans sa notice 3 sur les rabbins de Metz 



1 Voir Û^itt nïfcïap, de Salomon Stern, Vienne, 1860, p. 118. L'épitaphe de sa 
femme Esther se trouve également reproduite dans cet ouvrage à la date du lundi 
2 Nissan 494 = avril 1734 ; elle était d'une famille qui a fourni un grand nombre de 
Tabbins à Cracovie, Lublin et autres villes d'Allemagne et de Pologne. 

* Revue orientale, t. II, p. 244. 

3 Jost, Annalen, t. II, p. 80. 



LE RABB1NAT DE METZ DE 1567 A 1871 261 

il donne à l'arrivée de Broda la date de 1705 ; 3° enfin, dans ses 
Itinéraires de la Terre-Sainte », il affirme avoir entre les mains 
une lettre d'Abraham Broda datée de Iyyar 469 = mai 1709, dans 
laquelle ce rabbin annonce que lui et sa famille quitteront Prague 
pour aller à Metz le 18 du mois. M. Carmoly ajoute encore avoir 
une autre lettre de Moïse Broda du 2 Sivan 469 = juin 1709, dans 
laquelle celui-ci prévient les administrateurs de la communauté 
messine du départ de son père et de son arrivée à Metz immédia- 
tement après la fête de Pentecôte. La nomination officielle par 
lettres patentes étant du 30 septembre 1709 corroborerait la der- 
nière date donnée par Carmoly. Nous ne parlerons pas de la 
date de fantaisie donnée par Fûrst, qui le fait arriver à Metz 
en 1679 2 . 

Malgré la coïncidence de la date des lettres patentes avec l'une 
des dates données par Carmoly, nous croyons cependant que la 
nomination de R. Abraham Broda eut lieu vers la fin de 1703, 
parce que nous n'avons trouvé aucune trace d'intérim. Le rensei- 
gnement donné par M. Morhange, qui avait à sa disposition les 
archives de la Communauté, a pour nous une grande valeur. La 
date des lettres patentes seule serait une objection sérieuse, si 
nous ne savions que la Communauté, ou plutôt, ses administra- 
teurs ne mettaient pas toujours un très grand empressement à 
solliciter la confirmation royale. Nous avons, d'ailleurs, vu que, 
cinquante ans auparavant, elle s'en était entièrement dispensée, 
et que, pour les autres rabbins, la confirmation royale a rarement 
été obtenue dans la première année de la vacance, ou même de la 
nomination. 

R. Abraham Broda serait, d'après nous, arrivé à Metz en 1703. 
Son engagement, en conformité des lois religieuses, n'a dû être 
que de trois ans (1703-1706). En 1706, il le renouvela pour une 
seconde période de trois ans, 1706-1709. Si les lettres mentionnées 
par M. Carmoly sont authentiques , il faudrait admettre que 
R. Abraham Broda était allé en 1708 visiter son fils, Moïse, rabbin 
à Hanau et son beau-père, Samuel Zanvel, rabbin à Pferzen ; et 
qu'une fois, à Prague, il manifesta quelques velléités d'aban- 
donner son poste pour se rapprocher des membres de sa famille. 
Découragé par des difficultés qui se renouvelaient sans cesse à 
propos de juridiction rabbinique et par des tiraillements qui 
existaient au sein de la communauté de Metz, il fut tenté de ne 



1 Itinéraires de la Terre-Sainte des xin», xiv e , xv e , xvi e et xvn e siècles, Bruxelles, 
1847, p. 227. 

» Furst, Bibliotheca judaica, 1. 1, p. 132. 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus retourner à son poste et de reprendre celui qu'il avait eu au- 
trefois à Prague et qu'on était toujours disposé à lui rendre. Mais 
l'administration messine mit beaucoup d'insistance auprès de 
lui et il ne put se refuser à revenir dans son rabbinat ; cependant 
il conserva toujours l'arrière- pensée de quitter Metz à la première 
occasion où il le pourrait faire d'une manière convenable. 

Les lettres patentes confirmant la nomination du rabbin 
Abraham Broda avaient cet avantage de confirmer en quelque 
sorte l'autorité et le pouvoir des rabbins en matière civile et 
religieuse; et ce résultat n'était pas à dédaigner, en présence des 
sourdes menées de quelques mécontents contre l'autorité judiciaire 
du rabbin et des élus. 

Déjà scus le rabbinat de R. Gabriel une tentative avait été faite 
pour enlever au rabbin et aux élus la juridiction des affaires 
civiles ; mais le Conseil de la Communauté avait obtenu des 
officiers du bailliage un certificat constatant que le tribunal du 
bailliage ne connaissait point des affaires de Juif à Juif. En 1706, il 
demanda une attestation semblable au Parlement, et le greffier en 
chef, après avoir vérifié tous les registres, par ordre du premier 
président, délivra aux syndics juifs et à la date du 28 sep- 
tembre 1706, un certificat portant que, « ayant fait cette vérifica- 
» tion, il attestait que la Cour du Parlement ne connaissait point 
» et n'avait jamais connu des causes de Juif à Juif jugées par les 
» rabbins de la sinagogue. » 

En 1709, une nouvelle affaire se présenta, où on attaqua la juri- 
diction rabbinique. Jacob Schwab avait quelques difficultés avec 
ses frères et beaux-frères au sujet de la succession de leur mère 
et belle-mère Agathe, veuve d'Abraham Schwab, dont nous 
avons rapporté ci-dessus l la généreuse fondation en faveur de 
l'école religieuse de Metz. Jacob Schwab, n'étant pas satisfait de la 
décision rendue par le rabbin et les élus, proféra contre eux diffé- 
rentes injures et afficha la prétention de porter l'affaire à nouveau 
devant les tribunaux ordinaires de la ville. Le rabbin, insulté à 
propos de ses fonctions, jugea nécessaire, pour sauvegarder sa 
dignité, de prononcer contre Jacob Schwab une amende et, de 
plus, une mise à l'index, tant qu'il n'aurait pas reconnu sa faute 
et fait des excuses : le tout était conforme à la jurisprudence 
juive. Jacob Schwab, humilié dans son orgueil et dans ses pré- 
tentions, profita des relations qu'il avait avec quelques membres 
de la magistrature pour intéresser à sa cause le procureur du roi, 
qui n'était que trop disposé à attaquer la juridiction juive en 

1 Voir plus haut, p. 259-260. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 263 

faveur de la juridiction ordinaire. Le 22 octobre 1709 il assigna, 
en la personne du rabbin « Brodot », la communauté des Juifs à 
Metz à comparoir le 6 novembre suivant à l'audience du bailliage 
aux faits de la requête suivante adressée par lui au lieutenant- 
général et aux conseillers du bailliage au siège présidial de Metz. 

Messieurs, Messieurs les président, lieutenant général et conseil- 
lers du bailliage et siège présidial de Metz 

Remonstrent le Procureur du Roy qu'il est venu à sa connoissance 
que les Juifs de cette ville se sont establis de leur authorité un tri- 
bunal de jnrisdiction pour toutes leurs affaires civilles et criminelles 
et que par un attentat à l'authorité du Roy et de la justice non seule- 
ment ils connoissent de toutes les contestations qui arrivent au sujet 
de leurs effects civiles mais ostent par ce moyen au publique la 
connoissance de Testât de toutes leurs affaires, en sorte que quand il 
arrive quelques faillites ou banqueroutes tout le poid et la perte re- 
tombe sur les familles chrestiennes qui sont en commerce avec eux, 
ayant esté mesmes informé que par des voyes et des punitions extra- 
ordinaires ils engagent absolument quantité [sic) juif ne puisse in- 
tenter d'action contre un autre juif par devant les juges ordinaires 
sans s'exposer à des peines d'excommunication qui ne doivent estre 
introduittes que pour ce qui concerne la religion, que d'ailleurs les 
juifs sans aucune authorité de justice créent des tuteurs et curateurs 
à leurs enfants mineurs et font des inventaires des effects délaissez 
par leurs pères ou mères et font entre eux des actes de société sans 
aucune formalités en caractères et en langues hébraïque dont les con- 
ditions deviennent fréquemment ruineuses aux autres sujets du Roy 
et comme toutes les pratiques ne tendent qu'à establir entre eux une 
authorité souveraine et despotique qui trouble l'ordre du royaume et 
de la société civille contraire au privilège de l'establissement des 
juifs et particulièrement à l'arrest de la Cour du 23 may 1634 servant 
de règlement par lequel il leur est permis de juger entre eux pour 
choses de leur religion ou polices particulières, 

Requiert la communauté des juifs estre assignée à la première de 
nos audiances pour leur voir faire deffence de plus à l'advenir 
prendre connoissance d'aucunes affaires litigieuses civilles ou crimi- 
nelles ny de tenir aucun tribunal de jurisdiction pour aucunes af- 
faires, autres qui concernent leur religion et leur police particulière, 
faist pareillement deffense à tous particuliers juifs d'intenter aucunes 
affaires civilles ou criminelles mesme de juifs à juifs par devant 
autres juges que les juges ordinaires, comme aussy de procéder à 
aucune création de tutelles et curatelles aux enfants mineurs de ceux 
qui décéderont ny aucunes oppositions levées de scellés et confec- 
tions d'inventaires pour marchandises, commerce de banquiers ny 
aucunes de vente eschange par devant autres personnes que les no- 
taires ou autres personnes publiques, le tout à peine d'estre procédé 
extraordinairement contre eux, comme refractaires à l'authorité du 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Roy et de la justice ny de prononcer aucunes peines d'excom- 
munications contre ceux qui se pourvoiront par devant les juges 
ordinaires et que tout ce qui pourroit avoir esté prononcé à ce 
sujet seroit par eux levé dans le jour et déclaré nul et de nul 
effect. 

Signé : Aubry. 

A cette assignation, la Communauté répondit par l'acte sui- 
vant : 

A la requeste de la communauté des juifs résident en cette ville de 
Metz qui a esleu son domicil en celuy de M e Nicolas Marc son procu- 
reur au bailliage et siège royal de ladite ville soit signiffié et déclaré 
à Monsieur Maître Jean Aubry, conseiller du Roy et son procureur 
aud. siège pour exceptions responces à l'assignation qui a esté donnée 
à sa requeste à lad. Communauté par exploit du 22 e du mois d'oc- 
tobre dernier que la demande de mond. S r Procureur du Roy est un 
trouble formel aux privilèges et grâces accordées à lad. Communauté 
par Lettres Patentes du Roy glorieusement régnant du 25 e septembre 
4657, confirmatives d'autres concédées depuis plus d'un siècle par les 
Roys ses prédécesseurs de glorieuse mémoire par lesquelles les juifs 
sont establis en cette ville pour y vivre de mesme que tous les autres 
juifs rependus dans les autres estats conformément à leur loy, soit 
par rapport à leurs police, religion et autres actes de Juifs à Juifs ce 
qui a esté suivy et exécuté depuis plus d'un siècle publiquement au 
veu et sceu de tous les magistrats de cette ville, en effect cette de- 
mande ne tend pas moins qu'à détruire essentiellement l'exercice et 
la discipline de leur religion dont les jugements sur lès contesta- 
tions des juifs font une des principales parties d'autant que les Juifs 
devans nécessairement suivre la Loy escritte comme le fondement 
de leur religion et cette loy leurs donnant des juges et contenant des 
décisions sur toutes ces matières toutes différentes de celles qui se 
tirent des loix civiles, coustumes et ordonnances et dont il n'y a que 
des Rabys qui en ont faict une estude capitale dez leurs premières 
années qui en soient instruicts, c'est leurs vouloir oster l'un des prin- 
cipaux points de leur religion que de leur contester le droict d'estre 
jugez par ces mesmes Rabys, et en mesme temps renverser la pos- 
session immémorialle en laquelle lad. Communauté est demeurée 
paisiblement sous les yeux du Parlement, sans que MM. les procu- 
reurs généraux ayent trouvé à redire à la conduitte, police et exer- 
cice de la justice entre eux qui n'a jamais esté autre en cette ville 
quelle est aujourd'huy et qui est conformée ce qu'il se pratique dans 
tous les estats du monde ou il y a des sinagogues, ainsy la préten- 
tention de mond. S r le Procureur du Roy est une nouveauté condam- 
née par les actes de notoriété émanés de Monsieur le Lieutenant gé- 
néral et conseiller en ce siège et mesme de la Cour qui asseurent que 
les Rabys establis en cette ville sont en droict comme d'une des fono 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 265 

tions à eux attribuez de juger comme ils ont faict de temps immé- 
morial de toutes les affaires qui surviennent de juifs à juifs, mais 
comme il est question de l'exécution desd. Lettres patentes émanées 
de l'authorité souveraine et que Messieurs du bailliage avec le respect 
que la Communauté des juifs leur doit ne sont pas compétans pour 
en connoistre, outre qu'en cette cause ils seroient juges et parties la 
demande de M. le Procureur du Roy tendante a establir à leur prof- 
fit leurs juridictions sur les juifs dans les affaires de juifs à juifs 
contre ce qu'ils ont reconnus eux-mêmes n'avoir pas droit de faire 
pour les acts publiques qu'ils en ont donné et qui ont servis à faire 
confirmer le droict des juifs dans les autres sinagogues, pour quoy la 
Communauté des juifs soutiendra que la cour et les parties seront 
renvoyées au Conseil d'Etat dont acte signé Marc. 

Fort de l'appui qu'il avait trouvé auprès du procureur du roi, 
Jacob Schwab présenta au Parlement, le 3 décembre 1709, une 
requête par laquelle il exposait que l'excommunication et l'amende 
dont il avait été frappé ne lui avaient été infligées que parce qu'il 
s'était permis de porter devant les juges royaux le différend qui 
existait entre lui et ses frères et beaux-frères, et demandait que 
« l'on fît défense au rabbin et à ceux qui représentent la Commu- 
» nauté d'empêcher ceux qui auront recours à la justice ordinaire 
» de s'y pourvoir, ni d'user d'aucune excommunication ou inter- 
» dit contre eux; pour cette cause, enjoindre au rabbin et autres 
» de lever en plaine sinagogue celle qu'ils ont publiée contre lui, 
» deffense à eux d'en faire à l'avenir soit dans la sinagogue ou 
» ailleurs, d'exiger aucune amande, n'y imposer autres peines. » 

Cette requête ayant été communiquée au procureur général, le 
Parlement rendit, le 13 décembre 1709, un arrêt par lequel il per- 
mettait à Jacob Schwab « de faire assigner le rabin et autres re- 
» présentants de la Communauté des Juifs, et cependant par pro- 
» vision et sans préjudice du droit des parties au principal, a fait 
» deffenses aud. rabin et autres d'attenter sur led. Schwabe en sa 
» personne ou en ses biens, soit par voye de prétendue excommu- 
» nication, interdiction ou autrement à peine de 3,000 livres 
« d'amande et de prison s'il y escheoit. » 

Le Conseil de la Communauté juive de Metz s'émut de cet arrêt 
du Parlement, qui portait une si grave atteinte à ses anciens privi- 
lèges et renversait toute l'organisation de la Communauté. Il fit 
rédiger un mémoire par un jurisconsulte éminent et délégua à 
Paris deux notables qui réussirent à faire donner raison aux Juifs 
contre le Parlement. Le chancelier fit dire secrètement au premier 
président de ne pas soulever cette question et même de se des- 
saisir de l'affaire qui lui était présentée dans les termes ci-dessus 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exposés. Le Parlement voulut bien en cette circonstance ne pas 
pousser au conflit; car il se sentait en faute, puisque sans entendre 
les représentants officiels de la Communauté il avait porté atteinte 
à un de ses privilèges les plus essentiels, privilèges concédés par 
les rois. Mais cette compagnie fit ses réserves et prétendit qu'elle 
pouvait et devait connaître de toutes les affaires civiles qu'on 
portait devant elle et que nul ne pouvait s'y opposer en alléguant 
l'existence d'une autre juridiction. Elle accepta dorénavant les af- 
faires de Juif à Juif, même lorsqu'il y avait jugement rendu par les 
rabbins et les élus. Dans ce dernier cas elle ne jugeait pas comme 
appel de leur sentence : elle regardait la juridiction rabbinique 
comme dépendant de la volonté des parties qui ne pouvaient être 
contraintes à la reconnaître. L'affaire de Jacob Sclrwabe ne fut 
pas poussée plus loin. 

A la suite de cet épisode, un paragraphe spécial concernant la 
juridiction rabbinique fut inséré dans les premières lettres pa- 
tentes qui furent délivrées aux Juifs sous le règne de Louis XV 
(duc d'Orléans régent) en 1715 et en 1*718. Il y est dit, en effet, 
que : « pour les contestations de Juif à Juif on leur laissait la li- 
» berté de se pourvoir devant leur rabbin comme aussi aux chefs 
» de la Communauté la connoissance de leur police, religion, cou- 
tumes et impositions. » Cet article ne satisfit ni les Juifs, ni le 
Parlement de Metz : il diminuait le pouvoir des chefs de la Com- 
munauté, dont la juridiction ne pouvait plus s'imposer pour les 
affaires commerciales ou civiles ; il n'indiquait pas assez clairement 
le droit du Parlement de connaître des affaires de Juif à Juif. 
Aussi toujours jaloux d'étendre ses prérogatives, le Parlement 
n'enregistra les lettres-patentes du 9 juillet 1718, que : « avec la 
» réserve explicite qu'il seroit usé comme par le passé en ce qui 
» concerne la juridiction du rabbin et des élus. » 

Cette prétention du Parlement lui créa de grands embarras dans 
les questions où le statut personnel et le droit coutumier des Juifs 
étaient en cause. Il dut en maintes circonstances demander l'avis 
du rabbin et finalement aboutir, comme nous le verrons plus loin, à 
exiger de la communauté la rédaction, en un recueil, des lois, cou- 
tumes et règlements usités parmi les Juifs. 

Cependant le rabbin Abraham Broda, fatigué des luttes qu'il 
avait à soutenir et des ennuis que de pareilles affaires lui causaient, 
n'aspirait qu'à quitter la ville de Metz. Au moment où son troi- 
sième engagement arrivait à son terme, on lui offrit la place de 
grand rabbin à Francfort et il se hâta de l'accepter : la Commu- 
nauté de Metz ne pouvait lui en vouloir de la préférence qu'il ac- 
cordait à la grande communauté de Francfort. La date de son 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 267 

départ (1*712 ou lTflS) est fixée par la note de M. Morhange dont 
nous avons parlé plus haut, et par une mention qui se trouve dans 
le Cémah David à la suite de la table chronologique, qui s'arrête à 
Tan 452. Dans ce dernier passage il est dit que Broda quitta Metz 
en 1712 et mourut à Francfort, le 1 er Nissan 477 = 1717 h 

Azoulaï dans son Schem Haguedolim consacre à R. Abraham 
Broda un long article et fait de lui le plus pompeux éloge. Les ou- 
vrages que l'on a imprimés sous son nom l'ont été par les membres 
de sa famille ou par ses meilleurs disciples. Ainsi, pour n'en 
citer que les plus importants, le dî-nria braa a été publié par son 
fils Moïse, et celui de ûmaa rmbin par son gendre Joseph-Moïse 
Breslau et son petit-fils Abraham de Mulhausen. Enfin, on trouve 
de lui un grand nombre de discussions rabbiniques dans les livres 
û^dfi ns^o», recueil publié par un de ses disciples, Israël Issert 
Lesvi, a^an "nni, iro nrtftt, ù^aw wm de Sabbathaï ben Moïse 
Cohen et dans quantité d'autres ouvrages de ses disciples. 

Après le départ de R. Abraham Broda, sa place resta vacante 
pendant quatre ans et l'intérim en fut rempli par les deux 
assesseurs R. Aaron Worms et R. Benjamin Wolf Smigrod. 

Le premier R. Aaron Worms (qu'il ne faut pas confondre avec 
son homonyme, auteur du m i*tt«fc, qui vécut un siècle plus tard 
et qui fut également grand rabbin à Metz, d'abord intérimaire, puis 
titulaire), était fils de R. Joseph-Israël Worms qui fut successive- 
ment assesseur ywi à Metz et rabbin à Trêves et à Bingen, où il 
mourut en septembre 1684, avec une grande réputation de sain- 
teté, comme nous l'indique la mention suivante que nous avons 
relevé, dans le memorUich de Metz : 

dî-nna ^Tiï-raa ^om aitt p ba-uûi tp-n -mntts bvttts a*» 
Vm mia-v-iBa ieb* ttixin œ»:o tep ba -hon Tia^a ro^Tn tj» 
"non î-pto m^ainn mi»i mb*:» ft»a sw a^sisn û^^wai 
rr'aai ima^ai îmna nwsa î-iNTm riinm rmb liip a^ lomtoïi 
nm^-i yi» p'"p îid i^ist!» jvrç irwi w ,!«*& wra» b-iia Yifcbna 
ïiat wbi n^b ira p"psn h i'*ns p"pa m^mn b:n ib:n auj^a a'n'a 
ban^a np^iiti edto miasbi d3>!n na ren "ittbb iffwîi na wi 
p"sb n'tt'n n5U) tis^in rcan 'a ùva *©psn mu au)a •nasi 

Aaron Worms, qui était né à Metz, occupa successivement dif- 
férents sièges rabbiniques, notamment ceux de Neuf-Brisach et de 
Mannheim. M. Garmoly 2 se trompe, lorsqu'il affirme que Aaron 

1 Dans la préface du catalogue des mss. de Hambourg de M. Steinschneider, il est 
dit, par erreur, que Broda mourut en 1723. 

2 Israelitische Annalen, de Jost, II, p. 96. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Wornis, nommé grand-rabbin de la Haute-Alsace par lettres- 
patentes du 21 mai 1681, n'occupa jamais ces fonctions. Nous 
avons trouvé de lui une lettre d'approbation (n^on) pour le 
livre î-d-d -np7a ' de R. Haïm Bacharach, datée de Neuf-Brisach 
en Alsace du jeudi 11 Heschwan 442= novembre 1681. La date 
de cette lettre nous prouve qu'après sa nomination officielle, il 
avait séjourné quelque temps à Neuf-Brisach où il exerça les 
fonctions de grand rabbin de la Haute-Alsace, dont la nomination 
avait été confirmée par la Cour de France. Une autre lettre d'ap- 
probation de R. Aaron Worms nous apprend qu'il occupa le siège 
rabbinique de Mannheim après celui de Neuf-Brisach, et que, de 
Mannheim, il était retourné à Metz, son pays natal. Cette lettre, 
datée du 22 Adar II 5453 (== corn, avril 1693), est imprimée en tête 
du livre b&OEtfi ùuî 2 . Elle porte comme épigraphe les mots sui- 
vants : p'p Vn'N s-r*!tt 'pria l'i'iui praiart btwii snn r-ittSDrt 

Le second rabbin assesseur, qui, avec R. Aaron Worms, fit 
l'intérim du rabbinat de Metz, était R. Benjamin Zeeb (Wolf) 
Zemigrod, qui fut rabbin dans différentes villes de la Pologne, 
puis à Dessau, d'où il passa à Metz, pour y être un des profes- 
seurs de la Yeschiba et, ensuite, un des assesseurs du grand rabbin 
de cette ville. Il est auteur d'un ouvrage intitulé fwsaW, en deux 
parties : la première, imprimée à Francfort-sur-1'Oder en 1698, 
renferme des notes et explications sur la partie aggadique de 
quelques traités du Talmud de Babylone ; la seconde, imprimée à 
Furth en 1*722, renferme un commentaire sur les Aggadot qui se 
trouvent dans quelques traités du Talmud de Jérusalem. 

Ce que M. Carmoly raconte 3 des relations peu aimables et même 
tendues entre ces deux rabbins assesseurs de Metz nous paraît 
inexact. La lettre d'adhésion que R. Aaron Worms donna pour 
la deuxième partie de l'ouvrage de son collègue, lettre datée du 
12 Iyyar 482 [== mai 1722) nous montre, au contraire, les deux 
rabbins très liés ensemble : Worms y parle de R. Benjamin, comme 
vivant toujours dans les relations les plus amicales avec lui. La 
préface du livre, également datée de Metz 1722, nous prouve 
que R. Benjamin Wolf Zemigrod n'avait jamais songé à quitter 
Metz. A cette date les deux assesseurs étaient arrivés à un âge 
très avancé : le grand-rabbin Jacob Reicher, dans sa lettre d'ap- 
probation pour ce même ouvrage, dit que l'auteur est arrivé à 



1 Voy. -phi rnn n'n'iû, p. 235 b et 2360. 

1 Imprimé à Francfort-sur-Oder, en ai>'n (—1699), in-4°. 
3 hraelitische Annalen, de Jost, l. c. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1567 A 1871 269 

l'âge de na^iû, ce qui paraît prouver que R. Benjamin Zemigrod 
avait dépassé l'âge de soixante et dix ans. 

R. Aaron Worms mourut deux mois après cet acte de bonne 
confraternité. Le livre de la confrérie religieuse nous fournit 
sur son décès la mention suivante à la date du 11 Ab 5482 
(= juillet 1722) : bvm ii&uïi iptrt rmafi bs îthw br -p* ba 
napn uni» tf'i nau) iwintt b^ba mnïraa îtjns^ "întttttt *nbn »"ni l'a'» 
swani awitt bmb naitti — a's'n anitt a"-> 'n av in^rittb b-na idona 
b'ât't b&nuîï rp-n n"nn» p it-iïih pm^ "vitroa rf fi - nsa^N bawna 

R. Benjamin, plus âgé que son collègue, ne mourut que 
quelques années après ; et si nous n'avons pas trouvé son décès 
inscrit dans le livre de la confrérie, la mention de celui de sa 
femme (en 1724) nous le fait supposer ; le registre ne fait pas 
suivre le nom du mari, R. Benjamin, de l'abréviation b"T : îi^ptïi 
arm rn»M irn*^ aom lamaa -mito nanrj domaan na b^a'tt n^a-irt 
n'Y* 'n ût mas:: wi •jiiajsn ïwaa "p* *ian» tibam l'n'nft DoT-iD^n 
.psb n'T's -na 

Il résulte de ce que nous venons de dire que, contrairement à 
ce qu'avance M. Garmoly, R. Benjamin ne quitta pas Metz en 
1718 à la suite d'une rixe survenue dans le temple et dont nous 
parlerons plus loin. 



IX 



Pendant la vacance du rabbinat, une terrible catastrophe sur- 
vint dans le temple, dont le registre de la confrérie donne la rela- 
tion suivante : 

p"« a-pa nrrca mî-ttio mmsi troa m»» b* ««em Maan ïiba b* 
îtynatt dvoa rtbsnrt runoa np-na p'eb it's'n mrrna bra "p^na b'^i 
rnbip ibnpn tr»s)3 mwa n*tt3œ ï-ibrrn i-wirm nrD7a rïm&Han 11m 
a^ptt dî-ib "parcs apmi an^-i nnaa abia a-rmai nos mwn b* «wm 
Bottai ab-^nb todk ^nba srî-n nwitti b* v ^aa b? it rnbais cnab 
ib»i rossa» a^ras n«5U5 w b^ nna ïaa b* in^ras inns WM aa» 
b*m3T nm j-ibs^na rroiHri «wttm b^nnat maa rtb-a tts-icanï! initia 
romain *nb p^bu>u:tt roaa rtsfcbH «b^p ros^buiïi y"a a^n na fcnasn 
tne na t|b&oi rnaa rora^nn moami b"msr na oan ^bp^T ns^ba 
ro^ion d^iaa ti&ms îrmi mai*» ïiron «m *nb n*a ro îibsïi n^iai 
'« a-p vnnttb "napsi — d">s»a nan a"* pa osa to» n»« nbwss 
Va (T|3fra«o^Nfi) *nab f-mo rrnaprt roa iwn -ipinî-ï "-néo an nno» 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M bits* it in^tt VHfco nruo nna ba bas* in» *iapa mbïna mab^N ^aia 
îwd 'n n«» n^Dïi ttmtt -o }m 5^5 'jimab'i ms-tca *an* ba -ina 
iab bN ù"»aîrtb ai» ba "pmti nn* iy -pan rnDin ava iwha «bu> 
bbem lab baa 'în b« aun ■nttwaa «DiBB'n ûna iNtarra -«biN aiiarm 
idn baw ie? batti i5->by» wn n* ryw* abi *p* ^isaira aim baa 

•Ibn r«3b man a>bai 

Notre cœur est attristé au sujet de ces malheureuses six femmes 
qui sont mortes dans un même moment, le samedi, deuxième jour 
de Schabouot 475 (= mai 4715), pendant la prière du matin. Alors 
qu'on finissait Yocer hammeorot, une panique se produisit dans la 
tribune des femmes, où on avait cru entendre des voix extraor- 
dinaires et un bruit formidable sur la toiture. Les femmes se mi- 
rent à fuir toutes à la fois ; elles se précipitèrent avec une telle 
violence dans le passage fort étroit de la sortie qu'elles tombèrent 
les unes sur les autres dans l'escalier sans qu'il fût possible de leur 
apporter du secours. Mais quand le calme fut rétabli, on constata 
que les âmes de six malheureuses s'étaient envolées en même temps. 
Voici leurs noms : 1° Bêla, femme de Zanvel Worms ; 2° Brainla, 
femme de Zanvel Yantoux et fille de Haïm Cohen ; 3° Kaïla, veuve, 
au service de Gœtschlik Lèvy ; 4° la veuve de Sekele Haas, fille de 
Zanvel Vantoux ; 5° la femme de Wolf, fils de Mayer, dont le nom 
était Hannela, fille de Béer Lévy, elle était enceinte et fort jeune; 
6° Guenendela, femme de Moïse Bass Cohen, qui était également 
fort jeune. Elles furent enterrées le lendemain, dimanche (Isserou 
hag) au lever de l'aurore, sur le côté du cimetière près de la clôture 
« palissades », entre deux grands arbres. Elles furent mises en- 
semble dans une même fosse, mais dans des cercueils distincts pla- 
cés l'un à côté de l'autre, après qu'on eut accompli toutes les céré- 
monies de l'ablution et de l'ensevelissement. 

Tsarphati ■ (£ = Terquem) et Carmoly 2 ont tous deux donné 
à ce douloureux événement une date erronée. Le récit qu'en a 
fait M. Brûll, dans ses Jahrbùcher fur jûdische Geschichte und 
Litteratur 3 , est, au contraire, d'une scrupuleuse exactitude. Ce 
dernier récit est fait d'après une courte brochure in-8° im- 
primée à Berlin en 1722 sous le titre de "pa^aa npbfi. Salomon 
Lipschitz, qui devint officiant à Metz l'année suivante, en 1716, 
dit que cette catastrophe doit être attribuée à la faute commise 
par l'officiant de service, qui, par la multiplicité et la lenteur 
de ses chants , allait faire retarder la récitation de Schéma 

1 Israelit. Annalen, I, p. 48 et suiv., et Archives Israélites, I, p. 27. 
* Israelit. Annalen, II, p. 96. 

3 T. II (1876, p. 161-165). M. Neubauer, dans la Bévue des Etudes juives (t. V, 
p. 148) parle également de cet événement. 



LE RABBINAT DE METZ DE 1S67 A 1871 271 

au-delà de l'heure prescrite *. C'est l'explication d'un officiant. 

Quoi qu'en disent certains auteurs, ce malheur ne fut pour rien 
dans le résultat que donna la nomination du grand rabbin. Si 
R. Aaron Worms et R. Benjamin Wolf Zmigrod ne furent point 
nommés, il faut en chercher ailleurs la cause : leur véritable tort 
était d'habiter la ville depuis longtemps, d'y avoir des amitiés et 
des alliances. Nous l'avons dit précédemment : être totalement 
étranger à la ville constituait la première condition pour pouvoir 
aspirer à la place de grand rabbin à Metz, et cette condition était 
observée depuis plus d'un siècle. Le nouvel élu fut le rabbin 
Jacob Backofen, ou Back par abréviation, plus connu sous le nom 
de Jacob Reiche ou Reicher. Ces deux noms lui venaient, celui-ci 
du lieu de sa naissance, celui-là du premier poste qu'il occupa et 
où il se fit connaître par la publication de quelques ouvrages fort 
estimés. Avant d'arriver à Metz, il fut successivement asses- 
seur à Prague, rabbin à Reicher, à Anspach et à Worms. Il arriva 
à Metz en 1716. 

Les sourdes menées de quelques amis des candidats malheu- 
reux aboutirent, en 1718, à une discussion scandaleuse qui 
eut lieu dans la synagogue, dont la cause et l'objet nous sont 
tout à fait inconnus, mais qui était un acte de rébellion contre 
l'autorité du grand rabbin. Des paroles on en vint aux invectives 
et même aux voies de fait. Le plus acharné des combattants se 
nommait Simon Trénel, et les relations amicales qui existaient 
entre lui et le rabbin Benjamin Zmigrod ont fait supposer que 
l'échec de ce rabbin fut une des causes de cette lutte. Simon Tré- 
nel fut cité devant le Conseil de la Communauté, mais il refusa de 
comparaître, et, après qu'on eut épuisé tous les moyens de conci- 
liation, il fut condamné à une amende de cinq cents livres pour 
refus de comparution et à cinq cents livres pour chaque jour de 
retard. Cette amende forma bientôt une somme considérable et 
bien supérieure à la fortune de S. Trénel; on allait saisir ses biens, 
l'excommunier et peut-être le faire expulser de la ville et de 
tout le pays messin, lorsque sa femme se rendit en toute hâte à 
Paris, se jeta aux pieds du régent et implora sa protection. Son 
Altesse fit recommander à cette femme d'engager son mari à 
comparaître devant le Conseil de la Communauté, et, d'un autre 
côté, il fit écrire à l'intendant de Metz pour qu'il empêchât l'a- 
mende de dépasser la somme de quatre mille livres. Le Conseil 
limita l'amende à quinze cents livres et, pour punition des voies 
de fait et du scandale commis dans la synagogue, S. Trénel fut 

1 Teoudat Schelomo, Offenbach, 1718, p. 14, paragr. 21 et 22. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

condamné à rester une année entière à l'entrée de la synagogue 
pendant la durée des prières. Gomme il n'avait pas grande fortune, 
l'administration de la Communauté ne fit même exécuter que la 
seconde partie de la sentence. 

A part cet incident qui causa un grand chagrin à Jacob Reicher, 
le grand rabbin vécut fort tranquillement à Metz. Les deux asses- 
seurs ne lui causèrent aucun ennui et se gardèrent de lui susciter 
des difficultés. Ils étaient d'ailleurs fort âgés et, par suite, fort 
calmes. Le grand rabbin, de son côté, avait besoin de repos et de 
tranquillité ; car un an avant son arrivée à Metz, il avait été dou- 
loureusement éprouvé par la mort de son fils Simon Reicher, sur 
lequel il avait fondé de grandes espérances. Il avait une telle con- 
fiance en ce fils qu'il avait fait imprimer les gloses de ce dernier 
à côté du texte même d'un de ses propres ouvrages *. Simon Rei- 
cher avait été rabbin à Raudnitz dans le Palatinat et ensuite pré- 
dicateur à Prague où il mourut 2 , laissant un fils, Néhémie, qui fut 
élevé chez son grand-père et qui devint plus tard assesseur à Metz 
et grand rabbin de toute la Lorraine 3 . 

Jacob Reicher laissa des travaux très nombreux et estimés sur 
la casuistique juive; quelques-uns d'entre eux eurent plusieurs 
éditions. Nous signalons particulièrement son npjn rràa, imprimé 
pour la première fois en 1689, à Prague ; le npjn pn, imprimé 
pour la première fois à Dessau en 1696, in-4°. Cet ouvrage fut 
même imprimé à côté du Schulhan Aruch 4 . 

Jacob Reicher mourut à Metz, le samedi après Minha, 9 Sche- 
bat 493 = février 1733, comme nous l'indique la mention suivante 



1 ww»b nb-io sur ipy* pn et np^-i nre». 

» Voir l'inscription tumulaire dans Gai Ed., n° 98, page 50 du texte hébreu et 
52 du texte allemand. 

3 Le roi Stanislas, en arrivant à Lunéville le 3 avril 1737, fut harangué par un 
rabbin venu de Metz, délégué par le grand rabbin et par les syndics de la commu- 
nauté (Voyez Aug. Digot, Eist. de Lorraine, VI, p. 193). Tout nous porte à croire 
que ce fut le rabbin Néhémie Reicher qui fit cette harangue et qui eut l'heureuse 
idée de rappeler au duc de Lorraine que, en Pologne, il s'était déclaré le protecteur 
des Israélites. Il acquit les bonnes grâces du duc et réussit plus tard à faire approuver 
par lui sa nomination comme grand rabbin de toute la Lorraine, qui avait été faite dans 
une réunion générale des Juifs Lorrains tenue à Créhange. C'était la première fois 
qu'une pareille autorisation avait été accordée en Lorraine, mais les adversaires des 
Juifs, à Nancy, atténuèrent les faveurs de Stanislas en faisant stipuler, dans les 
Lettres-Patentes confirmatives de la nomination de Nachemiez Raicher, du 29 juillet 
1737, que le rabbin continuerait à résider à Metz (voy. Durival l'aîné, Description 
de la Lorraine et du Barrois, Nancy, 1778, I, p. 160). Cette restriction ne fut appli- 
quée qu'à Néhémie Reicher ; lorsqu'il mourut, son successeur fut autorisé à résider 
à Nancy. 

* Voy. l'édit. in-fol. de Dyhrenfurt, 1743; id., 1811; Prague, 1783, 1840, 
Vienne, 1796, etc. Voir pour les autres ouvrages de R. Jacob Reicher les Diction- 
naires bibliographiques. 



LE RABB1NAT J)K METZ DE 1567 A 1871 27;; 

extraite du registre de la Confrérie : "paun wwfi ma* nbos 
imrwb nnpii nrott nnab p"œ dira nacs a^nsio ù!t-on np?ï -rnrntt 
ai"n anra "ta "n dira. Il avait exercé ses fonctions religieuses 
pendant dix-sept ans (1*7 16-1733). Grâce à ses nobles et belles 
qualités, il était parvenu à se faire aimer et estimer de tous. Son 
nom est resté populaire à Metz et il représentait le type et le 
modèle du parfait rabbin. Pendant longtemps sa famille a été 
entourée d'une grande considération, et lorsque, dix ans plus 
tard, sa veuve Yitel fut assassinée, sa mort fut un deuil public et la 
Communauté n'épargna rien pour arriver à la découverte de l'as- 
sassin. 



Lorsqu'on dut pourvoir à la nomination^du successeur de R. Ja- 
cob Reicher, la Communauté de Metz se trouva dans un grand 
embarras. Deux candidats étaient en présence, tous deux d'une 
haute valeur scientifique, tous deux appuyés de nombreux et 
dévoués partisans : R. Jacob Josua Falk, de Cracovie, et R. Jona- 
than Eibeschùtz. Dans la famille même du défunt rabbin, ces 
deux candidats avaient trouvé chacun un patrohnage puissant. 
Néhémie Reicher, le petit-fils de Jacob Reicher, était tout acquis à 
R. Jonathan Eibeschùtz, dont il avait été le disciple ; la veuve 
Yitel, au contraire, faisait la plus vive opposition à Eibeschùtz et 
le traitait de mécréant. Elle témoignait une profonde indignation 
à la seule idée de voir son pieux et excellent mari remplacé par 
un homme qu'il avait déclaré indigne du rabbinat. 

Le jour de l'élection, la veuve de Jacob Reicher se présenta dans 
la salle du Conseil et adressa aux électeurs réunis un réquisitoire 
âpre contre Eibeschùtz et les supplia de ne pas faire asseoir sur 
le siège rabbinique de son mari, celui qu'il avait toujours re- 
gardé comme le pire ennemi de la religion juive. Josua Falk fut 
nommé. 

Il était né en Pologne en 1680, et il est probablement originaire 
de Cracovie, puisqu'il porte le nom de cette ville. Il avait été rab- 
bin à Lemberg et à Berlin avant d'arriver à Metz. En 1703, le 
3 Kislew (décembre ?), étant à Lemberg, des tonneaux de poudre 
firent sauter une partie du quartier juif; un grand nombre de 
maisons s'effondrèrent et ensevelirent sous leurs décombres une 
grande partie de la population juive. Trente-six personnes envi- 

T. VIII, N° 16. 18 



274 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ron y périrent parmi lesquelles, une fille, la femme et la belle- 
more de Jacob Falk, ainsi que le père de cette dernière. Lui-même 
se trouva sous les décombres et n'échappa que par miracle à la 
mort qui le menaçait. Il fit alors le vœu de s'adonner entièrement 
à l'étude et de prend re pour modèle son aïeul maternel R. Josua, 
ancien grand-rabbin de Cracovie, auteur du rrabro ^"ate. Il est 
l'auteur d'un ouvrage de casuistique des plus estimés, le 13s 
snâiPh. La deuxième partie de cet ouvrage fut imprimée avant la 
première pendant que Falk occupait le poste rabbi nique de Metz *. 
C'est dans la préface de cette deuxième partie que nous avons 
puisé les renseignements sur les malheurs survenus à Lemberg et 
dans sa famille. La première partie ne fut imprimée que treize 
ans plus tard 2 , et les deux autres ne virent le jour que longtemps 
après la mort de l'auteur. Lorsqu'au printemps 1*739 la veuve de 
Jacob Reicher mourut assassinée, Falk craignit, non sans raison, 
peut être, que les partisans de R. Jonathan Eibeschùtz, son con- 
current malheureux, ne lui créassent des diificultés. Il redouta 
les embarras et les difficultés qu'il sentait tout près de surgir et 
il s'empressa d'accepter le rabbinat de Francfort qui lui était 
offert. 

Azoulaï dit dans son û^-HJUn dU5, que Falk se rendit à Francfort 
en 501 [= 1740-41) et ajoute qu'il eut le bonheur de voir dans cette 
ville le célèbre rabbin et que celui-ci lui fit cadeau de la partie du 
Pené Yeschoua sur uoëd. Il nous dit enfin que Falk mourut en 
516 (= 1756) sans pouvoir accomplir le vœu qu'il avait fait de se 
rendre dans la Terre-Sainte et qu'il a exprimé dans le titre même 
de la première partie de son ouvrage imprimé en 1752. 

Il fut aussi un des plus ardents adversaires de Jonathan Eibes- 
chùtz lorsque commença contre lui la lutte célèbre entreprise par 
Jacob Emden et qui dura plus de six ans. 

Ab. Gahen. 

{A suivre.) 



Amsterdam, 1739, in-fol. 
Francfort-sur-Mein, 1752, in-fol. 



NOTES ET MÉLANGES 



LA MONTAGNE DE FER 



L'historien Josèphe parle dans le Bellum Judaicum,, IV, 8, 2, 
d'une montagne surnommée Montagne de fer (^poûv xaXoûjAevov 
ôpoç). Elle est située dans la région stérile et inculte qui s'étend 
à l'est de la mer Morte jusqu'au pays de Moab. Reland (Pa- 
lœstina, p. 343) nomme seulement le mons ferreus, en citant le 
passage de Josèphe. Seetzen, Buckingham et Burckhardt (Ritter, 
Erdhunde, XV, p. 567, 1120 et 1204) l'identifient avec une mon- 
tagne d'une couleur foncée, presque noire, que ces trois voya- 
geurs ont aperçue dans cette contrée. Les recherches de Robinson 
[Bïbl. Researches, 1, p. 512) et d'autres voyageurs ont démontré 
que les régions de la mer Morte ne renferment pas de fer, et que 
la montagne ne peut avoir emprunté son nom qu'à l'illusion que 
produit son aspect extérieur. 

Le nom que lui donne Josèphe est bien celui que les Juifs lui 
appliquaient. Dans la Mischnâh, Traité de Siiccâh (III, § 1) on 
parle des palmiers rabougris du « Mont de fer » (bnatt ^lirr ^st) 
que les docteurs considèrent comme propres à l'usage rituel pen- 
dant la fête des Tabernacles *. On retrouve le même nom dans le 
Targoum du Pseudo-Jonathan sur Nombres, xxxiv, 3-4. Le pas- 
sage mérite d'être mis dans son entier sous les yeux du. lecteur. Il 
est ainsi conçu : «bnei ama «3*1 arnica \i2 ftwm ûinn f-ob "nm 
Sp^i : artnito N*nbtti k^ *wq }» ''fcWi ûinn "Wi û"Hn "vainn bj> 

1 Ce paragraphe est cité dans Eroubin, 19 a, fort mal à propos. On serait tenté 
d'y passer immédiatement au deuxième JOÏf *lïl ; mais M. Rabbinovicz ne donne 
aucune variante, et, d'autre part, aucune glose ne fait observer ce qu'il y a de bizarre 
dans cette citation. 



276 REVUE DES ETUDES JUIVES 

«brie iita wtà iwn nmpjn arrppofcb foa'nn 1» r^tt-inn *jisb 
navn n^in rr^-pûb pis^i «*rjtt top-ib r^m v^ "napea fwm 
'■Di oib^b ûO">ptt ï^ttinn tpp'n :toD^pb. « Votre frontière sud par- 
tira du désert des palmiers maigres de la Montagne de fer », le 
long des frontières de l'Idumée, et la frontière sud partira (donc) 
des extrémités de la mer Salée à l'est, et la frontière fera un tour 
au sud de la montée d'Akrabîm, passera aux palmiers de la Mon- 
tagne de fer et aboutira au sud de Rekem Ga *ya 2 pour sortir au 
château des Adorées et passer à Kêsam. La frontière tournera 
de Kêsam vers le Nil . . . » La description des frontières continue 
ainsi vers l'ouest, remonte ensuite au nord, et se termine à l'est 
(ibid., verset 11) « au désert des palmiers de la Montagne de fer ». 
Dans la seconde recension du Targoum, le désert des •■nra "^s 
Nbns est remplacé la première fois par « le désert de Rekem » 
(ûpn &nm») f mais dans le passage suivant la Montagne de fer se 
rencontre également dans J IL Le désert de Rekem répond ce- 
pendant plutôt à midbar Kâdêsch. Dans le même verset, il faut 
certainement changer •wient ■pi-pB'inn en •wami "pm^-inn. 

Les'deux recensions de ce Targoum sur les versets 3 et suivants 
mériteraient d'être bien examinées sous le rapport de la géogra- 
phie de la Palestine. J'ai déjà fait observer ailleurs, qu'on y ren- 
contre peut-être un souvenir de la famille de Sœmus, roi d'Emèse 
et tétrarque du Liban (Josèphe, Antiq Juives, xx, 8, 4) dans les 
mots 503?î *di (lis. -nrrob) iwsb pour n?an ainb. 

J. Derenbourg. 



1 Egalement Nomb., XXXIII, 36. En dehors de l'itinéraire et de la limitation des 
frontières, on lit seulement « désert de Sin Cpitl) » . 

* L'orthographe varie ; on trouve fc^3tt, W*5 et &T&0. La dernière leçon est celle 
du syriaque (fcOiOl dp")). Le mot doit rendre le 3^-D du texte hébreu, nom propre 
qu'on peut comparer avec 3H13 et J'UJHD parmi les rois de la Pentapole, mais qui 
n'en reste pas moins obscur. On pourrait être tenté de traduire « le Rekem de la 
Vallée », par opposition avec le « Rekem du Rocher » = N^fn Ûp*1 (cf. Neubauer, 
Géographie, p. 20 et 21). Plus tard, on nomma la première de ces deux villes Dpi 
et la seconde l^n, bien qu'Eusèbe, Onomasticon, identifie partout Rekem avec 
Petra. La Mischnâh (Gittin, chap. i, § 1) parle d'un acte de divorce apporté de 
Rekem ou de Hagar (^ntl "p3"l dp*1tt ^tt). Les deux localités sont aussi nommées 
par Onkelos sur Genèse, xvi, 14. 



NOTES ET MELANGES 277 



NOTE SUR LES MOTS WttVT) >pHïïp 



Dans le traité de Sanhédrin 74 &, Raba dit que les Israélites, 
s'ils y sont contraints par la force, peuvent prêter leur concours à 
l'accomplissement d'actes défendus par la religion juive, à con- 
dition que l'intention de leurs oppresseurs soit, non de les dé- 
tourner de la foi de leurs pères, mais uniquement d'utiliser leurs 
services 1 , « car, ajoute ce docteur, s'il était défendu aux Israélites 
de prêter ce concours . . . inb jpîïv "fc^ii ^p"0 w^n iptsnpp W >; 
Avant de chercher à expliquer ces termes obscurs, nous ferons 
remarquer que le ms. du Talmud de Munich porte après inb le mot 
ami. Ce mot ne se trouve ni dans nos éditions, ni dans les autres 
manuscrits que M. Rabbinowicz a examinés ; mais le simple bon 
sens indique qu'il devait s'y trouver à l'origine, car il est plus 
naturel que des copistes fassent des omissions que des additions. 
Du reste, le mot amsb se trouve dans un ms. d'Alfasi, et Luria l'a 
vu également dans quelques éditions du Talmud -. 

Pour l'expression ^p&mp, nous trouvons dans le ms. de Carls- 
ruhe la variante "ynp. Le mot ^swi est écrit ^pairn dans le ms. 
de Munich, et ip-onm dans le ms. de Carlsruhe. La première édi- 
tion (d'avant 1480) de YAruhh porte ip^ttïi, du moins, M. Rabbi- 
nowicz dit que le mot doit être lu de cette façon. Les éditions 
postérieures de YAruhh donnent ipaitt'n. 

Tous les commentateurs expliquent ce passage de Sanhédrin 
en disant que les Israélites de la Perse étaient contraints de four- 
nir aux autres croyants de ce pays des réchauds pour chauffer 
leurs temples. Cette explication est certainement contraire à la 
version du ms. de Munich ; mais de ce que le mot am3 a été omis 
plus tard ou a été changé en arnsb, il faut conclure que les co- 
pistes avaient compris ce passage comme les commentateurs. 

On a voulu trouver dans les mots ^awm •'p&mp des termes 
gréco-latins 3 . Cette étymologie paraît fausse, car il est difficile 
d'admettre que les Juifs de la Babylonie se soient servis de mots 
étrangers aussi obscurs que ceux que suppose Sachs. Du reste, 
tous les commentateurs, en expliquant ce passage, ont pensé 
aux Guèbres qui employaient le feu pour l'accomplissement de 

1 ^&W3 IttK* nfitttt. 

» Dans son ouvrage ïrabttî DWSft. 

3 Sachs, Beitragc, I, p. 99. 



278 HKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leurs rites. Le Arukh, s. v. ^pip, reproduit un passage de Git- 
tin 17 <7, où il est dit que les Guèbres prenaient aux Juifs leurs 
lumières, c'est-à-dire éteignaient les lumières dans les maisons 
juives à certains jours de l'année pendant lesquels leur religion 
défendait d'avoir du feu chez eux. Nous savons, d'autre part, que 
les Guèbres considéraient comme impur tout feu allumé par 
d'autres qu'eux et, par conséquent, ne pouvaient pas s'en servir 
pour leur culte. 

L'explication de YAruhh se trouve presque en entier dans les 
Schêeltot de Rab Ahaï, à la fin du chapitre xlii. Si cette explica- 
tion est réellement de Rab Ahaï, nous devons l'admettre, quelque 
difficulté qu'elle soulève, car l'auteur des Scheéltot a connu les 
Guèbres ou par lui-même ou par des informations sûres. Mais il 
suffit d'examiner rapidement la langue dans laquelle ce passage 
des Schêeltot est écrit et l'endroit où il se trouve pour se con- 
vaincre qu'il n'est pas de Rab Ahaï, mais d'un éditeur ou d'un 
copiste glossateur. Voici les raisons qui me le font supposer : 

1° Ce passage se trouve après la formule par laquelle Rab Ahaï 
a l'habitude de clore chaque chapitre, et il n'est rattaché à ce 
qui précède que par le mot wrrô, fait qui ne se présente plus dans 
tout l'ouvrage ; 

2° Tout le passage est écrit en langue hébraïque, tandis que 
le reste du livre est rédigé en chaldéen ; 

3° La façon dont il y est parlé des Guèbres indique, non un 
contemporain de cette secte religieuse, mais un historien posté- 
rieur, et, de fait, ce passage parle de l'empire des Perses comme 
de quelque chose qui est déjà disparu. Ainsi il y est dit : msbttaï 
...m-flii na ■pas»! banii^ tû bss ù-nmtt li-nrc trnnn ni û^o^b 
vn abi f'9 kito ïïibro Tian msb fma 'p^b'wai û^bmin na 'pmm 
'3i uî fipattîib •p'ntta Npn i'5 nb^bn p^b™ d^bm abn rca ab tnnm. 
« En Perse, les Guèbres allaient à la ronde dans toutes les mai- 
sons israélites, y éteignaient les lumières, enlevaient les charbons 
et les portaient au temple du feu. Us ne permettaient pas de 
porter la nuit ni feu ni charbon, comme il est dit dans le chapitre 
Hamébi G et... » 

On remarquera, du reste, combien cette explication est forcée. 
Du moment que les Guèbres ravissaient le feu, quel acte impie 
commettaient donc les Israélites pour que le Talmud leur pres- 
crivît de se laisser tuer plutôt que d'accomplir cet acte bsn tq^ 
j^ï-p ? Et comment le Talmud peut-il parler de la défense, pour 
les Israélites, de donner du feu, iï-ib pW, dans le cas en ques- 
tion où les Guèbres le volaient ? 

4° Enfin, une dernière preuve que cette explication ne peut 



NOTES ET MELANGES 279 

pas être attribuée à Rab Ahaï nous est fournie par les mots apn 13 
m N*otom 'p'nEN, « comme nous lisons dans le chapitre qui 
commence par les mots m fcoattrs ». Car les Scheêltot ne renvoient 
jamais au chapitre du Talmud qu'ils citent, mais seulement au 
traité. 

Maintenant que nous avons prouvé que l'autorité de Rab Ahaï 
ne peut pas être invoquée à l'appui de l'explication que les com- 
mentateurs donnent du passage de . Sanhédrin , nous pouvons 
essayer de trouver le sens des mots, •vp^w^n ^pNTip. 

Le mot ^p^ttii ou ip^wr ressemble fort au mot Dominica ; or, 
dies dominica signifie dimanche et, œdes dominica signifie église. 
La variante de ^p^p montre que le mot *>pNTip ou "ypvip de notre 
texte doit être changé en "»p&mp. Nous supposons que c'est le 
mot ipamp ou ^lïip., Kupidx-n, qui est l'équivalent grec du mot 
dominica et, comme lui, signifie le jour du dimanche, ou bien 
Y œdes dominica, X église (v. Sophocles, Greeh leoc. ofthe Roman 
and Bizantine periods,s. p. Kupiàxoç, Du Cange, Lat., s. v. Domi- 
nica, etc.). Nous savons qu'à l'époque de Raba il existait en Perse 
de nombreuses communautés chrétiennes. Ces communautés qui 
attaquaient avec violence les croyances des Perses et avaient 
même détruit un nyracum, turent persécutées sous les règnes de 
Cosroès et de Sapor. Il est donc probable que ces chrétiens, qui 
observaient le repos du dimanche aussi strictement que les Juifs 
observaient celui du Sabbat, se seront adressés aux Israélites 
pour leur demander le service de leur « apporter des réchauds », 
c'est-à-dire de chauffer leurs temples, le dimanche. Le passage 
de Sanhédrin devra donc être lu ainsi : ■vp^'aim ^^jp ?Mn 
ntû iï-ïb JgpaïTa !£$i et signifie : « Comment aurions-nous le droit 
de fournir du feu pour les églises? » L'église est désignée par son 
nom grec et latin parce qu'il y avait en Perse des prêtres d'ori- 
gine latine qui l'appelaient dominica et des prêtres grecs qui 
l'appelaient Kuptcûoi ». Nous pouvons même supposer que les chré- 
tiens rendaient un service analogue aux Israélites en chauffant 
les synagogues pendant le jour du Sabbat. En tout cas, il nous a 
paru intéressant de faire ressortir ce fait qu'il a existé en Perse 
des Juifs chargés d'allumer du feu, le dimanche, dans des églises 
chrétiennes. 

M. Jastrow. 



1 Voir Saint-Augustin, Epist. 119, c. XIII, sermo 251 de Tempor* 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 



BONJUSAS BONDAYIN 



Dans un ouvrage l analysé par la Revue, tome VII, p. 292, 
M. le D r Barthélémy donne la liste des médecins juifs de Mar- 
seille au xiv e et au xv e siècle. Parmi eux figure Bonjusas Bonda- 
vin, qui alla demeurer, en 1390, à Alghero, en Sardaigne. Nous 
croyons retrouver ce personnage dans une consultation du cé- 
lèbre rabbin Isaac ben Chéchet Barfat, vulgairement appelé Ri- 
basch. 

Cette consultation, la 171° du Recueil, porte l'adresse suivante : 
Y-p iVTSia ïi'mM'n •naiB'wa ûsnb -pbNp. Ce rabbin, maître Bonju- 
des Bondavi, appelé aussi, dans le corps de la lettre, du nom 
hébreu de Juda bar David et domicilié à Cagliari, est-il le même 
que notre médecin Bonjusas Bondavin? Probablement. 

Ce qui prouve d'abord que le destinataire de la lettre de 
Ribasch est un médecin et un médecin distingué, ce sont di- 
vers passages de cette lettre et déjà les compliments rimes du 
début : ... tr^ai p72^3 nib uni, que nous traduisons comme 
suit : 

« Si tu as passé la nuit dans la vallée des médecins 2 et si tu 
t'occupes de la santé des créatures. . ., néanmoins tu tiens ferme- 
ment à l'alliance et à la Thora... Ton pouvoir est grand Ta main 
gauche écarte la douleur et la violence des maladies, tandis que 
ta main droite rapproche le rabbinat qu'elle aime... Celui qui te 
trouve, trouve la vie. Tu le fais vivre doublement. Son corps, tu 
l'empêches de descendre au tombeau, et son âme voit la lumière 
au-dessus du ciel, sept fois aussi brillante que la lumière du 
soleil. » 

D'un autre côté, maître Boniudes dans la lettre qu'il avait adres- 
sée à Ribasch et que celui-ci a reproduite dans sa réponse, parle 
des portefaix juifs de Marseille, preuve qu'il était bien originaire 
de cette ville. 

Ribasch paraît l'avoir connu personnellement. En voyant ta 
lettre, lui dit-il, je croyais voir l'éclat de ta face et la lumière de 
tes traits : ^naijan nmn "ps n*7tt mans srrron. Où cette connais- 
sance a-t-elle pu se faire, si elle a eu réellement lieu? Je ne sache 



1 Les médecins à Marseille avant et pendant le moyen-âge. 
■ Jeu de mot sur le mot hébreu Û'WD'l. 



NOTES ET MELANGES 281 

pas que Ribasch ait jamais voyagé hors de l'Espagne avant sa 
fuite en Afrique. Il est plus probable que Bonjusas, pour se 
rendre en Sardaigne, qui appartenait alors à la couronne d'Ara- 
gon, alla s'embarquer à Barcelone, ou peut-être même à Valence. 
Ribasch, originaire de la première de ces villes, où il pouvait se 
trouver de passage, rabbin de la seconde 1 ,a pu fort bien con- 
naître, dans l'une ou l'autre, un étranger de marque qu'il prit en 
grande estime et qu'il appela même plus tard son égal : idi^n 

Bonjusas n'était pas seulement un habile médecin, mais encore 
un savant talmudiste. La communauté de Cagliari le choisit pour 
son rabbin. Le roi confirma sa nomination et étendit sa juridic- 
tion sur tous les israélites de la Sardaigne. Seul, dans toute l'île, 
il était muni d'une institution rabbinique régulière : 3HT 1 iina 13 
aima n&o^-n "nw»»» wan wi» ^hn m Nba ^Nn nan *pNiu 
okî-î pnt bnn y*ù iDna ■jbttin nrrobapi rras m '■pou. 

Ces fonctions officielles lui valurent une grande considération ; 
et c'est probablement pour cela qu'il eut l'honneur, comme 
d'autres hauts dignitaires, de faire partie de l'entourage du roi 
de Sicile pendant tout le temps que ce prince séjourna à Ca- 
gliari. 

A quelle époque Bonjusas, qui avait quitté Marseille pour aller 
à Alghero, se fixa-t-il à Cagliari? Il est impossible de le dire. 
Mais il est du moins aisé de déterminer en quelle année il écrivit 
à Ribasch la lettre qui fournit de si intéressants renseignements 
sur son compte. Cette lettre s'occupe de la violation d'un règle- 
ment établi par la communauté. Elle nous apprend que cette vio- 
lation fut commise à l'occasion des fêtes célébrées en présence 
d'un roi de Sicile, qui passa plusieurs jours à Cagliari. C'est ce 
voyage royal qui nous permettra de trouver la date que nous 
cherchons. A une époque qui se rapporte au séjour de Bonjusas 
en Sardaigne, et dans un court laps de temps, deux rois de Sicile 
visitèrent cette île : Martin I le Jeune, qui s'y trouva en 1408 et 

1 M. Graetz [Geschichte der Juden, VIII, p. 32), assure que Ribasch exerça, en der- 
nier lieu avant sa fuite, par conséquent en 1390, les fonctions de rabbin à Tortose. 
Il existe en effet à la bibliothèque de Leyde une consultation manuscrite correspon- 
dant au n° 268 des Consultations imprimées de Ribasch, et dans laquelle on lit ces 
mots : ÏIDIUIu) ÏTV^Ïl TQ^rû "ON \7l. Mais Ribasch De mentionne nulle part 
ailleurs Tortose parmi les communautés où il a résidé. Dans le n° 127 il les énumère 
toutes et Tortose n'est pas comprise dans le nombre : Z"l*!fàlp73 b'DÎ l^fïD *p1 
Ï1D dm fcT&sbn Îltt0"lpn0 iTWlbst-D Û!"D \n^m2. La dernière résidence, 



in- 



diquée par le mot Ï"ÎD et postérieure à Valence, ne peut pas être Tortose, car la 
consultation dont il s*agit renferme des documents datés de 1399 et 1400, et à cette 
époque Ribasch était depuis longtemps à Alger. Il est probable que dans le ms. de 
Leyde il faut lire !-JL30^p*"!0 au lieu de îlôltt-m. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1409, Martin II le Vieux, qui y vint en 1410. Dans la lettre de 
Bonjusas, il n'est probablement pas question de ce dernier, car 
il régnait sur r Aragon aussi bien que sur la Sicile, et un rabbin 
de la Sardaigne, pays qui relevait alors de l'Aragon, se serait 
sans aucun doute servi de ce titre de roi d'Aragon, le principal et 
le plus compréhensif. C'est, du reste, ce que fit un correspondant du 
rabbin Simon Duran dans une occasion pareille (Voyez Tasclïbez, 
III. 9). Martin I, au contraire, était uniquement roi de Sicile. 
Lorsqu'il alla en Sardaigne, ce fut afin de réprimer une révolte 
pour le compte de son père, le roi d'Aragon. Il est fort probable 
que c'est de lui qu'il s'agit ici, et sans beaucoup s'aventurer, on 
peut affirmer que la lettre est de 1408 ou 1409. 

Voilà les détails que la consultation de Ribasch nous donne sur 
le médecin Bonjusas Bondavin. L'époque de sa mort est inconnue. 
Néanmoins, il semble résulter de la consultation de Simon Duran, 
citée plus haut, qu'il ne vivait plus ou tout au moins n'habitait 
plus la Sardaigne en 1425. En effet, durant cette année et la sui- 
vante, la communauté d'Alghero, où il s'était établi en arrivant 
dans l'île, fut troublée par la rivalité de deux juifs qui voulaient 
épouser la même jeune fille. Cette querelle donna naissance à une 
question de droit religieux qui fut soumise, par ordre du roi 
d'Aragon, aux autorités rabbiniques les plus renommées du de- 
hors. Or, si Bonjusas avait encore occupé ses fonctions de chef 
religieux de la Sardaigne, nul doute que cette affaire lui eût été 
dévolue avant de passer entre les mains de rabbins étrangers. 

Si la date attribuée à la lettre adressée par Bonjusas à Ribasch 
est exacte, elle peut servir à élucider un point obscur de la bio- 
graphie de ce dernier. Il règne, en effet, une grande incertitude sur 
l'année de la mort de ce célèbre rabbin. M. Graetz dit qu'il mou- 
rut vers 1406 *. Cette date est celle que porte un acte cité dans 
la consultation n° 170. Mais un document découvert il y a peu 
d'années est en contradiction avec cette conjecture. Une inscrip- 
tion hébraïque composée par un rabbin Abba Mari Ibn Kaspi pour 
la tombe de Ribasch et gravée actuellement sur le monument mo- 
derne de celui-ci aux portes d'Alger, indique qu'il est mort en 
168 de la création, c'est-à-dire en 1408 de l'ère vulgaire 2 . Nous en 
avons trouvé une copie dans un recueil ms. d'élégies pour le 9 ab. 
Mais la date fournie par cette inscription, qui a probablement été 
rédigée longtemps après la mort de Ribasch, ne nous paraît pas 



1 Graetz, Oreschichte der Juden, VIII, p. 31. 

2 Voir le texte de cette inscription dans Monatsschrift , 1882, p. 86 et 1883, n° 3, 
et Revue, VI, p. 305. 



NOTES ET MELANGES 283 

plus que celle de Grsetz absolument incontestable. Nous avons 
déjà établi que la lettre de Bonjusas à Ribasch est de 1408 ou 
1409. Il s'agit maintenant d en déterminer la date d'une manière 
plus précise. Martin I débarqua enSardaigne en octobre 1408 l . 
D'après la lettre elle-même, il se trouvait à Cagïiari pendant les 
fêtes des Calendes N'^bp rmn nujbtt wa. Ces fêtes des Calendes 
ou des Fous se célébraient pendant l'octave des Innocents. Les 
Juifs de la ville assistèrent, en spectateurs, à des jeux de dés 
uriian 2 qui eurent lieu, à cette occasion, dans le palais du roi, et 
l'un d'eux fut invité à prendre part à ce divertissement le ven- 
dredi compris dans la période des fêtes ï-ûttîn uy mia jr\y D"pa. 
Ce vendredi-là était le 28 décembre. La violation du règlement 
dont il est question plus haut et au sujet de laquelle Bonjusas 
écrivit à Ribasch, fut commise dans le courant de la semaine sui- 
vante. La réponse de Ribasch est datée de irraaln ^s bitt ba wid 
TTifir, autrement dit de ^mbrrn nuns, qui se lit ordinairement 
vers le mois de juin. Il résulte de là que l'auteur de l'inscription 
avec sa date npb ^ se trompe au moins d'une année et que 
Ribasch vivait encore en 1409 ou plus exactement au mois de 
sivan 5169 3 . 

Alger, février 1884. 

ISAAC BLOCH. 



UN MANUSCRIT HÉBREU DE LA BIBLIOTHÈQUE DE YESOUL 



La bibliothèque de la ville de Vesoul possède quelques manus- 
crits orientaux qu'un savant qui a été attaché à l'expédition 
d Egypte sous la première République, M. Beauchamp, a rap- 
portés à sa ville natale du pays des Pharaons. 

Parmi ces manuscrits j'ai trouvé la traduction hébraïque du 
Guide des égarés de Maïmonide, traduction due à Samuel Ibn- 
Tibbon. 

1 Modesto Lafuente, Historia de Espagna, IV, p. 242. 

2 Dans, en catalan, langue importée dans certaines parties de la Sardaigne par 
les conquérants espagnols. 

3 La semaine de Behaalotekha de 5169 s'étend du 12 au 18 sivan ou du 26 mai au 
1 er juillet 1409. 



_> i REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le manuscrit, d'une magnifique écriture, est un grand in-4° de 
305 pages de texte et de deux pages blanches, l'une au commen- 
cement, l'autre à la fin du volume. 

Le titre est séparé de l'ouvrage. Il se compose de quatre pages 
dont trois blanches. Sur la quatrième page se trouvent écrits en 
caractères orientaux le titre de l'ouvrage et le nom de l'auteur : 

Au dessous de ce titre il y a une ligne écrite en caractères 
d'origine allemande et que je crois pouvoir lire comme suit : 

/ 

.b w ÉPYîb îi"n b"T b&rm n"nti p "prie* 

La lecture du dernier mot, chargé d'un paraphe, est dou- 
teuse. Faut-il l'expliquer comme suit : b« li-psir-p w ûbiJbn n*b ? 
En travers et plus bas se trouvent des mots artificiels ou des 
lettres (iwv pnran, etc.) comme en ont la plupart des titres des 
ms^. hébreux et que les copistes avaient l'habitude d'y écrire pour 
essayer leur plume. 

Le ms. renferme la préface du traducteur et la table des ma- 
tières. 

Vesoul, mai 1884. 

ISAÀC LÉVY. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

1 er ET 2 e TRIMESTRES 1884. 



bKItt)'* *pN '0 Novelles et homélies sur la Bible et le Talmud, par Israël 
Lifkin Salanter ; avec fma toN Consultations rabbiniques, homélies et 
notes sur Nazir, par Senior Salman Goldingen. Varsovie, impr. Isaac 
Goldmann, 5643 (1883-4), in-4° de 98 p. 

tPHiVE "ÙltN Abne hamiluim (Fassungssteine), eine Ergânzung betreffs der 
Reform des jùd. Ritualgesetzes in der vom Verfasser dièses erschienenen 
Schrift tefilla le mosché miccoucy, von M.-L. Rodkinssohn. Berlin (chez 
l'auteur), in-8° de (4)-50 p. 

Cet opuscule est le premier de six ouvrages ou brochures que l'auteur 
se propose de publier sur la réforme de la loi rituelle. Ce premier opuscule 
s'appelle Eben-Haroscha, et pour ceux qui pourraient être impatients de 
voir les cinq suivants, M. R. a eu la bonté d'en donner dès à présent le 
titre et une analyse. 

^iSfclNtt Dictionnaire renfermant l'explication en russe et en allemand de 
tous les mots qui se trouvent dans la Bible et la Mischna, et de leurs 
dérivés dans le Talmud, les Midraschim, les pioutim, les écrits rabbi- 
niques; plus l'explication des noms propres qui se trouvent dans la Bible, 
par Samuel Josef Finn. Premier fascicule ; Varsovie, impr. Alexandre 
Hins, in-8° de 80 p. 

Ce fascicule va de la lettre N au mot 2"^. L'ouvrage pourra rendre des 
services en Russie, où le public ne possède guère de dictionnaires rédigés 
avec méthode et dans un esprit scientifique. 

bH^^ yiS '0 Description de la Palestine, nature du sol, mers, cours 
d'eau, montagnes, vallées, climat, flore et faune, villes et villages, par 
Eliézer ben Juda. Jérusalem, impr. Joël Moïse Salomon, in- 8* de (6)- 
76 fi. 

Ce petit livre, destiné probablement aux émigrants russes et roumains 
venus récemment en Palestine, est assez intelligemment distribué. Il con- 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tient, entre autres, des tables des vents, de la pluie, puisées à différentes 
sources. 

Vn'IO-O PUIS y-ISS Observations sur la persécution des Israélites en 
Russie et sur l'inanité des moyens qui ont été proposés pour remédier 
aux souffrances des Israélites russes, par Moïse b. Jacob Abraham 
Eismann. Varsovie, impr. Alexandre Hins, 1883, in-8° de 135-(1) p. 

L'auteur est un zélote, il ne veut pas que les Israélites russes émigrent 
en Amérique, où ils oublieront les pratiques religieuses, il préfère qu'ils 
aillent en Palestine, où il n'y a ni terre, ni eau, ni routes, où règne la 
misère. Le livre est dédié à M. Oliphant. 

&ÏTDN nsia Commentar zu den Sprùchen Salomonis von R. Abraham 
Aben Ezra (.100-1 175) zum ersten Maie nach einer alten, in meinem 
Besitze befindlichen Handschrift herausgegeben von Chaim M. Horowitz. 
Francfort s. M., impr. M. Slobotzky, in-8 1 ' de vin-48 p. 

M. Horowitz est un travailleur fécond. Dans le courant de quelques 
années il a publié cinq recueils en hébreu, qui renferment des pièces 
intéressantes tant pour la littérature midraschique que pour la littérature 
halakhique, tirées des manuscrits des bibliothèques italiennes.. Il prépare 
l'édition critiques du liT^N W fcttn, du W^N 'Tl *piS et de 
la rédaction d'Aboth de R. Nathan d'après la rédaction française. Tout 
est prêt excepté l'argent. Le trouvera-t-il jamais ? On fait si peu pour la 
littérature rabbinique. Pour la publication présente, il a commis une faute 
involontaire ; ce commentaire qui n'est nullement d'Abraham ibn Ezra, a 
été publié par M. Driver en 1880 (Clarendon Press d'Oxford) d'après le 
manuscrit acquis par la bibliothèque Bodléienne de feu M. Soave, de Venise 
(voir la Revue). Les deux manuscrits ont évidemment été copiés sur une 
seule et même source. A quoi servent les bibliographies si les spécialistes 
mêmes ne les lisent pas ? — A. N. 

nttfcn ÛlblD vi m -|£>q Sur la mission des rabbins en Russie et l'utilité d'y 
former un bon corps rabbinique, par Jacob Lévi Lipschùtz, de Kowno. 
Varsovie, impr. Alexandre Hins, in-8° de 62 p. 

nb\P2 n30fa itiîYTft Novelles sur le traité talmudique de Megilla attribuées 
à R. Nissim [Girundi] et éditées d'après un manuscrit par Isaac Hirs- 
chensohn. Jérusalem, impr. Isak Hirschensohn, in-8° de 13 ff. 

LÛSti5to "ip^b Kritischer Ueberblick a) ùber den Judenspiegelprozess in 
Munster (10. December 1883) ; b) Verhandlung der Berliner Reprâsen- 
tanten der jûd. Gemeinde wegen Erbbegrâbnisspetition auf jùdischem 
Friedhof von einem Mischeheling, Ehemann einer Judin (23. Dezember 
1883), von M.L. Rodkinsohn. Berlin, impr. Lowy et Alkalay à Presbourg, 
in-8° de 52 p. 

i-ï?"ll2^n ib 'o Novelles sur le Talmud, la Bible, Moïse Maïmonide, le 
Schulhan-Arukh, le Pérek Schira, la baggada de Pâque, par Josué Lévi. 
Jérusalem, impr. Samuel Lévi Zuckermann, 1883; in-4° de 132 ff. 

Nous ne pensons pas que ce livre contribue beaucoup au progrès de la 
science, mais l'auteur demeure à Lisbonne, et son ouvrage est peut-être le 
premier ouvrage rabbinique qui ait été écrit dans le Portugal depuis l'ex- 
pulsion des Juifs de ce pays en 1496. 

dlpïl y-i&n >Dft Reisebeschreibung im Orient, par E. Deunard. Presbourg, 
impr. Lôwy et Alkalay, 1883, in-8° de 83 p. 

L'auteur a voyagé sur la côte méditerranéenne depuis Alexandrie jus- 



BIBLIOGRAPHIE 287 

qu'à Smyrne; il n'a donc pas été dans des régions absolument inexplorées 
et ce qu'il nous rapporte sur les pays qu'il a vus n'est pas bien nouveau 
ni bien intéressant Ses renseignements, en général, manquent de précision 
et sont remplacés par des déclamations, les chiffres qu'il donne sur la 
population juive de certaines villes paraissent souvent très exagérés. 

ÎTlïîllp?! yi$h 20to!"ï '0 Reise nach dem heiligen Lande unternommen im 
Jahre 5642, œkonomisck und charakteristich beleuchtet nebst kritischen 
Gesichtspunkten, etc. von Jacob Bachrach. Varsovie, libr. Jacob Sa- 
pirstein, in-8° de 123 p. 

Notes de voyage qui ne présentent pas un très grand intérêt, mais où 
l'on peut trouver quelques renseignements sur les personnes de quelque 
importance parmi les Israélites de la Palestine et sur les institutions 
israélites de ce pays. 

mitfaîl '0 de Maïmonide, avec notes de Moïse b. Nahman (Ramban), 
explications extraites des ouvrages d'Isaac de Léon, Arié Lob. Zitel 
Horwitz, Abraham Alegre, Hanania Gazés, Abrah. b. David, Josef Caro, 
Juda Rozanès, Zohar harakia de Raschbaç et Magen hahokma de Noah 
Hayyim Cebi. Varsovie, impr. Isaac Goldmann, 1883, 2 vol. in-f° de 
168+ 112 p. 

Û"nDlD nnsntttt nDO, par Samuel Rosenfeld, de Vitebsk (Pologne). Wilna, 
1883, m-8°. 

L'auteur a donné dans ce recueil toutes les variantes bibliques qu'on 
trouve dans les citations éparses dans les deux Talmuds, les Midraschim, 
et les traductions araméennes du soi-disant Onqelos et de Jonathan, 
citations qui ne s'accordent pas avec le texte massorétique. M. Rosenfeld, 
qui ne vit pas dans le voisinage d'une grande bibliothèque, a cependant 
fait usage des variantes rapportées par Kennicott et De Rossi Dans la 
préface l'auteur donne l'histoire de la Massorah d'après ses moyens 
restreints. Le nombre des variantes pour les différents livres bibliques 
s'élève à 1381 ; M. Ginsburg fera sans doute usage de cet ouvrage pour 
le troisième volume de sa grande édition de la Massorah. Comme il 
est très difficile de se procurer les ouvrages imprimés en Pologne, je me 
suis fait le commissionnaire de ce pauvre Rabbin, et en s'adressant au li- 
braire de la Revue, on pourra se procurer l'ouvrage moyennant quatre 
francs. — A. N. 

Û^lobiy nbfft '0 Recueil d'épitaphes de rabbins et notables israélites en- 
terrés à Varsovie, par Samuel Jewnin. Varsovie, impr. Isaac GoldmanD, 
5642 (1882-83), in-8° de 112 p. 

Quoique ce livre soit déjà un peu ancien, on nous permettra de l'an- 
noncer ici, à cause de l'intérêt du sujet. Les inscriptions sont accompagnées 
de notes biographiques. La plus ancienne des inscriptions est de 5554 
(1793-4). 

ûblUTî friy 'O Aruch completum. . . auctore Nathane filio Jechielis ; édité 
par Alexander Kohut. 4 e vol. Vienne, impr. Georg Brœg, in-4°, allant de 
p. 401 à p. 524 (fin de la lettre Ut) "et de p. 1 â p. 280 (lettre têt, yod et 
en partie haf). 

Otëïi a\25D '0 Explications sur le Talmud ; l re partie, Berakhot ; par Isaac 
Heilperin. Varsovie, impr. Josef Unterhândler, 5644-1883; in-f° de (l)-9 ff. 

Tnnb ï"ïD"i£n Observations sur les Israélites de Russie, par Abraham 
Jacob Rosenfeld. Varsovie, impr. Alex. Hins, 1883, in-8° de 184 p. 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Œuvre de rhétorique où l'on trouve, à travers d'interminables ampli- 
fications, mêlées de visions et de prophéties, quelques détails, en très petit 
nombre, sur la situation des Israélites en Russie et sur les luttes que l'au- 
teur a eu à soutenir, à ce qu'il prétend, contre le parti des zélotes. 

Û^b^Btl OHt331p Table des verbes hébreux avec explications grammaticales 
intitulées û^EÉttb Ï1DU5, par Juda Leib Lévi, et additions sous le titre de 
Û^pT Û2E3 par Mardochée Drucker. Drohobycz, impr. Zupnik et Knoller, 
in-8° de 38 p. 

Ouvrage élémentaire et très arriéré, à l'usage des écoles primaires. 

ÏYT1N "J^p '0 Notes sur divers traités talmudiques (Berakhot, Sabbat, Eru- 
bin, Taanit, Moed Katan, Menahot, Hilkhot terefot et une partie de 
Sanhédrin), par Isaac Carlin. Varsovie, impr. Schriftgiesser, 2 vol. in-4* 
de 190 + 132 p. 

Inttlp ^"l*" 1 ^ '0 Ouvrage cabbalistique de Moïse Corduero. Varsovie, impr. 
Goldmann, 1883, in-4° de 188 ff. 

L'éditeur, Baer Sn^faS^p, dit avoir publié cet ouvrage d'après un ms. 
qui serait entre les mains d'Isaïe b. Baer Berlin, de "pb^Tl. L'auteur (si 
l'attribution est exacte) a vécu à Safed au xvi e siècle. L'ouvrage est 
inédit. 

UNI 3N TUS rrûbïl Y^ ^112 inbllî Deux commentaires, l'un appelé Matté 
Naftali, l'autre Matté Hallévi, sur le chap. ggxl du Schulhan arukh Yoré 
déa, concernant le respect des parents, par Naphtali Lévy. Wien, impr. 
Georges Broeg, in-f° de 22-180 p. Belle exécution typographique. 

Les commentaires de l'auteur ne sont pas tous conçus dans un esprit 
scientifique, cependant il applique jusqu'à un certain point au texte et aux 
sources de son texte une méthode critique qui n'est pas sans valeur. L'ou- 
vrage est accompagné d'une brochure intitulée « Introduction to the work 
PlïûEïl ">51D * (allemand et anglais) par Naphthali Levy ; Londres, impr. 
Wertheimer, in-8° de 15 p. 

rnipntt rrnn "n^ttJ '0 Die Institutionen des Judenthums nach der in den 
talmudischen Quellen angegebenen geschichtlichen Reihenfolge geordnet 
und entwikelt, par Moses Bloch ; l re partie, 2 e vol. Przemysl, impr. 
Zupnik ; Brùnn, libr. Epstein, in-8° de 291 p. 

Ce second volume du savant et intéressant ouvrage de M. Bloch est 
tout entier consacré aux prières dites bénédictions, berakhot : origine de ces 
prières, prières quotidiennes, prières pour des époques déterminées, prières 
pour ce qu'on voit et entend, prières pour l'accomplissement des prescrip- 
tions religieuses, prières avant de manger, de boire, prières pour les 
jouissances de l'odorat. 

ÎTTinïl b# 0bp2N û1JHn Targum Onkelos herausgegeben und erlâutert von 
A. Berliner. Erster Theil, Text nach editio Sabionetta vom Jahre 1557 ; 
Zweiter Theil, Noten, Einleitung und Register. Berlin, Gorcelanczyk; 
Francfort-s./-M., Kauffmann ; Londres, Nutt ; 2 vol. in-8° de 242+ (5)- 
266-(l) p. 

M. le D r Berliner s'occupe depuis de longues années de l'œuvre si méri- 
toire de publier un texte critique de la célèbre traduction araméenne du 
Pentateuque appelée Targum-Oukelos. Il a pris pour base de son travail 
l'édition de Sabionetta, de 1557, et il l'a comparée avec d'autres bonnes 
éditions et avec de nombreux manuscrits. On peut dire en toute confiance 
qu'un travail accompli par un savant aussi consciencieux présente les 



BIBLIOGRAPHIE 289 

plus grandes garanties scientifiques. Les 70 premières pages du second 
volume sont consacrées aux notes, variantes et observations grammaticales 
sur le texte. La partie la plus intéressante de l'introduction e9t celle où 
M. B. soutient, contre l'opinion reçue ou défendue par un grand nombre 
de savants, que le Targum-Onkelos, dans sa forme primitive, n'est pas 
d'origine babylonienne, mais est une œuvre palestinienne du second siècle 
de l'ère chrétienne, qui a été ensuite remaniée en Babylonie et y a reçu, 
au quatrième siècle, la forme qu'elle a actuellement. Après avoir étudié 
quelques-unes des traditions relatives à la traduction grecque des Septante, 
à la traduction grecque d'Akylas, aux anciennes traces de traductions 
araméennes en Palestine à l'époque du second temple, à la traduction 
araméenne du livre de Job dont l'existence sous Gamaliel l'ancien est bien 
connue, enfin à une traduction dont la nature n'est pas déterminée, mais 
qui pourrait être une ancienne traduction latine (p. 94), M. B. montre 
quels sont les rapports de notre Targum-Onkelos avec la littérature pales- 
tinienne : mêmes paraphrases ou transpositions du nom de Dieu (p. 102), 
même usage de certains mots grecs, mêmes explications géographiques, 
enfin et surtout, au fond, même dialecte araméen (p. 110). Le nom d'On- 
kelos, comme tout le monde l'a reconnu, est né d'une simple confusion 
entre Akylas, auteur d'une traduction grecque, et l'auteur supposé de la 
traduction araméenne. Celle-ci est une œuvre collective, qui serait née en 
Palestine et qui, devenue populaire en Babylonie, y aurait été remaniée 
superficiellement pour s'adapter au dialecte araméen des Juifs de ce pays. 
Cette thèse de M. B. pourra être contestée, elle mérite d'être discutée. La 
vocalisation primitive du Targum-Onkelos a été faite dans le système 
babylonien ; la vocalisation actuelle, dans le système palestinien, est une 
transcription plus ou moins habile du système babylonien. Les mss. qui 
ont conservé le texte avec son ancienne vocalisation ont fourni à M. B. la 
matière de très instructives comparaisons de la prononciation et de la 
grammaire babyloniennes avec celles de Palestine et Ton pourra tirer de 
cette partie de l'étude de M. B. des conclusions qui ne seront pas sans 
intérêt même pour la grammaire hébraïque. Dans les chapitres suivants de 
l'introduction M. B. poursuit l'histoire des Targums à travers toute la 
littérature hébraïque. Il commence cette histoire à diverses consultations 
ou réponses faites par des savants africains, espagnols et babyloniens pour 
recommander la lecture fort négligée de notre Targum (Juda ibn Koreisch, 
Samuel Hannagid, Natroni gaon, etc.). Page 173, une consultation inédite 
du temps des gaonim sur la méthode qu'il faut appliquer dans la traduc- 
tion du Pentateuque. L'introduction se continue par l'histoire de l'usage du 
Targum et des études faites sur le Targum par les rabbins et savants juifs 
depuis Saadia jusqu'à Rappaport, Luzzatto, et les contemporains. Les 
derniers chapitres de l'introduction sont consacrés à étudier la méthode 
exégétique de notre Targum, sa grammaire, l'usage qu'il fait de la halakha 
et de la haggada ; enfin les manuscrits et les éditions de l'œuvre. 

Abraham a S. Clara. Judas der Ertz-Schelm (Auswahl) ; herausgg. von 
Félix Robertag. Berlin et Stuttgart, libr. Speman, s. d., in-8° de x-367p. 
29 e vol. de Kûrschner's Deutsche National-Literatur. La préface de l'édi- 
teur est datée de Breslau, juillet 1883. 

Nous ne parlerions pas ici de cet ouvrage si Judas Iscariote n'était 
devenu, jusqu'à un certain point, au moyen âge, le type du juif maudit et 
haïssable. Abraham a S. Clara est un moine augustin du milieu du xvi e siècle. 
La l re partie de son ouvrage sur Judas Iscariote fut imprimée à Salzbourg 
en 1686; la 2 e partie, en 1689 ; la 3° partie, en 1692; et la 4 e partie en 1691. 
L'ouvrage est une espèce de discours moral, d'un ton populaire et passa- 
blement grossier, mais qui convenait à l'époque. Il n'y est guère parlé des 
Juifs. Les chapitres réimprimés par le nouvel éditeur sont les suivants : 
1 . Parents, patrie, généalogie de Judas le fieffé coquin et le songe que sa 
T. VIII, n° 16. 19 



290 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mère eut à son sujet ; 2. L'union malheureuse de Ciboria (Gippora) et de 
Rubeu, parents de Judas ; 3. Judas est élevé à la cour dans l'île d'Iscariote, 
d'où il tire son nom, etc; 4. Si Judas le coquin fieffé a eu la barbe rouge 
et quelle a été sa physionomie; 5. Fuite de Judas Iscariote à Jérusalem, 
où il reçoit chez Pilate la fonction de chat de cour (courtisan) ; 6. Judas 
assassine son père ; 7. Judas épouse sa mère ; 8. Judas a été hier un 
voleur, il est aujourd'hui un voleur, et le sera demain; 9. Il a été un men- 
teur effronté; 10. il hait la parole de Dieu et naime pas les sermons; 
11. Maudit et désespéré, il se pend ; 12. Il ne savait pas se taire ; 13. Sa 
tombe. 

Anuar penlru Israeliti eu un supliment calendaristic pe anul 5645 (1884-85); 
I e année, sous la rédaction de M. Schwarzfeld. Bucharest, impr. Stefan 
Mihalescu, in-8° de viii-128 p. 

Cet Annuaire continue à fournir de très intéressantes notices, il est un 
des meilleurs témoignages de l'action scientifique des Israélites roumains. 
L'Annuaire de l'année 5645 contient, entre autres, un article historique de 
M. Gaster sur les Caraïtes, un très bon article de M. Schwarzfeld sur la 
situation des israélites de Roumanie, une biographie de M. H. Graetz, par 
L. Saineanu, et enfin trois articles que nous allons analyser brièvement. Le 
premier est une étude de M. Gaster sur le fameux Had-Gadya (chanson 
populaire de la haggada de Pâque). Cette chanson, on le sait, se trouve 
dans tous les pays et dans toutes les langues; celle de la haggada n'était 
pas encore connue d'Abudraham, en 1340; elle paraît être venue deWorms, 
vers 1400, et est probablement imitée d'une chanson française. La légende 
(sinon la chanson) est ancienne, on la trouve déjà dans le Midrasch-rabba 
(Genèse, chap. xxxvm). — Le second travail que nous analysons est de 
E. Schwarzfed, il a pour titre : Evreii sub Zavera, et il est fait d'après les 
travaux hébreux de M. Psantir sur l'histoire des Israélites roumains. La 
Zavera, c'est la révolte des Grecs contre les Turcs en 1820, révolte qui 
éclata dans les principautés danubiennes et qui fut organisée par des 
hétairies fondées en Grèce vers 1815. L'article de M. Schw. énumère les 
atroces persécutions et tortures que souffrirent les Juifs roumains pendant 
cette révolte, de la part des Grecs. La synagogue de Galatz fut incendiée, 
les Juifs de Piatra massacrés, on ouvrit les veines, pour les tuer lentement, 
aux prisonniers Juifs faits à Niamtz; à Hertsa, on vit des hétairistes arracher 
à des femmes juives enceintes leur futur enfant et le lancer en l'air pour le 
recevoir sur leurs piques; à un juif de Folticeni on arracha un à un les 
poils de la barbe et les cheveux de la tête. Les moines se montrèrent parti- 
culièrement féroces, les hétairistes leur amenaient leurs prisonniers, juifs 
et turcs, les moines les tuaient lentement, au milieu des tortures. Au 
monastère de Secul, ils appliquaient sur le corps de leurs victimes des draps 
trempés dans l'eau bouillante. Lorsque les Turcs eurent vaincu l'insur- 
rection, ils se vengèrent cruellement, beaucoup de chrétiens échappèrent à 
leur fureur grâce à l'intervention des Juifs. — M. Schwarzfeld a encore 
donné dans cet Annuaire un article curieux intitulé « Un juif sur le trône 
de Moldavie en 1591. » Cela veut dire qu'en 1591, d'après un rapport du 
temps du D r Bartolomée Pezzen, envoyé extraordinaire de l'archiduc 
d'Autriche à Constantinople, le sultan aurait nommé voivode de Moldavie, 
après la fuite du voivode Pierre, un juif nommé Emmanuel (Emanuel de 
rasa ebraica), originaire de Pologne. Cette nomination aurait eu lieu grâce 
à la protection du mufti et du juif Salomon Askenazi, qui jouissait alors 
d'un grand crédit à Constantinople, grâce aussi à une somme de 600,000 
ducats (bien étonnant !) dont 400,000 versés au sultan et 200,000 à divers 
autres personnages. 

Bâcher (Wilhelm). Die hebrâische arabische Sprachvergleichung des Abul- 
walid Merwan ibn Ganah. Wien, libr. Cari Gerold, in-8° de 80 p. 



B1BL10GKAPH1E 291 

Extrait des Sitzungsber. der phil. liist. Classe der Kais. Akad. d. Wiss., 
vol. 106, fasc. 1. 

On n'étudie pas inutilement ibn Gannah, c'est un vaste trésor scientifique 
d'où l'on ne revient pas les mains vides. Ibn Koreisch, avant lui, avait déjà 
fait un essai de lexicologie comparée entre les langues hébraïque, ara- 
méenne et arabe. Ibn Gannah, en suivant ses traces, a considérablement 
élargi et approfondi le sujet. C'est ce que montre le savant travail de 
M. Bâcher. Nous regrettons profondément de devoir nous borner à en 
donner la description matérielle. Le chapitre I er est consacré à la compa- 
raison des formes grammaticales; le chap. n, à la comparaison des racines 
et des mots; le chap. m, à l'étude des analogies plutôt lexicologiques que 
phonétiques étudiées par Ibn Gannah. C'est un genre de recherches qui lui 
est particulier et où il montre, comme partout, son coup d'œil pénétrant. 
L'étude de M. B. se termine par des recherches sur le sens du mot 
13>fà1ZJ'73!D chez Menahem b. Saruk, et les études de langues comparées 
de David b. Abraham. 

Baum (Moritz). Ein wichtiges Kapitel oder Abhandlung ùber die Bedeu- 
tung und Wùrde nach den Gesetzen der Thora der Vôlker unserer Zeit 
sowie der Vorzeit im Talmud gewôhnlich Akkum genannt. Francfort- 
S./-M., chez l'auteur, in-8° de in-64p. 

L'auteur n'a pas de peine à montrer, par des nombreux extraits, la haute 
valeur morale des sentiments qui, suivant les rabbins, doivent animer les 
Israélites envers leurs compatriotes de nos pays et envers tous les hommes 
en général, mais nous espérions qu'il nous offrirait quelques idées nouvelles 
sur l'origine et l'histoire à la fois obscures du mot accum qui a donné lieu 
à tant de controverses. Il n'a fait aucune recherche sur ce sujet. 

Berliner (A.). Beitrâge zur Géographie und Ethnographie Babyloniens im 
Talmud und Midrasch. Berlin, J. Gorzelanczyk, in-8° de 71 p. 

Ce travail est une contribution importante à la géographie et à l'ethno- 
graphie de la Babylonie, il traite de certaines questions dont notre ami, 
M. Ad. Neubauer, dans sa Géographie du Talmud, n'a pas eu à s'occuper; 
M. B. complète ou rectifie, sur d'autres points, ses devanciers. Le travail 
est divisé en deux chapitres : 1. La Babylonie en général, le régime des 
eaux, la fertilité du sol, le climat, L'hygiène; ruines, dieux et fêtes, vête- 
ments, habitants. — 2. Babylonie proprement dite, limites (question assez 
épineuse), table alphabétique des noms géographiques, avec explications 
géographiques et historiques. 

Bibliotheca orientalis oder eine vollstândige Liste der im Jahre 1883 in 
Deutschland, Frankreich, England und in den Colonien erschienenen 
Bûcher, Broschùren, Zeitschriften ùber Sprachen, Religionen, Antiqui- 
tàten, Literaturen und Geschichte des Ostens, zusammengestellt von Ch. 
Friederici. 8. Jahrgang. Leipzig, Otto Schulze ; Paris, E. Leroux, etc., 
s. d., in-8° de 88 p. 

Dans le chapitre Philologie sémitique il n'y a rien qui ne soit connu de 
nos lecteurs; dans le chapitre Palestine et Syrie, nous relevons les travaux 
suivants : Amelineau, La croyance à l'immortalité de l'âme chez les Hé- 
breux (La Controverse, mai 1883) ; Baentch, Die Wûste, ihre Namen... 
Th. 1, Diss. Halle, 1883; W. H. S. Brooks, Vestiges of the broken plural 
in Hebrew, Dublin 1883; Clermont-Ganneau, Epigraphes hébraïques et grec- 
ques sur des ossuaires juifs inédits (Revue archéolog., mai-juin 1883); 
Dietrich, Ueber den Jahve-Namen (Ztschr. f. d. altt. Wiss., vol. III, 
1883) ; Ferguson, An examination of the use of the Tenses in conditional 
sentences in Hebrew (Journ. Soc. Bibl. Literat., 1882); P. F. Frankl, 
Karaiten (Encyclop. Ersch et Griiber, 2 e sect., vol. 33); Wilh. Jenrich, 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Der pluralis fractus im Hebr. ; Diss. Halle, 1883 ; Schwabe, 3 nach seinem 
Wesen..., Inaugur. Diss-, Halle, 1883 ; Steinschneider, Kalonymos ben 
Kalonymos (Encyclop. Ersch et Grùber, 2 e sect., vol. 32) ; 

Bloch (J.-S.). Einblicke in die Geschichte der talmudischen Literatur. 
Wien, libr. D. Lôwy, in-8° de x-139 p. 

Exposition populaire de diverses questions relatives à l'bistoire de la 
littérature talmudique : 1. Fixation du canon biblique, proscription de la 
littérature écrite, commencement de la littérature orale; 2. Akiba et Ismael; 
3. Mischua et Tosefta; 4. Les Amoréens; 5. Le Talmud. L'appendice 
contient certaines indications qui peuvent être utilisées (nous ne savons si 
elles sont toutes neuves) pour la critique des textes talmudiques. 

Blumenstein (J.). Die verschiedenen Eidesarten nach mosaisch- talmu- 
dischem Rechte und die Fâlle ihrer Anwendung. Francfort S./-M., libr. 
J. Kauffmann, 1883, in-8° de 31 p. 

Cette étude, qui se distingue par l'exactitude et la précision scientifiques, 
se compose de quatre chapitres, dont le premier sert d'introduction. Le 
chapitre n traite du serment dit biblique, des cas où il s'applique, des cas 
où il s'applique par extension et enfin des cas où le serment est déféré à une 
autre partie que celle qui doit le prêter. Il va sans dire que les règles de ce 
serment biblique sont établies par le Talmud. Le chapitre ni est consacré 
au serment de la Mischna, lequel est prêté par le demandeur tandis que le 
serment biblique est prêté par le défendeur ; le chapitre iv décrit le ser- 
inent appelé rabbinique. 

Castro (D.-Henriques de). Keur van Grafsteenen op de nederl.-portug.- 
israël. Begraafplaats te Ouderkerk aan den Amstel., 1 er vol., Leyde, 
libr. E.-J. Brill, 1883, in-4° de xi-116 p. Imprimé sur 2 colonnes, l'une 
donnant le texte hollandais, l'autre une traduction allemande. Le titre 
allemand est : Auswahl von Grabsteinen auf dem niederl.-portug.- 
israel. Begrâbnissplatze zu Ouderkerk an den (pour der) Amstel nebst 
Beschreibung und biographischen Skizzen..., mit Abbildungen ; erste 
Sammlung. 

Ce qui frappe tout d'abord, lorsqu'on ouvre ce volume, c'est la beauté 
de l'exécution, pour laquelle nous adressons à l'éditeur tous nos compli- 
ments. Le papier, l'impression, les photographies représentant les monu- 
ments funéraires, tout est superbe. Cette publication n'est pas la première 
de M. de Castro, mais c'est la plus importante. Dans l'introduction, il fait 
l'histoire du cimetière israélite d'Ouderkerk. Lorsque les Juifs espagnols 
et portugais s'établirent à Amsterdam en 1590, leur premier soin fut d'ac- 
quérir un cimetière et ils achetèrent à cet effet, en 1607, dans le voisinage 
du village de Groet, un terrain dans lequel fut enterré le premier Garcia 
Pimientel, frère de cet Emmanuel Pimientel [alias Isaac Abeniacar) qui fut 
favori du roi de France Henri IV. Mais ce cimetière était trop éloigné de 
la ville, en 1614 la communauté juive acquit le terrain du cimetière actuel, 
.situé à Ouderkerk sur l'Amstel, elle l'agrandit par des acquisitions suc- 
cessives de terrain faites en 1663, en 1690 et en 1691. Les ossements du 
cimetière de Groet furent transportés successivement dans celui d'Ouder- 
kerk de 1626 à 1634. En 1721, les Etats-Généraux dispensèrent les Juifs de 
payer, pour les corps qu'ils transportaient au cimetière, un péage à toutes 
les églises devant lesquelles ils passaient. Le nombre de pierres placées sur 
l'ancienne partie du cimetière d'Ouderkerk est évalué par M. de Castro à 
6,000. La communauté juive conserve un registre des enterrements qui 
remonte à 1680 (les registres antérieurs auraient été brûlés), mais grâce à un 
ms. intitulé Libro de beth ahain (c'est-à-dire bet hayyim) M. de C. a pu 
nous donner en appendice la liste nominative de toutes les personnes en- 



BIBLIOGRAPHIE 293 

terrées à Ouderk. depuis 1616 jusqu'en 1630, plus une liste de personnes 
dont les ossements furent, entre 1616 et 1626, transportés de Groet à Ouderk. 
M. de Castro a eu la bonne fortune de retrouver la pierre de la première 
personne enterrée dans le cimetière d'Ouderkerk, le 11 avril 1614. Parmi 
les tombes dont il reproduit les inscriptions nous remarquons celle de Jacob 
Israël Belmonte, auteur d'un certain nombre de poèmes eu portugais ; celle 
du rabbin David Pardo, qui écrivit plusieurs ouvrages hébreux ; celle du 
rabbin-prédicateur Isaac Abuab de Fonseca, auteur d'un assez grand nombre 
d'ouvrages et propriétaire d'une assez belle bibliothèque (ne pas le confondre 
avec Isaac b. Mattatia Aboab) ; celle du médecin Josef Bueno, mentionné 
daus une lettre de 1625 de l'ambassadeur français pour avoir été appelé 
auprès du prince d'Orange, qui était malade; celle de Samuel Palache, qui 
vint à Amsterdam à la fin du xvi e siècle et y fut jusqu'en 1604 agent de 
l'empereur du Maroc; celle de Jahuda Bebri, mort en 1673, qui avait été 
ambassadeur du grand turc Mohamed IV auprès de Charles XI, roi de 
Suède-, celle du célèbre Manuel (Isaac Haim) Texeira, agent de la reine 
Christine de Suède à Hambourg, et qui reçut d'elle les plus grands témoi- 
gnages de confiance et d'amitié (mort en 1705). M.* de Castro accompagne 
les inscriptions funéraires de renseignements biographiques intéressants. 
Ces inscriptions et les listes données dans l'introduction (entre autres la liste 
des administrateurs [du cimetière ?] de 1639 à 1867, p. 38) fournissent des 
documents très instructifs pour l'onomastique juive. Nous y voyons pour la 
première fois comment il faut lire le nom de famille i^bND (Palache) qui 
est encore porté aujourd'hui par des israélites orientaux; le nom de Obe- 
diente s'y trouve plusieurs fois (p. 21), et non Abudiente ; Neto ou Netto ; 
et non Nieto (p. 20, 21) ; Ailion (p. 39), non Ayalon. Les monuments funé- 
raires reproduits dans les photographies sont excessivement curieux, ce sont 
de belles œuvres excessivement instructives pour l'histoire de l'art. L'écriture 
hébraïque ne présente aucun intérêt paléographique, les inscriptions portu- 
gaises et latines sont déchiffrées avec soin par M. de C. et ses transcrip- 
tions pourront servir à lire d'autres textes de ce genre. Les pierres portent 
quelquefois des ornements assez simples, une couronne, une lampe, des 
feuillages ; d'autres sont au contraire très compliquées, les figures en relief 
n'y manquent pas, anges en pleurs ou éteignant les torches, scènes de la 
Bible ou de la vie réelle. Sur un grand nombre se trouvent les armes 
de la famille, des ossements croisés, une tête de mort, le sablier à deux 
ailes, la roue du temps, l'arbre de la vie, des emblèmes héraldiques (casque, 
bouclier, arc, carquois, main armée d'une épée). Les principales scènes 
représentées sont Abraham recevant les trois anges, le sacrifice d'Isaac, 
l'échelle de Jacob, David jouant de la harpe, Moïse tenant les deux tables 
de la loi, Dieu apparaissant à Samuel, la reine de Saba faisant visite à 
Salomon. Le choix des sujets est naturellement déterminé par le nom que 
porte le défunt. Deux fois on trouve, sur des tombes de femmes, une scène 
très belle représentant une femme nouvellement accouchée, entourée de sa 
famille en pleurs, ce qui indique sans doute que la défunte est morte en 
donnant le jour à un enfant. Le volume se termine par une liste, assez 
incomplète, il est vrai, de publications contenant des inscriptions tumulaires. 
On pourrait y ajouter, par exemple, des inscriptions funéraires publiées 
dans le Thésaurus d'Ugolini, dans la Bibliotheca vie "Wolff, dans la Revue 
des Etudes Juives (outre celles qui sont indiquées par M. de C.)» dans les 
Lapidas de Oerona, de M. Fidel Fita, dans l'ouvrage de Podiebrad sur le 
cimetière de Prague, dans celui de M. Lœwenstein sur les Israélites du 
Bodensée, dans l'ouvrage de M. Horowitz sur les rabbins de Francfort, . 
dans le travail de M. Bserwald, annexé au rapport de 1883 de la Realschule 
isr. de Francfort, etc. Eu revanche on y trouvera certaines publications hol- 
landaises probablement peu connues des historiens juifs. 

M. D. Kaufmann nous communique les observations suivantes. P. 56, 
"Itllfc'E béfc ne donne pas de sens et est contre le mètre, il faut donc lire 
nsfc» b h X = p'HSW d'après Job, xxxvi, 7. — P, 87, T^, lisez *niD, 



20', REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« vois ». — P. 95, TiJ21 }!QT ïlfcl Œ"l3« signifie sans doute « homme! 
ver que le temps trompe. » — Ibid., b^n SIT^ ne donne pas de sons; la 
photographie et le contexte indiquent qu'il faut lire b^D 31Î3>. — Ibid., 

tt^f) fu», Hsez iran. 

Cilibi Moïse. Practica si apropourile lui Cilibi Moise vestitul din tara Ro- 
maneasca, adunate si aranjate dupa materii si precedate de biografia 
lui Cilibi Moïse de M. Schwarzfeld. Craiova, impr. Filip Lazar, 1883, 
in-8° de xxxn-120 p. 

Cilibi Moïse naquit en 1815 à Focsani, en Roumanie, et il mourut en 1869. 
Il a laissé des sentences, proverbes, et à-propos en roumain qui ont eu 
diverses éditions et que M. Schwarzfeld a recueillies et coordonnées systé- 
matiquement. C'est une œuvre intéressante que celle de ce Juif roumain, 
un des premiers probablement qui surent écrire en roumain. Les sujets 
traités sont très variés : Dieu et le bonheur, Patrie et patriotisme, hommes 
et femmes, parents et famille, vie et mort, etc. 

Delitzsch (Franz). Neueste Traumgesichte des antisemitischen Propheten. 
Erlangen, libr. Deichert, 1883, in-8° de 32 p. 

Delitzsch (Franz). Schachmatt den Blutlûgnern Rohling und Justus ; 
2 e édition revue. Erlangen, libr. Deichert, 1883, in-8° de 43 p. 

Deux nouvelles et excellentes publications de M. Del. sur la question 
du sang. 

Derenbourg (Hartwig). Les mots grecs dans le livre biblique de Daniel. 
Dans Mélanges Graux, publiés en 1884, p. 235-244. . 

On nous saura gré de résumer ici cet intéressant article de notre ami 
M. H. Derenbourg, peu accessible, là où il se trouve, aux savants qui 
s'occupent de science juive. M. D. constate d'abord que la conquête 
d'Alexandre en 332 avant l'ère chrétienne répandit la langue grecque en 
Palestine et que c'est ainsi que des mots grecs sont entrés dans la 
langue des Juifs de cette époque. Rien d'étonnant que le livre de Daniel, 
qui a été écrit 165 ans plus tard, à l'époque d'Antiochus Epiphane, et qui 
affecte d'ailleurs de se servir de mots étrangers, même persans, .contienne 
un assez grand nombre de mots grecs. Voici ceux que signale M. De- 
renbourg : 

JSTHD karoza, héraut ; de XTjpuS- ; — fcWlp karna, instrument à vent ; 
peut-être compromis entre le mot grec xépaç et l'hébreu ^np. — NrPpITHJ'E 
masckrokita, genre de pipeaux ; compromis entre la racine hébraïco-ara- 
méenne p'-flû» siffler, et le grec aupiyÇ. — D'nnp katros, et Dimp kitaros, 
cythare ; xtôaptç et xiOàpa. — NDlnitt sabbeka, sorte de harpe ; comparer avec 
le grec <rau.(iûxTi, <jàp.$u%, peut-être lajjtpûxir), qui est peut-être emprunté à 
un dialecte sémitique, car l'origine grecque de l'instrument est douteuse. — 
•pinS DÛ psanterin, instrument de musique ; du grec 4 ,a ^ T7 îp t0V ', la termi- 
naison grecque iov est généralement rendue dans les transcriptions néo- 
hébraïques par in (par exemple sanhédrin). — Î"P55731D sumpkoneyah, cor- 
nemuse ; (Tujxcpwvfa. — En dehors de ces noms d'instruments de musique 
et du nom du héraut, la partie chaldéenne de Daniel (ch. n à vu) présente 
quelques mots qui paraissent venir du grec. Ce sont : D^riS pitgam, 
parole ; peut-être du pehlvi patgam, ou du grec cp6ey[Aa ou, d'après 
M. Jos. Halévy, dans ses Recherches critiques sur l'origine de la civili- 
sation babylonienne, de TroTfxayixot pour itpoVraYU.a. — l^ttD petisch, 
serait, d'après Ewald, le grec irétaaoç, chapeau. — NS^lQîl kamineka, 
et fcO'^'Oïl hamnika, collier ; est le grec jxaviaxrft avec une aspiration 
prosthétique ; la forme N^^E existe dans le targum et le talmud. — 
•pD'lD sarekin y n/agistrats ; probablement membres d'un conseil, vient 



BIBLIOGRAPHIE 295 

peut-être de auvàp^ovrsç ; on a aussi expliqué le mot par le persan. — 
"pt-n dahavan, un mets ; peut-être un dérivé de la racine ê8w, manger. — 
Enfin on a tenté d'expliquer FD'O!] nebizbah, joint deux fois à "pnfa, des 
présents, par vo'[xta{xa, monnaie. 

Dans la partie hébraïque de Daniel (i-n et viii-xii) se trouvent aussi 
quelques mots qui peuvent plus ou moins légitimement être rattachés au 
grec. Ce sont : Û^fàrHÛ partemim, des nobles, TrprîTtu,ot, d'après Gesenius, 
à moins qu'il ne vienne, comme le suppose Ewald, d'un mot persan. — 
125 M "•T'&b lappidé esch, torches enflammées ; à rapprocher de ^au/rcàç, 
sans qu'on puisse dire si ce n'est pas plutôt le grec qui dérive d'une racine 
sémitique, car le mot lappid est très ancien dans la littérature hébraïque. 
— La racine "pD (qu'on trouve encore dans Daniel, dans le mot ISI&n) 
paraît avoir émigré en Grèce, où elle est tc3(ov, xéSov. — Du mot '"lifcbfà 
M. D. rapproche, d'après Hitzig, le grec MoXocadç, laconien Mo7xoaao'p. 

Derenbourg (Joseph et Hartwig). Etudes sur l'épigraphie du Yémen' 
l re série, avec cinq planches. Extrait du Journal asiatique. Paris, impr. 
nat., in-8° de 84 p. 

Cette étude comprend un certain nombre d'inscriptions dont le texte est 
déjà publié et des inscriptions inédites, destinées au Corpus inscriptionum 
semiticarum, et sur lesquelles la savante publication de MM. Derenbourg 
appelle dès à présent la discussion. Ces études comprennent : 1. L'inscrip- 
tion 349 de M. Halévy, inscription que, suivant l'heureuse découverte de 
MM. Dbg., il faut lire horizontalement et non verticalement; 2. Le mot 
tlbnfà (désignant les provinces du Yémen) dans les inscriptions du Yémen ; 
3. Rois de Sabâ; rois de Sabâ et de Raidân; 4. Une inscription himyarite 
récemment publiée par M. J. H. Mordtmann ; 5. Quatorze inscriptions 
inédites appartenant à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. M. D. 
H. Mùller a publié, dans la Oesterreichische Monatsschrift fur den Orient 
(15 février 1884), une recension de ce travail avec des observations par 
lesquelles il veut prouver aux auteurs « avec quel soin il a étudié cette 
très précieuse publication. » 

Desgrand (Louis). De l'tnfluence des religions sur le développement écono- 
mique des peuples, simple étude. Paris, libr. Pion, Nourrit et C ie , in-18 
xi-273 p. 

Les religions considérées par l'auteur sont : la religion naturelle, les 
églises organisées, le brahmanisme, le boudhisme, la religion officielle en 
Chine, le judaïsme et le christianisme, le rationalisme. L'auteur est prési- 
dent-fondateur de la société de géographie de Lyon, et nous ne doutons pas 
qu'il ne soit aussi bon géographe qu'il se montre, dans cet ouvrage, au 
moins dans le chapitre consacré aux Juifs, historien mal informé et écono- 
miste uniquement préoccupé de théologie. 

Li dis dou vrai aniel, Die Parabel von dem âchten Ringe, franzôsiche 
Dichtung des dreizehnten Jahrhunderts aus einer Pariser Handschrift 
zum ersten Maie herausgegeben von Adolph Tobler. 2 e édit., Leipzig, 
libr. S. Hirzel, in-8° de xxxiv-37 p. 

Ce dit du vrai anneau peut contribuer à éclaircir l'histoire de la fameuse 
parabole de l'anneau qui se trouve déjà, comme on sait, dans le Gresta Ro- 
manorum, dans Boccace et dans le Schébet Jehuda, et que Lessing a rendue 
célèbre en en faisant la scène fondamentale de son Nathan le Sage. Le dit 
publié par M. T. se trouve dans un ms.de la Bibliothèque nationale de 
Paris et M. T. croit qu'il est originaire de la Picardie. Cette version de la 
parabole présente plusieurs particularités très remarquables. L'histoire se 
passe aussi en Egypte, comme chez Boccace, mais il n'y est question d'aucun 
Juif, d'aucun roi qui veut embarrasser le Juif. L'auteur se borne à raconter 
qu'un prud'homme, père de trois fils, dont deux indignes, avait un anneau 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

merveilleux et qu'avant de mourir il eu fit faire deux contrefaçons qu'il 
douna aux deux fils aînés, tandis qu'il remit le vrai anneau au troisième 
fils, le seul qui fût digne de le posséder. Les deux frères déshérités chas- 
sèrent le troisième du pays, mais trois vaillants princes leur firent la guerre, 
les détruisirent, et ramenèrent le troisième fils avec son anneau. Qui est 
le prud'homme ? C'est le roi du ciel céleste qui en tout lieu fut dépêché pour 
le rachat de nos péchés ; les trois fils sont : l'aîné (chose singulière 1), le 
Sarrazin ; le second, les Juifs ; le troisième, les Chrétiens; les deux faux an- 
neaux sont naturellement le mahométisme et le judaïsme, qui en serait issu 
d'après l'auteur du poème ; le vrai anneau c'est le christianisme. La preuve 
est que, comme les deux faux anneaux, on sait bien tout vraiment qu'oncques 
Juif ne fit miracle ni Sarrazins ; tandis que les confes et les martyrs chré- 
tiens font miracles apertement. Mais en ce moment le troisième frère est 
persécuté et son héritage (l'anneau, ici la terre sainte) lui est enlevé. Saint- 
Jean-d'Acre en était la vraie pierre, dont le chaton n'est mie entier, mais 
froissé en plusieurs lieux. Mais grands seigneurs, cardinaux, évêques et 
abbés pensent à autre affaire. Plût à Dieu que trois princes prissent en main 
la cause du fils déshérité, le roi de France, Robert comte Robert d'Artois 
et le comte de Flandres ! Plus n'en dirai à cette fois. 

La parabole, il faut l'avouer, est présentée gauchement '. elle est lourde 
et n'a pas de pointe ; en outre, elle a le défaut d'osciller entre deux expli- 
cations assez différentes. Le vrai anneau est tantôt la religion chrétienne, 
tantôt la terre sainte ou le Saint-Sépulcre. Cette incertitude sur le sens de 
la fable paraît prouver que cette version n'est pas la version originale. M. T. 
pense qu'elle a été rédigée après 1270 et avant 1294. Le comte Robert 
d'Artois serait Robert-II qui, en 1270, était avec son oncle saint Louis à 
Tunis ; le comte de Flandres serait Gui de Dampierre, qui, en 1294, était 
brouillé avec le roi de France et ne pouvait plus s'associer avec lui dans 
une campagne en Terre-Sainte. 

Feilchenfeld (W.). Das stellvertretende Sûhne-Leiden und die Exégèse 
der Jesaïanischen Weissagung, cap. lu, 13-15 und cap. lui. Posen, libr. 
Jolowicz, 1883, in-8° de 21 p. Extrait du Magazin de Berliner. 

Fischer (Bernard). Talmudische Chrestomatkie mit Anmerkungen, Scho- 
lien und Glossar unter besonderer Berùcksichtigung der talmudischen 
Discussion. Leipzig, Joh. Ambr. Barth, in-8° de vn-268 p. 

Extrait des targumim, da la Mekhilta, des Sifra, Sifré, Mischna 
Tosefta, Pesikta, Midrasch rabba, Tanhuma et enfin du Talmud. Un cer- 
tain nombre de morceaux sont vocalises, tous sont pourvus de notes en 
allemand destinées à faciliter l'intelligence du texte, et qui auraient plus de 
valeur si elles comprenaient des explications grammaticales et lexicolo- 
giques. A partir de la p. 195 jusqu'à la p. 252 se trouvent des Scholien qui 
suivent le texte des morceaux choisis et contiennent principalement des 
notes d'histoire littéraire. Un court glossaire termine le livre. Cette publi- 
cation, qui a évidemment des lacunes, rendra service à ceux qui voudront 
étudier la littérature rabbinique. 

Fraidl (Franz). Die Exégèse der siebzig Wochen Daniels in der alten und 
mittleren Zeit. Graz, libr. Leuschner et Lubensky, s. d., in-4° de 159 p. 
Festschrift der k. k. Universitât Graz aus Anlass der Jahresfeier am XV. 
november MDCCCLXXIII. 

Etude de toutes les explications données sur les fameuses semaines de 
la prophétie de Daniel, IX, versets 24 à 27. Nous ne pouvons suivre dans le 
détail l'auteur de ce savant travail. Le livre est divisé en 6 chapitres : 
1° Explications juives antérieures au christianisme et des deux premiers 
siècles après l'ère chrétienne; 2 à 4. Exégèse chrétienne jusqu'au milieu du 
xme siècle ; 5. Exégèse rabbinique; 6. Exégèse chrétienne du milieu du 



BIBLIOGRAPHIE 297 

xm e siècle jusqu'à la fin du moyen- âge. A la fin du volume se trouve une 
table synoptique qui résume les résultats des recherches de l'auteur. Dans 
le chapitre 1 er sont étudiés les Septante, le livre d'Hénoch, divers passages 
des Evangiles, le Livre des Jubilés, l'Assomption de Moïse, le 4 e livre 
d'Esdras, Flavius Josèphe, la Peschittho, la traduction grecque de Théo- 
dotion. Dans le chapitre 5 est exposée l'exégèse des Juifs du temps de 
saint Jérôme, celle du Séder Olam, de Saadia, de Raschi (pourquoi dire 
Jarchi ?), d'Ibn Ezra et d'Abrabanel. ♦ 

Fried (Salomon). nmCPÏl 'o Das Buch ùber die Elemente, ein Beitrag zur 
jûdischen Religionsphilosophie des Mittelalters, von Isaak b. Salomon 
Israeli nach dem aus dem arabischen ins hebr. ubersetzten Texte von 
Abraham b. Samuel Halevi ibn Chasdai, aus einer Handschrift der Uni- 
versitâts-Bibliothek zu Leyden mit Vergleichung einer anderen der Kgl. 
Hof- und Staatsbibliothek zu Mùnchen, zum ersten Maie herausggb., 
ins Deutsche ùbersetzt und mit Anmerkungen versehen. — I. Einlei- 
tender Theil. Leipzig, impr. W. Drugulin, in-8° de 83 p. 

Cette étude consciencieuse et instructive contribuera à relever la renommée 
un peu négligée d'Isaac Israéli. Ce médecin remarquable, contemporain de 
Saadia, qui vécut au x e siècle, en Egypte et à Cairoan, mérite d'être mieux 
connu qu'il ne l'est. M. Fr. fait très soigneusement sa biographie, il donne 
la liste de ses ouvrages de médecine, puis il étudie ses ouvrages hébreux. Il 
se range à l'avis des écrivains qui admettent qu'Isaac Israéli a composé un 
commentaire sur le Livre de la Création (contrairement à l'opinion de 
Munk). Enfin, il analyse le Livre des Eléments d'Israéli. Ce livre est un 
ouvrage de philosophie et il est fort intéressant de trouver au x e siècle, 
sur -une terre méditerranéenne, un auteur juif familiarisé, comme l'était 
Israéli, avec la philosophie d'Aristote. C'est un fait qui mérite spécialement 
d'être remarqué. L'influence philosophique d'Israéli sur les Juifs a été assez 
grande, comme on le voit par la longue liste des écrivains qui le citent, qui 
l'utilisent ou le combattent, et par les deux traductions hébraïques qui en fu- 
rent faites. La publication de Tune de ces traductions par M.Fr. sera donc 
une œuvre intéressante et méritoire. 

Friedlander (M.). Rufus oder der Judenaufstand unter Hadrian, ein histo- 
risches Drama in fùnf Aufzûgen. Wien, libr. Alfr. Holder, in-8° de 79 p. 

M. Fr. continue la série des publications littéraires et populaires qu'il a 
si bien commencées avec son Apion,ein Culturbild aus dem ersten christl. 
Jahrhundert. Son drame est intéressant, et M. Fr. a sur d'autres qui 
seraient tentés de traiter un sujet pareil cet avantage qu'il connaît à fond la 
matière. Les principaux personnages de son drame sont Rufus, gouverneur 
de Judée ; Bar-Cosiba, Josua ben Hanania, Acher, Meir, ben Jochaï, 
Tryphon, A^iba. 

Friedlander (M. -H.). Zur Geschichte der Blutbeschuldiguagen gegen die 
Juden im Mittelalter und in der Neuzeit, 1171-1883; 2 e édit. revue et 
augmentée. Brunn, libr. Bernh. Epstein, 1883, in-8° de 36 p. 

Gaidoz (H.) et Sébillot (Paul). Blason populaire de la France. Paris, libr. 
Léopold Cerf, in-8° de xn-382 p. 

Aux pages 361 à 364 se trouvent les expressions consacrées aux Juifs. 
Les frisés (nom des Juifs en argot). — Fidèle comme un Juif à sa loi 
(Languedoc). — Riche comme un Juif (Bas-Limousin). — Porté au gain 
comme un enfant d'Isaac (Languedoc). — Avare comme un Juif (France, 
Belgique wallonne). — Avare comme un rabbin (Comtat). — Aimable 
comme un Juif (Languedoc) ou aimable comme un Juif quand on ne lui 
présente pas de gages (ironique ; Languedoc), — Prudent comme un Juif. 



m REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— Effrayé comme un Juif (Languedoc). — Hargneux comme un Juif (Lan- 
guedoc). — Faire une chère de Juif (Languedoc). — Brûler comme un 
rabbin (Comtat). Quelques-uns de ces proverbes sont cités d'après la 
Revue, 1881, p. 293 et 311. 

Gudemann (M.). Geschichte des Erziekungswesens und der Cultur der 
Juden in Italien wâhrend des Mittelalters. Wien, Alfr. Hôlder, in-8° de 
♦ xi-347p. 

Un article spécial sera consacré à cet ouvrage dans le prochain numéro 
de la Revue, mais nous avons voulu annoncer dès à présent la publication 
de ce beau travail. 

[Harkavy (A.)]. Zur Geschichte der Juden in Lithauen im xiv-xvi Jahr- 
hundert. Dans la Russische Revue, vol. XXII, p. 541 à 554, et vol. 
XXIII, p. 147 à 167 et 516 à 553. 

M. H. résume et complète, par des recherches personnelles, les travaux 
de A. Berchadskij (Archives des Juifs russes, 1882; les Juifs de Lithuanie, 
1883 ; en russe). Après avoir mentionné et expliqué les premiers privilèges 
accordés à diverses communautés juives de ce pays (par le prince Witold, 
1388, 1389), M. H. montre que les Juifs de ces régions avaient une double 
origine : les uns venaient de l'Ouest (Allemagne), mais les autres étaient 
établis dans le pays depuis le I er et le n e siècle de l'ère chrétienne et y 
étaient venus de la Grèce et de l'Orient. Ils étaient établis dans les possessions 
orientales ou méridionales de Witold,leur situation légaley était depuis long- 
temps déterminée lorsque Witold donna, au xiv e siècle, des privilèges aux 
Juifs venus dans la partie occidentale de ses possessions, c'est-à-dire dans 
la Lithuanie proprement dite. M. H. discute ensuite l'histoire des Juifs de 
Trocki et les informations plus ou moins légendaires fournis sur ce sujet par 
les écrivains caraïtes. Il fournit des renseignements sur un certain nombre 
de rabbins de ces contrées (Moïse b. Jacob le Russe, auteur d'un Oçar Neh- 
mad ms.;son élève Joseph Cohen, auteur du Schoschan Sodot, fin xv e siè- 
cle). Sous Alexandre, les Juifs furent subitement chassés de la Lithuanie, 
en 1495. On a attribué cette mesure à l'influence que la femme du prince 
exerça sur lui,, à l'exemple donné par l'expulsion des Juifs d'Espagne 
en 1492, enfin aux besoins d'argent du prince, qui s'empara, par confiscation, 
des biens des Juifs expulsés. On n'était pas fixé sur l'époque où les Juifs 
furent rappelés, on la connaît maintenant. En 1505, le prince Alexandre 
était brouillé avec sa femme, l'argent pris aux Juifs était sans doute dépensé, 
les bienfaits qu'on attendait de leur explulsion s'étaient fait attendre, les 
Juifs furent rappelés. M. H. poursuit l'histoire politique et civile des Juifs de 
Lithuanie jusqu'à la réunion de la Lithuanie à la Pologne, en 1569. 

Un travail de M. Hark. sur le fameux synode polonais dit des quatre 
pays a été publié par le Woschod, 1884, II, p. 1-15 (en russe). 

Ha vet (Ernest). Le christianisme et ses origines. Le Nouveau-Testament ; 
tome quatrième. Paris, Calmann-Lévy, in- 8° de vn-524 p. 

M. H. est un critique impénitent. Déjà, lors de la publication de la Vie 
de Jésus, de M. Renan, il a, dans un bel article, publié dans la Revue des 
deux Mondes et dont nous avons gardé un excellent souvenir, fait connaître 
ses idées sur les origines' du christianisme et ses doutes sur un grand 
nombre de faits admis comme authentiques par des historiens qui paraissaient 
le plus dégagés du préjugé théologique. Son histoire actuelle des origines 
du christianisme est inspirée de la même critique, respectueuse mais indé- 
pendante du sentiment religieux, elle a la même allure vive, elle dit 
avec franchise et précision ce qu'elle veut dire. Ce qui nous intéresse dans 
l'œuvre de M. Havet, ce sont les chapitres consacrés aux relations de Jésus 
et des premiers chrétiens avec les Juifs. M. H. montre combien il est difficile 
d'admettre le récit des Evangiles sur ce sujet. Le récit du jugement de 



BIBLIOGRAPHIE 299 

Jésus par les Juifs fourmille de contradictions, d'invraisemblances, d'impos- 
sibilités ; les sorties de Jésus contre les Pharisiens sont en contradiction 
avec ce que nous savons des bons rapports des premiers chrétiens avec 
les Pharisiens ; l'histoire du traître Judas est incompréhensible, car à quoi 
bon un traitre pour arrêter un homme qui ne se cachait pas et qui prêchait 
publiquement ; même dans le célèbre Sermon sur la montagne il y a une 
phrase (Il a été dit tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi) que Jésus, 
évidemment, n'a pas pu dire, car il est faux que l'Ancien Testament ait dit 
qu'on peut haïr son ennemi. Il est donc probable que Jésus n'a pas été 
condamné par les Juifs, mais par les Romains, comme perturbateur poli- 
tique ; qu'il n'a jamais prétendu changer la loi ni injurié les Pharisiens ; que 
l'histoire de Judas Iscariote est de pure invention. Ce qui reste des discours 
de Jésus, il est impossible de le dire, puisque ses discours qui paraissent 
le plus authentiques contiennent des interpolations. M.H. est d'ailleurs dis- 
posé à contester à Jésus toute grande originalité philosophique ou religieuse ; 
pour lui, Jésus a été grand par le cœur plutôt que par la pensée. L'œuvre 
de Paul ne paraît pas non plus, à M. H., aussi originale qu'on le dit. Sans 
doute, en repoussant franchement les pratiques religieuses, saint Paul a 
préparé la conquête des payens, mais M. H. croît que la propagande de 
Paul s'est uniquement exercée sur les payens judaïsants^ déjà à moitié 
gagnés par le judaïsme: La morale des Évangiles n'est pas non plus tou- 
jours ce qu'on dit. « Les Évangiles dont on parle comme si on n'y trouvait 
qu'amour et charité, sont quelquefois pleins de haine, les hommes qui ne 
sont pas au Christ y sont détestés, surtout les Juifs... Les paroles haineuses 
et même furieuses abondent dans Mathieu et dans Luc (p. 244).» Il est clair 
qui le récit de la Passion et de la résurrection fournit ample matière au 
doute et à la négation; le quatrième Évangile va jusqu'à y mettre des faits 
qui reposent uniquement sur un contre-sens dans l'explication des Psaumes 
(p. 258). Dans l'Apocalypse, dans les traditions de la fête de Noël et de 
Pâques, on reconnaît des traces de la religion de Mithra, du culte du soleil, 
de l'Ahriman du mazdéisme (p. 326 et 334). En fait de philosophie morale.. 
« le christianisme n'a rien apporté au monde de nouveau, (p. 413), » l'hel- 
lénisme est autrement riche que lui et varié. « L'Ancien Testament est bien 
supérieur au Nouveau, il n'y a pas plus de philosophie dans ses fables, 
mais elles ont l'excuse de leur antiquité, et il s'y mêle plus de poésie avec 
un grand goût de simplicité populaire. Dans le N. T., la littérature juive 
s'est continuée et renouvelée, mais en perdant sa grandeur (p. 393). » 
Cependant « les Evangiles ont pris les cœurs soit par l'accent à la fois sévère 
et tranchant de quelques paroles où semble s'être conservée l'âme de Jésus, 
soit surtout par le drame de la Passion (p. 393). » De son côté, « le peuple 
juif a gagné les autres peuples par des sentiments qui étaient en lui plus 
énergiques que partout ailleurs et que sa Bible n'a fait que traduire. Le 
peuple juif, par ses épreuves et par la manière dont il les a soutenues, a 
eu l'honneur de représenter la liberté morale, la liberté de conscience 
(p. 394). » C'est lui qui a trouvé, dans son histoire, l'idée du Christ, c'est- 
à dire celle du règne de Dieu et de l'affranchissement de toutes les misères 
humaines. L'attente du règne messianique attirait à lui tout ce qui aspirait 
à un monde meilleur et lorsque saint Paul parut, la conversion du 
paganisme était déjà à moitié faite (p. 396-397). Le vrai Christ, selon 
les prophètes, c'est le peuple juif, et sa passion n'est pas encore près de 
finir. 

Hirsgh (Samson-Raphael). Ueber die Beziehung des Talmuds zum Juden- 
thum und zur der sozialen Stellung seiner Bekenner. Francfort-s./-M., 
libr. J. Kauffmann, in-8° de 38 p. 

Petit écrit apologétique traitant les thèmes suivants : Probité, professions, 
relations avec le pouvoir et les concitoyens, éducation morale et intellec- 
tuelle, la famille, la communauté. 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Holtze (Friedcrich). Das Strafverfahrcn gegcn die màrkischen Juden im 
Jahre 1510. Berlin, libr. Siegfried Mittler, in-8° de 79 p. Dans la collec- 
tion des Schriften des Vereins fur die Geschichte Berlins, fasc. XXI. 

Récit détaillé de la persécution qui amena en 1510 l'expulsion des Juifs de 
la marche de Brandebourg. Cet événement est bien connu, mais on ne 
l'avait pas encore décrit avec des détails si nombreux et des informations 
si précises. Les renseignements réunis avec tant de soin par M. Holtze et 
en partie inédits permettent de mieux apprécier ce douloureux événement. 
On sait qu'il a pour point de départ la prétendue profanation d'une hostie 
qui aurait eu lieu le 6 février 1510 dans l'église de Knoblauch, et que plus 
tard l'accusation contre les Juifs d'avoir tué des enfants chrétiens se joignit 
à l'accusation précédente. Les Juifs de Spandau, Brandebourg, Osterbourg, 
Stendal et Berlin furent peu à peu compris dans la poursuite. Les aveux 
des Juifs furent arrachés par la torture, et un certain nombre d'accusés 
furent soumis à une procédure irrégulière et illégale. Nous avons peine à 
comprendre que M. Holtzmann, qui déclare non fondée l'accusation concer- 
nant les enfants tués, paraisse accorder quelque vraisemblance à l'accusation 
concernant l'hostie profanée. Ce sont des histoires absurdes et qui n'ont 
pas le sens commun. 

Horowitz (M.), rabbin. Frankfurter Rabbinen, ein Beitrag zur Geschichte 
der isr. Gemeinde in Frankfurt a. M. — III. R. Jakob Josua Falk und 
R. Abraham Lissa, 1740-1769. Francfort-s./-M., libr. Jaeger, in-8° de 
101 p. 

Nous avons rendu compte, autrefois, des parties I et II de l'intéressant 
travail de M. Horowitz. Dans le fascicule actuel on trouvera des détails sur 
la querelle de la famille Kann et de la famille Kulp, de Francfort ; sur des 
mesures prohibitives concernant le commerce des farines et des épices dans la 
rue des Juifs; sur une consultation en faveur du Talmud par le savant chré- 
tien David Frieder. Megerlin ; enfin sur la querelle bien connue de Jonathan 
Eibenschûtz avec quelques-uns de ses collègues. En appendice, se trouvent 
quelques documents inédits tirés des archives de la communauté israélite 
de Francfort et du Memorhuch de cette ville. La notice biographique sur 
Josua Falk (p. 87) est intéressante. P. 91 et suiv., M. H. a reproduit 
quelques inscriptions tumulaires du cimetière isr. de Francfort. Il n'eût pas 
été mauvais de transcrire en allemand les noms propres de ces inscriptions. 
Qu'est-ce que le125n^3> de la p. 32 ? la UW1B p. 94? On trouve, confor- 
mément à l'usage bien connu des Juifs de Francfort, un Sender zur Bunte 
Kann (p. 92), Leib Kann zur Schehren (p. 93). 

Iliowizi (Henry). Herod, a historical tragedy in five acts. Minneapolis, 
impr. Tribune Book Rooms, in-8° de 80 p. 

Il est bien possible que ce drame n'ait pas une grande force tragique et 
que les vers en soient médiocres, mais c'est une curiosité que ce poème 
anglais composé dans le Minnesota par un jeune Polonais que nous avons 
connu autrefois à Paris, et qui n'a sûrement pas appris l'anglais dans les 
écoles primaires où il a été élevé. 

Jacobs (Joseph). The Jewisu question 1875-1883, bibliographical hand-list. 
Dans Trùbner's American, European and Oriental literary Record, 
Londres, n os 187-92, 195-6, ou vol. IV, n 0s 5-10, et vol. V, n° 1-2. 

Bibliographie des ouvrages publiés sur la question juive depuis 1875 à 
1883 et principalement de toute la littérature antisémitique. Nous avons pu 
nous convaincre que M. Jacobs est très bien informé et qu'il y a des 
chances sérieuses que sa liste ne renferme pas de lacunes graves. Elle s'arrête, 
pour le moment, au milieu de la lettre M. 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Jahres-Bericht des Rabbiner-Seminars zu Berlin pro 5643 (1882-1883). 
Voran geht eine Beilage von D r A. Berliner : Beitrâge zur Géographie und 
Ethnographie Babyloniens im Talmud und Midrasch. Berlin, Driesner, 
in-8° de 106 p. 

Sur l'étude contenue dans cette publication, voir plus haut, à l'article 
Berliner. 

Jahresbericht des jùdisch-theologischen Seminars Fraenkelscher Stiftung. 
Voran geht : Die jùdischen Proselyten im Rômerreiche unter den Kai- 
sern Domitian, Nerva, Trajan und Hadrian, par le D r Graetz. Breslau, 
impr. Schottlaender, in-8° de 38-xi p. 

Le travail de M. Gr. ajoute des éclaircissements nouveaux et ingénieux 
à ce qu'on sait déjà sur la propagande juive parmi les payens sous les 
empereurs romains. Beaucoup de prosélytes payens devaient vivre en Pales- 
tine, M. Gr. pense que la loi du fiscus judaicus et d'autres vexations 
amenèrent quelques-uns d'entre eux à de venir plus tièdes envers le judaïsme 
ou à le renier, et que c'est contre eux uniquement que fut dirigée, sous 
Gamaliel II, la formule des minim des 18 bénédictions, et il émet une 
hypothèse intéressante sur une formule spéciale qui aurait existé d'abord 
pour bénir, au contraire, les prosélytes fidèles et qui aurait été plus tard 
soudée à la formule des çaddikim. La mesure prise par Johanan b. Zaccai, 
après la destruction du temple, au sujet de la petite offrande à apporter 
par les prosélytes à la place du sacrifice offert autrefois par eux serait 
également une preuve du grand nombre de prosélytes en Palestine, à cette 
époque. La question de la circoncision pour les prosélytes est connue, 
celle des metuentes, payens devenus demi-juifs, a déjà été signalée d'abord 
par M. Derenbourg, dans son Essai, p. 223, puis par M. Renan, dans la con- 
férence faite en 1883 au cercle Saint-Simon. M. Gr. a eu la bonne fortune 
de trouver le mot hébreu qui les désigne, Ù^EJIÏÎ "W-p, en opposition à 
P*7!St "H5 (p. 13, note 2). Il poursuit dans le détail la législation talmu- 
aique relative à ces demi-prosélytes et même aux payens qui demeuraient 
dans le pays et qu'on espérait attirer par de bons procédés. On con- 
vertissait aussi au judaïsme des Ammonites, des Egyptiens, des payens 
de l'Asie Mineure, des Romains (p. 23-24; comparez, pour compléter, 
Derenbourg, Essai, p. 332). Le monde dans lequel vivait Josèphe, à 
Rome, était en partie composé de demi-prosélytes (p. 26), ce sont eux qui 
sollicitèrent Josèphe d'exposer la religion juive aux Romains, soit pour en 
faire l'apologie, soit pour la propager. On aura peut-être quelque peine à 
admettre que le fameux voyage des quatre patriarches à Rome ait eu pour 
objet la propagande religieuse (p. 27). La conversion de Flavius Clemens 
ne paraît pas justifier suffisamment cette hypothèse. On demandera peut- 
être comment il se fit que le judaïsme fît encore des conquêtes religieuses 
et fût animé d'un nouveau mouvement d'expansion après la prise de 
Jérusalem et la chute irrémédiable du royaume juif ? Ces conquêtes, 
répond M. G., se firent surtout dans la société aristocratique de Rome. 
Tandis que les classes inférieures étaient plutôt gagnées par le christianisme, 
la noblesse s'attachait de préférence au judaïsme, non qu'elle comprit la 
grandeur religieuse ou philosophique de la doctrine juive, mais uniquement 
parce que, courbée sous le joug des empereurs, soumise de force à leurs 
caprices, elle voyait, dans la révolte des Juifs, dans leur dernière résistance 
à Jérusalem, dans la constance avec laquelle ils subissaient les vexations 
du fisc et de la police romaine, une protestation contre la tyrannie. Ils 
devenaient juifs ou judaïsants, parce que les Juifs représentaient pour eux 
l'indépendance politique et la liberté. 

Jahresbericht der Landesrabbinerschule in Budapest fur das Schuljahr 
1883-84. Voran geht : Die Sinne, Beitrâge zur Geschichte der Physiologie 
und Psychologie im Mittelalter aus hebrâischen und arabischen Quellen 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

von David Kaufmann. Budapest, impr. de l'Université royale, in-8° de 
v-190-21 p. 

Cette étude de M. K. sur les sens dans la littérature juive s'appuie sur 
une érudition remarquable et des matériaux d'une surprenante richesse. 
M. K. montre d'abord, dans son introduction, avec quelle ardeur les Juifs 
du moyen âge se sont livrés aux recherches scientifiques, et comment ils 
ont contribué, avec les Arabes, à transmettre la science grecque aux chré- 
tiens d'Occident. Ils s'identifiaient à ce point avec leurs immortels modèles 
et ils avaient un si grand respect pour eux, que toute la science grecque 
leur paraissait venir de la Bible. Pythagore devient, pour eux, un disciple 
de Salomon, Socrate est un descendant d'Asaf et d'Ahitofel, Platon a reçu 
en Egypte les leçons de Jérémie, Galien n'est autre que le patriarche Ga- 
maliel. L'exégèse biblique, l'allégorie, le symbolisme, la science des pra- 
tiques religieuses, même la morale juive, s'inspirent de cet esprit scien- 
tifique, les théories et les idées grecques sur les sens y jouent un rôle 
assez important. Ces théories sont venues chez les Juifs par les Arabes ; 
elles semblent se trouver pour la première fois chez Saadia. Le Livre de la 
création ne connaît pas encore le nombre des sens (cinq sens), le mot même 
pour les désigner manquait, on hésitait sur leur nombre, qui est quelque- 
fois porté à huit, sur. l'ordre dans lequel on devait les énumérer, sur leur 
division et classification. M. K. recherche quelles idées avaient cours chez 
les Juifs sur ces différents points, ce qu'ils pensaient de la nature des sens, 
du mécanisme et du siège de la sensation, du rôle de l'intelligence dans la 
sensation, des limites des sens, de leur rôle pendant le sommeil, de la sen- 
sation après la mort, du symbolisme des sens , etc. Il prend ensuite l'his- 
toire particulière de chacun des cinq sens, Tanatomie de leurs organes, les 
mots par lesquels sont désignés ces organes, leur action physiologique. Nous 
ne le suivrons pas dans ces détails, où il montre une science aussi vaste 
que profonde. 

Peut-être faudrait-il, comme nous le fait remarquer M. D., se garder 
un peu plus d'attribuer aux Arabes l'initiative de tout ce qui s'est fait de 
scientifique chez les Juifs du moyen-âge. Les Juifs avaient des termes 
scientifiques et philosophiques qu'ils ont créés eux-mêmes et qui sont anté- 
rieurs à l'influence arabe. Ainsi Ï1125273 est plus ancien que le verbe ^55 
qui est venu des Arabes ; !n!30 est plus ancien que ïlb^, cause; ÏTtëJHÏl 
plus ancien que tDin, sens ; les mots D3>£2, niD'iait^ sont aussi anté- 
rieurs aux mots analogues tirés de l'arabe. Déjà le Deutéronome (iv, 28), en 
disant des idoles qu'elles ne voient, ni n'entendent, ni ne mangent, ni ne 
sentent, distingue en pleine conscience les quatre sens qui ont des organes 
spéciaux, et s'il laisse de côté le sens du tact, c'est que les organes de ce 
sens sont répandus sur toute la surface du corps et ne sont pas localisés. 
Voir aussi, pour les éléments, le psaume civ. Il est vrai qu'on ne trouve 
pas, dans la Bible, les mots abstraits pour désigner les sens, les éléments, 
mais on n'y trouve pas non plus les mots mintt imite", m^M > prophé- 
tie, et on ne soutiendra pas que les Hébreux n'avaient pas l'idée que ces 
mots représentent. 

Juifs, Extrait du Dictionnaire universel de géographie de Vivien de Saint- 
Martin, publié par la librairie Hachette, tiré à 100 exemplaires. Paris, 
impr. Lahure, in-18 de 118 p. 

Cet article se compose de cinq chapitres. Le chapitre I er est consacré à 
la définition des mots Hébreux, Juifs, Israélites, aux sectes juives ou sub- 
divisions du Judaïsme actuel ; le chap. n traite du dénombrement des Juifs 
dans toutes les parties du monde; le chap. m, de l'ethnographie, anthro- 
pologie et démographie juives (race, type, caractères anthropologiques, 
mariages, naissances, décès) ; le chap. iv, de l'état social et économique des 
Juifs. Le chap. v contient un tableau abrégé de l'histoire des Hébreux 
(p. 64, 1. 3 en bas, lis. « femme », non « fille »), de l'histoire des Juifs 



BIBLIOGRAPHIE 303 

pendant la période du second temple, de l'histoire des Juifs au moyen-âge 
et de leur émancipation dans les temps modernes. Le chap. vi contient un 
tableau de la littérature juive, et le chap. vu est consacré à la bibiogra- 
phie. 

Kaufmann (David). Vom jûdischen Katecliismus. Budapest, Samuel Zilahy, 
in-8° de 19 p. 

La thèse soutenue par M. K. est excellente et frappante de vérité. On 
dit souvent que si des reproches injustes sont adressés au judaïsme, c'est 
qu'il se renferme en lui-même et échappe à l'examen. M. K. montre quel est 
le nombre et l'importance des travaux des savants juifs et chrétiens pour 
faire connaître le judaïsme et qu'il n'y a rien de plus facile que de l'étudier, 
si on veut bien s'en donner la peine. Il y a de plus les catéchismes, dans 
leur rédaction populaire. Le judaïsme, il est vrai, n'aime pas les caté- 
chismes; il n'en a pas besoin, car il repose tout entier sur l'éducation reli- 
gieuse reçue dans la maison paternelle, et on n'est pas encore bien sûr 
qu'il y ait des dogmes juifs. Cependant il y a des centaines de caté- 
chismes juifs. « Les Juifs, dit l'auteur, peuvent avoir des catéchismes, 
mais non un catéchisme. » 

KcENia (Frieder.-Eduardj. Die Hauptprobleme der israelitischen Religions- 
geschichte gegenùber den Entwickelungstheoretikern. Leipzig, libr. J.C 
Hinrichs, in-8° de (2)-108 p. 

M. Kœnig est un adversaire déclaré des théories qui dominent aujour- 
d'hui dans l'histoire de la religion biblique. Il n'admet pas que cette reli- 
gion soit issue, par transformations ou altérations successives, du poly- 
théisme grossier des peuples asiatiques; il croit au contraire que, dans son 
essence, elle a été, dès l'origine, ce qu'elle était du temps des prophètes, 
une religion spiritualiste et monothéistique qui a pu subir, depuis Moïse, 
des changements d'ordre secondaire, mais est toujours restée la même dans 
sa substance. M. K. poursuit cette thèse dans le détail, en l'appliquant aux 
questions suivantes : Quelle était la religion de Moïse? Le Jahwisme date- 
t-il réellement du temps de David? Serait- il d'origine cananéenne? Y a-t-il 
eu réellement progrès et développement dans l'idée fondamentale de la na- 
ture de Jahwé, de son immatérialité, de son caractère, de son alliance avec 
Israël? Quelles sont les lois et cérémonies religieuses déjà établies dans le 
Jahwisme anté-prophétique? L'idée de l'universalité future de la Loi juive 
n'est-elle pas antérieure aux prophètes? M. K., on le voit, résiste au cou- 
rant qui entraîne la science biblique, il brave crânement tout le camp des 
exégètes, et sa tentative est intéressante parce qu'elle s'appuie sur une 
science très solide et une connaissance sérieuse de la matière. 

Korn (J.-Ch.). Der Talmud vor Gericht; Vortrâge gehalten im Leseklub 
Sciinta [à Berlad] ... — I. Standpunkt : Législation. Wien, impr. Moritz 
Knôpfelmacber, in-8° de 46 p. 

Kuenen (A.). Religion nationale et religion universelle; Islam, Israéli- 
tisme, Judaïsme et Christianisme, Buddhisme ; cinq lectures faites à 
Oxford et à Londres au printemps de 1882 ; traduit du hollandais par 
Maurice Vernes. Paris, libr. Ernest Leroux, in-8° de viii-278 p. 

Ces lectures sont : 1° l'Islam; 2° la religion nationale des Israélites, 
prêtres et prophètes de Jahwé; 3° Puniversalisme des prophètes, l'établis- 
sement du Judaïsme; 4° Judaïsme et Christianisme; 5° le Buddhisme. 
A la fin du volume se trouvent des Remarques dont nous signalons les 
suivantes : « Les rouleaux d'Abraham et de Moïse » et « les fables des an- 
ciens dans le Qorân ; » la prononciation du nom divin Jahwé ; explication 
d'Osée, IX, 3-5; l'origine égyptienne de Lévi; l'antiquité du monothéisme 
israélite ; conséquences à tirer de l'inscription de Cyrus ; Esdras et 1 eta- 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

blissement du Judaïsme; explication du Lévitique, XXII, 25. Il est évi- 
demment impossible d'analyser ici un tel ouvrage, résumé des grands tra- 
vaux de l'illustre savant hollandais et de l'œuvre de sa vie. Notre ami 
M. Vernes a été heureusement inspiré en nous donnant la traduction fran- 
çaise de ces lectures si instructives. 

Lambeck (H.). Psalm CIV im Urtext mit seiner Uebertragung in elf Spra- 
chen, als Spécimen einer Psalter-Polyglotte. Kôthen, libr. Paul Schettler, 
1883, in-4° de iv-72 p. 

L'auteur voudrait imprimer un Psautier polyglotte. Nous avouons que 
nous ne sommes pas spécialement frappé de l'utilité de cette publication. 
Le spécimen qu'il nous donne du Psaume civ est. arrangé comme suit : 
d'abord, le texte hébreu d'un verset; puis, à la suite, les traductions de la 
Septante (grec), de la Vulgate (latin), deux autres traductions latines, et 
ensuite, d'après les publications de la Société biblique de Londres, des tra- 
ductions italienne, espagnole, portugaise, française, anglaise, danoise, sué- 
doise et hollandaise. A la suite des traductions se trouvent des explications 
grammaticales et lexicologiques assez élémentaires. 

Levi (David). Il semitismo nella civiltà dei popoli. Turin, impr. de l'Union 
typographique, in-8° de 92 p. 

Cet opuscule est divisé en trois parties : 1. Origine et essence de l'idée 
sémitique ; 2. Développement de l'idée sémitique ; 3. Le xix e siècle. Nous 
nous sommes imposé pour règle de ne pas analyser ici les ouvrages d'apo- 
logie et de polémique antisémitique ; l'ouvrage de M. Lévi, pour la variété 
et la profondeur des vues qui y sont exprimées, méritait cependant une 
mention. 

Lewin (Adolf). Der Judenspiegel des D r Justus ins Licht der Wahrheit 
gerùckt. Magdebourg, impr. D.-L. Wolf, in-8° de 89 p. Extrait du Jûd.- 
Literaturblatt. 

Réfutation, article par article, de l'ouvrage du pseudonyme Justus, avec 
indication des sources et des erreurs. Cette réfutation est très bonne, et 
généralement le langage garde la sérénité que doit avoir tout travail scien- 
tifique. 

Lôwy (D.)- Der Talmudjude von Rohling in der Schwurgerichtsverhand- 
lung vom 23. Oktober 1882. Wien, libr. D. Lôwy, in-8° de 40 p. 

Lœwy (Jacobus). Libri Kobelet versio arabica quam composuit ibn Ghi- 
jâth. Dissertatio inauguralis. Leyde, impr. E.-J. Brill, in-8° de 32 p. 
latin et 18 p. texte arabe en caractères hébreux. 

Isaac fils de Juda ibn Gayath (je crois que Gayath est la forme plus 
usitée que Giyath pour le mot J'WX)), de Lucena en Espagne (1030 à 
1089), un des célèbres liturgistes d'Espagne, composa en hébreu un ouvrage 
de casuistique (halakhot) ainsi qu'un commentaire sur l'Ecclésiaste en 
arabe. Pour la biographie de notre Isaac, je renvoie le lecteur à l'article 
étendu de M. J. Derenbourg (dans la Zeitschrif t fur jûdische Théologie, 
de A. Geiger, t. V. p. 369 et suiv.). Ce commentaire qu'on croyait 
perdu, comme tant d'autres ouvrages juifs, fut reconnu avec une grande 
sagacité par M. J. Loewy dans un manuscrit d'Oxford, venu récem- 
ment du Yémen. En effet, à la fin du manuscrit, on lit ces mots écrits 
d'une main récente : DÉTA *p pHif arû fcHÏT, phrase que j'ai négligée 
dans mon catalogue (n° 2333). J'ai corrigé cette erreur dans la table des 
errata. D'après les passages cités en hébreu au nom de Gayath par 
David Qamhi dans son dictionnaire, par Judah ibn Balam dans ses 
opuscules de grammaire, et par Jacob Giani (ou Al-Djieni, de Jaen ; voir 
son commentaire sur Job, manuscrit de Paris, 152,4) dans son commen- 



BIBLIOGRAPHIE 303 

taire sur l'Ecclésiaste, comparés à l'original arabe du manuscrit d'Oxford, 
il ne reste aucun doute que Gayalh en est l'auteur. M. Lôwy donne 
pour le moment la traduction arabe du Kohélet par Gayath et promet 
de publier l'ouvrage en entier dans peu de temps. Il serait désirable qu'il 
se décidât à traduire le commentaire dans une langue vivante et non pas 
en latin ; pour une thèse, c'est bon et peut-être même nécessaire, mais 
le latin n'est nullement pratique pour un ouvrage destiné à être lu par des 
rabbins de Pologne et d'Orient. — A. N. 

Mendoza. y Bovadilla (el cardinal D. Francisco), obispo de Burgos, arzo- 
bispo de Valencia, etc. El lizon de la nobleza espafiola o maculas y sam- 
benitos de sus linajes. Barcelone, La selecta, empresa literario-editorial, 
1880, in-8° de 205 p. ; en tête, portrait lithographie de l'auteur. 

Quoique cet ouvrage ait été édité il y a quatre ans, nous croyons pouvoir 
en dire quelques mots ici, parce qu'il est curieux et peu connu. Le cardinal 
Mendoza, auteur de l'ouvrage, naquit en 1508 et mourut à l'âge de cin- 
quante ans. Il avait été docteur en théologie et docteur ès-lettres de l'uni- 
versité de Salamanque, archidiacre de la cathédrale de Tolède, évêque de 
Coria et de Burgos, archevêque de Valence, cardinal du sacré collège ro- 
main. On vante beaucoup sa science et ses vertus. Ce Mémoire sur la no- 
blesse espagnole n'est cependant pas une œuvre de grande charité. Il le 
composa en 1560, pour venger un de ses parents, que la cour des Ordres 
de noblesse repoussait pour défaut de lignage. Le cardinal adressa le Mé- 
moire au roi Philippe II. Il y prouvait qu'il y avait des taches dans le sang 
des plus grandes familles d'Espagne. C'était donc bien le tison de la no- 
blesse espagnole. Le Mémoire est composé de deux parties. La première 
partie est intitulée : Taches des plus nobles lignages. Ces taches viennent 
de ce qu'il y a, dans ces familles, par suite de mariages et de conversions, 
du sang maure, du sang juif, du sang d'esclaves. La famille de Porto- 
carrero et les seigneurs de la maison de Moguer, qui, à présent (à cette 
époque) se disent du marquis de Villanuova, descendent de Ruy Capon, 
juif converti, almojarife (intendant des finances) de la reine dona Urraca. 
Ces familles embrassent presque toute la Castille et le Portugal. De ce 
même Ruy Capon descend aussi la famille du marquis de Dénia. Un vieux 
couplet dit déjà : « De Rey Capon descend — quasi toute la nation ; — 
Comment un rey (roi) si puissant — peut-il s'appeler Rey Capon (châtré)? • 
Les ducs de Berganza descendent d'Inès Hernandez Estevez, fille d'un 
savetier juif ou maure, baptisé dans le Portugal. Suit chaque fois la longue 
liste de toutes les familles appartenant à chacune de ces lignées. 

Dans la seconde partie du Mémoire, intitulée Sambenitos, l'auteur passe 
en revue les familles qui ont eu des membres qui avaient porté le sam- 
benito de l'inquisition et avaient dû faire confession publique de leurs 
fautes. Nous ne savons si on a jamais soumis à la critique les assertions, 
probablement exagérées, du cardinal. Son Tizo, imprimé autrefois, était 
introuvable, et la société Selecta a bien fait de rééditer l'ouvrage pour le 
placer dans sa bibliothèque d'oeuvres rares. 

iggadische Auslegung des drit— 
Deutsche ùbertraj 
D r Aug. Wûnsche. Leipzig, Otto Schulze, in-8° de x-398 p. 

Le mistére du Viel Testament, publié avec introduction, notes et glossaire 
par le baron James de Rothschild. Tome IV, Paris, libr. Firmin-Didot, 
1882, in-8° de cxxxvi-412 p. 

M mo la baronne James de R. continue pieusement la publication de ce 
mystère auquel feu le regretté président de notre Société a attaché son 
nom. Le présent volume contient les épisodes de Samson, de Samuel, 
T. VIII, n° 16. 20 



3tô REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'histoire de Saùl, de David, d'Absalon et de Salomon. La notice qui forme 
l'introduction reuferme, sur les œuvres dramatiques qui ont traité les mêmes 
sujets dans les différents pays européens, les plus abondantes indications 
bibliographiques qu'on puisse désirer. 

Mosler (lleinrich). Die jùdische Stammverschicdenheit, ihr Emfluss auf 
die innere und âussere Entwickelung des Judentkums. Leipzig, libr. 
Wilhelm Friederich, in-8° de x-146 p. 

La thèse de l'auteur est que les douze tribus d'Israël n'ont pas une ori- 
gine commune. C'est une thèse qui n'est pas nouvelle, et on ne peut pas 
dire que M. M. l'ait renouvelée ou approfondie. Ses arguments méritent 
considération, mais ils sont faiblement liés et ne font pas impression. 

Muller (Alois), bibliothécaire impér. et roy. de l'université de Graz. 
Brauchen die Juden Christenblut ? Ein offenes Wort an denkende Chri- 
sten. Wien, libr. Oskar Frank, in-8 } de 16 p. 

La réponse de l'auteur à la question qu'il pose^st celle de tout homme 
sensé : toute cette accusation du sang n'a pas le moindre fondement. 

Chronique dite de Nestor, traduite sur le texte slavon russe avec introduc- 
tion et commentaire critique, par Louis Léger. Paris, libr. Leroux, in-8° 
de xxviii-399 p. Publication de l'Ecole des langues orientales vivantes. 

Cette chronique, qui date de la fin du xi° siècle ou du commencement 
du xn e siècle, contient sur les personnages de FAncien-Testament un assez 
grand nombre de légendes qui sont de véritables midraschim et dont la 
plupart ont probablement été puisées (comme par exemple celle d'Abraham 
détruisant les idoles) dans le midrasch juif. Au chap. xl ^p. G8 et suiv.) 
l'auteur raconte comment, eu l'année 986, le prince Vladimir eut des confé- 
rences religieuses avec des Bulgares mahomélans, des Allemands de Rome, 
et des Juifs Kozares, qui voulurent, les uns et les autres, le convertir à 
leur foi, et c'est une occasion, pour les Juifs, d'exposer au roi, avec force 
légendes, leur religion et les principaux faits de l'histoire sainte. Au 
chap. xc se trouve une digression sur les anges où l'ange Michel est 
représenté comme étant spécialement chargé de la protection des Juifs, et 
où il est question, entre autres, de la présence d'Alexandre à Jérusalem. 
Ou trouvera encore des légendes dans l'histoire de Caïn, de Cham, de 
Daniel, etc. (Voir l'index chronologique). La seule notice historique sur les 
Juifs de Russie se trouve au chap. xcn, où il est raconté qu'à la mort du 
prince Sviatopolk II, en 1113, les habitants de Kiev se jetèrent sur les 
Juifs de cette ville et les pillèrent. Ces Juifs paraissent avoir été attirés à 
Kiev par Sviatopolk (index chronologique). 

Neuba.ur (L.). Die Sage vons ewigen Juden. Leipzig, libr. Hinrichs, in-8° 
de vï-132 p. 

L'histoire de la légende du Juif errant reste, après la publication de 
M. N., ce qu'elle est dans le savant article de M. Gaston Paris, publié 
dans l'Encyclopédie des Sciences religieuses, de Lichtenberger (tome VII, 
Paris, 1880, p. 498). La légende, dans sa forme actuelle, est très moderne. 
Le premier Juif errant, si l'on veut, est Caïn. Le Coran connaît aussi un 
voyageur éternel, Samiri, qui a fabriqué le veau d'or. La légende de Sa- 
miri est probablement d'origine juive, la légende chrétienne paraît avoir 
pour origine un passage des Evangiles synoptiques (Matth,, xiv, 28; 
Marc, ix, 1; Luc, ix, 27), où Jésus dit que beaucoup de ceux qui sont 
devant lui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu la royaume de Dieu, 
et un passage de l'évangile de Jean (xxi, 22), où Jésus dit du disciple 
aimé (le futur Cartaphilus?) : « Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je 
vienne (revienne), que t'importe? » Il fallait donc au christianisme, pour 



BIBLIOGRAPHIE 307 

assister au futur rétablissement du royaume de Dieu sur la terre, des 
témoins contemporains de Jésus et qui n'avaient pas cessé de vivre. Déjà 
au commencement du moyen âge, on voulait que Jean fût un de ces té- 
moins et qu'il n'était pas mort. Ces témoins étaient propres aussi à con- 
fondre les Juifs. La plus ancienne légende où apparaisse un Juif comme 
témoin immortel de la Passion de Jésus est peut-être une légende italienne 
d'après laquelle un Juif appelé Malc aurait donné à Jésus, sur le chemin de 
la croix, un soufflet avec un gant de fer, et aurait été condamné par Jésus 
à vivre sous terre, tournant éternellement autour d'une colonne. Ce n'est 
pas encore le Juif errant. Un témoin remarquable de la Passion de Jésus 
apparaît pour la première fois dans un récit de Mathieu Paris recueilli de 
la bouche d'un archevêque d'Arménie venu en Angleterre en 1228. D'après 
ce récit, un payen, portier du prétoire de Ponce-Pilate, du nom de Car- 
taphilus, avait frappé Jésus du poing au moment où Jésus était entraîné 
par les Juifs et lui avait dit : Va donc plus vite. A quoi Jésus répondit : 
Je vais,' et toi tu attendras que je vienne. Cartaphilus, repentant, se fit 
baptiser sous le nom de Joseph ; c'est un saint homme, il demeure en Ar- 
ménie, il rajeunit tous les cent ans et il attend, pour mourir, le retour de 
Jésus. Mais cette histoire, où le témoin n'est pas un Juif, resta à peu près 
inconnue; les mystères du moyen âge, les prédicateurs, les poètes ne la 
connaissent pas. Ce n'est qu'au commencement du xvn e siècle que naît, en 
Allemagne, la vraie légende du Juif errant. L'Antéchrist était apparu en 
Orient, on attendait en Occident le jugement dernier, les circonstances 
étaient donc favorables à Téclosion d'une légende. En 1602 parut en Alle- 
magne une Courte Relation et récit d'un Juif nommé Ahasvérus, qui avait 
assisté au crucifiement de Jésus, et qui avait raconté son histoire à Ham- 
bourg, en 1547, à Paul d'Eitzen, plus tard évêque protestant du Schleswig. 
La légende, dans sa nouvelle forme, était, dans tous les cas, d'origine pro- 
testante. Ahasvérus raconta qu'il avait été cordonnier à Jérnsalem; que 
Jésus, sur le chemin de la croix, voulut se reposer devant sa maison, mais 
qu'il l'en chassa, et que Jésus lui dit : Tu marcheras jusqu'au jugement 
dernier. Depuis ce temps, Ahasvérus parcourait le monde, ne pouvant 
s'arrêter nulle part, ne pouvant pas mourir. Il parlait toutes les langues ; 
il était bon, triste, on ne l'a jamais vu rire, et quand ou lui offrait de l'ar- 
gent, il ne pouvait prendre que deux schilling, qu'il distribuait immédiate- 
ment aux pauvres. Il est plus que probable que l'auteur anonyme de cette 
relation l'a inventée en s'appuyant sur le récit de Mathieu Paris, et que 
l'intervention de Paul d'Eitzen est purement fictive. La même année 1602 
parut en Allemagne un récit à peu près semblable (Relation singulière d'un 
Juif né à Jérusalem, nommé Ahasvérus, etc.), signé du pseudonyme 
Chrisostomus Dudelaeus Westphalus. D'Allemagne, le récit du Juif errant 
passa en France, où il fut répété, dès 1604, par un avocat de Paris nommé 
Bouthrays. Il se répandit ensuite dans tous les pays européens. Sa vogue 
fut incroyable, la littérature populaire, l'imagerie s'en emparèrent, des 
milliers de publications, de gravures répandirent le nom et l'histoire du 
pauvre Juif ; on le voit en personne.il n'y a pas de villes où il ne fasse de 
temps en temps une apparition. Plusieurs traits de la légende se modi- 
fièrent. En Belgique, le Juif ne s'appela plus Ahasvérus, mais Isaac 
Laquedem (de l'hébreu kédem, « orient » ou « ancien »?). Dans une publi- 
cation allemande de 1640, on racontait qu'Ahasvérus frappa Jésus avec la 
forme d'un soulier (puisqu'il était cordonnier), et on ajoutait qu'il se fit 
chrétien et s'appela Buttadeus (M. G. Paris suppose que ce mot signifie 
« boute Dieu », c'est-à-dire qui boute, pousse Dieu dehors; voir Neub , 
note 23). Les anciennes légendes avaient permis au Juif-errant de s'arrêter 
un peu dans ses courses à travers le monde; plus tard, il faut qu'il marche 
sans trêve ni repos ; autrefois il mangeait, très peu, il est vrai; maintenant 
il n'a plus besoin de manger, et ses vêtements se conservent indéfiniment. 
Un des traits les plus curieux de la légende nouvelle, ce sont les éternels 
cinq sous que le Juif-errant a toujours en poche et qui se renouvellent sans 



?08 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cesse. Le plus souvent il est triste, quelquefois cependant, quand il s'anime 
au récit de ses voyages, il a la note gaie et populaire. « Messieurs, le 
temps me presse... Adieu la compagnie! » (Neub., 41). — « Je donnerai 
tout mon quibus, Pour monter dans un omnibus ; Mais cinq sous ne suffi- 
sent plus, C'est six sous que réclame Un cocher sans âme. » (Neub., 37.) 
Le grand mérite du travail de M. Neubaur est dans la bibliographie, 
qui offre des renseignements précieux sur toutes les publications relatives à 
cette singulière légende et que l'auteur s'est donné la peine de recueillir 
dans toutes les bibliothèques d'Europe. 

Perreau (Pietro). Appendice ail' Oceano délie abbreviature e sigle ebraiche, 
chaldaiche, rabbiniche, talmudiche, cabalistiche, rituali, geografiche, de 
titoli di libri, di nomi d'autori, délie iscrizioni sepolcrali, etc., etc., collo 
loro varie soluzioni. Parme, édition autographiée à 60 exemplaires, papier 
écolier, de ix-102 p. 

Continuation et complément excellent du précédent ouvrage de M. Per- 
reau sur les abréviations de la littérature rabbioique. C'est un manuel très 
utile, et qui rendra des services aux personnes les plus exercées à déchiffrer 
ces petites énigmes. 

Rawigz (M.)- DerTraktat Megilla nebst Tosafat [sic] vollstândig ins Deutsche 
ùbertragen. Francfort-s./-M., libr. Kauffmann ; Ettenheim, impr. Leibold, 
in-8° de(2)-117p. 

Traduction populaire du traité Megilla du Talmud, dans le sens de 
Raschi, avec indication, en note, d'un certain nombre de remarques des 
tosafot. 

Renan (Ernest). Nouvelles études d'histoire religieuse. Paris, libr. Cal- 
mann-Lévy, in-8° de xxi-533 p. 

Il est superflu de dire que ce livre a, comme tout ce que fait M. Renan, 
la grâce et le charme. Beauté de la forme, richesse et nouveauté de la 
pensée, vaste et solide érudition, tout y est. M. Renan a des philtres sa- 
vamment composés, dont l'action est sûre et l'enchantement souverain. La 
plupart des articles qui composent ce volume, et dont quelques-uns sont 
inédits, échappent à notre compétence. Voici la liste de ces articles : La 
méthode expérimentale en religion; Paganisme; Mythologie comparée; 
Premiers travaux sur le bouddhisme ; Nouveaux travaux sur le boud- 
dhisme ; Les traductions de la Bible ; Les téaziés (pièces de théâtre) de la 
Perse; Joachim de Flore et l'Evangile éternel; François d'Assise; Une 
idylle monacale au xin° siècle (Christine de Stammeln) ; L'art religieux ; 
La congrégation De auxiliis ; Un mot sur le procès de Galilée ; Port-Royal; 
Spinoza (conférence tenue à La Haye le 12 février 1877, deux centième 
anniversaire de la mort de Spinoza). Cette conférence a été publiée à part 
à l'époque où elle a été tenue. Elle est un des plus beaux hommages qui 
aient été rendus au célèbre philosophe. L'article sur les traductions de la 
Bible est un des plus courts et des moins importants du recueil. 

Rodkinsohn (M.-L.). Der Schulchan Aruch und seine Beziehungen zu den 
Juden und Nichtjuden, ins deutsche ùbersetzt von D. Lôwy. Wien, libr. 
D. Lôwy, in-8° de 68-x p. 

Roi (J.-F.-A. de le), pasteur. Die Evangelisclie Christenheit und die Juden 
unter dem Gesichtspunkte der Mission geschichtlich betrachtet. l or vol. 
Carlsruh et Leipzig, libr. H. Reuther, in-8° de xiii-440 p. 

Histoire des missions protestantes pour la conversion des Juifs au chris- 
tianisme. L'auteur a été autrefois au service de la Société des missions, de 
Londres. L'Introduction est consacrée en partie à la bibliographie. L'ou- 



BIBLIOGRAPHIE 309 

vrage le plus important, avant celui de M. de le Roi, sur l'histoire des 
missions chrétiennes parmi les Juifs, est celui du Danois Kalkar (Copen- 
hague, 1868; allemand, 1869), dont une nouvelle édition, très augmentée, a 
paru à Copenhague en 1881. M. de le R. cite encore Israël and the Gen- 
tiles, par Isaak da Costa, Londres, 1880, et les journaux suivants : Blâtter 
fur Mission, publié chez Klinkhardt, à Leipzig; Saat und Hoffnung (tri- 
mestriel), publié depuis 1863 par D. Delitzsch, à Leipzig, puis à Erlangen ; 
Dibre Emeth, publié depuis 1845 par J. C. Hartmann, puis par l'auteur (à 
Breslau) ; The Jewish Expositor, publié par la Société des missions de 
Londres, 1816-1831, remplacé par The Jewish Intelligence; le Missionsblatt 
des Rheinisch-Westfâlischen Vereins fur Israël, publié à Barmen depuis 
1843; Die Mission unter Israël (trimestriel), publié par R. Vormbaum, à 
Cologne, 1863-1875. 

Le récit de la propagande protestante parmi les Juifs commence natu- 
rellement au xvi e siècle, avec Luther. L'auteur montre que le moyen âge, 
avec sa haine et ses persécutions contre les Juifs, ne pouvait penser un 
instant à les convertir autrement que par la violence (p. 17; il n'est pas 
exact de dire que là rouelle ou le vêtement particulier que portaient les 
Juifs furent d'abord inventés pour les protéger; ils datent officiellement du 
concile de Latran, de 1215, et furent uniquement inventés pour isoler les 
Juifs). La conduite de Luther envers les Juifs ressemble à celle de Maho- 
met. Comme le prophète arabe, il espère d'abord convertir les Juifs, il se 
montre envers eux affectueux et sympathique ; puis, quand il s'aperçoit de 
leur résistance, il s'irrite, s'emporte, les accable d'injures, leur déclare une 
sorte de guerre d'extermination. Il a pu croire qu'un médecin juif était venu 
de Pologne pour l'empoisonner (p, 27), mais nous sommes étonné que M. de 
le R. ajoute foi à une pareille fable; il n'y a pas de trace, dans la littéra- 
ture juive, d'une hostilité des Juifs contre Luther. Calvin et Zwingle s'oc- 
cupent peu des Juifs, et, en somme, les premiers essais de conversion se 
montrèrent à peu près infructueux. Au xvn e siècle commencent les ef- 
forts des savants pour étudier la littérature juive et y puiser des arguments 
pour la controverse. On lira avec beaucoup d'intérêt le jugement de l'au- 
teur sur Eisenmenger (p. 82). « Cet ouvrage est néanmoins un acte d'in- 
justice envers les Juifs, car il ne recueille que ce qu'il y a de mauvais et 
de singulier dans la littérature juive et néglige tout ce qui est bon... Le 
public chrétien, qui trouvait ici un vaste matériel scientifique composé 
d'extraits, et qui ne pouvait pas connaître la partialité qui avait présidé au 
choix de ces morceaux, devait emporter de la lecture de cet ouvrage un 
sentiment de haine profonde contre les Juifs. . . On doit regretter bien plus 
encore que le livre d'Eisenmenger ait été continuellement et jusqu'à nos 
jours exploité par tous les ennemis chrétiens des Juifs, pour fournir sa*ns 
cesse un nouvel aliment à la judéophobie. • Nous voudrions seulement 
ajouter, et nous sommes convaincu que M. de le R. finira par partager 
cet avis, que la véritable et grande falsification commise par Eisenmenger 
est moins encore dans le choix exclusif de ses extraits que dans l'ab- 
sence de toute critique historique et scientifique et dans cette erreur 
perpétuelle qui consiste à attribuer à tous les Juifs de toutes les époques, 
comme doctrine de la synagogue, ce qui était opinion individuelle, souvent 
jeu d'esprit et pure fantaisie. Il nous est impossible de suivre M. de le R. 
dans son récit à travers le xvn e et le xvm e siècle. Ce que nous avons dit 
de son livre montre assez l'importance des matériaux réunis par l'auteur et 
l'intérêt de ses recherches savantes. 

Saadia Al-Fajûmis Arabische Psalmenùbersetzung. Nach einer Mùnckner 
Handschrift herausgegcben und ins deutsche ùbertragen von D r H. S. 
Margulies ; erster Theil, Breslau, in-8°. 

Un grand nombre de passages de la traduction et du commentaire sur 
les psaumes de R. Saadyah, gaon du Fayyoum, ont été publiés par 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Schnurrer, Haneberg et Ewald. Un jeune savant, M. Margulies, a choisi 
pour sa thèse de doctorat l'édition de cette traduction et de ce commentaire 
(Pourquoi M. Margulies ne met-il pas sur le titre Ubersetzung und 
Cominentar ?) des premiers vingt chapitres avec traduction allemande et 
notes copieuses, soit pour expliquer les mots arabes, soit pour donner les 
sources talmudiques que Saadyah suit parfois dans sa traduction. Les 
comparaisons des passages de ce commentaire avec ceux qu'on trouve dans 
l'ouvrage philosophico-théologique Kilâb al-Amânâth w-al-I'tiqâdâth, 
du même auteur, quoi qu'il en soit, sont superflus pour prouver que notre 
commentaire sur les psaumes est en effet de Saadyah ; personne ne l'a 
jamais contesté. 

L'édition est faite d'après deux manuscrits, dont l'un de Munich et l'autre 
d'Oxford ; les variantes sont données dans les notes. Pour une édition 
définitive de tout le commentaire, le manuscrit de Londres sera indis- 
pensable pour fixer les bonnes leçons sans avoir recours aux conjectures. 
Je saisis cette occasion d'appeler l'attention de M. Margulies sur le fait 
suivant. M. Nutt, l'éditeur des opuscules de Hayyuj (traduction de Moise 
Giqatilia) et du commentaire sur Isaïe d'Eliézer de Beaugenci, et l'auteur 
d'un mémoire sur l'histoire et la littérature des Samaritains, avait l'inten- 
tion de publier la traduction et le commentaire de Saadyah avec une 
traduction anglaise ; à cet effet il avait acquis la copie que feu Ch. 
Rédiger avait faite du manuscrit de Munich, colla tionnée avec le manus- 
crit d'Oxford, en y ajoutant des notes critiques. Ne serait-il pas utile que 
M. Margulies fit usage du travail du grand orientaliste, et qu'il acquît la 
copie de M. Nutt? — A. N. 

Saint-Yves d'Alveydre. Mission des Juifs. Paris, libr. Calmann-Lévy, 
in- 8° de 947 p. En tête, portrait de l'auteur. 

L objet de ce livre est défini par l'auteur en ces termes (p. 15) : « Récon- 
ciliation de la science et de la religion judéo-chrétienne, rapprochement des 
corps enseignants religieux et civils, distinction de l'Autorité et du Pouvoir, 
limitation de la politique par trois pouvoirs sociaux et spéciaux. » Et dans 
la conclusion qui termine son livre : « La constitution de la paix judéo- 
chrétienne doit se faire dans un congrès européen, composé des délégués 
de tous les cultes judéo-chrétiens, des délégués de tous les tribunaux euro- 
péens, des délégués de tous les syndicats économiques de l'Europe (p. 937— 
938). Ces délégués représentent les trois pouvoirs que l'auteur appelle les 
trois pouvoirs sociaux de la Synarchie, et qui sont fondés respectivement 
sur la science ou la sagesse, sur la justice, sur la magistrature locale, ou, si 
nous comprenons bien, sur le gouvernement par soi-même ou l'économie uni- 
verselle (p. 624). L'auteur retrouve ces institutions dans la Bible et en partie 
même dans le Judaïsme post-biblique (voir, par exemple, p. 473). Par l'or- 
ganisation de leurs communautés actuelles (l'auteur se trompe sur la nature 
de ces communautés, p. 611 et suiv.), par leurs vertus domestiques et les 
vertus de la famille, les Juifs réalisent en partie la Synarchie, ils sont le 
levain d'un monde affaibli et énervé (p. 611-627). C'est en reconstituant 
l'Europe sur le modèle de la Synarchie moïsiaque, avec le concours de 
tous les clergés, et du clergé juif en particulier, que l'on remplacera, en 
Europe, le règne de la violence et de l'iniquité par le règne de la justice. 
C'est, comme on le voit, l'ancienne idée de la paix universelle, rêve des 
prophètes hébreux, et l'auteur est lui-même une sorte de prophète, un Isaïe 
qui a appris les mathématiques et qui habille ses visions de formules trans- 
cendantes. Mais ces visions sont généreuses et nous pouvons souhaiter 
qu'elles deviennent des réalités. 

Schnedermann (Georg), Docent à l'université de Bâle. Das Judenthum und 
die chrislliche Verkùndigung in den Evangelien. Leipzig, libr. J.-C. 
Hinrichs, in-8° de iv-282 p. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

L'auteur suit pas à pas les relations des Juifs avec Jésus dans le qua- 
trième évangile, puis dans les évangiles de Marc, de Matthieu et de Luc. 
Il étudie ensuite les différentes couches de la société juive et les idées qui 
y régnent, et enfin le rôle et la personne de Jésus dans leurs rapports avec 
les Juifs. Le mérite de ce travail est surtout dans la richesse des informa- 
tions et la recherche minutieuse du détail. Il ne semble pas que l'auteur ait 
aussi bien réussi à grouper les matériaux qu'il a réunis avec un zèle si 
méritoire et à interpréter les faits. Quand on a lu son chapitre sur les Pha- 
risiens et les Sadducéens, on s'imagine qu'on en sait un peu moins qu'au- 
paravant sur ces deux célèbres partis juifs, et dans tous les cas, beaucoup 
de traits importants, qui achèvent de les peindre, ont été omis par M. S. 
11 a bien raison de se demander pourquoi Jésus fut crucifié; nous sommes 
absolument d'accord avec lui qu'il ne suffit pas de dire que ce fut parce que 
Jésus ne répondait pas aux espérances du peuple juif dans le rétablisse- 
ment de leur pouvoir temporel, ou parce qu'il apparut au peuple juif comme 
un blasphémateur. Mais il nous paraît beaucoup moins certain que ce fut 
« parce qu'il repoussa l'autorité particulariste de la Loi et du Peuple de Dieu, 
la considéra comme un pur rêve, réduisit à néant la justice et la législation 
particularistes, et non seulement exprima la nécessité et la possibilité d'un 
Messie et fils de Dieu souffrant pour l'humanité entière, mais devint la re- 
présentation personnelle de ce Messie » (p. 273). Il est permis de se de- 
mander si les causes de l'insuccès de Jésus parmi les Juifs ne furent pas 
beaucoup plus simples et plus natui elles, et si véritablement les Juifs étaient, 
à cette époque, si exclusifs et si particularistes que le pense M. Schn. On 
pourrait trouver qu'il y a, dans le passage que nous avons cité, plus de pré- 
jugés théologiques que de vérités historiques, et nous croyons qu'en général 
le travail de M. Schn., quelque sérieux qu'il soit, n'échappera pas tout à 
fait au reproche de n'être pas assez affranchi des préoccupations reli- 
gieuses. Ces préoccupations se trahissent, à notre sens, dans tous les pas- 
sages du livre où l'auteur nous montre tout le judaïsme palestinien se dres- 
sant en face de Jésus et toutes les forces sociales soulevées et conjurées 
contre lui. N'est-ce pas grossir considérablement un événement dont les 
suites furent considérables, mais qui alors parut peut-être beaucoup moins 
important? 

Scènes de la vie juive dessinées d'après nature, par Bernard Picart (1663- 
1733). Paris, libr. A. Durlacher, in-f° ; 15 gravures reproduites en hélio- 
gravures chez Dujardin, imprimé chez Chardon. 

Les dessins des Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples, 
de B. Picart sont célèbres, on sait que cette collection comprend un assez 
grand nombre de dessins concernant le culte israélite et dessinés d'après 
nature en Hollande. L'éditeur des Scènes de la vie juive a rendu service 
à l'histoire et à la littérature juives en reproduisant la plupart de ces dessins 
et en confiant l'exécution de ce travail délicat à un artiste comme M. Du- 
jardin, dont les merveilleux fac-similés sont célèbres dans toute l'Europe. 
Les planches reproduites dans ce recueil, et dont quelques-unes sont assez 
rares, contiennent les sujets suivants: t. Cérémonie du Schofar (dans 
la synagogue, après la lecture de la loi); 2. Office de Yom-Kippour, rite 
allemand (les assistants sont couverts des vêtements mortuaires, selon 
l'usage) ; 3. Fête de Souccoth (vraie scène flamande, jolis ornements de la 
souccah) ; 4. Procession des Palmes; 5. Office de Simhat Torah (dessin 
du tabernacle ouvert, rouleaux de la loi avec leurs robes et leurs orne- 
ments); 6. On reconduit le hatan-torah et le hatan-bereschit (torches allu- 
mées en tête, foule de curieux) ; 7. La recherche du levain (à la veille de 
Pâque ; très curieux intérieur de maison) ; 8. Le Séder (veille de Pâque) ; 
9. Cérémonie nuptiale, rite allemand (en plein air; harpiste, musiciens, 
curieux sur les toits) ; 10. Cérémonie nuptiale, rite portugais (sous un beau 
dais, dans un appartement, cérémonie du vase brisé) ; 11. La circoncision; 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

12. Le rachat du premier né; 13. Les Hakafoth autour du cercueil, rite 
portugais; 14. La dernière pelletée de terre; 15. Exposition de la loi (on 
lève le rouleau de la Loi dans la synagogue) ; 16. Béuédiction des Cohanim. 
En outre, sur le titre, se trouve une belle gravure d'un juif portant les 
teûllins. Nous recommandons aux amateurs de belles gravures cet intéres- 
sant recueil si remarquablement exécuté. L'éditeur, qui est le libraire de 
notre Bévue, n'a rien épargné pour qu'elle soit digne de figurer dans les 
plus rares collections ; nous l'engageons, pour la rendre plus accessible au 
public, à la faire précéder d'une introduction explicative. 

Schœnfeld (Adolpli). Recitativc und Gesânge, Lob- und Danklieder zum 
Vortrage am ersten und zweiten Abende des Uebersckreitungsfestes 
[Pâque] ; s. 1., chez l'auteur, à Posen, iu-4° de 39 p., musique et paroles 
allemandes. 

Soignie (Jules de). Les mauvaises langues du bon vieux temps. Mons, 
libr. Dequesne-Masquillier, 1883; in-8° de 40 p. Extrait des Annales du 
Cercle archéologique de Mons. 

Il va sans dire que ces mauvaises langues n'épargnèrent pas les Juifs. 
L'auteur rappelle d'abord la fameuse histoire du Saint Sacrement arrivée 
en 1370, et qui eut pour suites le supplice d'un grand nombre de Juifs et 
l'expulsion de tous les Juifs du duché de Brabant. Après les expulsions 
des Juifs de France en 1306 et en 1321, quelques-uns d'entre eux reçurent 
l'hospitalité à Mons. M. Th. Lejeune (dans ses Annales du cercle archéol. 
de Mons, t. VII et t. XIV) a raconté la conversion au christianisme de 
l'un d'eux. Ils étaient placés sous la surveillance de quatre chrétiens, qui 
devaient être présents et voir ce qui se passait dans leur congrégation. En 
1322, le Juif converti dont nous venons de parler fut accusé d'avoir percé 
une image de la Vierge placée dans le monastère de Cambron ; il fut mis 
à la question, mais comme il n'y avait qu'un seul témoin contre lui et qu'on 
ne put lui arracher aucun aveu, il fallut lui rendre la liberté ; mais en 1320, 
la Vierge offensée apparut à un octogénaire paralytique nommé Jean le 
Flameng et le chargea de la venger en combat singulier. Le combat eut 
lieu le 8 avril, et quoique le Juif fût d'une taille de géant, il va sans dire 
qu'il fut outrageusement vaincu. Le premier coup de Flameng fait sauter 
au loin le bâton de son adversaire, un second coup le renverse. La défaite 
du Juif était la preuve de sa culpabilité, il est pendu par les pieds au- 
dessus d'un bûcher allumé qui consume lentement son corps. Le miracle 
fut consacré par l'érection d'une chapelle, par les poètes, les peintres, les 
imagiers, les chroniqueurs, et enfin les échevins d'Estinnes et de Bray choi- 
sirent pour emblème distinctif de leur sceau communal la scène principale 
du miracle, celle où le Juif perce l'image de la Vierge. M. de S. a donné 
un dessin de ce sceau. 

Spitzer (Sam). Ueber Baden und Bader bei den alten Vôlkern namentlich 
bei den Ilebràern, Griechen und Rômern. Bolivar, impr. J. Flcischmann, 
[1883], in-8° de vi-42 p. Tirage à part des Studien und Kritiken de 
M. Grûnwald. 

Etude sur l'usage et la nature des bains chez les anciens, principale- 
ment chez les Juifs. L'auteur examine d'abord quels sont les motifs (reli- 
gion, hygiène, plaisir) qui ont amené l'usage des bains; puis quels ont été 
les différents bains usités. Celte étude est loin de présenter une histoire 
complète du sujet, mais on y trouvera des indications intéressantes. 

Stragk (Ilerm.-L.). Ilebraischc Grammatik mit Uebungsstùcken, Literatur 
und Vokabular zum Selbstunterricht und fur den Unterricht. Carlsruh 
et Leipzig, H. Routher, 1883 ; in-8° de xiv-163 p. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

Steinitz (Clara). Die Hâssliche, Roman in 3 Bânden. Berlin, libr. Freund et 
Jeckel, in-8° de 143 + 161 + 205 p. 

Roman très intéressant où figurent plusieurs des personnages juifs. Le 
chapitre intitulé Die Rebbezin (la rabbine) est un des plus jolis de l'ou- 
vrage. 

Die Teufelskralle, eine dùstere Erzâhlung von Eins-t fur Jetzt; zur Ge- 
schichte der Blutopfer. Leipzig, libr. Kôssling, in-8° de 36 p. 

Cet ouvrage a été écrit à l'occasion du procès de Tisza-Eszlar. L'auteur 
veut montrer que des assassinats religieux se sont quelquefois commis chez 
les chrétiens, et il en donne comme preuve les deux faits suivants : 1° A la 
suite de l'excitation religieuse que produisit, en Europe, la Révolution 
française et la persécution du clergé catholique en France, un certain 
Pœschl créa en Bavière, vers 1814, une secte appelée « les frères et les 
sœurs en prière », dont les adeptes furent bientôt saisis d'une sorte de fré- 
nésie et immolèrent un grand nombre de personnes comme victimes of- 
fertes à Dieu (voir Salât, Versuche ùber Supernaturalismus, Sulzhach, 1823 ; 
Zillener, Die Pœschlianer, dans Ztschr. f. Psychiatrie, 1860; Widemann, 
Thomas Pœschl, dans Bohemia, Prague, 1877); 2° Vers la même époque, 
un certain Josef Glanz créait, en Suisse, une secte portant le même nom 
ou celui de « Schwârmer », dont les membres s'imaginaient qu'ils portaient le 
Christ en eux et poussèrent le mysticisme jusqu'à la folie. Une des femmes 
de la secte tua un jour un grand nombre de personnes de sa famille pour 
offrir leur sang à Dieu (voir Johannes L. Meyer, Schwârmerische Greuel- 
scenen... zu Wildenspruch, Zurich, 1824). Mais il ne faut pas exagérer la 
portée de ces faits. Ils furent l'œuvre de fous furieux, égarés sans doute 
par le sentiment religieux, mais qui n'étaient pas responsables de leurs 
actes. 

Viollet (Paul). Précis de l'histoire du droit français accompagné de notions 
de droit canonique et d'indications bibliographiques. 1 er fascicule, les 
sources, les personnes. Paris, libr. Larose et Forcel, in-8° de xi-330 p. 

Le chapitre iv du livre II est consacré aux Juifs (p. 301 et suiv.). 
M. Viollet a fort bien caractérisé les différentes phases par lesquelles ont 
passé les Juifs depuis le commencement du moyen âge : la période de la 
tolérance plus ou moins bienveillante, accompagnée d'humiliations légales; 
la période des persécutions (baptêmes forcés, spoliations, expulsions), puis 
émancipation graduelle. Il est clair que dans cette revue sommaire, M. V. 
n'a pu indiquer que les faits principaux; il les a marqués, en général, d'un 
trait net et précis. Nous ne savons s'il est juste de dire que les Juifs 
. jouirent librement, eu France, du droit de propriété (p. 306); nous pensons 
aussi que si M. V. avait pu étudier dans le détail l'affaire des Juifs d'Al- 
sace, sous Napoléon I or , il en aurait parlé un peu autrement qu'il ne le 
fait. Poujol est beaucoup trop passionné pour servir d'autorité en ces ma- 
tières. Les indications bibliographiques de M. V. auraient pu quelquefois 
être mieux choisies, elles sont bonnes néanmoins et en somme suffisantes. 

Wolf's linguistiches Vade mecum, das ist eiu3 alphabetisch und systema- 
tiscli geordnete Handbibliothek ausgewâhllcr Werke und Abhandlungen 
auf dem Gebietc der Linguislik. — I. Orientalia, Americana, etc. Leipzig, 
impr. Emil Herrmann, s. d. (1884 ; voir la couverture, p. 2). 

On trouve dans cet ouvrage un certain nombre de renseignements biblio- 
graphiques sur la litléruture judaïque, mais nous craignons que le hasard, 
bien plutôt qu'une recherche méthodique, ait présidé au choix des ouvrages 
de science juive signalés dans ce Vade-mecum. 

Ziegleb. (Léo). Bruschstùcke einer Vorhieronymischen Ubersetzung des 



U I REVUE DES ETUDES JUIVES 

Pentateuchs aus einem Palimpseste der K. Hof- und Staatsbibliotbek zu 
Mùnchen, mit eiuer photo-litbographiscben Tafel. Municb, Theod. 
Riedel, 1883 ; in-4° de xxx-87 p. 



Publications en Russie décrites par M. D. de Gunzbourg. 



miifa S""nn 02> Û^bïin '0 Psaumes avec les 613 miçvot dans l'ordre de 
Maïmonide et du rfb'CJ, et les ubpto!"! *P3> et les motifs des 613 miçvot, 
par Sender Polir, de Kobryn. Varsovie, cbez Alapin, 1879 ; in-8° de 
215 p. 

Edition des Psaumes sans les accents, avec sommaire allégorique en tête 
de chaque chapitre et commentaire prolixe. Les psaumes sont analysés de 
façon à y retrouver tous les 613 commandements. Beaucoup d'emprunts faits 
sérieusement aux allégories de fantaisie des docteurs. Labeur patient, sans 
valeur et sans intérêt. 

"irnia nWltt '0 La destruction de Betbar, 2° édition augmentée, par Kal- 
man Scbulmann. Vilna, libr. V e Romm, 1884, in-8° de 128 p. 

La première édition a paru il y a vingt-cinq ans et a été épuisée en un 
an. Un avant-propos met en relief la haine d'Adrien pour les Juifs et dit 
que la religion juive ordonne d'être fidèles au gouvernement, quelqu'il 
soit. Tel est, dit l'auteur, le but du livre. 

L'introduction (qui faisait partie de la l re éd.) est consacrée à l'histoire 
de Bar Cochba, en vue de faire comprendre le roman, qui n'est, comme 
l'avoue l'auteur lui-même, qu'une paraphrase de l'Israelitischer Musen- 
Almanach du D r Samuel Meir, rabbin de Hechingen. 

Ouvrage patriotique et religieux. Nous y retrouvons les qualités et les dé- 
fauts ordinaires du style de M. Schulman, c'est-à-dire la facilité et l'élégance 
à côté de la prolixité et de l'inexactitude. Nous y relevons des mots comme 
ni3>573 pour dire mégère, sorte de calembour que notre auteur affectionne 
particulièrement. En somme, lecture agréable. 

3b*UP VF " ,, "D ta [ '0 Histoire universelle, par Kalman Scbulman. Vilna, impr. 
V° Romm, 1883, in-8° de 205 p. 

Huit.ème et probablement dernier volume de l'Histoire universelle de 
K. Schulman, œuvre à laquelle il attache un grand prix. Ce volume con- 
tient un aperçu de la littérature et de la science européennes à partir de 
Heine et Bœrne jusqu'à l'année dernière, puis un résumé des événements 
qui se sont passés en Allemagne, en Autriche et en Russie depuis la 
guerre de France. Plus de la moitié du volume est consacrée à l'histoire 
de la Turquie et surtout de la dernière guerre d'Orient. Toujours le 
même style facile, élégant et ampoulé. Absence d'idées, ignorance des faits, 
compilation sans ordre et sans système, oublis impardonnables, détails 
surabondants. Ce n'est pas un livre, c'est un cahier d'écolier. Utile pour- 
tant en Russie, où nombre de personnes s'initient par des ouvrages de ce 
genre aux progrès de la science moderne et puisent dans de semblables 
lectures le goût pour l'étude. 

•^-nn bsn& rrnbm '0 "IN imn iTûbn, par Klaczo. Varsovie, cbez Hins, 
1883, in-8°de 16 + 96 p. 

L'auteur, maître d'école à Rostow sur le Don, expose dans une courte 
préface (en russe et en hébreu) le but et le plan de l'ouvrage, qui, en vue 
d'économiser à l'élève le temps nécessaire pour se familiariser avec la Bible, 
lui présente le Pentateuque sous forme d'un livre de lecture selon la mé- 



BIBLIOGRAPHIE 315 

thode d'Ahn ou d'Ollendorf. La langue de M. K. est assez pure, le choix des 
morceaux assez heureux, le système assez pralique; c'est un bon manuel; 
mais tous ces manuels portent des coups sensibles à l'étude approfondie des 
textes et éloignent l'enfant de la connaissance de la Bible. 

^OISîl Le voyageur, par Baer Hoffmann. Vilna, chez Katzenellenbogen, 
1883, in-16*de 144 p. 

Compilation géographique absurde, fourmillant d'erreurs matérielles (la 
girafe a vingt pieds de haut, elle a des cornes de quatre coudées, etc.), en 
dépit de la haute opinion que M. Hofman a de son livre (Y. la préface)- 

■pNfl ""DIDi par Michel Gordon. Varsovie, chez Baumritter, 1884, in- 16 de 
58 -j- 108 p. 

Satire amère de l'ignorance et de la fatuité de maint auteur, qui en im- 
pose par une science de mauvais aloi, un fatras indescriptible de paroles e) 
un « pilpul » creux. Beaucoup d'esprit et de malice. 

dlBïl npbln 'O, par Moïse Kohn Reichersohn. Vilna, chez Fin, Rosenkranz 
et Schriftsetzer, 1884, in-8° de 176 p. 

Ce volume forme la 3° partie de la grammaire hébraïque de M. Reicher- 
sohn, un des derniers Û^b^dTïSfa. Le premier volume, sur les voyelles, a 
paru il y a vingt ans; le deuxième, sur les verbes et les particules, a été 
imprimé il y a onze ans; celui-ci, qui parle du nom, vient de sortir des 
presses de Vilna; le quatrième, qui traite de la syntaxe, est encore en 
manuscrit. C'est une œuvre intéressante et complète, mais qui, malheu- 
reusement, laisse de côté l'origine et la transformation historique des 
flexions et des désinences. Sa place est néanmoins marquée dans la biblio- 
thèque de tout hébraïsant. Ce livre est surtout appelé à rendre de grands 
services en Russie, où la pureté de la langue commence à s'altérer. 



Publications pouvant servir à Vhistoire du Judaïsme moderne. 



ma dttï "înd The crown of a good Name, a brief account of a few of the 
Doings, preachings and compositions on Sir Moses Montefiore's natal 
day, november 8., 1883. Publié par M. IL Guedallah. 1 er fascicule : 
Londres, impr. Werlheiner, in-8° de 71 p. 

Contient un choix de lettres de félicitations adressées à sir Moses 
Montefiore à l'occasion de son centenaire. Ces documents sont en grande 
partie en hébreu ou bien le texte original est accompagné d'une traduction 
hébraïque. Ils comprennent, entre autres, un télégramme de S. M. la reine 
d'Angleterre et un autre de S. H. le duc d'EJimboug. 

Auerbach (Berthold). Briefe an seinen Freund Jakob Auerbach. Ein bio- 
graphisches Denkmal ; mit Vorbemerkungen von Friederich Spielhagen 
und dem Ilerausgeber. Francfort-s./-M., libr. Rùtten et Lœning ; 2 vol. 
in-8° de xvn-413 -f- 482 p. 

Baumbach (Karl). Eduard Lasker. Biographie und letzte ôfïentliche Rede ; 
ferner drei Gedenkeblâtter von H. Rickert, Albert Hânel, Rudolf Gneist, 
und Nekrolog ; mit Portràt. Stuttgard, libr. Levy et Mùller, in-8° de 
32 p. 

Demidoff (Prince) San-Donato. The Jewish Question in. R^ssia,. Transla- 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ted from thc Russian » . . by J. Micliell, H.-M. consul, St. Petersburgh. 
Londres, Darling, in-8° de vi-105 p., plus 2 tableaux. 

Heine (Heinrich). Memoiren und neugesammelle Gedichte, Prosa und 
Briefe, mit Einleitung, herausggb. von Eduard Engel. Hambourg, Hoff- 
mann et Campe, in-8° de 359 p. 

Heine (Henri). Mémoires, traduction de J. Bourdeau. Paris, libr. Calmann- 
Lévy, in-12 de xvi-142 p. 

Signalons à l'occasion de cet ouvrage un article de M. Montégut sur 
Henri Hèinc, dans un des derniers numéros de la Revue des Deux Mondes. 

Jellinek (Ad.). Aus der Zeit, Tagesfragen und Tagesbegebenheitein. — 
I. Série. Budapest, impr. Sam. Markus, in-8° de 90 p. 

Rosenthal (Lud\vig-A.). Lazarus Geiger, seine Lehre vom Ursprunge der 
Sprache und Vernunft und sein Leben. Stuttgart, libr. Scheible, in-8° de 
xn-156 p. 

Lazarus Geiger est né à Fraucfort-sur-Mein, en 1829, il est mort eu 
août 1870, il fut attaché comme professeur à la Realschule israélite de 
Francfort; M. R. nous donne la liste de ses travaux de philosophie et de 
philologie qui ont acquis une grande célébrité en Allemagne. 

Strodtmann (Adolf). H. Heines Leben und Werke, 3 e édit. Hambourg, 
Hoffmann et Campe, 2 vol., in-8° de 712 + 460 p. 

Wolff (Arthur). Zur Erinnerung on Eduard Lasker. 2 e édit., Berlin, libr. 
Pohl, in-8° de 61 p. 



Périodiques, 



Titobn mm Beth-Talmud (Wien, mensuel). 4 e année, n° 2. Friedmann : 
Les divisions du Pentateuque (suite). — Jacob Brill : Promulgation 
de la Loi et écriture de la Loi . — N. Brill : Notes talmudiques (suite). 

— Jacob Reifmann : Notes talmudiques et midraschiques (suite). — 
Salomon Buber : Notes de littérature rabbinique. — H. Oppenheim : 
Aggadot. = = N° 3. Friedmann : Sur l'enterrement d'un Noachide dans 
un cimetière israélite. — Oppenheim (suite). — N. Brill (suite). — 
J. Reifmann (suite). — Meir Kohn Bistritz : Notes sur le Midrascb rabba. 

— Joël Mùller : Consultations rabbiniques (Cémah gaon, R. Nahschon, 
Saadia, R. Amram, Natronaï, etc.). == N° 4. Friedmann (suite). — 
Jacob Brill, H. Oppenheim, N. Brill : Notes talmudiques. — J. Reifmann : 
Notes sur le Midrasch Tillim. — J. Mùller : Consultations (suite ; Sche- 
rira, R. Amram, R. Hillaï, etc.). 

nntîïl Haschachar, Die Morgenrothe (Wien, périodicité non indiquée). 
11 e année, n os 11 et 12. David Kahana : Etude historique et archéolo- 
gique sur Salomon. — Maassé Merkaba, par Rubin. — Hollub : Histoire 
des médecins juifs. == 12° année, n° 1. Voyage de Salomon Rinman 
dans l'Inde, en Birmanie et en Chine, arrangé et annoté par W. Schur. 

— David Kahana : Se fer maassé ibn Béschef (sur Firkowitsch et les Ca- 
raïtes). = = N os 2, 3. Rinman (suite). — Kahana (suite). 



BIBLIOGRAPHIE 317 

Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 

(Paris, trimestriel). 4 e série, tome XI. == = Juillet-septembre 1883. Victor 
Guérin : Les populations diverses du Liban. — P. 381, mention d'un 
opuscule de M. Clermont-Ganneau, intitulé : Epigraphes des ossuaires 
juifs trouvés aux environs de Jérusalem. ===== Octobre-décembre 1883. 
Barbier de Meynard : Notice sur le congrès des orientalistes de Leyde. 
— P. 469. L'académie proroge à l'année 1886 le prix sur la question 
suivante : Faire rémunération complète et systématique des traductions 
hébraïques qui ont été faites au moyen-âge, d'ouvrages de philosophie 
ou de science, grecs, arabes ou même latins. — P. 472. Annonce du prix 
sur la question suivante : Classer et identifier autant qu'il est possible 
les noms géographiques de l'occident de l'Europe qu'on trouve dans les 
ouvrages rabbiniques depuis le X e siècle jusqu'à la fin du xv°. Dresser 
une carte de l'Europe occidentale où tous ces noms soient placés, avec 
signes de doute, s'il y a lieu. (On sait que ce prix a depuis été décerné à 
notre ami M. Ad. Neubauer.) 

Jùdisches Litteraturblatt (Magdebourg, hebdomadaire ; supplément à la 
Wochenschrift). 13« année. ===== N° 1. Luther und die Juden. == = 
N°2. Kroner : Postcript zu den bisherigen Urtheilen ùber Prof. Delitzsch's 
Schrift Schachmatt. == N° 3. A. Lewin : Sùskind von Trimberg. — 
Herzfeld : Référât ùber sein Buch « Einblicke in das sprachliche der 
semitischen Vorwelt. = = N° 4. Lewin (suite). — Herzfeld (suite). = 
= N° 5. Treitel : Kompert's gesammelte Schriften. — Kroner : Collec- 
tanea (zur Pesikta des R. Kahana). = = N° 6. Treitel (suite). = = N° 7. 
A. Nager : Die 70 Gottesnamen. = = N°8. Lord Byron und seine Hebrew 
Mélodies. — Lewin : Sùsskind, etc. — Nager (suite). — Kroner : Col- 
lectanea (b^pItaûN). === N° 9. Die Juden in Bosnien. == N° 10. 
Kroner : Collectanea (fiOSTl3>ft). = = N° 11. Lewin : Justus Judenspiegel. 
— Kroner : Collectanea. = = N° 12. Lewin (suite). = = N° 13. Lewin 
(suite). — 0. Strachun : Massoretische Bemerkungen. ===== N° 15-16. 
Lewin (suite). — Reinheiner : Zur Geschichte der Juden in Odernheim. — 
Juden in China. — Caro : Toleranz im Alterthum (Ascheri). ===== N os 18 
et 19. Aus dem socialen Leben im jùdischen Alterthum. — Lewin 
(suite). — Rens : Zur Erklarung biblischer Eigennamen. = ■== N 0s 20, 
21 et 22. Aus dem socialen Leben (suite). — Lewin (suite). — Die Syna- 
gogen der Talmudzeit. ===== N os 23 à 26. L. Stein : Berthold Auerbach's 
Briefe. — Lewin (suite). ===== N ÛS 27 et 28. Der Process des ragusinichen 
Israeliten Isaak Jesurun im Jahre 1622. — Lewin (suite). — Kroner : 
Collectanea OpT^û). = = Rothschild : Alte Stimmmen ùber juden- 
feindliche Ankalgen. — Lewin (suite). — Der Process... 1622 (suite). 
===== N e 30. Lewin (suite). — Berliner Rabbinen. 

Israelietische Letterbodc (Amsterdam, sans périodicité déterminée). 
8 e année, p. 149 et suiv. : Die Masora (suite). — Steinschneider : Aus 
Handschriften (préface de Juda Natan à la traduction de l'ouvrage de 
médecine d'Abu s-Salt Omajja, mort 1133-34, et commencement de l'ou- 
vrage. ===== 9 e année, p. 1 à 156. J.-D. Wijnkoop : Essay on the signifi- 
cation of the word ïin^. — Die Masora (suite). — L. Wagenaar : De 
Talmud en de oudste geschiednis van het Christendom. 

Magazin fur die Wissenschaft des Judenthums (Berlin, trimestriel). 
10 e année, 2° et 3° trim. D. Hoffmann : Ueber die Mânner der Grossen 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Versammlung. — II. Gross : Das handschriftliche Werk Assufot. — II. 
Ilhsehfeld : BemerkUngen zu Jehuda ibn Tibbons Uebcrsetzung des 
Bûches Al-Cbazark. — M. Steinscbneidcr : Mediciniscbe Handschriflen. 
— M. Horwitz : Zur Biographie Josef Sâlomo Delmedigo's. = = N° 4, 
manque. as es 11 e année. 1 er trim. Gabor Goitein : Das Leben und Wir- 
ken des Patriarchen Ilillel. — D. Hoffmann : Bemerkungen zur Kritik 
der Mischna. — Ravitzki : Ueber den Kaiserschnitt im Talmud. 

Populiir wissenschafiliche Monatsblatfer (Francfort-sur-Mein, men- 
suel). 4 e année (1881). = === N° 1. Ad. Rosenzweig : Das babylonische 
Exil und das Jahrhundert nach demselben. — J.-S. Bloch : Von der Ele- 
mentarschule und dem Erziehungswesen des Alterthums. = = N° 2. Das 
Neujahr der Baume. — Bloch (suite). — Rosenzweig (suite). = = N° 3. 
Der Saragossa Purim in Jérusalem. — Bloch (suite). — Rosenberg : Die 
ethische Tendenz im geschichtl. und gesetzlich. Teile der Eibel. — Ro- 
senzweig (suite). = = N° 4. Rosenzweig (suite). == == N° 5. Adolf Cre- 
mieux. — Rosenzweig (suite). = = N os 6 et 7. M. Dessauer : Humanitât 
im Judentum. — Mannheimer : Einige Reflexionen ùber den 2. Kreuzzug 
von 1146. — Adolf Cremieux 's Kindheit. =2= N° 8. Selver : D 1 ' Leo- 
pold Zunz, zum 10. August. — Levin : Der Getthojude vor dem Titusbo- 
gen in Rom. — Les chroniques de ce journal sont excellentes, remplies 
de faits et de renseignements précis. 

Monatssclirift fur Gesrhichte und Wissenschaft des Judenthums 

(Krotoschin, mensuel). 32 e année, n° 13. W. Bâcher : Die Agada der 
Tannaiten. — J. Landsberger : Geschichte der Juden in Breslau ; 
Abschn. I, bis zur grossen Verfolgung im Jahre 1349. — S. Bach : Die 
Fabel in Talmud und Midrasch. — Egers : Aus einem Briefe von Prof. 
Kaufmann (sur une poésie d'Abr. ibn Ezra). — = 33° année, n° 1. Graetz : 
Exegetische Studien zu den Salomonischen Sprùchen. — Leop. Lôw : 
Der synagogale Ritus. — D. Kaufmann : Muammar as-Sulami und der 
unbekannte Gaon in Ibn Esra's Jesod Mora. = = N° 2. Frankl : Ueber 
die Stellung der deutschen Juden innerhalb der gesammten Judenheit. 
— S. Back (suite). — Graetz : Notizen (Die Frau des Turnus Rufus ; Die 
Bedeutung des Verbums y^ ; Mar Samuels Kalenderkunde). == N° 3. 
Graetz : Ueberbleibsel der sabbatianischen Sekte in Salonichi. — Egers : 
Akrosticha mit besonderer Berùcksichtigung der Dichtungen Abraham 
ibn Esra's. — W. Bâcher : Die Agada der Tannaiten. es si N° 3. Leop. 
Lôw : Der synagogale Ritus. — S. Back (suite). — W. Bâcher (suite). == 
== N° 4. Graetz : Exeget. Studien zu den Salom. Sprùchen (suite). — 
L. Low (suite). — W. Bâcher (suite). — Louis Neustadt : Zur Geschichle 
der deutschen Juden im xvi. Jahrhundert (expulsion des Juifs des duchés 
d'Ansbach et Bayrculh, 1515). as sa N° 5. Graetz (suite). — D. Kauf- 
mann : Jehuda Ilalevi und die Lehre von der Ewigkeit der Welt. — 
L. Lôw (suite). — W. Bâcher (suite). — Alex. Kohut : Die Auflôsung 
eines talmudischen Rébus. — Harkawy : Notiz (Fragments anciens de 
manuscrits bibliques dans une écriture carrée très spéciale et dont on n'a 
pas encore vu de spécimen, apportés de Rhodes par un matelot grec ; 
des fac-similés photographiques seront prochainement publiés). tes=as 
N° 6. Graetz (suite). — S. Back (suite). — W. Bâcher (suite). — Egers : 
Aus Moses b. Esra's Diwan. = = N° 7. Graetz (suite). — Low (suite). — 
D. Kaufmann : Muammar, etc. suite). 

israelitische Monatssclirift (Berlin, supplément à la Jûd. Presse). Année 



BIBLIOGRAPHIE 819 

1884, n° 1. Das Schilo iin Segen Jakobs. == N° 8. Ed. Baneth : Der 
Synagogenkalender und sein Verhaltniss zum bùrgerlichen Kalender. == 
as N° 3. Feilchenfeld : Ein scliwieriger Psalmvers und ein vermisster 
Psalm. = = N° 4. Zur Pessach-IIaggadah. — Feilchenfeld (suite). aâ = 
N 0s 5 et 6. H. Hirschfeld : Das Chazarenreich. 

Mosè, Antologia israelitiea (Corfou, mensuel). 7 e année. == N 0s 1 et 
2. P. Perreau : Intorno al comento inedito ebreorabbinico de R. Immanuel 
ben Salomo sopra Giobbe. = = N os 3 et 4. Senatore Francesco Perez : 
Sopra Filone Alessandrino e il suo libro detto La sapienza di Salomone. 

— M. Mortara : Origine del accusa del cibarsi di sangue umano nelle 
agapi dei primi cristiani. — Perreau (suite). == — N° 5. Perez (suite). == 
=± N° 6. Perreau (suite). — Perez (suite). 

Palestine Exploration Fimd (Londres, trimestriel). Janvier 1884. C- 
W. W. : Notes to accompany a map of the late Rev. F. W. Holland's 
journey from Nukl to Ain Kadeis, Jebel Magrah and Ismaila. — Captain 
Conder : Hamathite and Egyptian ; Hittite geography; Jérusalem at the 
Kings ; Disc stones ; Pillar or garrison ? — Lawr. Oliphant : The Khur- 
bots of Carmel. — Col. Sir C.-W. Wilson : Récent Biblical Research in 
Palestine, Syria and Asia Minor. — H.-B.-S. W. : The nameless cily 
and Saul's journey to and from it. — H. -G. Tomkins : Egyptology and 
the Bible. — H.-G. Tomkins : The forteress of Canaan. — W.-F. Birch : 
Ilidings-Places of Canaan ; Notes on prœ-exilic Jérusalem ; The wathers 
of Shiloah; The city of David and Josephus. — E. Flecker : Ilebrew ins- 
criptions. — P. Mearns : The site of Emmaus. — Clermont-Ganneau : 
Two inscriptions of King Nebuchadnezzar on Libanon. — Clermont- 
Ganneau : Genuine and false inscriptions in Palestine. — = Avril 1884. 
Professor Hull's letters. — Hull : Narrative of an expédition through 
Arabia Petrsea, the valley of the Araba and Western Palestine. — Letter 
from capt. Kirtchener. — On the relations of land and sea in the isthmus 
of Suez at the time of the Exodus. — M. Maspero's work in Egypt. — 
Pillar or Garrison? — The nameless city. 

Revue de l'histoire des religions (Paris, bimestriel). — = 4 e année, 
tome VII, n° 3. E. Beauvais : L'Elysée transatlantique et l'Eden occi- 
dental, première partie. — Maurice Vernes : Les débuts de la nation 
juive, chap. i er , Epoque dite des Juges, débuts de Saûl. = = N°4. M. Ni- 
colas : Etudes sur Philon d'Alexandrie. — J. Menant : Le panthéon 
assyro-chaldéen. — A. Kuenen : Esdras et l'établissement du Judaïsme. 
= = N° 5. Michel Nicolas : Etudes sur Philon d'Alexandrie. — Maurice 
Vernes : Les débuts de la nation juive, chap. n, Etat social et politique. 

— A. Bouché-Leclercq : Les oracles sibyllins traduits (livres II et III, 
première partie). — P. 669 et suiv., signale : 1° dans Archives des 
missions scientifiques, t. IX, Premiers rapports sur une mission en 
Palestine et en Phénicie entreprise en 1881, par Clermont-Ganneau; 
2° Erler, Les persécutions contre les Juifs au moyen-âge, dans Archiv 
fur Katholisch. Kirschenrecht, 1882, fasc. 4-5, suite. = == N° 6. E. Beau- 
vais : L'Elysée transatlantique, etc., suite. — Maurice Vernes : Les dé- 
buts, etc. (suite), chap. ni et dernier-, Les Israélites constitués en nation 
par Saùl et David. — Michel Nicolas : Etudes sur Philon d'Alexandrie, 
cinquième et dernier article. — P. 783, signale : François Lenormant, 
Kittim, étude d'ethnographie biblique, dans Revue des questions histo- 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

riques, 1 er juillet 1883; p. 787; par le môme, Les inscriptions hittites, 
dans Journal des savants, juin 1883. = = Tome IX, n° 1. L. Massebieau : 
Les sacrifices ordonnés à Carthage au commencement de la persécution 
de Décius. = = N°. 2. A. Bouché-Leclercq : Les oracles sibyllins (fin). 

— P. 235 et suivantes, signale : Karl Budde, Die biblische Urgeschichte, 
Giessen, 1883; «Samuel Berger, La Bible française au moyen-âge, Paris, 
1884 ; Rosseuw Saint-Hilaire, Etude sur l'ancien-testament, Paris, 1884 ; 
A. de Chambrun de Rosemont, Essai d'un commentaire scientifique sur 
la Genèse, Paris, 1884. = = N° 3. Edouard Montet : Les origines de la 
croyance à la vie future chez les Juifs. — J. Lieblein : Le mythe d'Osiris. 

— Le comte Goblet d'Alviella : Etudes d'histoire religieuse contempo- 
raine ; Harrison contre Spencer ; sur la valeur religieuse de l'inconnais- 
sable. — P. 371, signale : John Viénot, Etude critique des renseigne- 
ments parallèles du livre des Rois et du prophète Isaïe sur le règne 
d'Ezéchias. — P. 415, signale : C. Seligmann, Das Buch der Weisheit 
des Jésus Sirach in seinem Verhâltnisse zu den salomonischen Sprùchen, 
Breslau (1884?). 

Studîen und Kritiken (herausgegeben von D r M. Grùnwald ; Belovar, 
trimestriel). Ce journal remplace le Centralbatt, édité précédemment par 
le même. P. 83 et suiv. (formant le commencement de cette publication, 
pagination faisant suite au Centralblatt). Leop. Eisler : Einiges zur Text- 
kritik des Midrasch Tanchuma. — A. Roth : Die Grundprincipien der 
Ethik im Judenthume. — Spitzer : Ueber Baden und Bàder bei den alten 
Hebrâern, Griechen und Rômern. — Grùnwald : Zur Etymologie des 
Wortes yw. == Juillet-sept. 1883. Sepp : Das Kriegstheater von 
Bethar beim Aufruhr des Simon bar Cochba. — Carmina inedita et raris- 
sima ediderunt M. Grùnwald et Antonino Caznacich. Elegia Jacopi Flavii 
Eborensis seu Didaci Pyrrhi Lusitani. — Steinschneider : Candia, literar- 
historische Skizzen (traduit de l'italien). == Oct.-déc. 1883. Spitzer 
(suite). 

Magyar-Zsido Szemle (Budapest, mensuel, en hongrois). l re année. = = 
Janvier. S. Kohn : Sur les Juifs et les Hongrois au temps de l'arrivée de 
ces derniers ; extrait de l'ouvrage préparé par M. K. sur l'histoire des 
Juifs en Hongrie. — A. Hochmuth : Rapports entre le judaïsme et le 
christianisme dans les deux premiers siècles. — D. Kaufmann : L'anti- 
sémitisme. — L. Paloczi : Etat de la civilisation en Hongrie, principa- 
lement chez les Juifs, d'après les publications officielles relatives au 
dernier recensement. =='= Février. A. Hochmuth (suite et fin). — J. 
Goldziher -. La science biblique et la vie religieuse moderne. — A. Ko- 
hut : Mitatron-Mitra. — I. Lœw : Sur une nouvelle traduction hongroise 
des Psaumes. — Catéchismes juifs, liste chronologique (ajouter : 1. Nou- 
veau précis élémentaire d'instruction religieuse et morale à l'usage de la 
jeunesse française israélite, par Michel Berr ; Nancy, impr. et libr. A. 
Paullet, 1839, in-8° de xvi-102 p. ; 2. Jacques Auscher : Nouveau caté- 
chisme à l'usage de la jeunesse israélite; Besançon, 1868). — D. Kauf- 
mann : Du catéchisme juif. — Paloczy (suite). == Mars. I. Goldziher 
(suite). — E. Neumann : Le dogme juif. — L. Paloczy (suite). — H. Bloch : 
Recension du nouvel ouvrage de Gregorovius sur l'empereur Adrien. — 
Un document de l'an 1800 par lequel l'empereur François refuse à la com- 
munauté israélite de Pest, jusque-là dépendante de celle d'Alt-Ofen, le 
droit d'avoir un rabbin à elle. s= = Avril. Kayserling : Recension de l'ou- 



BIBLIOGRAPHIE 321 

vrage de M. de Castro sur les pierres tumulaires d'Ouderkerk. — M. Sza- 
lardi : La population de la capitale d'après les confessions. — Lettres 
russes, I. — S. Karman : Principes et système de l'enseignement reli- 
gieux. = = Mai. H. Bloch : Les ancêtres des Juifs et les Hyksos. — 
M. Wettmann : Une nouvelle complication dans la législation du ma- 
riage (au sujet du mariage des prosélytes). — Paloczy (suite). — A. 
Schwarz : L'organisation de la communauté juive à Bade. ===== Juin. 
D. Kauffmann : Le 90 e anniversaire de la naissance de L. Zunz. — D. 
Banoczi : L'académie des sciences de Hongrie. — Kardos : Recension du 
Judenspiegel publiée par Karl von Amira. — Deux documents relatifs aux 
Juifs de Hongrie et à leur action patriotique, l'un du 3 avril 1848, signé 
de Pulski, au sujet des émeutes contre les Juifs ; l'autre du 6 août 1849, 
après la répression du mouvement révolutionnaire ; amende de 50,000 fl . 
imposée aux Juifs de Szegedin et d'une autre localité. 

Il Vessillo israelitico (Casale-Monferrat, mensuel) . 32 e année. = = 
N° 1. P. Perreau : Grammatica e litteratura neo-ebraica. — L. Chirtani : 
Li editori Trêves. = = N° 2. P. Perreau : L'impero degli Hitti. = = 
N° 3. E. Benamozegh : Dei taamim. — P. Perreau (suite). = = N° 4. 
Perreau (suite). = = N° 5. E. Benamozegh : Bimetallismo e monométal- 
lisme nella Misna. — Perreau (suite). == = N 03 6 et 7. Benamozegh 
(suite). — L. Luzzatto : Libri ebraici stampati a Mantova, etc. 

Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft. (Leipzig, 
trimestriel). 37 e vol. 3° fascicule. Guidi : Beitrâge zur Kenntniss des neu- 
aramàischen Fellihi-Dialektes. — D.-H. Mùller : Sabâische Inschriften 
entdeckt und gesammelt von Siegfried Langer. — Stickel : Zur orienta- 
lischen Sphragistik. — Fr. Prâtorius : Tigrina-Sprùchworter. — J. Lobe : 
Noch einmal zur Gesch. der Etymologie von Qéos. — E. Mayer : Ursprung 
der sieben Wochentage. — W. Bâcher : Hebrâisches ~kaf und arabisches 
(punktirtes) Ma. — Imm.Lôw : Tosefta - herausgg. von D r M.-S. Zucker- 
mandel. — Imm. Lôw : R. Payne Smyth, Thésaurus syriacus. = = 
Fasc. 4. M. Steinschneider : Die Parva naturalia des Aristoteles bei den 
Arabern. — Theodor Nôldeke : Untersuchungen zur semitischen Gram- 
matik. — Julius Euting : Epigraphiches. — Ed. Sachau : Ueber den 
Palmyrensichen vo>o<; TeXwvixdç. — Th. Nôldeke : Duval's Dialectes néo- 
araméens de Salamâs. === 38° vol. Fasc. 1. R. Roth : Wo wàchst der 
Soma? — E. Reyer : Altorientalische Métallurgie. 

Zeitschrift des deutschen Palàstina-Vereins (Leipzig, périodicité non 
indiquée). Vol. VI, fasc. 4. A. Socin : Bericht ûber neue Erscheinungen 
auf dem Gebiete der Palâstinaliteratur. — K. Budde : Die hebr. Lei- 
chenklage. — M. Griïnbaum : Bemerkungen. — H. Guthe : Neue Funde 
in Nabulus, = = Vol. VII, fasc. 1. G. Gatt : Bemerkungen ûber Gaza 
und seine Umgebung. — G. Schick : Das altchristliche Taufhaus neben 
der Kirche in Amwas. — A. Leskien : Die Pilgerfahrt des russischen 
Abten Daniel ins heilige Land 1113-1115. = = Fasc. 2. Eijub Abëla : 
Beitrâge zur Kenntniss aberglàubicher Gebrâuche in Syrien. — J.-H. 
Mordtmann : Beitrâge zur Inschriftskunde Syriens. — Karl Marti : Das 
Thaï Zeboim, Sam. I, 13, 18. — M. Grùnbaum : Nachtrâgliches zu Na- 
bulus und Garizim. 

Zeitschrift fur die alttestamentliche Wissenschaft (Giessen, se- 
mestriel). Année 1884, fasc. 1. Vollers : Das Dodekapropheton der 
T. VIII, n° 16. 21 



322 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Alexandriner (fin). — Franz Delitzsch : Ueber den Jahve-Namen. I. Uc- 
ber die Aussprache des Tetragrammaton ; II. Der Name FnïT bei Lao-tse. 
— Cari Siegfried : Die Aussprache des Hebraischen bei Hieronymus. — 
C -II. Cornill : Die Gompositionen des Bûches Jesaja. — G. -H. Cornill : 
Capitel 52 des Bûches Jeremia. — Oscar Droste : Iliob, 19, 23-27. — Paul 
Wurster : Zur Characteristik und Geschichte des Priestercodex und Ilei- 
ligkeits Geselzes. — Julius Grill : Beitrâge zur hebr. Wort-und Namen- 
erklàrung. I. Ueber Entstehung und Bedeutung des Namens Jérusalem. — 
B. Stade : Miscellen (Jes. 4, 2-6; Jer. 3, 6-16; Habakuk). r= = Fasc. 2. 
Rud. Smend : Anmerkungen zu Jes. 24-27. — M. Wolff : Zur Charekte- 
ristik der Bibelexegese Saadia Alfajjûmîs. — E. Nestlé : Zu Daniel. — 
B. Stade : Miscellen (Rient., 14; Jes., 32-33; Wie hoch belief sich die 
Zahl der unter Nebucadnezar nach Babylonien deportirten Juden ?). — 
W. Nowack : Bemerkungen ùber das Buch Micha. — Karl Budde : Seth 
und die Sethiten. — Bibliographie (E. Schwabe, S nach seinem Wesen 
u. Gebrauche im A. T. Canon, Halle 1883 ; Kiepert, neue Handkarte von 
Palœstina 1 : 800,000, 4° édit., Berlin, 1883 ; E. Slapfer, La population de 
la Palestine au i or s., dans Rev. théol., Montauban, 1884; Aurès, Essai 
sur le système métrique assyrien, dans Rec. des travaux relatifs à la 
philolog. et à l'archéol. égypt. ; St. Guyard, Quelques remarq. sur la 
prononciat. et la transcript. de la chuintante et de la sifflante en assy- 
rien, dans Ztschr. f. Keilschriftforschung, 1884 ; Haupt, Beitrâge zur 
assyr. Lautlehre, dans Nachr. v. d. K. Gesellsch. d. Wiss. zu Gottingen, 
1883 ; Schrader, Zur Frage nach der Ausspache der Zischlaute im Ba- 
bylon. - Assyrisch., dans Ztschr. f. Keilschriftforsch., 1884; le même, 
Zur Frage nach dem Ursprunge der altbabylon. Cultur, dans Abhdl. d. K. 
pr. Akad. d. Wiss. zu Berl., 1883). 



The hebrew language \iewed in the light of assyrian research, by 

D r Frédéric Delitzsch, professor of assyriology in the university of Leipzig ; 
Williams and Norgate, London, 1883, pet. in-8°, p. xn et 73. 



Sous ce titre M. Frédéric Delitzsch a réimprimé avec de nouveaux 
développements une série d'articles qu'il avait publiés l'année der- 
nière dans YAthenœum. En écrivant ces articles, il se proposait de 
prouver l'importance de l'assyriologie pour l'exégèse biblique et de 
montrer quelle lumière les études assyriennes répandent sur la lexi- 
cographie hébraïque. Hâtons-nous de dire que la lecture de ce petit 
livre laisse la conviction que l'auteur a atteint le but qu'il visait. 
L'assyriologie est assurément une science nouvelle qui n'a pas 
encore trouvé sa voie définitive et qui doit avancer prudemment, 
mais, dès maintenant, elle est assez riche en résultats acquis, non 
seulement pour se recommander aux hébraïsants, mais aussi pour 
prendre place dans les travaux de grammaire sémitique comparée. 



BIBLIOGRAPHIE 323 

La neuvième édition du dictionnaire hébreu de Gesenius que les 
éditeurs, MM. Mùhlau et Volck, avaient la prétention de mettre au 
courant des progrès de la science moderne, laisse prise à la critique 
dans nombre d'étymologies qui y sont données (voy. l'article de 
M. Paul de Lagarde dans les Qotting. Gelehrte Anzeige, 1884, n° 7). 
M. Delitzsch fait ressortir, de son côté, combien de fausses pistes les 
auteurs auraient évitées, s'ils avaient connu les travaux des assy- 
riologues. Un écueil que signale avec raison M. D. et dont les hébraï- 
sants et les assyriologues eux-mêmes ne savent pas assez se garder, 
est la fâcheuse tendance à demander à l'arabe la solution des pro- 
blèmes linguistiques qu'on ne peut résoudre qu'en remontant le 
plus possible vers la source même du sémitisme. Des divers ra- 
meaux du groupe sémitique, l'assyrien est celui qui possède les 
documents les plus anciens et les plus nombreux, il est aussi plus 
proche parent de l'hébreu que l'arabe et, peut-être aussi, que l'ara- 
méen. Les sifflantes sont les mêmes (il faut cependant admettre 
quelques exceptions, puisqu'à l'hébreu nb, prince, correspond l'as- 
syrien Scharru, p. 55). L'assyrien ayant conservé la distinction 
du heth explosif, qui se change en spiritus Unis et du heth fricatif 
qui conserve sa prononciation rauque, sert de contrôle aux étymo- 
logies des mots hébreux qui ont cette gutturale ; ainsi : j-nn, se 
réjouir, n'est pas la même racine que l'arabe "hada, parce que l'as- 
syrien 'hadu a un heth fricatif; l'hébreu fins signifie ouvrir et 
graver, l'assyrien qui a perdu la gutturale dans le premier sens, 
mais qui l'a conservée dans le second, montre que l'hébreu a con- 
fondu deux racines différentes. En outre, la déportation des tribus 
de Juda en Babylonie a donné lieu à l'introduction dans le texte 
sacré d'un certain nombre de mots assyriens, comme les noms des 
mois, des astres, etc. Enfin, un grand mérite de l'assyrien est d'avoir 
conservé, soit dans les noms, soit dans les verbes, des racines qui 
se sont usées en hébreu et ont disparu, à un ou deux dérivés près 
dont le sens devient très difficile à fixer ; tels sont notamment : 
nnrrnrnN = meurtre du glaive, Ezéch., xxr, 20, d'après l'assyrien 
aàahu ; d^ — pièges, Jug., n, 3, d'après l'assyrien saddu; ixûs 
ù-bnsri = pied des collines, Nomb., xxi, 13 ; la racine bnT, à côté du 
sens de « fumier », a celui d'« élever » et non pas de « demeurer », 
comme l'a montré M. Stanislas Guyard dans le Journal asiatique, 
1878, t. II, p. 220. Telle est, à grands traits, l'analyse du livre de 
M. Delitzsch. 

Quelque précieux que soit le secours de l'assyrien, on ne doit pas 
cependant l'accepter sans contrôle, et il sera prudent de se méfier 
des nouvelles étymologies qui ne seraient pas suffisamment étayées 
ou qui seraient contredites par la comparaison des autres lan- 
gues sémitiques. Parmi celles que propose M. D., nous prendrons 
quelques exemples propres à justifier cette remarque. 

Jusqu'à présent on avait considéré avec la Genèse, n, 23, le mot 



31\ HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

msN, femme, comme le féminin de -àw homme ; le radical était 

T • 

crtf, devenu au féminin n^N par assimilation du noun à la consonne 
suivante et au masculin râ'W par allongement de la voyelle, une 
consonne finale ne pouvant faire entendre le redoublement qu'occa- 
sionne l'assimilation. M. D., p. 9, rejette cette explication; selon lui 
■ô^N vient d'une racine lâia avec schin naturel, signifiant « être fort », 
tandis que ï-juîn appartient à une racine îÊaN « être faible », avec schin 
chuintant correspondant au tav de l'araméen et de l'arabe, comme 
nous le verrons plus loin. M. D. voit un argument en faveur du sens 
d'œ être fort » qu'il prête a la racine tb^n dans le mot •jiiâ^N qu'on 
traduit ordinairement par prunelle de l'œil ; c'est une erreur, pré- 
tend M. D., le sens de prunelle ne repose que sur le rapproche- 
ment de fîrôM et de jij dans des passages tels que Deut., xxxii, 10, 
mais il ne peut convenir à d'autres passages comme les suivants : 
*p?"Tû ïiiù^p Wûffli Ps., xvii, 8, qu'on devrait traduire : conserve moi 
comme la prunelle de la prunelle de l'œil, ï^td signifiant par lui- 
même « prunelle de l'œil », Lament., n, 18. Que viendrait faire, en 
outre, ■jiioifl! dans le verset rtbgKirtW liiB^a» Prov., vu, 9? Peut- on 
dire raisonnablement la prunelle d'une nuit obscure? Ces passages 
montrent que 'fiÊrw est l'équivalent de ùa*, force, qui prend le sens 
de même, Exod., xxiv, 10 ; cette manière de voir est confirmée par 
l'assyrien îschânu. Les passages cités ci-dessus doivent donc être 
traduits ainsi: Deut., xxxii, 10, il le garda comme son œil même; 
Ps., xvii, 8, garde-moi comme la prunelle même de Vœil; Prov., vu, 9, 
même dans la nuit et Volscurité. Mais M. D. n'a pas pris garde que la 
prunelle de l'œil se dit en arabe insân-eWaïn, et que insân, i^iz^a, 
est formé du radical ÙJ3N, homme, au moyen du suffixe an, comme 
l'hébreu ■p'râ'W est formé de &$ au moyen du suffixe analogue on ; 
ces expressions, )y_ fi^a en hébreu et insân-el-* aïn en arabe, rap- 
pellent la petite image d'homme que reflète la prunelle de l'œil. Que 
dans un sens figuré, le mot prunelle ait désigné l'essence ou la qua- 
lité dominante d'une chose et soit parfois synonyme de notre ad- 
verbe « même », personne n'y contredira. On sait que le mot fg t 
œil, a fréquemment ce sens figuré en arabe ; on dirait très bien en 
arabe l'œil de la nuit, comme on disait en hébreu la prunelle de la 
nuit et comme nous dizions le milieu de la nuit. En hébreu y.Z a é & a " 
lement le sens d'aspect ou de face s'appliquant à des objets, Gese- 
nius, Thésaurus, p. 1018, c. %d. Le mot fiiai^ ne prouve donc rien 
en faveur d'une racine iz^N. Si cette racine est à la base du mot &$, 
on sera étonné de voir que les autres formes de ce mot sont em- 
pruntées à une racine iddn ; le pluriel ordinaire est û^n, l'état 
construit ^N, le puriel d'analogie û"HD">N ne se rencontre que 
trois fois dans la Bible et dans des parties qui ne sont pas des plus 



BIBLIOGRAPHIE 325 

anciennes : Isaïe, lui, 3 ; Ps., 141, 4 ; Prov., vin, 4. Si les mots ©^ 
et iai5N appartiennent à deux racines différentes, au lieu d'être deux 
formes diverses [fiH et fi*âl) d'une même racine, on sera amené à 
conclure que l'hébreu a pris pour exprimer l'idée d'homme deux 
racines diamétralement opposées, puisqu'à l'une on attribue le sens 
d'« être fort *>, et à l'autre, le sens d'à être faible ». De plus, la racine 
tû'W est inconnue à l'araméen et à l'arabe qui ont les formes : «tôaiS 
et 'piûsS en araméen, et &5N, 'jtftoiN et to^5 en arabe. La difficulté 
naît des formes du féminin singulier ; suivant une loi de phoné- 
tique établie par de nombreux exemples, le scliin chuintant hébreu 
répond en araméen à un tav aspiré et en arabe à un t n a ou tav 
marqué de trois points, tandis que le schin naturel hébreu a pour 
équivalent un schin en araméen et un sin en arabe. Or l'hébreu ;nm 
femme est représenté par les formes NnrnN ou Nnn5tf en araméen et 
Tùà en arabe. Mais, phénomène bizarre, au pluriel l'araméen fait 
apparaître un schin et l'arabe un sin : yrçpjj, emph. ^3, const. içû en 
araméen, ^bs et "jNiipp en arabe, répondant à l'hébreu îriDS femmes, 
const, TÊi. Il résulterait donc de la comparaison de ces formes que 
le schin du singulier jrréîj était chuintant tandis que celui du pluriel 
ùitâi ne l'était pas. Sommes-nous en présence de deux racines diffé- 
rentes, comme le suppose M. D. ? Il est bien plus naturel de chercher 
une autre raison du changement de prononciation de cette radicale. 
Le pluriel a sans doute la prononciation primitive du schin, car il 
appartient à ces formes archaïques qui ne distinguent pas le fémi- 
nin du masculin par une terminaison propre. D'un autre côté, l'é- 
thiopien qui n'a conservé le mot que dans ses formes féminines a le 
sin aussi bien au singulier qu'au pluriel : nipSM, femme, pi. fettMti 
ÉWntoï* ou jonbSK. Le changement du schin naturel en schin chuin- 
tant dans le singulier araméen, s'explique par l'influence du tav du 
suffixe du féminin, arma ou fiin'pîJN. L'arabe irûN unf'a est un élatif 

t : t : : — — : ••. 

qui a pris le sens de femelle et a formé un pluriel spécial; il suppose 
une forme primitive inusitée int h at pour insat par changement de s 
en t h à cause également du tav final. 

P. 40-42, M. D. nie que la racine 'iftS ait le sens de noir et sombre 
qu'on lui prête pour expliquer divers dérivés, notamment -tes 
prêtre. L'assyrien donne le sens de renverser à terre, vaincre, le 
prêtre est donc celui qui se jette à terre pour adorer. Le verset bi- 
blique, Lam., v, 10, nTJaSp ^warp ttni*, ne signifie pas 4 notre peau 
est devenue noire comme un four », mais « notre peau a été 
vaincue comme un four », c'est-à-dire, « est devenue sans puis- 
sance ou a perdu sa vigueur et sa force de résistance par le brûle- 
ment de la famine ». Une explication aussi cherchée suffit à con- 
damner la nouvelle étymologie fondée sur l'assyrien. M. D. termine 



326 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en disant : « Le syriaque *p503, triste, affligé, confirme l'exactitude 
de mon idée ». Mais, s'il avait lu l'article du Thésaurus de Payne- 
Smith sous ce mot, il n'aurait pas manqué de trouver des expres- 
sions qui le contredisent : amtoi wabit, image sombre, fcmïïS abus, 

t • : t : - T .. T ._ 

vallée obscure, nt»3 fcobb, nuit noire, bï"nïh an^ais Nptt^y les som- 

t • : t : • •• : t • : V : 

bres profondeurs du Schéol, dans lesquelles le sens de noir ne prête 
pas au doute. 

Il semble bien difficile de rechercher l'idée primitive qui a donné 
naissance aux mots archaïques qui appartiennent aux premières 
éclosions des langues. Pour les noms de parenté le doute est 
presque de commande ; l'assyrien convaincra difficilement que ria, 
frère, «jnn beau-père viennent d'une racine signifiant « protéger », 
que dN mère se rattache à l'idée de « large, spacieux », parce que 
l'assyrien ummu signifie « le ventre, le réceptacle spacieux de l'en- 
fant. » N'est-ce pas plutôt le mot « ventre », qui dérive de celui de 
« mère », comme en araméen fcoaitotf, moule, (lat. matrix) et a^a ou 

T T T - 

&ott nfctf, réservoir d'eau, que le Thésaurus syriacus ponctue à tort 
!"P2N pour le syriaque de Néh., n, 14 et Sir., xxiv, 30 ? 

Pour rester dans le même ordre d'idées, nous terminerons par la 
nouvelle étymologie que M. D. propose pour l'hébreu nb3, fiancée et 
bru. Sur l'autorité de l'assyrien kallâtu, il rejette les explications 
anciennes de ce mot qu'il dérive de la racine abs, enfermer. Le mot 
kallâ aurait désigné d'abord la chambre où l'on tenait enfermées les 
jeunes filles, puis par métaphore la fiancée elle-même, comme en 
arabe 'haram, gynécée et femme, et en allemand Frauenzimmer. C'est 
aux assyriologues à décider pourquoi l'assyrien kallâtu ne pourrait 
pas être ramené à une racine bbs, mais il n'est guère possible de 
songer à une autre racine pour l'hébreu ï-ibs et l'araméen abs. Les 
racines bbr et abri sont, du reste, assez proches parentes, pour que 
M. Kohler, dans le Journal de la Société orientale allemande, t. XXIII, 
p. 680, ait attribué aussi à la première le sens d'« enfermer » ; selon 
lui, la fiancée est celle qui enferme le fiancé dans une union char- 
nelle « Die den Breeutigam Einschliessende, von der geschlechtlichen 
Seite hergenommen ». Quant à nous, nous préférons encore l'an- 
cienne étymologie qui associe l'idée de fiancée à celle du voile ou du 
dais Nnbs, qui couvrait la jeune fille conduite à son époux; c'est 
également celle que donne l'arabe kanna fiancée et bru (racine knn 
couvrir), comparé avec le mot kinna voile. 

Rubens Duvàl. 

Paris, 8 juin 1884. 



CHRONIQUE 

ET NOTES DIVERSES 



Béer Goldberg. — Le 9 mai dernier s'est éteint à Paris dans sa 8o° 
année un des doyens des savants juifs, Béer Goldberg. Il était né en 
1800 à Chlodna, près de Treneza, en Pologne. Orphelin de père et 
mère dès l'âge de 5 ans, ayant failli périr dans un incendie, il fut 
sauvé par une femme qui le porta à Radzki. C'est là qu'il fut élevé 
très modestement. A dix-sept ans il se maria, ayant pour tout 
pécule ses connaissances rabbiniques. Il entra en ménage en pro- 
nonçant à Neustadt une homélie, derascha, à la synagogue. Sa science 
se bornait alors à la Bible et au Talmud, cela ne suffisait à son goût 
du savoir qui était immense et qu'il a satisfait plus tard en appre- 
nant tout seul l'histoire et la géographie et particulièrement les 
mathématiques et l'astronomie. Lui-même regretta souvent l'absence 
de toute instruction élémentaire. Voulant éviter à ses coreligion- 
naires ces impedimenta, vers 1835 il se rendit auprès du gouverneur 
Paskiewicz et lui suggéra l'idée d'établir des écoles publiques pour 
les Juifs. Il n'en fallait pas plus pour être taxé par eux d'hérétique, 
d'épicoros, il fut contraint de s'enfuir. Il passa d'abord en Allemagne, 
puis de là en Angleterre, vers 1847, pour venir se fixer enfin en 
France. Voici la liste des ouvrages et éditions qu'on lui doit : 1° Chro- 
nologisclie Tafel zur immenvahrender Bèrechnung des christlichen Kalen- 
ders; Konigsberg, 1842, gr. in-8°, travail suivi de près de la confection 
de semblables tables pour l'établissement du calendrier juif. Ce sujet 
lui était particulièrement cher et la dernière année de sa vie il y 
revenait encore dans le Sod Haibbom\ le secret de l'embolisme ; Paris, 
1883, in-8° de 16 p. ; — 2° û^totttt ^Dt; sive Anecdota rabbinica, con- 
tinentia : I. R. Scherirae Gaonis epistolam ; IL Varias Raschi quees- 
tiones; III. Librum Ibn-Ezree Chaï b. Mekiz...; IV. Fabulas LXX 
syriacas ; V. Carmen liturgicum R. Isaac b. Giat cum commento 
R. Simon b. Zemach Duran...; Berlin, 1845, 8 3 ; — 3° Séfer Ha-Rikma, 
de Jona ibn Ganah, édité avec Raphaël Kirchheim ; Francfort-sur- 
Main, 1856, 8° ; — 4° Juda ben Koreisch ad Synagogam judaicam civi- 



328 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tatis Fez epistola de studii Targum ulilitate, Textum arabicumlitteris 
hebraicis ediderunt J.-J.-L. Barges et B. Goldberg ; Paris, 1857, 8°; 
— 5° Birkat Abraham, Bénédiction d'Abraham, ou Questions de 
R. Daniel le Babli sur le livre des préceptes de Moïse Maïmonide 
adressées à R. Abraham Maïmoni et les réponses de ce dernier, pre- 
mière partie, texte hébreu, Lyck, 4 859, 4° ; deuxième partie sous le 
titre de MaaséNissim, texte arabe avec traduction hébraïque; Paris, 
4 867, 8° ; — 6° "p&tt NTIE ma« Lettre de Scherira Gaon ; Mayence, 
4 863, in-12° ; — 7° *pn r o Liber coronularum, publié avec l'abbé 
Barges ; Paris, 4 866, in-16 ; — 8° Sefer Hazikronot, Concordance 
biblique d'Elias Lévita. Première livraison allant de N à M». Franc- 
fort-sur-Main, 1875, 8°; — 9° db"iy ^M Vie éternelle, publication de 
mss. faite en collaboration avec M. Edelmann, contenant la relation 
du voyage de Venise à Famagouste de Elie de Pesaro, en 4 563, con- 
sultation de Raschi et de R. Gerson ; Paris, 1878, 8°. 

Il serait trop long d'énumérer ici tous les articles qu'il a publiés 
dans les périodiques et particulièrement depuis longtemps dans le 
Magid. Il avait une grande jeunesse d'esprit, s'enflammant très 
facilement pour des sujets nouveaux, apportant dans ses recherches 
un certain sentiment de la critique et parfois même je ne sais quelle 
hardiesse. A force de vivre dans l'intimité des ouvrages arabes, il 
était arrivé à les comprendre sans en avoir jamais étudié méthodi- 
quement la langue. C'est sans doute cette verdeur d'esprit et cet 
enthousiasme qu'il conserva jusqu'à ses derniers jours en même 
temps que cette faculté d'assimilation, qui faisaient dire à M. Renan 
[Revue des Deux-Mondes, 45 novembre 4855) qu'il voyait e dans ce 
triste vieillard le génie d'un peuple indestructible. » M. Schwab. 

M. François Lenormant. — Ce savant éminent, qui a bien voulu, 
dans les derniers jours de sa vie, contribuer à nos travaux par un 
article sur la catacombe juive de Venosa (tome IV, p. 200), a été 
enlevé prématurément à ses amis et à la science. Il est né à Paris en 
4 837. Parmi ses ouvrages il s'en trouve un assez grand nombre 
relatifs aux sciences qui nous occupent. Ce sont, entre autres : Intro- 
duction à un mémoire sur la propagation de l'alphabet phénicien, 
Paris, 1866; Essai du commentaire des fragments cosmogoniques de 
Bérose, Paris, 1871; Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, Paris, 
1869 ; Lettres assyriologiques, Paris, 4 871-72 : Le déluge et l'époque 
Babylonienne, Paris 4 873; Sur le nom de Tammouz, Paris, 1873; 
La magie chez les Chaldéens , Paris 4 874; Les premières civili- 
sations, Paris 1874; Les origines de l'Histoire d'après la Bible et les 
traditions des peuples orientaux, Paris 1880-82; La Genèse, tra- 
duction d'après l'hébreu, Paris 1883 ; divers articles de la Revue de 
l'histoire .des religions, que notre bibliographie a régulièrement 
signalés. 

M. M. Lattes. — Le 25 juillet 1883 est mort à Milan un savant dis- 
tingué, M. M. Lattes, qui a été aussi une fois notre collaborateur. 



CHRONIQUE 329 

Nos lecteurs n'ont pas oublié son excellent article sur divers épisodes 
de l'histoire des Juifs d'Italie (tome V, p. 210). M. Lattes avait aussi 
eu la bonté de nous fournir quelquefois des renseignements 
qui étaient utilisés dans notre revue bibliographique. Ses principaux 
ouvrages sont: ù^iiû traipb De vitaet scriptis EliaeKapsali,Padoue, 
4869 ; Notizie e documenti di littérature e storia giudaica, Padoue, 
4879; Saggio di giunti e correzioni al Lessico talmudico Levy- 
Fleischer, Turin, 1879 ; Nuovo saggio di giunte etc., Rome 1881 ; 
Catalogo dei codici ebraici délia Marciana, Florence 1882 ; plus divers 
travaux dans l'Archivio Veneto (tome IV, Documenti e notizie per 
la storia degli Ebrei ; gli Ebrei di Norimberga e la republica de 
Venezia ; tome V, una convenzione... nel 1395, etc.; tome VI, Di un 
mercatante Ebreo Siracusano ; tome VII, Délia condizione degli 
Ebrei napolitani nel secolo xv). 

M. Ad. Neubauer. — Notre excellent ami et collaborateur M. Ad. 
Neubauer a été nommé lecteur à la chaire de littérature rabbinique 
à l'Université d'Oxford. Nous lui en adressons toutes nos félici- 
tations. 

M. Maurice Vernes. — Notre collègue, M. Maurices Vernes, a quitté 
la rédaction de la Revue de l'histoire des Religions, qui a passé aux 
mains de M. Jean Réville. Nous remercions M. Vernes de l'accueil 
que la Revue, qu'il dirigeait si bien, a toujours fait à la Revue des 
Etudes juives et que ne peut manquer de nous continuer son hono- 
rable successeur. 

M. le D v Zunz. — Le 10 août prochain, M. Zunz, le vétéran de la 
science juive en Europe, aura accompli sa 90° année. Tout le monde 
connaît les admirables travaux de M. Zunz, ses Gottesdienstliche 
Vortràge, sa Literaturgeschichte, son Zur Geschichte und Literatur, 
son Ritus, se trouvent dans toutes les mains, ce sont des manuels 
indispensables pour toutes les études historiques et littéraires dans 
le domaine de la science juive. M. Zunz a fait pour nous ce que les 
savants des ordres religieux ont fait pour le moyen-âge chrétien, il 
a été le bénédictin du judaïsme. Ses amis de Berlin préparent un 
volume de Miscellanées qui sera offert à l'illustre savant le jour de 
son 90 e anniversaire. La société des Etudes juives est heureuse de 
s'associer aux hommages qui seront rendus à M. Zunz en lui envoy- 
ant une Adresse qui lui sera remise, avec un exemplaire d'hon- 
neur de la Revue, par M. Joseph Derenbourg, président de notre 
société. 

Journaux nouveaux . — Nous signalons les publications suivantes : 
1° \V£ mttîM Supplément mensuel au journal Habacélet, de Jéru- 
salem ; in-8°, en hébreu, caractères carrés; prix 1 medjid 1t4 par 
an. Le numéro 1 est daté de tébet 5644 (1884). 

2. Das jùdische Gentralblatt, zugleich Archiv fur Geschichte der 
Juden in Bôhmen, herausgegeben von D r Grùnwald, à Pisek, en 



3» REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bohème. Ce journal, publié d'abord en format in-4°, puis remplacé par 
les Studien und Kritiken (voir la Revue bibliographique de ce 
numéro), paraît maintenant sous son ancien titre, mais dans le for- 
mat in-8°. Périodicité et prix ne sont pas indiqués. 

3. ïtt&na'W *\yi Emigrantul, erscheint zweimal wochentlich ; 
publié à Bucharest par L. Rokeah ; in-f° de 4 p. à 3 col. le numéro ; 
en judéo-allemand, caractères carrés ; prix 12 fr. par an ; le numéro 
21 de la seconde année et du 21 mars 1883. 

4. Familien-Blatt. Feuilleton Beilage der israelitischen Wochen- 
schrift, publié à Magdebourg par le D r Rahmer ; in-4° de 4 p. à 2 col. le 
numéro ; parait depuis le 1 er janvier 1884. 

5. Jetvreiskoje Obozrenie, mars 1884. Journal mensuel, qui parait 
depuis le 1 0r janvier sous la rédaction de M. Rabbinowitz, le pro- 
priétaire du « Russki Iewrej. » L' « Obozrenie » ou Revue juive est 
consacrée à la littérature et à l'histoire. Chaque cahier est accompa- 
gné de deux feuilles d'une traduction russe du sixième volume de 
Graetz, Gesch. de Juden. Celui du mois de mars renferme en outre 
une lettre de M. Rosenthal au comité de la société pour l'instruction 
des Juifs en Russie, qui a eu un certain retentissement dans ce pays. 
Une chronique littéraire, des correspondances étendues sur l'Alle- 
magne, l'Autriche, la France, etc., quelques poésies, des nouvelles 
inédites, des articles scientifiques forment le fond de chaque fascicule, 
qui ne contient pas moins de 9 à 10 feuilles. Cette revue se distingue 
par un grand dévouement à la religion et aux intérêts juifs, 
par un esprit large et impartial, étranger aux coteries et aux partis, 

6. Kritik und Reform, Organ des modernen Judenthums, rédigé 
à Vienne, en Autriche, par M. Moritz Weiss ; éditeur, Oscar Waldeck ; 
paraît le 1 er et le 15 de chaque mois ; in-4° de 8 p. à 2 colonnes le 
numéro; prix, 6 florins par an. Le 1 er numéro est du 1 er juin 1884. 

7. Die Laubhûtte, israelitisches Familienblatt ; publié par le rabbin 
D r S. Meyer, à Ratisbonne, à la librairie Hermann Bauhof, publica- 
tion bimensuelle ; le numéro formant une brochure in-8° d'environ 
40 pages ; prix, marcs 1,60 par trimestre. Le numéro 1 est de janvier 
/ !884. 

8. Israelitischer Reichsbote, publié par Moritz Baum à Francfort- 
sur-Mein ; autrefois format in-4° et hebdomadaire ; depuis le 1 cr janvier 
1883, format in-8° et mensuel; prix, 5 marcs par an. Le numéro 
7-8 de la 9° année (juillet 1883) paraît être le dernier; a cessé de 
paraître. 

9. Sabbat Stunden ; illustrirte Feuilleton-Beilage der « Jùdischen 
Presse, » publié par le D r Hirsch Hildeshemier à Berlin ; hebdoma- 
daire, in-4° de 4 p. à 2 col. le numéro. Paraît depuis janvier 1884. 

10. Magyar-Zsido Szemle, publié à Budapest par Wilhelm Bâcher 
et Joseph Banoczsi ; journal mensuel, in-8° de 80 p. environ le numéro ; 
prix, 6 florins par an. Excellent journal destiné à répandre la science 
juive et à la populariser parmi les Juifs de Hongrie. Le numéro 1 est 
de janvier 1884. 



CHRONIQUE 331 

41. La Tribune philo-sémitique, paraissant (à Paris) tous les 
mardis ; rédacteur en chef, Gaétan Rossetti ; in-f° de 4 p. à 4 col. le 
numéro ; prix, 45 fr. Le numéro 4 a paru le 2 octobre 4 883 ; n'a eu en 
tout que 3 numéros. 

42. La Veridad, publié à Smyrne parBekhor iben Ghiat, David ibn 
Ezra et Rafaël Gori ; rédigé en judeo espagnol, caractères hébreux : 
paraît tous les quinze jours ; in-8° de 4 6 p. le numéro ; prix, 2 med- 
jid 4j2 par an. Le numéro 4 est daté du 15 juin 1884. 

La Bibliothèque nationale. — La Bibliothèque nationale de Paris 
a enrichi sa série d'incunables en acquérant du libraire Fischl 
Hirsch, à Halberstadt, 4 livres hébreux du xv 6 siècle, des plus rares. 
Ce sont : 4° le texte des Psaumes avec commentaire de R. David 
Kimhi, imprimé s. 1. (? Bologne) le 20 eloul (5) 237 ( = 29 août 4 477), 
petit fol. Gomme cet exempl. a échappé à la censure, c'est sans doute 
l'unique en son genre. — 2° L'examen du monde par Iedaïa Penini, 
de Béziers, avec un court commentaire anonyme. Soncino, 24 Kislew 
(5) 245 ( = 12 décembre 4 484), petit in-4°. — 3° Un glossaire hébreu- 
arabe-roman, anonyme, appelé Miqré dardeqé. s. 1. (? Naples), 
4 e1 ' eloul (5) 248 (.== 8 août 4488), fol. — 4°. Commentaire sur le Pen- 
tateuque par Moïse Nahmani. Lisbonne, Ab (5) 249 ( = juillet août 
4 489), fol. Ces divers volumes forment, dans l'opuscule de M. Schwab 
sur les incunables hébreux, les numéros 5, 28, 44 et 54, auquel nous 
renvoyons pour plus amples détails. —M. Schw. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome IV, p. 147. — Le passage que j'ai extrait d'un de mes mss. est 
emprunté au commentaire de David Kimhi sur les Psaumes. Voir édit. 
Schiller-Szinessy, p. 41. — S.-J. Halberstarn. 

Tome V, p. 57. — M. Steinschneider ne parle pas de la version latine 
suivante de Paul Fagius : Liber fîdei, preciosus, bonus et jucundus, quem 
edidit vir quidem Israélites sapiens et prudens..., ideo vocavit nomen 
Sepher Aemana, i. Liber fidei seu veritatis. . . translatus ex lingua hebraica 
in linguam latinam, opéra P. Fagii; Isnse, 1542. — M. Schwab. 

Tome'.VII, p. 154, note 5. — Cette controverse a été déjà attribuée à Matta- 
tia par Steinschneider, Polem. und apolog. Literat., p. 370. Elle se trouve en 
un grand nombre de mss. sous le titre de ■piablifc'l mittTllK- — P. 155, ligne 5 : 
au lieu de "îmbi&tt on doit plutôt lire Tll^aîT. Pour l'époque de l'auteur, 
voir Revue, VII, p. 315. — P. 165. J'ai parlé de la mater synagogœ dans 
Gœtt. gelehrt. Anzeig., 1881, p. 971 et ai proposé d'en faire quelque chose 
comme une trésorière rPÉWS de la synagogue des femmes. Mais ne se pour- 
rait-il pas qu'elle fût simplement la femme du pater synagogse? — P. 224. 
Nicolsbourg est en Moravie, siège du grand-rabbin. — P. 220. Moïse Narol 
est originaire de Crzeminiec; Zunz, Literaturgesch. p. 435. — David Kauf- 



Ibid., p. 305. — Isbea est sans doute l'hébreu mizbeah, autel. — A. 
Harlavy. 

Tome VIII, p. 75, note 2. — Le livre en question n'est sans doute pas 
celui d'Oliveyra, mais celui de Salomonb. Jacob Almoli, qui a été imprime 
à Constantinople. On ne peut pas chercher un livre inédit. — P. 83. Le 
Séfer Amanah est ce livre édité par Paul Fagius en 1552 (voir Revue, V, 
57). — P. 84, 1. 9 en bas, et 1. 7 en bas, le mot ouvrages et le mot livres doi- 
vent être remplacés par le mot lettres, car il s'agit de lettres missives. — 
P. 87, 1. 3 en bas : lisez p-intob, non pinto^, d'après Ezéch., III, 3. — 
P. 90. Le passage relatif aux incendies veut dire que Jacob Roman pensait 
qu'en Occident, où les incendies sont plus rares qu'à Constantinople, on 
trouverait un plus grand nombre de manuscrits. — P. 91, 1. 9 en bas. Au 
lieu de Hariri lire Harizi. — P. 89, 1. 17. Au lieu de nipr.b lire mpfib, 
-< pour décrire ». — P. 92. ï"û VfaNfà est un livre de morale; David, l'auteur 
de ù^j^ rûlï53 '0, est David b. Juda Messer Léon; voir son Tehilla le 
david, 97 a. — Ibid., note 3. Le livre manquant est le Séfer agullot rayo- 
niot de Batalyûsi, dont j'ai publié la traduction hébraïque, comme on le 
verra facilement en lisant l'introduction et les sept chapitres du livre. L'ori- 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 333 

ginal arabe qui se trouve à Oxford, cod. 1334, a sur la seconde feuille de 
la couverture non paginée les mots ; pti^ T333 3p3H T2S&Ï1 E|03 rûp72 
8"ytZ) *i1N 'b ÎTTIpa p 1N731"1» Ainsi Jacob Roman a possédé en 1631 le 
livre d'Al-Batalyûsi. Le mot peu lisible dans la lettre de Roman est proba- 
blement piinnbiX, iï tre arabe des agullot. — P. 86, note 7. Effacer les mots 
« et modernes, » car Steinscnneider, Catal. bodl., article Jacob Roman, a 
montré la fausseté de la fable transmise par Sabbataï Bass et du voyage de 
Roman à Jérusalem en 1620. — David Kaufmann. 

Tome VIII, p. 121. — Un ms. arabe (n° 204 du nouveau Catalogue) de 
la Bibliothèque nationale contient le récit « d'une controverse qui eut lieu 
Merw entre un moine nommé Schouha la Ischou'a et le Ras al-Galout au 
à sujet du Messie ». — Israël Le'vi. 



LISTE DES NOPEAÏÏX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ETUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1« AVRIL 1884. 



Beaucaire, boulevard du Château, 6, Neuilly-sur-Seine. 

Cerf (Henri), à Wissembourg. 

Ettinghausen (Hermann), rue de Châteaudun, 12. 

Heine (M me C), rue de Monceau, 28, ÎOO fr. 

Mannheim (Amédée), lieutenant-colonel d'artillerie, professeur à l'E- 
cole polytechnique. 

Osiris (Ifla), rue Labruyère, 9. 

Saint-Paul (Georges), maître de requêtes au Conseil d'État, place 
Malesherbes, 5. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 24 AVRIL 1884. 

Présidence de M. Zadoc Kahn. 

Le Conseil désigne M. Loeb pour présider la conférence de M. Vernes. 

11 décide que, bien que désormais l'année d'exercice commençant au 1 er janvier 
doive se terminer le 31 décembre, l'Assemblée générale aura lieu comme par le passé 
au mois de novembre. 

Le Conseil, ayant appris que M. le D r Léopold Zunz, le vétéran des études 
juives en Europe, célébrera au mois d'août prochain le 90 e anniversaire de sa nais- 
sance, décide qu'à cette occasion la Société lui enverra une adresse et toutes les 
publications de la Société. 

M. Schwab lit une communication de M. Bgger sur une phrase grecque du Talmud 
de Jérusalem. 

M. Halévy fait une communication sur le sens du mot Japhet et la portée de la 
bénédiction de Noé. 



SÉANCE DU 26 JUIN 1884. 

Présidence de M. Joseph Derenbourg. 

Le Conseil vote des remerciements à M. Maurice Vernes pour la conférence qu'il a 
bien voulu faire. 

JM . le Président fait au nom du Comité du Publication un rapport sur une demande 
de subvention présentée par M. Moïse Bloch pour l'impression du Se fer Haniçwot de 
Maïmonide en arabe. Il est d'avis d'accueillir favorablement cette demande. Le 
Conseil vote à M. Bloch une subvention de 200 fr. à charge pour M. Bloch de à la 
Société un certain nombre d'exemplaires représentant la dite somme. 

M. Erlanger informe le Conseil que le Consistoire israélite de Paris a décidé 
d'acheter un matériel pour la salle où se font d'ordinaire les conférences de la Société. 
L'avance faite parle Consistoire aux Sociétés qui, comme la Société des Etudes juives, 
se serviront de ce matériel pourra être amortie au bout de quelques années par la 
cotisation de ces Sociétés, qui sera d'ailleurs toujours moins forte que le prix de 
location actuellement payé aux entreprises privées. 

Le Conseil accepte cette proposition, remercie M. Erlanger de son bienveillant 
concours et le prie d'exprimer au Consistoire de Paris ses vifs remerciements. 

M. Halévy fait une communication sur quelques versets de la Bible. 

Les Secrétaires, 
Ab. Cahen et Th. Reinagh. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. ' 



TABLE DES MATIÈRES 



ARTICLES DE FOND. 

Cahen (Ab.). Le rabbinat de Metz pendant la période française 

(1567-1871) (suite) 255 

Duval (Rubens). Le passif dans l'araméen biblique et le pal- 

myrénien 57 

Gerson (M.). Notes sur les Juifs des Etats de la Savoie 235 

Halévy (J.). Traces d'aggadot sadducéennes dans le Talmud.. 38 

Hild (J.-A.). Les Juifs à Rome devant l'opinion et dans la lit- 
térature 1 

Kayserling- (M.). Ricbelieu,Buxtorfpère et fils et Jacob Roman. 74 

Lévi (Israël). I. La légende de l'ange et l'ermite dans les écrits 

juifs 64 

II. Légendes judéo-chrétiennes 1 97 

Loeb (Isidore). Deux livres de commerce du commencement du 

xiv e siècle , 161 

Maulde (R. de). Les Juifs dans les États français du Pape au 

moyen âge [suite) 96 

Ouverleaux (Emile). Notes et documents sur les Juifs de Bel- 
gique sous l'ancien régime (suite) 206 

Sgheid (Élie). Histoire des Juifs de Haguenau pendant la pé- 
riode française , . . . 243 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bloch (Isaac). Bonjusas Bondavin 280 

Derenbourg- (Joseph). La montagne de fer 275 

Goldziher (Ignaz). Renseignements de source musulmane sur 

la dignité de Resch Galuta 421 

Kaufmann (David). I. Le prétendu commentaire d'Isaac Israéli 

sur le livre Yeçira 426 

II. Les cercles intellectuels de Batalyoûsi 131 

Jastrow (M.). Note sur les mots ipiawn ^pNilp 277 

Levin. Localités illustrées par le martyre des Juifs en 1096 et 

1 349 4 34 



330 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lévy (Isaac). Un manuscrit hébreu de la Bibliothèque de 

Vesoul 283 

Schwab (M.). Inscription juive du musée de Saint-Germain 137 

T. R. Les Juifs dans l'opinion chrétienne aux xvii et xvm e siè- 
cles : Peuchet et Diderot 4 38 

BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). Revue bibliographique, 1 er et 2 e trimestres 

1 884 285 

Derenbourq (Hartwig). I. Corpus inscriptionum semiticarum. 
II. Histoire de Tart dans l'antiquité, par Georges 
Perrot et Chipiez 4 45 

Du val (Rubens). The hebrew language viewed in the light of 

assyrian research, by D r Frédéric Delitzsgh 322 

DIVERS. 

Chronique et notes diverses 1 55, 327 

Additions et rectifications 1 59, 332 

Liste des nouveaux membres de la Société des Études juives 

depuis le 1 er janvier 4884 458, 333 

Procès-verbaux des séances du Conseil et de l'Assemblée géné- 
rale 4 60, 334 

Table des matières 335 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

t. 8 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 



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